SITUATION GÉOGRAPHIQUE
méridionale (89 0/0), la Carinthie (67 0/0), Trieste (31 0/0), le Medjumurie (92 0 /0), la Batchka (37 0/o/), le Banat (les comitats de Torondal)et deTémesvar (28 0/0). L'étendue de ce territoire est de 260.000 kilomètres carrés.
Considérés dans leur ensemble, les pays yougoslaves se présentent ainsi : au milieu, apparaît une vaste dépression traversée par les principaux fleuves yougoslaves, le Vardar, la Morava et la Save. C'est la dépression centrale, dans laquelle se trouvent les contrées yougoslaves centrales : la Carniole avec certaines parties de la Styrie, la Croatie avec la Slavonie, la Bosnie, la Serbie de la Morava et celle du Vardar ; elle est sillonnée par des routes qui ont joué un rôle important dans l'histoire et dans les événements présents.
A l'ouest de cette dépression se dressent les montagnes du système dynarique, séparées des Alpes par la vallée de l'Isonzo et la plaine de Liubliana (Laibach), couvrant comme un rempart gigantesque toute la partie ouest des
ville de Goritz ne sera pas difficile, si l'on prend comme base la volonté populaire et les intérêts économiques de la ville.
pays yougoslaves et se prolongeant, par la Serbie du Vardar (Macédoine), jusqu'en Grèce. Toute cette longue suite de chaînes montagneuses constitue une unité dont fait aussi partie toute la région de l'Adriatique avec toutes les îles jusqu'au Cap de Monte Gargano, en Italie. Les îles dalmates ne sont que les sommets de montagnes dinariques dont la majeure partie a été submergée.
La dépression dont nous parlions tout à l'heure £st limitée à l'est par la chaîne partant des Carpathes méridionales pour aboutir au Balkan et à la montagne de Rilo.
Situés sur la route continentale la plus courte et la plus commode qui conduit de l'Europe centrale en Orient, les pays yougoslaves ont de tout temps joué le rôle de barrière contre tous les conquérants venus soit de l'ouest, comme actuellement ; soit de l'est comme au Moyen âge.
Par le nom de Yougoslaves ou Slaves du Sud, nom qui date de la seconde moitié du xixe siècle
— nous entendons les Serbes, les Croates et les Slovènes. Les Bulgares qui, par le sang et par la langue, appartiennent, eux aussi, à la famille - yougoslave, préfèrent pour des raisons politiques, rester en dehors d'elle. Aussi, en parlant des Yougoslaves au point de vue politique, c'est-à-dire comme d'un peuple devant former une nation unique, il faut s'en tenir à la réalité politique, laisser de côté les considérations théoriques, et ne regarder comme Yougoslaves que ceux qui, en réalité, veulent l'être.
Au point de vue linguistique, il n'y a aucune différence entre les Serbes et les Croates, car ils parlent et écrivent tous une même langue. Seulement les Serbes emploient de préférence, dans l'écriture, les caractères cyrilliques, comme les Russes et les Bulgares, tandis que les Croates se servent des caractères latins, comme les Slovènes, les Tchèques et les Polonais. Il va sans dire que tout Serbe ou Croate instruit, connaît et emploie couramment les deux écritures. Sur l'initiative des sociétés savantes et littéraires, un fort mouvement se dessine en faveur de l'unification de l'écriture.
Les Slovènes, au point de vue de la langue, diffèrent des Serbo-Croates en ce qu'ils ont
adopté comme langue littéraire le dialecte parlé en Carniole ; c'est celui qui est aussi en usage chez les paysans de la Croatie nord-occidentale. Entre ce dialecte et la langue littéraire serbocroate, il n'y a pas plus de différence qu'entre le français pur et le patois parlé par les paysans de l'Ile-de-France. D'une manière générale, on peut dire que les Yougoslaves, en ce qui concerne la langue, sont un des peuples les plus homogènes.
En matière de religion, il y a chez les Yougoslaves plus de diversité. Les croyances de la population yougoslave se répartissent en trois grandes confessions : orthodoxe, catholiqueromaine et musulmane. Le catholicisme est la religion des Slovènes et d^s Croates ; l'orthodoxie est pratiquée par les Serbes et l'islamisme a gagné une partie de la population de la Bosnie- Herzégovine et du Monténégro (l). La diversité de religion est le seul signe par lequel on cherche à distinguer les Serbes des Croates, et encore combien est-il précaire et flottant !
j1) La population yougoslave, d'après la religion, est ainsi répartie : 5.800.000 orthodoxes, 4.500.000 catholiques, 650.000 musulmans, 50.000 protestants, juifst nazaréens, etc.
Sans parler des indifférents et des libres-penseurs, pour lesquels ce signe perd toute sa valeur distinctive, les musulmans de Bosnie- Herzégovine, tous Slaves, se disent indifféremment Serbes ou Croates. A eux non plus cet indice ne peut être appliqué. Mais le plus grand embarras Vient de ce que nombre de catholiques se disent Serbes et certains orthodoxes veulent être Croates.
D'ailleurs la diversité de religion n'a joué qu'un rôle bien médiocre dans l'histoire et dans le développement des relations réciproques entre les trois branches de la nation yougoslave. On n'a jamais vu, au cours de leur histoire, les Yougoslaves catholiques et orthodoxes se battre entre eux pour des divergences de foi» La haine et l'intolérance religieuse sont restées étrangères à l'esprit national yougoslave, dont le sens élevé est exprimé dans cet admirable adage populaire : « Brat je mio ko je vere bio » : « Tout frère est cher, quelle que soit sa religion !
Les Yougoslaves sont un des peuples les plus démocratiques. Les privilèges des classes sont nuls ou presque nuls ; et là où l'on trouve quelques traces de féodalisme, en Croatie et en Bosnie- Herzégovine, ces institutions, ainsi que
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leurs bénéficiaires, n'ont rien de commun avec la vie nationale. Ce sont des parasites apportés par la domination étrangère et qui disparaîtront avec elle. Le peuple yougoslave lui-même est une démocratie rurale (80 à 90 0 /0 de la population s'occupe d'agriculture et d'élevage).
Le total de la population yougoslave est de 11 millions d'âmes. A ce nombre il faut ajouter plus d'un million de Yougoslaves émigrés dans les deux Amériques.
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HISTOIRE
Dès leur arrivée dans la plaine pannonienne, dans les Balkans et sur l'Adriatique — au cours des vie et vne siècles — les Yougoslaves se sont trouvés entourés par de grandes nations conquérantes, contre lesquelles ils ont dû défendre leur vie et leur indépendance. A l'Ouest c'étaient les Francs ; au Sud-Ouest, les Vénitiens ; au Nord, les Magyars ; à l'Est, les Bulgares et les Byzantins et, plus tard, les Turcs.
HISTOIRE
Néanmoins les Yougoslaves réussirent à fonder des États nationaux puissants.
Les premiers à se constituer en nation politique indépendante ont été les Slovènes. Cependant leur État n'a eu qu'une courte durée (662- 778) et a bientôt sombré sous la puissante emprise de Charlemagne. A partir de cette époque jusqu'aux temps napoléoniens, les pays Slovènes ont fait partie de l'empire germanique.
Après les Slovènes, vinrent les Croates. Le berceau de l'État croate (880-1102) fut la Dalmatie, à la quelle s'unit la Croatie pannonienne. Après l'extinction de la dynastie nationale, les féodaux croates choisirent pour monarque, Coloman, roi de Hongrie, apparenté à la dynastie croate (1102). Par cette union libre et purement personnelle, le royaume croate n'a pas perdu son caractère d'Etat indépendant, distinct de la Hongrie elle-même — caractère qui lui a été reconnu dans tous les actes publics avant trait aux changements d'ordre dvnastique ou constitutionnel (élection de la maison de Habsbourgs au trône de Saint-Étienne (1527), Pragmatique Sanction (1722) et compromis hungaro-croate de 1868). Il va sans dire que cette indépendance ne subsiste qu'en théorie*
En réalité, les Magyars, avec la complicité de la dynastie, traitent la Croatie en province conquise, et dès que surgit un conflit, ils recourent à la violence, à la suspension de la Constitution et à la nomination de commissaires royaux, investis de pouvoirs dictatoriaux.
Deux autres Etats yougoslaves ont encore eu des moments d'éclat. Le berceau du premier a été la Bosnie (1180-1463). Le second, fondé par la dynastie serbe des Nemagnides, (1159) embrassait la partie centrale et sud-orientale de la péninsule balkanique, notamment la Serbie, le Monténégro ou la Zeta, la Macédoine, une partie de l'Albanie, de l'Épire, de la Thessalie, etc. Sous le règne de l'empereur Etienne Douchan le Grand, c'était le plus puissant État des Balkans. Son organisation politique et militaire, le degré de civilisation de sa population étaient fort avancés. Les nombreux monuments historiques et artistiques qui ont survécu à la chute de l'empire serbe, en sont la plus éclatante preuve. Le fait le plus remarquable de cette époque est la fondation de l'église autonome serbe (1219) qui est l'œuvre de Saint-Sabbas, un des fils du fondateur de la dynastie des Nemagnides. L'invasion turque a mis fin à l'indé-
HISTOIRE
pendance serbe. La défaite serbe de Kossovo Polje (Champ des Merles), en 1389, a ouvert la plus sombre période de l'histoire yougoslave. Les Yougoslaves servant de rempart à l'Europe contre les Turcs, ont eux-mêmes perdu leur liberté, leur vie et leurs biens. Pour toute récompense, ils ont été gratifiés de titres honorifiques, propugnaculum reipublicae christianae et antemurale christianitatis.
A l'exception de la petite république de Dubrovnik (Raguse), en Dalmatie (1358-1808), qui a pu conserver sa liberté, tous les autres pays yougoslaves ont été subjugués, sous une forme ou sous une autre. Les côtes et les îles dalmates étaient condamnées à subir la rude domination vénitienne ; la partie nord-occidentale du royaume croate (*) était exposée aux vexations des généraux autrichiens et aux ambitions des féodaux magyars. Le reste gémissait sous le joug turc. Cette situation a duré jusqu'au xixe siècle.
On craignit que la nation yougoslave, n'ayant
f1) Reliquat reliquiarium olim regni Croatiœ — comme les dignitaires croates appelaient le lambeau de territoire croate libre de la domination turque.
eu auparavant ni le temps ni l'occasion de réaliser son unification et sa consolidation nationales, ne sombrât dans ce croisement des influences et des dominations étrangères, sans pouvoir jamais retrouver son individualité nationale. Et pourtant, chose curieuse, qu'on ne rencontre pas souvent dans l'histoire ! — c'est précisément cette situation désolante, et tout particulièrement l'invasion turque, qui a contribué, plus que n'importe quel lien dynastique et politique, à former la conscience nationale yougoslave. En effet l'invasion turque a provoqué une migration générale des Yougoslaves des contrées orientales, plus immédia- . tement menacées, vers les régions occidentales. Ainsi s'est opéré un renouvellement au point de vue de la race, de la langue, des mœurs et des traditions populaires. Les nouveaux venus ont apporté, avec la vision des horreurs de l'invasion turque, le récit vivant de la catastrophe serbe de Kossovo Polje. C'est ainsi que naquit le fameux cycle épique des chants populaires sur la bataille de Kossovo et sur les « gestes » de'Marko Kraliévitch, le héros national. Ces chants, répandus dans toutes les régions, ont été un des plus puissants éléments de l'uni-
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fication spirituelle du peuple yougoslave. Les luttes contre les Turcs qui ont succédé à l'invasion et auxquelles, pendant plus de trois siècles, toute la nation a pris part, ont fini par inculquer aux Yougoslaves la conscience de leur origine et de leurs intérêts communs mieux que ne l'aurait fait une vie politique commune de plusieurs siècles.
Voilà pourquoi, dès que la voix de la révolution française a tiré de leur léthargie les peuples, sommeillant à l'ombre de la domination féodale, les Serbes, les Croates et les Slovènes ont pu se ressaisir d'emblée et s'acheminer vers l'unification nationale. L'histoire yougoslave du xixe siècle contient nombre d'exemples de cette maturité précoce de l'esprit politique.
En 1809-1813, Napoléon créa le royaume d'Illyrie, dans lequel il engloba les pays Slovènes, PIstrie, la Dalmatie et une partie de la Croatie. En 1830-1840, le grand patriote croate Gay, avec ses amis, inaugura à Zagreb, sous la dénomination d'illvrisme, un vaste mouvement unitaire yougoslave, politique et littéraire à la fois. Ce mouvement ne plut pas au gouvernement de Vienne qui proscrivit le nom d'illyrien et incarcéra son protagoniste. En même temps,
la Serbie, sous la conduite de Karageorge d'abord et de Miloch Obrenovitch ensuite, fondateurs des deux dynasties serbes, engageait la la lutte pour la délivrance définitive du joug turc. Elle réussit à obtenir d'abord l'autonomie, puis l'indépendance sous la suzeraineté turque (1804-1833). De son côté, le prince évêque Pierre II de Monténégro (1830-1851) amena l'Europe à reconnaître l'indépendance de l'État monténégrin.
En 1848, lors du conflit croato-magyar, les Yougoslaves eurent la première occasion de manifester leur solidarité. Dès que le ban croate Jellatchitch eut déclaré la guerre aux Magyars, tous les Yougoslaves de la Monarchie accoururent sous le drapeau croate ; Pierre II de Monténégro envoya à Jellatchitch une adresse de sympathie. Le prince serbe Alexandre Karageorgevitch, de son côté, lui vint en aide, avec des troupes serbes, sous le commandement du général Knitchanine (*).
(*) Quoique la campagne de Jellatchitch contre les Magyars coïncide avec l'expédition militaire de la dynastie contre les révolutionnaires magyars, le conflit entre la Croatie et la Hongrie est antérieur à la révolution magyare. Il a été provoqué par le refus du gouvernement hongrois de reconnaître les droits historiques du royaume
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