‹ Les YougoslavesChapitre 1 sur 15 · BUE MADAME, 1,3 PARIS · texte numérisé non relu

BUE MADAME, 1,3 PARIS

AVANT-PROPOS

Cette brochure a un caractère purement informatif. Elle a pour but de présenter dans ses grandes lignes un important problème international autour duquel, semble-t-il, les démocraties occidentales tout comme la diplomatie professionnelle ont organisé la grande conspiration du silence.

Pourtant, la question yougoslave, sous son aspect étroit de question serbe, a été, au cours de la dernière dizaine d'années, une des plus graves préoccupations de la politique internationale. C'est que son acuité intrinsèque aussi bien que ses attaches avec les grands problèmes européens l'avaient placée au centre des événe-

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ments politiques. Aussi la trouvons-nous aux origines du présent conflit universel.

La guerre n'a fait que rendre plus évidente encore l'importance du problème serbe, qui comporte l'unification de tous les Slaves du Sud en un État national indépendant. L'écrasement de la Serbie a montré à l'Europe la nécessité de créer, au seuil des Balkans, une solide barrière contre la poussée des Empires germaniques vers l'Orient. D'autre part, l'état de révolte dans lequel se trouvent les populations yougoslaves d'Autriche- Hongrie et les cruelles persécutions auxquelles le gouvernement de la Monarchie dualiste a, au cours de la présente guerre, soumis les Yougoslaves, (*) rend impossible le maintien ultérieur de ceux-ci sous la dépendance de la maison des Habsbourg.

Le prochain traité de paix, qui établira le futur statut de l'Europe et du monde en général, en créant la Société des Nations, devra résoudre aussi le problème yougoslave d'une façon définitive et intégrale. La stabilité dans

f1) Les autorités militaires austro-hongroises, sous prétexte de garantir la sécurité des convois militaires, ont pris des otages dans les pays yougo-slaves.

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les Balkans et la paix de l'Europe sud-orientale sont à ce prix.

L'auteur de cette brochure n'est pas un nationaliste. Tous les combats d'avant-guerre auxquels il a pris part, il les a livrés sur le champ de bataille politique, social et intellectuel, dans les rangs de la démocratie pacifiste et humanitaire. Plus encore : en voyant, en 1911, parmi la jeunesse universitaire yougoslave, monter la vague nationaliste révolutionnaire, qui devait fatalement aboutir à l'attentat de Sarajevo, il a tenté un suprême effort pour enrayer le mou- , vement en le dirigeant vers des voies pacifiques. Cet effort fut vain, car le mouvement irrédentiste yougoslave était, selon^le mot de E. Durkheim, un fait social « doué d'une puissance impérative et coercitive en vertu de laquelle il s'impose » — et brise les résistances. Une expérience de .plus était acquise : si un peuple se trouve dans un état d'esclavage politique, aucune lutte sociale ni morale efficace n'est possible, — expérience que les démocrates polonais, tchèques, alsaciens-lorrains, arméniens, etc. pourront confirmer.

La guerre actuelle est donc appelée à résoudre définitivement le problème des nationalités, en

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instituant indistinctement pour tous les peuples, un régime de liberté politique et économique. C'est la condition primordiale de tout progrès social.

Si la guerre finit par une paix impérialiste v ou une « paix blanche » qui laisse pendant le problème de la libération des peuples opprimés, les effroyables sacrifices en vies humaines et en richesses matérielles supportés dans cette guerre, auront été inutiles, et dans un avenir plus ou moins proche, il faudra en consentir d'autres. Mais alors les signataires d'une pareille paix ne mériteraient-ils pas d'être livrés à l'exécration de la postérité au même titre que les impériaux criminels qui ont déchaînés la guerre?

Comme, dans cette brochure, il est question du différend italo-yougoslave, un petit renseignement d'ordre personnel ne semblera peutêtre pas inopportun. Comme journaliste en Dalmatie, l'auteur de la présente brochure appartenait au parti populaire croate, présidé par le député Smodlaka (arrêté au début de la guerre). Ce parti, résolument hostile au système gouvernemental autrichien, avait mis en avant, comme principal point de son programme,

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« l'entente avec les Italiens ». La campagne que l'auteur mena dans l'organe du parti, la Sloboda (Liberté), en faveur de l'université italienne à Trieste eut un certain retentissement, aussi bien dans le camp nationaliste yougoslave que dans les milieux italiens de la monarchie. L'opinion donc que l'auteur .émet au sujet du problème de l'Adriatique, est susceptible d'éclairer le lecteur sur l'attitude probable que pourront prendre les éléments démocratiques yougoslaves, les mieux disposés envers l'Italie, à l'égard de certaines revendications italiennes dans l'Adriatique.

Devant condenser, en un nombre de pages très limité, de vastes matières touchant le côté politique de la question yougoslave, cette brochure est nécessairement sommaire, et même sur quelques points insuffisante. Le lecteur qui voudrait s'informer plus amplement sur l'un ou l'autre point du problème yougoslave, pourra choisir dans la bibliographie qui fig»re à la dernière page, les ouvrages qui lui conviennent le mieux.

Paris, janvier 1918.

es pays yougoslaves se trouvent situés

JLidansla moitié Nord-Ouest de la péninsule balkanique, et de là, leurs ramifications s'étendent aussi dans les provinces voisines des Alpes et dans la partie méridionale de la plaine de Pannonie. Dans leur ensemble, ils ont la forme d'un grand triangle dont l'hypothénuse serait formée par la vallée de l'Isonzo et le littoral adriatique ; l'un des côtés, par la ligne reliant le bassin de la Drave au lac Balaton et se

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