A M. ETIENNE ARAGO
Monsieur et cher MaitrCj
Le livre que voici, en retraçant le premier âge
de notre Opéra detix fois séculaire, offre une his--
toire critique des commencements difficiles de ce
jthéâtre glorieux. Par son sujet, il ne saurait vous
^^Jaisser indifférent, vous qui, épris de Vart sous
:^toutes ses formes, dès longtemps familier avec
^toutes ses manifestations, vous êtes toujours inté-
Kressé à tout ce qui tomhe Vexistence et les annales
de nos théâtres, et, Vun des premiers en France,
avez fait de véritable critiqua dramatique, à la
fois historiqtji,e et analytique.
Laissez-moi donc abuser d'une bienveillance qui m^est chère : permettez-moi de placer ce livre sous le patronage de votre notn, et a^eptez-le, sHl vous plaît, comme un témoignage d!" affectueux respect et de dévouement sincère.
Arthur Pougis.
Paria, le $0 mars 188f'
Ceci est un travail de restitution et de réhabilitation artistique. Il est convenu depuis longtemps, et depuis longtemps passé en article de foi que Quinault et Lully sont, l'un pour les paroles, l'autre pour la musique, les créateurs de l'opéra en France, qu'eux seuls ont droit à ce titre, et qu'il constitue une partie de leur gloire. Rien n'est pourtant plus contraire à la vérité, et ce n'est assurément pas diminuer la valeur de ces deux grands artistes, ce n'est pas outrager leur génie, ce n'est pas amoindrir le rôle qu'ils ont joué, que de leur enlever cet honneur pour le reporter à ceux qui le méritent réellement et qui y ont un droit incontestable. — Je veux parler de Perrinetde Cambert*
Jifli-
PERRIN ET CAMBBRT. 9
conséquent Lully et Quinaalt n'eussent pas é en tant qae faiseurs d'opéras, aant à Gambert> dont le nom a été injustement iûé à celui de LuIIy, son spoliateur aussi bien :elui de Perrin, il faut constater, d*abord qu'il ait aucun modèle à suiyre dans le genre créé lui avec l'aide de ce dernier, puisque les pièces ]ues françaises ne ressemblaient aucunement pièces lyriques italiennes ; ensuite, qu'il n'y ssit pas moins du premier coup; et du premier ip démontra, malgré le préjugé établi, que la gue française pouvait parfaitement s'allier à la isique; enfin, que les succès obtenus plus tard r Lully ne purent détruire le bon effet produit \r les trois ouvrages dramatiques mis par lui en lusique c^t qui furentbien réellement nos premiers 'péras. Cet effet fut si profond que, lorsque lambert mourut loin de son pays, en 1677, alors que Lully était depuis cinq ans en possession de la faveur publique, un chroniqueur, après avoir rappelé qu'on lui devait la musique de Pomone et des Peines et Plaisirs de VamouTy écrivait que < dej)uis ce témps-là on n'a point vu de récitatif en France qui ait paru nouveau » . Ce qui prouve tout au moins qu'au point de vue de la déclamation lyrique, Cambert avait déployé des qualités véritables, et qu'en ce qui concerne cette partie si difScile et si importante d'un opéra, il n'avait point été dépassé ni peut-être égalé par Lully.
10 LES VRAIS GRBATBURS OS L'opÊRA.
Mais le moment n'est pas encore yena d'aborder cette partie critique de mon travail. En historien fidèle, je vais d'abord faire passer sous les yeux du lecteur toute la série des faits qui doivent donner raison à mon plaidoyer enfaveurdePerrin et de Gambert. Après quoi viendront la discussion et l'appréciation de leurs œuvres.
Gomme, on le pense bien, Topera français ne naquit pas tout armé du cerveau d'un homme de génie, un produit artistique d'une nature aussi complexe ne pouvant être le fait d'une eelosion spontanée (1). Il fut, au contraire^ le fruit d'une élaboration lente et difficile, le résultat de circonstances particulières, d'essais étrangers les uns aux autres et d'efforts de toutes sortes. Depuis la représentation en 1582 du Ballet comique de la Royne, premier embryon d'ouvrage à la fois scénique et musical qui ait vu le jour en France, jusqu'à l'année 1659, époque de l'apparition de la Pas-lorale de Perrin et Gambert, un lent travail se fit, on vit une longue filiation d'œuvres se succéder, en apparence sans rapport et sans lien entre elles, qui, sans que personne, pour ainsi dire, en eût conscience, devaient amener par le fait d'expériences diverses, de tentatives multipliées, la création du drame lyrique national. Les balletsde Benserade, la Finta Pazza de Strozzi, l'Or/eodont l'auteur est resté inconnu, V Andromède de Gor-
(1) « Rien ne se crée de rien, * et n'apparaît tout à coup sans avoir été loni^uement préparé. Dans l'histoire littéraire, en particulier^ les genres se forment peu à peu et n'arrivent à leur éclosion définitive qu'après une gestation plus on moins lente. » [Victor Fournel : Histoire du.ballet de cour^ dans Us Contemporaim de Molière, t. II, p. 179.)
neille, dont d'Assoucy fit la musique, sont autant d'étapes parcourues sur cette voie difficile, autant de manifestations musicales de diverses sortes, qui devaient aboutir définitivement à la création de notre opéra, dont la Pastorale est le bégaiement timide, et dont la Pomone des mêmes auteurs nous offre le premier essai régulier.
L*opéra existait en Italie et en Allemagne avant d'avoir conquis chez nous droit de cité. Nous verrons plus loin par suite de quelle erreur on croyait ne pouvoir Facclimater en France, et combien de gens se figuraient qu'une incompatibilité d'humeur absolue devait tenir à jamais éloignées Tune de l'autre la langue française et la musique. Lors donc que Mazarin, voulant plaire à la reine Anne d' Autriche, s'ingéniait à lui chercher des distractions, il conçut la pensée d'appeler à Paris une troupe chantante italienne, et de lui faire donner des représentations. Ces artistes, arrivés à la fin de 1645, donnèrent dans la salle du Petit-Bourbon, le 14 décembre de cette année, la Festa teatrale délia finta Pazza, c'est-à-dire « la représentation théâtrale de la Folle supposée », de Strozzi. Cette pièce n'était pas, à proprement parler, un opéra, car on y déclamait auçsi bien qu'on y chantait et dansait. Le spectacle, d'ailleurs, en était très-riche, les changements de décors s'y voyaient très-nombreux, et certains détails de mise en scène ne laissaieBt pas que d'offrir quelque étrangeté, s'il
PERRIN ET GÂMBERT. 13
faut en croire ces mots d'un chroniqueur : — < Un ballet exécuté par des singes et des ours terminait le premier acte. A la fin du second, on voyait une danse d'autracbes qui se baissaient pour boire à la fontaine. Le spectacle finissait par un pas de qnatre Indiens, offrant des perroquets (!) à Nicomède, qui a reconnu Pyrrhus pour son petitflls(l). »
La Finta Pazza ne fut pas du goût de tont le monde, et ne produisit pas un enchantement général ; tout au moins M™® de Motteville, dans ses Mémoires, est-elle loin de s'en montrer enthousiasmée : — « Ceux qui s'y connoissent, dit-elle, estiment fort les Italiens; pour moi, je trouve que la longueur du spectacle diminue fort le plaisir, et que les vers naïvement répétés (c'est-à-dire : déclamés, probablement) représentent plus aisément la conversation et touchent plus les esprits que le chant ne délecte les oreilles. » La même troupe représenta sans doute quelque autre ouvrage, qui ne paraissait pas plus divertissant à de certains, car, un peu après, M°*« de Motteville dit encore : — t Le mardi-gras (1646) la reine fit représenter une de ses comédies en musique dans la petite salle du Palais-Royal,.... Nous n'étions que vingt ou trente personnes dans ce lieu, et nous pensâmes y mourir de froid et d^ennui. »
(1) D'Origuy: Ammles du Thédtre-Italien.
14 LRS VRAIS GEBATEURS DP4 l'oPÉRA,
Il n'y a pas à parler longuement d'an premier essai de décentralisation lyrique qui eut lieu en cette année 1646, et dont GastiNBlaze, par esprit de clocher et avec sa faconde provençale» semble avoir singulièrement exagéré la portée et les ré« sultats. On ne saurait cependant se dispenser de le signaler. — « Dès l'an 1646, M. l'abbé Mailly, secrétaire du cardinal Bichi, et excellent compositeur de musique, dont il a fait plusieurs traitez fort utiles pour la méthode de chanter, se mit à chercher cette musique dramatique que nous avons trouvée seulement depuis quelques années.
Il fit dès lors à Garpentras, où il étoit auprès de ce cardinal, quelques scènes en musique récitative pour une tragédie û^Ackebar roi du Mogol, et il accompagna ces récits d'une symphonie de divers instruments, qui eut un grand succez, mais il ne trouvoit pas pour lors dans notre langueces belles dispositions au chant récitatif qu'on y a trouvées depuis (i). »
Est»ce par la troupe qui avait joué la Finta Pazza, est-ce par une troupe nouvelle, que Mazarin fit jouer,en 1647, un autre opéra italien, intitulé Orfeo ed Euridice? Je ne sais. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on ne sait pas non plus quel était l'auteur de cet ouvrage. M. Ludovic Geller, dans son livre intéressant : les Origines de
(1) Des représentations en musique, par le père Ménestrier.
PBRBm BT GAMBBRT. 15
VOpiray dit à ce sujet :— « Cet Orphée^ exécuté par des artistes italiens, deyait être celui deMonteverde; mais une chose assez singulière, c'est qu'il n'y a aucune certitude à cet égard ; on a cru aussi que c'était VOrphée de Zarlino, dont la réputation avait été grande en Italie; mais Zarlino était mort depuis trop longtemps, et, d'ailleurs, son style trop antique avait dû s'effacer devant les formes plus nouvelles de Monteverde et de ses contemporains. »
On en est, à ce sujet, absolument réduit aux conjectures, car le mystère est complet. En mentionnant l'ouvrage, dont la mise en scène n'avait pas, dit-on, coûté moins de 500,000 livres, somme assez ronde, surtout pour l'époque, La Vallîère s'exprime ainsi : — «Je n'ai que l'argument de cette tragi-comédie, quiétoiten musique et en vers italiens, et qui fut représentée devant Leurs Majestés le S mars 1647, avec les merveilleux changements de théâtre, les machines et autres inventions jusqu'à présent inconnues à la France ; je ne connois ni l'auteur de la musique, ni celui des paroles (1). > Quant à celui des paroles, un chroniqueur, l'abbé de Laporte, dans ses Anecdotes dramatiques, croit que c'était l'abbé Perrin lui-même, le futur auteur de la Pastorale. J'avoue que cela me semble étrange. Si une troupe venue d'Italie
(1) LaVallière: Ballets ^opérai et autres ouvrageslyriques.
joua à Paris un Orfeo^ il semble qu'elle ait du se servir et de la musique et des paroles auxquelles elle était habituée; si l'on suppose que Perrin écrivit les paroles italiennes de cet Orfeo^ il faudrait donc, en même temps» supposer que la mu* siqueenaurait étéfaiteici — et par qui? D'ailleurs, Perrin, dont la modestie n'était pas le péché mignon, n'aurait assurément pas manqué, le fait étant vrai, d'en entretenir le public dans les diverses publications qu'il fit de ses œuvres. Or, comme il est resté muet à cet égard, j'en conclus que l'abbé de Laporte a fait erreur en ce qui le concerne. Ce qui parait certain, en tout cas, c'est que les opéras italiens représentés à cette époque à Paris n'obtinrent pas un succès aussi considérable et aussi général que certains historiens se sont plu à nous le rapporter. Nous avons vu plus haut ce que M*"** de Motteville pensait de la Finta Pazza; un témoignage du môme genre nous renseigne sur l'effet produit par Orfeo, dont il est ainsi parlé dans une mazarinade :
Ce beau, mais malheureux Orphée, On, pour mieux parler, ce Morphée, Puisque tout le monde y dormit....
Cependant, le luxe du spectacle déployé dans Orfeo excita une véritable admiration, admiration que Maynard et Voiture traduisirent chacun dans Un sonnet adressé au cardinal Mazarin. C'est pour renouveler un effet de ce genre qu'on engagea
PERBIN ST GAMBSRT. 17
CiorneiUe à écrire une < pièce à machines » dans la nature des pièces italiennes, et que le grand homme conçut son Andromède, tragédie accompagnée d'un peu de musique dont d'Âssoucy était l'auteur, et qui fut représentée au mois de février 1650. — < La reine-mère, disait à ce sujet le Mercure Galant (1), y fit travailler dans la salle du Petit-Bourbon. Le théâtre étoit beau, élevé et profond. Le sieur Torelly, pour lors machiniste du roi, travailla aux machines d'Andromède; elles parurent si belles^ aussi bien que les décorations, qu'elles furent gravées en tailIe*douce. »
Mais Andromède n'était point un opéra; c'était, comme je viens de le dire, une pièce à machines, contenant seulement un certain nombre de morceaux de chant qui avaient été mis en musique par ce personnage excentrique, h la fois poète et musicien, dont le véritable nom était Charles Goypeau et qui avait pris celui de d'Âssoucy. C'est lui-même qui nous l'apprend dans une lettre où il parle de ses relations avec Molière : — t Ilsçait que c'est moy qui ay donné Vdme aux vers de V Andromède de M. de Comeilie (2). » Le
(1) Juillet 1682.
(2) y. Aventures burlesques de d'Ass(mcy (Delahays^ 18^, in-i6), préface, p. xxiii-xxiv.
Il n'y a pas fort longtemps qu'on a acquis ainsi la preuve que d'Assoucy était l'auteur de la musique d'Andromède. On trouve un autre exemple de se^ relations avec Corneille, dans l'édition de ses Airs d quatre parties donnée par Robert Ballard (1653, in-12 oblong). £n tète de ce
18 LBS VRAIS GRSATBDBS DE L^OPéRA.
grand succès d'Androméefe prenait sa source dans la magnificence du spectacle et dans la splendeur apportée à la mise en scène. — < On aurait tort, dit Tascherean, d^attribner au mérite littéraire à! Andromède l'accueil qu'elle a reçu. Ovide peut en réclamer toute raction» et sans la nouveauté du spectacle le parterre se fût montré sans doute moins bienveillant; aussi, dans son Argument, Corneille avoue-t-il que cette pièce n'est que pour les yeux, et appuie-t-il seulement sur le bonheur avec lequel il a su appliquer l'art du machiniste à cet ouvrage. « Les machines, dit-il, ne sont pas, a dans cette tragédie, comme les agréments dé- « tachés : elles en font le nœud etle dénouement, <c et y sont si nécessaires que vous n'en sauriez « retrancher aucune que vous ne fassiez tomber « tout l'édifice. J'ai été assez heureux à lesinven- < ter et à leur donner place dans la tissure de ce « poème ; mais aussi faut-il que j'avoue que le
recueil (dont une seule partie, celle de basse-contre, existe à la Bibliothèque nationale) est placée une énitre dédicatoire, sinj^lièrement vaniteuse, « à Son Altesse royale Madame la duchesse de Savoye, > après quoi vienn^t les vers suivants :
Pour Monsieur Dassoucy, sur ses airs.
Cet antheur a quelque génie.
Ses airs me semblent assez doux :
Beaux esprits, mais un peu jaloux, Divins enfans de l'harmonie, F9e TOUS en mettes en courroux ; ▲polton aussi bien que tous 9e les peut ollyr ssm «ovie.
GORNBItLB.
FBRaiN BT GAMBBaT. 19
« svmr Torelli s'est surmonté lui-même à en € exécuter les dessins, et qu'il a eu des inven- € tions admirables pour les faireagir à propos (1) .»
(1) Histoire delà vie et des ouvrages de Corneilley 3« édition. *— An sujet de Torelli, Taschereaa ajoute ce qui suit : — « Ce Torelli, anauel les prodiges de son art avaient valu le surnom du grana sorcier, était un architecte vénitien, qui . avait inventé la manœuvre à Taide de laquelle on change toute une scène en un clin d'œil. Cette invention lui valut un grand renom et des rivaux acharnés. Des hommes masqués l'attaquèrent une nuit pour l'assassiner, et, grâce à une vigoureuse défense, il en rut quitte pour la perte de quelques doigts. Effrayé de ce revenant-bon de la gloire, il avait quitté l'Italie et était venu s'établir en France. »
Au sujet d'Andromèdey on lit encore, dans les Anecdotes dramatiqnes : — • Les grands applaudissements que reçut Andromède portèrent les comédiens du Marais à la reprendre après qu'on eût abattu le théâtre du Petit-Bourbon. Ils réussirent dans cette dépense, et elle fut encore renouvelée en 1682, par la grande troupe des comédiens, avec beaucoup de succès. Comme on renchérit toujours sur ce gui a été fait, on représenta le cheval Pégase par un véritable cheval, ce qui n'avait jamais été vu en France. Il jouait admirsmlement son rôle, et faisait en l'air tous les mouvements qu'il pourraitfaire sur terre. Il est vrai crue l'on voit souvent des chevaux vivants dans les opéras d Italie ; mais ils y paraissent liés d'une manière qui, ne leur laissant aucune action, produit un effet peu agréable à la vue. On s'y prenait d'une façon singulière, dans la tragédie d'Andromède, pour faire marquer au cheval une ardeur guerrière. Un jeûne austère, auquel on le réduisait, lui donnait un grand appétit, et lorsqu'on le faisait paraître, un gagiste était dans la coulisse, et vannait de l'avoine. L'animal, pressé par la faim, hennissait, trépignait, et répondait ainsi parfaitement au dessein qu'on s'était proposé. Ce jeu de théâtre de cheval contribua fort au succès qu'eut alors cette tragédie. Tout le monde s'empressait de voir les mouvements singuliers de cet animal, qui jouait si parfaitement son rôle. >
iÙ LES VRÂI8 GRÉATBURS D& JL'oPBEU.
Andromède avait moins d'importance encore au point de vae musical que de valeur au point de vue littéraire ; et ce qui le prouve, c'est que Corneille, qui s'extasie, sans doute avec justice, sur les « inventions admirables » de Torelli, ne trouve pas un mot à dire sur d^Assoucy, qu'il ne prend même pas la peine de nommer.
En réalité, les premiers ouvrages lyriques italiens représentés en France excitèrent surtout la curiosité, l'étonnement, l'admiration au point de vue de la splendeur du spectacle, de la beauté des décors, de la richesse des costumes, des prodiges de la machinerie, du luxe inouï de la mise en scène, mais ne produisirent qu'une impression médiocre en ce qui concerne la musique, qui ne flattait pas plus les auditeurs par sa valeur propre que par la façon dont elle était chantée (1). On sentit seulement, et comme par instinct, qu'il y avait là l'idée d'un très-beau spectacle, et que si le charme de la musique pouvait se joindre à de si admirables splendeurs scéniques, on obtiendrait
(i) A cette époque, Tart da chant paraissait beaucoup
{iivLs avancé en France (]u'en Italie, de l'aveu même des taliens sincères qui avaient pu comparer ce qui se faisait dans les deux pays. « Le fameux Luigi étant veau en France, dit Bourdelot dans son Histoire de Ui musique, et ayant ouï chanter nos musiciens, ne pou voit pins souffrir ceux d'Italie. » Et Saint-Evremond dit de son côté: « Il se les rendit tous ennemis, disant hautement à Rome, comme il a\oit dit à Paris, que, pour rendre une musique agréable, il fal- Init des airs italiens dans la bouche des François. «
PERRIN ET CAMBBRT. fi
an genre théâtral d'an effet noaveaa, d'an grand attrait et d'ane sîngalière puissance. On rêvait en qnelqne sorte l'opéra» mais sans le comprendre encore et sans en concevoir une idée nette. De là vinrent les essais qai se produisirent en divers genres. D'une part, Andromède se montra comme une < pièce à machines » à l'imitation des pièces italiennes, écrite en vers français et accessoirement agrémentée de musique ; de l'autre, de nombreux ballets montés avec une richesse scénique presque égale,et quelque peu entremêlés de chant, se donnaient fréquemmenl à la cour. Gela n'était pas encore l'opéra, mais cela y acheminait, y conduisait petit à petit. « Les ballets de cour, a dit M. Victor Fournel, ont préparé et précédé l'opéra: comme lui, ils déployaient toutes les ressources de l'art', de manière à captiver à la fois l'oreille, l'esprit et les yeux. La richesse et la variété des décorations s'y unissaient à la poésie, à la musique et à la danse pour enchanter les spectateurs. Un grand ballet mettait tout un monde en jeu: il y eut plus de sept cents personnes employées à celui d'Hercule amoureux (1). L'usage constant du merveilleux, les sujets allégoriques ou mythologiques y justifiaient l'emploi sur une large échelle
(I) Représenté sous le titre A'Ercok amants. C'était encore une pièce itaUenne> que j'aurai à mentionner plus tard, à la date de sa représentation.
des machiDes, portées alors à un degré de perfection qni n'a guère été dépassé depuis (1). »
Ce qui retarda Féclosion définitive du genre, c'est le préjugé dont j'ai parlé, et dont on retrouve la trace dans tous les écrits du temps. Les frères Parfait, dans leur curieuse Jït^lotr^ de V Académie royale de Musique^ restée inédite» s'expriment ainsi à ce sujet (2) : — On était dans le préjugé
(i) BiskÀredu halUt de cour, dans les Contemporains de Molière, t. II, p. 209.
(2) il me faut révéler ici nne supercherie littéraire assez curieuse, et dont personne n'a parlé jusqa'à ce jour. Il y a une trentaine d'années, le journal le Constitutionnel publia en feuilleton, sous une forme particulière et de façon à pouvoir être reliée commodément, une Histoire de V Académie royale de musiqiie depuis son établissement , 1645 (?) jusqu' en i7 09, composée et écrite par un des secrétaires de LuUi/, imprimée pour la première fois d'après un manuscrit faisant partie de la bibliothèque de M. le baron Taylor. Cette histoire de notre Opéra, curieuse en certaine de ses parties, donnait quelques renseignements intéressants et inconnu» jusqu'ici. Mais il faut bien déclarer que le prétendu secrétaire de LuUy, qui disait l'avoir rédigée, était un simple copiste et un imposteur effronté. La pablication du Con^ stitutUmnel n'est autre chose, en effet, que la reproduction, mutilée, de V Histoire de l Académie royale de musique des frères Parfait, qui n'a jamais été imprimée, et dont une copie fidèle, faite par les soins de Beffara, existe au dénartement des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Quel est l'auteur de la copie tronquée, donnée avec une fausse orieine, et qui avait pris place dans l'admirable bibliothèque de M. le baron Taylor? C'est ce que j'ignore. Tout ce nue j*ai pu établir, en comparant les deux textes, c'est qu un certain nombre de suppressions ont été faites par lui dans le cours de l'ouvrage, et qu'il a arrêté sa copie à l'année 1709, alori que les frères Parfait avaient poursuivi leur Histoire jusqu'à l'année 1741. — Je n'ai pas cm devoir laisser passer^ sans le mentionner, le fait assez singulier de
que les paroles françaises n'étaient pas susceptibles des mêmes mouvements et des mêmes ornements que les italiennes. Ce préjugé était si bien imprimé dans la tête des poètes lyriques de ce temps, que le fameux Benserade, si renommé pour ses ballets, n'osa jamais hasarder une scène entière à mettre en musique. » D'autre part, Lecerf de la Viefville de Preneuse disait, dans sa Comparaison de la musique italienne et de la musique françoise: — « Nous connoissions alors si peu nos forces, notre langue toute épurée qu'elle avoit été par MM. Malherbe, Balzac et Vaugelas, nous paroissoit si peu ce qu^elle est, que personne ne présumoit assez de soi et d'elle pour oser hasarder le moindre spectacle en airs françois. G'étoit stupidité et engourdissement, car on ne pouvoit pas ignorer que, dans les vieilles cours de nos rois, on avoit fait des ballets, où l'on avoit des récits et des dialogues, en plusieurs parties, sur des paroles françoises et avec succès. Lisez encore les vers chantans du ballet de 1582, pour les noces du duc de Joyeuse, vous y apercevrez des naissances de bon goût. Cependant, quoique Saint-Evremond, qui étoitdu
cette publication^ et je constaterai aussi l'erreur dans laqueHe est tombé Tascbereau, qui, dans son Histoire de Molière (3* édition, p. 178), cite comme étant de BefTaca înêine cette Histoire (manuscrite) de V Académie royale de musiqtie, alors qu'en tète de sa copie, Beffara, par une note étendue, nomme bien les frères Parfait comme auteurs de cet ouvrage.
temps de la minorité du roi (Louis XIV), nous apprenne qu'on s'ennuyoit fort à ces opéras italiens quoique Perrin nous dise qu'on y crioit au renard, et que la protection souveraine les pouvoit à peine garantir délie fischiaîe et délie merangole^ nos poètes, peu éveillés, croyoient qu'on gagnoit encore à s'y aller ennuyer. »
Ce sera l'éternel honneur de Perrin, son plus beau titre de sympathie aux yeux de la postérité, d'avoir compris que l'opéra français était chose possible, et d'avoir su le créer lui-même, avec l'aide de Cambert, sans s'inquiéter des critiques, intéressées ou noài^ dont ses essais furent l'objet avant même qu'il les eût livrés au public.
Qu'était-ce que ce Perrin, dont la naissance et la mort sont restées jusqu'à ce jour également mystérieuses, et que deux choses : la haine ardente de Boileau— haine littéraire, s'entend — et sa qualité de fondateur de l'Opéra, ont sauvé de l'oubli?
On ne sait que bien peu de chose sur lui, mais encore puis-je affirmer que les renseignements que je vais donner ici n'ont jamais été réunis, et que les biographes se sont toujours bornés, en ce qui le concerne, à donner les litres d'un certain nombre de ses ouvrages.
« Pierre Perrin (1), connu sous le nom de
Te
(1) Et non François, comme qnelqnes-nns Tout appelé r erreur. — Je viens de dire que la naissance et la mort e ce singulier personnage étaient restées mystérieuses jusqu'à ce jour. En effet, on ne connaissait la date ni de l'une ni de l'autre, et celle de la mort de Perrin avait été fixée ap-
groximativement et arbitrairement à Tannée 1680. M. Pierre lément, dan^ sa publication des Mémoires de Golbert, est le premier qui ait donné celle du 25 avril 1675, sans ap-
Suyer son assertion d'aucune preuve. Il était néanmoins ans l'exacte vérité, ainsi que le démontre cet extrait de l'acte mortuaire de Perrin, publié par Jal dans son DtcHonnaire critique de biographie et d'histoire : — « Le vendredi 26 avril 1675, fut inhumé Pierre Perin (sic), cy-devant introducteur des ambassadeurs et princes étrangers de feu Monseigneur le duc d'Orléans, aagé de 55 ans, pris rue de la Monnoye. > Cet acte, extrait des registres de Féglise Saint-Germain l'Auxerrois, nous fixe du même coup sur la date de la naissance de Perrin^ restée problématique aussi. Si Perrin était âgé de 55 ans lorsqu'il mourut le 25 avril 1675, il était né en 1619 ou 1620.
l'abbé Perrin, étoit né à Lyon, je ne sais quelle année, ni de quelle famille, » dit l'abbé Pernetli dans ses Recherches pour servir à Vhistoire de Lyon. Tout porte à croire qu'il était abbé de cour et non de fait, car Titon du Tillet dit de son côté, dans son Parnasse françois.'—aVervin vint à Paris et porta le petit collet; il se donna le titre d'abbé, qui lui fit plus d'honneur que de profit, car je ne crois pas qu'il ait possédé d'abbaye... » Néanmoins, il avait un frère dans les ordres, ce que lui-même nous apprend en relatant dans 1' « Avis » placé en tête de ses Œuvres de poésie quelquesunes de ses compositions : — » En suite, je
fis la Chartreuse, ou la description de la grande Chartreuse voisine de Grenoble, à la prière d'un frère que j'avois alors religieux de cet ordre, prieur d'une Chartreuse voisine, et pour gage de l'amitié que j'avois avec le révérend père Léon, général de l'ordre, lequel j'allay visiter deux fois dans ces montagnes (1). »
S'il n'est point certain que Perrin ait été abbé, il parait assuré du moins qu'il se maria. Tallemant des Réaux nous le fait savoir dans ses Historiettes, et donne à ce sujet les détails curieux que voici, en parlant d'un certain La Barroire, fils d'un ancien maire de la Rochelle :
(i) Les Œuvres de poésie de M' Perrin. Paris, Étieane Loyson, 1661, in-12.
PBRRIN ET GAMBBrT. 27
LaBarroire s'appeloit Bizet, et estoit filz d'un riche marc^hand de La R che le. Il espousa icy la fille de M. L'Hoste, beau-frère de rhUendant Arnaui. Après, il achepta un office ileconse'ller au Parlement qui luy cousta onze mille escus. Il se présenta pour estre reoeû, c'estoit une grosse beste; mais son beai-père avoit du crédit; on le receut à cause de luy. On disoit : c'est M. L'Hoste, et non son gendre, qu'on reçoit...
Cet homme se maria en secondes nopces avec la veuve du lieutenant-criminel L'Allemand; elle estoit catholique et s'appeloit Grisson en son nom; c'est une assez bonne famille de Paris. Cette femme n'avoit pas la plus grande cervelle du monde; mais avant que d'espouser ce dada, c'estoit une femme qui pouvoit passer. Une la traitta pas trop bien; il estoit fort avare, elle devint avare avec luy... La goutte Testrangla.
Sa veuve en liberté fit bien voir que son mary, tout beste qu'il estoit, lui estoit pourtant nécessaire; car elle concubina avec le bailly du fauxbourg Saint- Germain, qui logeoit chez elle : il lui escroqua quelque argent. Après elle fit encor pis ; car, ayant veû chez sa voisine, la veuve d'un peintre flamand nommé Yanmol qui est une grande estourdie, un garçon appelé Perrin, qui a traduit en meschans vers françois VËneide de Virgile, elle s'espritde ce bel esprit; et, quoyqu'elle eust soixante et un ans, elle Tespoiisa en cachette. Pour ses raisons elle disoit que le filz du premier lict, et son propre filz à elle qui est conseiller présentement, la mesprisoient. Il est vray qulls en parloient fort mal; mais elle avoit desjà fait cette
28 LBS VRAIS CRÉATEURS DB l'oPBRA.
extravagance. Ils disent qu'un conseiller de la Grand chambre Tavoit voulu espouser, mais qu'elle avoit respondu qu'elle estoit lasse de vieilles gens.
Elle fit venir, un matin, des tours de cheveux de toutes couleurs, hors de gris et de blancs, pour plaire davantage à M. Perrin, à qui les deux frères fermèrent la porte quelques jours après, comme cette femme fut tombée malade. Il- y alla avec le Lieutenant civil, mais il n'entra pourtant pas; il avoit affaire à un conseiller au Parlement. Cette femme, revenue de sa folie, déclara que la Yanmol Tavoit ennyvrée en meslant du vin blanc avec du clairet; et il en avoit quelque chose. Après elle mourut, et Perrin n'eut rien que ce quil avoit pu tirer du vivant de sa femme. Perrin et la Vanmol s'entendoient.
Le mariage ne profita donc guère à Perrin, qui, à la mort de sa femme, se retrouya Gros-Jean comme devant. L'infortuné, d'ailleurs, fut gueux toute sa vie, et la meilleure preuve, c'est que lorsqu'il mourut, il était en prison pour dettes. Il n'était évidemment plus un enfant quand lui arriva l'aventure racontée par Tallemant, puisque, au dire de celui-ci, il avait déjà fait sa traduction de VÉneide en vers français, et que ce ne sont point là jeux d'adolescent. Mais il cherchait sans doute ce qu'on appelle un établissement, et pensait avoir trouvé sa belle avec la veuve de La Barroire. L'affaire, malheureusement, ne tourna pas comme il avait pu l'espérer.
PEaaiN ET GAMBERT. 29
C'est cependant, je pense, à peu près à cette époque, et probablement vers 1645, qu'il traita avec Voiture de la charge d'introdacteur des ambassadeurs près de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, charge qu'occupait celui-ci et dont il se rendit acquéreur moyennant la somme de onze mille livres, somme assez considérable et qu'il ne dut pouvoir se procurer qu'à l'aide d'un emprunt. L'auteur de l'article inséré sur Përrin dans la Biographie Didoi dit qu'il acheta cette charge en 1659, mais il y a là une erreur matérielle et manifeste. Voiture étant mort en
Perrin devint en quelque sorte, par ce fait, le protégé de Gaston. Ce prince, intelligent et bien doué, mais qui manquait absolument de sens moral et qui ne se fit guère remarquer que par ses mœurs dissolues et son hostilité contre Richelieu, réunissait autour de lui une cour brillante où de jeunes gentilshommes trouvaient une école de plaisir et de dépravation. L'une de ses passions prédominantes était celle du théâtre et de tous les divertissements qui s'y rattachent, passion d'ailleurs générale à cette époque et qui était celle de la cour royale elle-même, lorsque le souverain était l'être morose et taciturne qui avait nom Louis XIII. Lors du premier séjour à Paris de Molière comme comédien, en 1644, Gaston s'était constitué le protecteur effectif de la troupe de
30 LES VRAIS GRÉATEUBS DE l'OPÉRA.
rillostre Théâtre (1) ; de plus, s'il ne se piquait pas personnellement de jouer la comédie» il prenait une part importante aux divertissements qu'il produisait dans son palais du Luxembourg, il dansait et chantait dans les ballets comiques et souvent licencieux que lui fournissaient, sur ses indications, ses poètes et ses musiciens (2), de même que Louis XIII, son frère, et plus tard Louis XIV, son neveu, dansaient et chantaient dans ceux dont L'Estoile et GoUetet, Maynard et Gombaud, Bordier et Benserade, Molière lui-même leur traçaient les canevas, et dont Mouliniez Gue-
(1) On pent consulter à ce snjet les docnments prodnits par M. Endore Soulié dans son li\ re : Recherchée sur Molière et sur sa famille, entre autres (p. 171), celai daté du 17 décembre 1644 et commençant par ces mots : * Furents présents Jean-Baptiste Poquelin, Germain Clérin, Nicolas Desfontaines, Denis Beys, Georges Pinel, darooiselles Madeleine Béjard, Madeleine Malingre, Catherine Bourgeois et Geneviève Béjard, tous associés pour faire la comédie sous le titre de l'Illustre Théâtre, entretenu par Son AUesse royale.,. »
(2) Dans l'histoire du ballet de cour insérée an deuxième volume de son excellent ouvrage : les Contemporains de Molière, M. Victor Fournel donne les détails suivants sur la nature des ballets et divertissements qui se dansaient à la cour de Gaston : — « Les libertés burlesques de ce genre se conservèrent dans la petite cour de Gaston d'Orléans, au Lnxemboarff. Le frère de Louis XIII garda, sous Louis XIV, la tradition des divertissements de la cour précédente, d'ailleurs si bien d'accord avec son caractère. Les ballets dansés chez Gaston se distinguent nettement de ceux qu'on dansait sous l'inspiration de Mazarin ou du jeune roi, et se reconnaissent pour ainsi dire au premier coup d'œil, tant à leur lieenee souvent ordarière qu'à leur bouffonnerie... •
PERRIN ET GAMBERT. 31
dron, Boësset, MoIIier et Lui) y éctiyaient la musique.
Perrin, que son inclination personnelle portait vers le théâtre, dut sentir ce goût s'accroître encore dans un tel milieu. Il n'est pas douteux que ridée d'écrire un opéra français, alors qu'on n'avait encore représenté en France que des opéras italiens et que Ton traitait ce projet de chimère et de folie, ne lui soit venue a la vue des nombreux ballets mêlés de chants que l'on dansait alors non-seulement à la cour, non-seulement chez Gaston, mais chez la plupart des grands personnages, dans les hôtels et les châteaux des plus grandes dames et des plus grands seigneurs : le ministre Colbert, le chancelier Séguier, le gouverneur de Paris maréchal de THospital, le grand maître de l'artillerie La Meilleraye, le prince de Condé, le duc de Gramont, M. et M°*® de Guénégaud, les duchesses de Montbazon, d'Aiguillon, de Gbevreuse, de Rohan, de Choisy, de Ghâlillon, les marquises de Bonnelle, de Gouville, etc., etc.
Toutefois il réfléchit longtemps avant de mettre son projet à exécution, et non^seulement s'y prépara, mais y voulut préparer de longue main les musiciens en leur donnant à mettre en musique des vers d'un tour particulier, d'un sentiment jusqu'alors inusité, de formes nouvelles et irrégulières, propres à briser leur inspiration à certaines difficultés pratiques et rbythmiques, à leur
faire exprimer des sensations nouvelles, et à les mettre enfin, peu à peu, en état d'aborder ce qu'il appelait le genre lyrique, c'est-à-dire le genre dramatique proprement dit. En cela on reconnaît que Perrin était vraiment intelligent,et qu'il ne voulait rien livrer au hasard. Il avait d'ailleurs une qualité qui le rendait particulièrement apte au rôle qu'il voulait jouer, et qui devait aider à sa réussite : il était musicien, ainsi que lui-même le donne à entendre dans l'avant-propos placé en tête du recueil de ses Œuvres de poésie, publié en 1661 . Dans cet avant-propos, après avoir mentionné une partie des poésies qui forment le recueil, les Jeux de poésie ou les Insectes, la Chartreuse, la traduction de VÉnéidey les Sonnets héroïqueSy les Mélanges de poésies diverses, Perrin s'exprime ainsi en s'adressant au lecteur : — «... Tu trouveras ensuite un recueil de Paroles de musique ou de vers à chanter, mis en musique en divers temps par les plus illustres musiciens du royaume. Ces vers sont ceux que nous devrions proprement appeller lyriques,c'est-à-dire propres à estre chantez sur la lyre ou avec l'instrument, et demandent un génie et un art tout particulier que j'ose dire peu connu et presque ignoré jusqu'icy déjous les poètes anciens et modernes. Grecs, Latins, Ilar liens. Espagnols et François : entre lesquels on ne trouve que peu ou point d'Orphées, c'est-à*^ dire de poètes musiciens ou de musiciens poètes,
PBRRIN ET GAMBBRT. 33
qui ayent sceu marier les deux sœurs la poésie et la musique, leurs vers lyriques et leurs chausons prétendues n'estant rien moins que du lyrique et des chansons, au témoignage des musiciens les plus éclairez : mais comme cette matière curieuse est trop vaste pour estre traittée dans un avantpropos, je me contenteray de te donner en ces paroles de musique des exemples de la prattique de cet art admirable, me réservant, si j'ay du loysir, à t'en donner un traitté particulier... »
On peut dire en toute justice que les vers de ces chansons, que Perrin appelle « paroles de musique » et qui, selon lui, « demandent un génie et un art tout particulier, » ne sont que de simples prétextes à musique ; voici certainement, dans un genre réaliste, les meilleurs de ce petit recueil, et les plus imagés :
Sus! sus! pinte et fagot!
Sans soucy de Técot
Buvons à tasses pleines; Achevons^ achevons de remplir nos bedaines.
En deussions-nons crever, trinquons jusqu'à demain, n est beau de mourir les armes à la main.
Du vin, du sautcisson.
Du pâté, du jambon,
Des ragoûts, des saulcisses^ Du salé, du salé, du poivre, des épiées.
En deussions-nous, etc.
Il est certain que Perrin avait l'imagination peu poétique, et que son vers est généralement vulgaire, pour ne pas dire trivial. Mais, en ce qui concerne les pièces destinées par lui à être mises
en Qînsiqne, oo ne peut nier que ces pièces présentent à ce point de y ne des qualités réelles et très-appréciables. Lorsque Boilean le fustigeait avec Pacharnement que Ton sait» il le considérait sous le rapport général, et s'inquiétait peu, évidemment, des efforts que faisait Perrin pour être utile aux musiciens. Faut-il, disait-il alors,
Fant-il d'an froid rimenr dépeindre la manie? Mes vers, comme nn torrent, coulent sar le papier; Je rencontre à la fois Perrin et Pelletier, Bonnecorse, Pradon, Golletet, Titreville; Et pour an que je veux, j'en trouve plus de mille (1).
Perrin n'avait pas trop à se plaindre, d'ailleurs, de ces anathèmes, puisqu'il les partageait avec un yrai poète, Quinault, que Boileau n'a jamais compris, et à qui la postérité a su rendre justice :
Et qu'ont fait tant d'auteurs^ pour remuer leur cendre?
Que vous ont fait Perrin, Bardin, Pradon, Hainaut,
CoUetet, Pelletier, Titreville, Quinault,
Dont les noms en cent lieux, placés comme en leurs niches,
Vont de vos vers malins remplir les hémistiches?
Ce qu'ils font vous ennuie ! le plaisant détour !
Ils ont bien ennuyé le roi, toute la cour,
Sans que le moindre édit ait, pour punir leur crime.
Retranché les auteurs, ou supprimé la rime (2).
Et ce n'est pas la seule fois que l'auteur du Lutrin ait accolé le nom de Perrin à celui de Quinault; un peu plus loin, dans la même satire, il dit encore :
(1) Satire VH, v. 42-46.
(2) Satire IX, v. 96-104.
PBARIN AT CAIOERT. 35
Toatefois, s'il le faut, je veux bien m'en dédire, £t, poar calmer enfin tons ces flots d'ennemis, Réparer en mes vers les maax qu'ils ont commis. Paiisque vons le voulez, je vais changer de style. Je le déclare donc : Qainaalt est an Virgile ; Pradon comme un soleil en nos ans a para; Pelletier écrit mieax qu'Ablancoort ni Patru; Cotin, à ses sermons traînant tonte la terre, Pend les flots d'auditeurs pour aller à sa chaire ; Sofal est le phénix des esprits relevés ; Perrin.... Bon, mon esprit, courage! poursuivez. Mais ne voyez-vous pas que leur troupe en furie Va prendre encor ces vers pour une raillerie ? Et Dieu sait, aussitôt, que d'auteurs en courroux, Que de rimeurs blessés s'en vont fondre sur voust.. (1).
Les brocards dont il était Tobjet n'empêchèrent pas Perrin de suivre la voie qu'il s'était tracée. Tout le monde, d'ailleurs, ne partageait pas l'opinion de Boilean au sujet de cet enfant perdu des
(1) Ibidem, v. 290-304.
Dans la satire X, Boileaa dit encore au sajet de Perrin :
Mais qui vient sar ses pas f c'est une précieuse. Reste de ces esprits jadis si reaominés Qae d'an coup de son art Molière a diffamés.
De tons lears sentimens cette noble héritière Maintient encore ici lear secte façonnière.
C'est chez elle toujours que les fades auteurs S'en Tout se consoler du mépris des lecteurs. Elle y reçoit leur plainte ; et sa docte demeure Aux Perrins, aux Goras est ouverte à toute heure.
Et dans Tépigramme XYIl :
Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force, De vos vers recevoir le prix; Venez prendre dans mes écrits La place que vos noms demandent.
Linière et Perrin vous attendent.
Enfin, dans l'esquisse en prose de la. satire IX, dans d'antres endroits de la satire X et ailleurs encore, on tronve des traits semblables contre Perrin.
Muses. La Viefville de Preneuse, dans sa Comparaison de la musique italienne avec la musique françoise (1), parle de lui en ternies particulièrement élogieux : — « S'il avait plus limé ce qu'il faisoit, dit cet écrivain, il auroît été un auteur excellent. Pour l'esprit, il l'avoit heureux et fécond... Lisez le recueil de ses poésies, vous y remarquerez souvent ce tour aisé et coulant qui est le fond des bonnes paroles chantantes, et des paroles latines qu'il assembla pour le mariage de feu Monsieur avec Henriette d'Angleterre m'ont fait juger qu'il auroit le même talent pour fournir des paroles excellentes aux compositeurs de musique d'église (1). »
Pour ma part, je confesserai que je ne partage, en cette occasion, ni l'antipathie violente de Boilèau, ni l'enthousiasme exagéré de Bourdelot. J'ajouterai, pour en revenir à l'œuvre à laquelle on peut dire qu'il consacra sa vie, que Perrin avait tout ce qu'il fallait pour mener à bien cette œuvre, longuement méditée par lui. Vivant au milieu d'une cour acharnée au plaisir, d'une société vraiment affolée de théâtre^ à une époque où la musique était en quelque sorte la déesse régnante et servait de passe-temps universel, il apportait une idée qui touchait la fois à la musique et au théâtre^ et qui, bien que l'on contestât la possibilité de sa
(1) Reproduite par Bourdelot dans son Histoire de la musique depuis son origine. (V. celle-ci, t. III, p.l60-16i.)
PERRfN ET CAMBERT. 37
mise en pratique, semblait fatalement appelée à réossir. Ayant beaucoup vu et beaucoup coiùparé sous ce rapport, étant allé s'instruire spécialement en Italie (sa lettre remarquable à l'abbé de la Rovere, qu'on lira plus loin, en donne la certitude), familier du moins avec la langue de ce pays, n'étant pas ignorant des choses de la musique et les connaissant d'autant mieux qu'il fréquentait beaucoup les musiciens, il réfléchit mûrement à cette idée, la creusa de toutes façons, s'entoura évidemment de conseils intelligents, et sut mettre toutes les chances de son côté au jour du grand combat. Avec tout cela habile en intrigues, adroit, souple, avisée ingénieux, difficile à rebuter, tout justement honnête, peu enclin au scrupule, madré à dire d'experts, enfin protégé par les grands, cet être singulier, qui devait trouver dans sa situation à la cour de Gaston d'Orléans des facilités particulières et qui, après la mort de ce prince, parut devenir un instant le favori de Mazarin, auquel il dédia son recueil de poésies, réunissait toutes les qualités nécessaires au rôle qu'il voulait jouer, et joignait à ces qualités Ténergie, la persistance et la force de volonté qui savent venir à bout de toutes les difficultés et triompher de tous les obstacles. Nous verrons plus tard comment, faisant un choix parmi ses musiciens préférés et prenant Cambert pour collaborateur en cette vaste, entreprise, il sut, en associant la fortune de celui-
ci à la sienne, réaliser le projet qu'il avait conçu et doter la France d'une forme artistique qui jusqu'alors lui était inconnue (1).
(1) En dehors de Cambert, ]e musicien pour qui Perrin professait la plus vive admiration était Lambert, artiste qui faisait preuve d'un triple talent comme compositeur, chanteur et joueur de luth, et qui fut le beau-père de Lully. C'est pour lui que Perrin fit ce sonnet :
Âmphion de nos jours, alors qae je te Tois Dans ton cercle brillant de beautez sans pareilles, Qui prêtent à tes chants le cœur et les oreilles. Et se laissent ravir au charme de tes doigts.
Je crois voir les petits du doux chantre des bois, Qui d'un père sçavant écoutent les merveilles; On bien un jeune essaim de naissantes abeilles. Qui suivent les accents d'un luth on d'une voix.
Je pense voir Orphée aux Nymphes de la Thrace, Ou le docte Apollon aux Vierges du Parnasse, Apprendre tonr à tour mille chants amoureux ;
Ou, si ce n'est point trop s'emporter aux louanges, ^ L'Archange qui préside an chœur des Bienheureux ^ Conduire dans le ciel la musique des Anges.
Parlons maintenant de Gambert, qni était un artiste d'un vrai talent, à qui l'histoire n'a pas fait la place qu'il mérite. Les détails de sa vie sont, aussi bien qu'en ce qui concerne son ami et collaborateur Perrin, pour la plupart inconnus. A force de chercher pourtant, j'en ai pu réunir quelquesuns, qui vont me servir à reconstruire en partie sa physionomie intéressante.
« Robert Gambert, fils d'un fourbisseur, dit Fétis, naquit à Paris vers 1628. Âpres avoir reçu des leçons de clavecin de Ghambonnières, le plus célèbre maître de son temps, il obtint la place d'organiste de l'église collégiale de Saint-Honoré, et quelque temps après fut nommé surintendant de la musique de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. Dès 1666, il occupait cette place (1). » Il l'occupait même avant cette époque,car dans un recueil de lui que j'ai eu la chance de découvrir e|; dont je parlerai plus loin, recueil qui porte la date de 1665, il fait suivre son nom de la qualification de «maistre et compositeur de musique de la Reyne Mère » . On peut donc croire qu'il était âgé d'environ trente-cinq ans lorsqu'il fut appelé à ces importantes fonctions, pour lesquelles on avait
(i) Fëtis : Biographie universelle des MuHdens.
évidemment dû choisir un artiste déjà réputé d.?ns le public et bien posé parmi ses confrères.
Le titre seul d'élève de Chambonnières serait d'ailleurs, à défaut d'autre témoignage, une présomption suffisante en faveur du talent et de la valeur personnelle de Gambert. Ce grand artiste, qui élait le premier claveciniste de son temps, en avait formé un grand nombre d'excellents, à la tête desquels il faut surtout placer les trois premiers Gouperins (notamment Louis, qu'il produisit à la cour de Louis XIII), Gambert, Hardelle, Buret, Gautier, LeBègueetd'Anglebert.« Jacques Gbampion de Ghambonnières (1), dit Amédée Méreaux, est le chef de l'école des clavecinistes français. Il a, par lui-même et par ses œuvres, fondé et illustré cette école, dont les plus célèbres représentants ont été immédiatement ou traditionnellement ses élèves. Son père, Jacques Ghampion, organiste et compositeur distingué sous le règne de Louis XIII, a laissé, en manuscrit, des pièces d'orgue d'un style correct. Son grand-père, Antoine Ghampion, était un célèbre organiste sous le règne de Henri IV. On a de lui, en manuscrit, une messe à cinq voix... Ghambonnières avait reçu de Louis XIV la charge de premier clave-
(i) « Jacques Ghampion prit le nom soas leyael il est plus connu de la terre de Chatnbonnières, en Brie, don; il avait épousé Théritiëre. » (Fétis^ Biographie universelle des musiciens,)
.PBRRIN ET GAHBERT. 41
ciniste de la ehambre du roi. U était bien aassi, en effet, le premier des clayecinistes de son temps. U charmait ses contemporains, de la cour et de la ville, par un jeu d'une extrême suavité, qu'il obtenait par la manière dont il attaquait les touches du clavecin pour en tirer des sons d^une qualité exceptionnelle (1). »
Od conçoit qu'un élève déjà bien doué au point de vue de l'intelligence et des aptitudes, devait devenir, sous la direction d'un tel maître,- un artiste particulièrement distingué. Il n'est sans doute pas téméraire de supposer qu'à l'étude qu*il leur faisait faire du clavecin, Ghambonniëres joignait, pour ses disciples, des conseils relatifs à la composition, et ceci encore serait à leur avantage, car les ouvrages sortis de la plume de ce grand virtuose renferment d'excellentes qualités (S). En ce qui concerne personnellement Gambert, il est peut-être permis de croire qu'il était l'un des favoris de son maître, et que les relations de celui-ci avec la cour ne lui furent pas inutiles pour obtenir l'emploi,
(i) Amédée Méreanx : Les Clavecinistes, de 1637 d 1790. — Paris, Heugel, in-folio.
(2) — « On trouve chez B. Christophe Ballart^ dit Titon du Tillet dans son Parnasse français, deux livres imprimés des pièces de Ghambonnières, dont les maîtres de l'art font encore estime, surtout d'une suite en G sol ut : tous les amateurs du clavecin connaissent la Courante de cette suite, et la pièce intitulée le Mutier ou la Marche du marié et de la mariée, » Aujourd'hui encore, après plus de deux siècles, la lecture et Tétude de ces compositions ne sont pas sans intérêt.
assurément disputé, de surintendant de la musique de la reine mère.
Ce qui est certain, c'est que Cambert se fit de bonne heure une grande réputation, non-seulement comme organiste et claveciniste, mais aussi comme compositeur, dans le genre sacré et dans le genre profane. « On peut, dit Boindin, on peut dire que les premiers qui ont introduit un beau chant en France sont Boésset, Cambert, Bacilly et Lambert, et que ceux qui ont commencé à le bien exécuter sont Nierz, M"® Hilaire, la petite la Varenne, et le même Lambert (1). » Cambert composait en grand nombre des motets, des airs de cour» des airs à boire, qui obtenaient un trèsgrand succès ; mais par malheur il en a fort peu publié, de sorte qu'il nous est difficile de juger directement de la valeur de ces compositions, qui, de son vivant, étaient accueillies avec une rare faveur et lui méritaient les éloges de tous ses contemporains. Sous ce rapport, il partageait la sympathie publique non-seulement avec Boésset, Bacilly et Lambert, qui viennent d'être nommés, mais aussi avec plusieurs autres artistes fort distingués en ce genre, Moulinier, Cambefort,Le Camus, Perdigal, Mollier, etc.
Cambert, dont la situation matérielle devait être florissante, puisqu'il était à la fois organiste
(1) Boindin : Lettres historiques sur tous les spectacles de Paru. (Paris, Prault, 1719, in-120
PERRIN ET GAMBERT. 43
de l'église Saint-Honoré et surintendant de la musique de la reine mère, et qu'il était trèsrecherché comme professeur, se maria d'assez bonne heure. Il y a peu de temps qu'on a eu la preuve de ce fait, qui a été découvert par un infatigable fureteur, Jal, et mentionné par lui dans son utile Dictionnaire critiqtie de biographie et d'histoire. « Gambert se maria en 1655 », dit cet écrivain, qui reproduit ainsi qu^il suit l'acte de ce mariage : — « Le mardy 30* jour de juin (1655), trois bàns publiés à St-Eustacbe, et dans cette paroisse, ont esté fiancez le dimanche 27® du présent mois, et mariés Robert Gambert, organiste, natif de Paris, fils de feu Robert Gambert et de Marie Moulin, de la paroisse St-Eustache, et Marie Du Moustier, fille de feu Jacques Du Moustier, vivant tailleur d'habits à Pontoise... (signé) Gambert, etc. » (Saint-Jean-en-Grève.) Cet acte nous renseigne non-seulement sur un fait important de la vie de Gambert, mais encore sur son origine et son ascendance. Jal nous apprend encore que du mariage de Gambert naquit un enfant : « De son mariage, dit-il, notre Robert Gambert eut au moins une fille ; je ne sais sur quelle paroisse elle naquit. Ge que j'ai appris, c'est que Marie- Anne Gambert épousa un musicien nommé Michel Farinelli, et que tous deux vivaient en 1679. Alors Robert Gambert était mort, et un acte que j'analyse dans l'article que je con-
44 LES y BAIS CRÉATEURS DE l'oPÉRA.
sacre à Farinelli donne encore au défont le titre d' c intendant delà musique de la Reine de France.» Je crois l)ien que Cambert conserva ce titre jusqu'à répoque où, indignement frustré par Lully des fruits de son travail, il quitta son pays pour s'en aller en Angleterre, et mourut à Londres au bout de peu d'années, selon les uns, du chagrin que lui aurait causé la ruine de ses espérances légitimes, selon d'autres, assassiné. — Mais je n^en suis pas encore là de mon récit.
J'ai dit que Cambert avait beaucoup composé et que, par malheur, il n'avait publié que fort peu de ses compositions. Il écrivit des motets pour le service de son église, des airs de cour et des morceaux de symphonie pour la musique de la reine mère, enfin, selon le goût de l'époque, qui était friande de ce genre de productions, de nombreuses chansons à boire. Dans le livre de Perrin que j'ai déjà cité, se trouvent « Diverses paroles de musique, pour des airs de cours, airs à boire, dialogues, noëls, motets et chansons de toute sorte, mises en musique par les sieurs Molinier, Gamefort, Lambert, Perdigal, Cambert, Martin et autres excellents musiciens. » La part de Cambert est la plus forte dans ce partage, car je ne trouve pas moins, dans cette collection, de treize poésies mises en musique par lui. En voici la liste : 1. — Dans le désespoir où je suis...^ air de cour sur une absence ;
PERRIN ET GAMBERT. 45