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CHAPITRE XL

Industrie.

Le Mexique n'est pas encore, à proprement parler, un pays industriel, bien qu'il s'y soit implanté plusieurs industries et qu'il compte avec tous les élémenta voulus pour leur développement.

Le motif en est facile à expliquer; car s'il est vrai que les mines et l'agriculture puissent s'exploiter même dans les périodes d'insécurité, il n'en est pas ainsi de l'industrie; elle requiert, pour cela, un capital plus considérable, beaucoup de bras, des voies de communications faciles et économiques; enfin une paix solide.

Le Secrétariat du Commerce et de l'Industrie expose clairement les causes pour lesquelles notre industrie se trouvait jusqu'alors aussi arriérée, et dans quelle mesure elle a progressé dans ces derniers temps.

Les causes de la situation précaire de notre industrie, déclare le dit Secrétariat, remontent, pour ainsi dire, à l'époque coloniale. Le système économique de

Ut BtoU Unla Mez.-13

la Métropole, dans ses relations avec la Nouvelle- Espagne, consistait à favoriser l'écoulement de ses produits naturels et industriels, en empêchant ou tout au moins en limitant la production des articles qu'elle-même pouvait fournir.

Par ce fait même, ni l'industrie de filatures et tissus, ni celle des meubles, des objets en métal et objets de luxe, et beaucoup d'autres encore, ne trouvèrent aucun encouragement durant la période coloniale.

A l'exception des toiles et tissus faits à la main, des tissus de palme, de la poterie primitive, du meuble ordinaire et de quelque autre industrie modeste et en quelque sorte domestique, seule l'industrie métallurgique prospérait, autant que le lui permettaient les moyens précaires dont elle disposait.

Si à cela on ajoute les difficultés de communication, le manque que l'on croyait absolu de combustibles minéraux, les guerres qui plus tard ont éclaté, enfin, l'insécurité publique et privée, l'on aura un tableau complet des causes de la décadence industrielle d'un pays susceptible de posséder et soutenir une industrie colossale. Le Mexique ayant recouvré son independence, quelques-unes de ces barrières disparurent, tandis que d'autres subsistaient. Aussi, en 1877, l'industrie nationale qui embrassait déjà de nouvelles branches importantes, se trouvait-elle encore dans une situation vraiement précaire.

Plus tard, grâce à l'établissement d'une paix solide^ aux encouragements que le Gouvernement lui prodigua, grâce aussi à la dépréciation du métal argent et à la politique ultra-protectioniste de quelques pays

qui élaboraient nos matières premières, l'industrie nationale sembla vouloir sortir du marasme dans lequel elle se trouvait plongée.

Aux franchises otorguées par le Gouvernement est due la fondation de bureaux métallurgiques à Monterrey, San Luis Potosi et Aguascalientes, dotés de tous les perfectionnements modernes et pouvant donner un rendement qu'auparavant on n'aurait osé espérer.

Les effets étrangers devenant plus coûteux par suite de la baisse de l'argent, l'initiative privée commença par fonder des fabriques de filature et tissus fort importantes, comme celle de Rio Blanco, près d'Orizaba, celles de Coahuila et autres; des fabriques de papier, comme celle de Saint-Raphael; des fabriques de cigarres dans l'Etat de Véracruz et de cigarrettes, comme celle du "Buen Tono;" des fabriques de verre et de poterie, de meubles de luxe comme à San Luis Potosi et à Mexico et encore bien d'autres, toutes florissantes."

Le rapport que nous venons de transcrire, plein de mesure et même de modestie, est amplement ratifié par les témoignages irrécusables de MM. les consuls Généraux des Etats-Unis et de l'Angleterre à Mexico, personnages dont on reconnaît le jugement impartial et élevé.

Dans un rapport daté du 26 Sept. 1896 et qui a été publié dans le "Spécial Consular repwts" sous le titre de "Money and Prices in Forcing Countries," Mr. Ransem, Ministre des Etats-Unis au Mexique, dit que les manufactures ont pris dans notre pays un énorme développement, en particulier celle de tissus

courants de coton et de laine, de toiles blanchies, de tissus pour châles, indiennes, calicots et draps, celles des produits de la canne à sucre, de l'alcool, du papier des cîgarres et cigarrettes.

Plusieurs économistes compétents estiment que la baisse de l'argent entre comme facteur principal dans le développement de ces industries. Mr. Joseph P. Smith reconnaît que la baisse de l'argent a contribué à amoindrir l'importation étrangère et à augmenter la production nationale, mais quelle n'en est pas la seule cause; la sage, juste et habile Administration du Président Diaz y a aussi beaucoup contribué: la confiance que le peuple mexicain comme les étrangers ont en la stabilité du Gouvernement, la construction de chemins de fer terminés tous en 1883, à l'exception de celui de Veracruz à Mexico, les travaux d'amélioration des ports et la générosité du Gouvernement à l'égard des entreprises nouvelles, en un mot, l'empire de la loi et de la paix et la puissante influence du commerce ont participé à l'obtention de cet heureux résultat.

On peut, sans exagération, affirmer que durant ces dix dernières années, des citoyens mexicains ont inverti en mines, entreprises de chemins de fer, de terrains, etc., des sommes supérieures à celle qui est en circulation actuellement dans tout le pays.

D'autre part, les droits sur les tissus de coton et de laine, le papier, le tabac et les produits alcooliques sont si élevés que Mr. Prosper Gloner a dit avec raison dans son ouvrage intitulé "Les finances des Etats- TJnis-Mexicains d'après les documents officiels," que

la fabrication des tissus de coton à Mexico doit son développement surtout aux tarifs de douane; ceux-ci, en effet, ont rendu impossible l'importation des tissus de coton ordinaires; les droits d'entrée de 5 p3 qui lui furent imposés d'abord en 1830, ayant été en augmentant jusqu'en 1887.

Mr. Crittenden, Consul Général des Etats-Unis à Mexico, déclarait dans un rapport que depuis que le change entre le Mexique et les pays étrangers arait subi une variation défavorable, et que des droits protectionnistes avaient frappé tous les effets de grande consommation au pays, tels que châleSi tapis, linge de corps, chapeaux et autres, ceux-ci étaient fabriqués dans la République même. "Le peuple mexicain, grâce à son intelligence et à son activité, a su tirer parti des circonstances adverses: Avec une rapidité vraiement merveilleuse pour un pays comme le Mexique, de grandes fabriques se sont établies, qui élaborent toutes sortes d'articles: les machines employées sont des plus modernes et peuvent se comparer à celles adoptées dans tout autre pays. Quelques tissus faits au Mexique excellent sous le rapport de la trame, du tissage et du fini.

La consommation aussi en est beaucoup plus considérable qu'autrefois.

Ajoutons que le fabriquant du Mexique bénéficie d'une main d'œuvre peu onéreuse, qu'il emploie comme force motrice l'eau qui abonde partout, même â proximité des chemins de fer qui traversent diverses régions du pays.

Les ouvriers encore inexpérimentés sont dirigés par

des ingénieurs étrangers qui réussissent sans trop de difSculté à leur faire exécuter les travaux les plus délicats.

D'après quelques rapports qui m'ont été adressés, certaines fabriques paieraient un dividende annuel de vingt à quarante pour cent.

Pour les raisons déjà mentionnées, des manufactures ne tarderont pas à s'établir dans tous les Etats d'accès facile. Leurs produits s'amélioreront chaque jour et pourront être vendus à des prix qui exclueront de nos marchés bon nombre d'articles plus ordinaires. Déjà maintenant, quelques Etats du Nord du Mexique expédient de la chaussure dans les autres Etats de la République.

Jai eu l'occasion de voir ici quelques draps parfaitement finis, pour vêtement d'homme; un vêtement de cette qualité, fait dans un des meilleurs ateliers, peut coûter de $20 a $30 en monnaie mexicaine. Mr. Lionnel Cardon, Consul Général de la Grande-Bretagne à Mexico, abonde dans le même sens.

Dans un rapport officiel, il signale la grande activité qui existe dans les fabriques de tissus de coton: on peut s'en faire une idée, dit-il, par ce fait que la ré- <5olte du coton au Mexique ayant été essentiellement bonne en 1896, l'importation du coton brut a excédé «elle de l'année précédente de plus de 30,000 quintaux, soit un 10 p3 , malgré la hausse considérable de cet article.

Le même Consul attribue la diminution de l'importation des tissus de laine (12 p3 environ) à ce que les fabriques nationales ont beaucoup amélioré la qualité de leurs articles.

Mr. Carden explique l'augmentation de Timportation du fer et de Tacier, (presque 70 pS), par Textraordinaire activité qui règne dans les constructions -et dans ramélioration d'ouvrages d'utilité permanente pour le pays.

Le Gouvernement, ainsi que le fait remarquer Mr. le Ministre do l'Agriculture et du Commerce, n'avait nul besoin d'encourager les industries déjà en exploitation, mais bien celles qui cherchaient à s'établir.

Le 3 Décembre 1892, ce Ministère célébrait un contrat avec Mr. A. Kînell pour implanter quatre manufactures de jute destinées à fabriquer des toiles, tapis, «acs et autres articles dans lesquels cette fibre est utilisée. Entre autres franchises, pour une seule fois et pour chaque fabrique, les matériaux de construction, les machines et autres effets nécessaires à leur installation étaient exempts de droits d'importation.

Le capital de la compagnie, ses actions, obligations ■ou hypothèques, ainsi que ses édifices et autres immuebles consacrés à l'élaboration du jute seraient exempts de tout impôt fédéral, sauf de celui du timbre; en outre, le Gouvernement s'obligeait à n'accorder durant dix années à aucun particulier ou compagnie des franchises plus avantageuses que celles ac- <5ordées à Mr. Kinell.

Deux ans après la célébration du dit contrat une première fabrique de jute se fondait sur les terrains de la Colonie de Barrio Nuevo, à un kilomètre et de-

mi de la ville d'Orizaba, au capital de 100,000 livres sterling; il est aujourd'hui de 150,000.

C'était la première fabrique du monde, mue comme elle l'était par l'électricité; comme force motrice, elle avait une chute d'eau de 35 mètres de haut, susceptible de fournir 12,000 chevaux de force en temps de ^ pluie. Les machines employées y sont des plus modernes et perfectionnées; elle compte près de 700 ouvriers et sa production journalière est estimée à environ dix tonnes.

Le 9 Novembre 1892 un autre contrat fut célébré entre le Gouvernement et Mr. Q-. L. Loope pour l'établissement dans la République de deux ou plusieurs fabriques de dynamite et autres explosifs; l'une d'elles est déjà installée en un lieu appelé Leal, près de Rio Hondo, à 20 kilomètres de la capitale; elle a obtenu des franchises similaires à celles accordées à la fabrique de jute et donne des résultats magnifiques.

Il existe, en outre, des contrats célébrés pour l'élevage d'animaux de race chevaline, de poissons, pour la fabrication de ciments métallurgiques, pour la canalisation et irrigation des terrains.

l^ms de cotoriy de laine et de soie.

La fabrication de la toile ordinaire et des tissus imprimés est la plus étendue au pays et la plus rémunératrice.

En Décembre 1898 on comptait 118 fabriques, distribuées comme il suit:

Nombre Nombre MaohlDee A Nombre

Btata. Fabriques, de ftaseanx. de môtiers. Imprimer, d'ouyrlen.

Chiapas 1 1,500 60 ... 100

Chihuahua 3 900 21 ... 52

Coahuila 9 34,266 1,041 1 1,538

Colima 3 2,842 62 1 190

District Fédéral. 15 65,866 1,843 6 2,920

Durango 8 15,248 652 6 913

Guanajuato 4 21,404 500 ... 994

Guerrero 2 3,318 131 ... 232

Hidalgo 2 5,180 190 ... 318

Jalisco 5 24,545 488 2 730

Mexico 6 33,156 1,160 3 2,003

ICichoacAn !. 5 13,240 343 ... 588

Huevo Léon 4 16,796 525 ... 764

Oaxaca 3 18,700 566 ... 785

Puebla 20 63,784 2,351 1 2,745

Querétaro 4 25,972 706 3 1,230

San Luis Potosi.. 1 4,640 138 3 266

Sinaloa 3 5,952 210 ... 391

Sonora 1 2,774 94 ... 150

Tepic 4 11,960 359 ... 590

Tlaxcala 6 24,244 644 3 1,035

Veracruz 9 77,819 2,297 6 3,542

Les fabriques mentionnées ont consommé durant Tannée 1898 25.946,459 kilogrammes de coton; elles ont produit 9.875,764 pièces de toile et tissus imprimés et les ventes déclarées se sont élevées à

En 1880, il n'existait dans le pays que 99 fabriques, avec 9,214 métiers et 258,458 fuseaux, qui occupaient 12,336 ouvriers; elles produisirent dans cette même année 4.800,000 pièces de toile. Ces' données suffisent à se faire une idée du progrès réalisé dans cette bran-

che de l'industrie pendant ces dix-huit dernières années.

L'industrie produit aussi des couvertures de laine et de laine et coton; des casimirs chaque jour plus perfectionnés, au point d'égaler presque en perfection ceux provenant de France et d'Angleterre, tout en revenant meilleur marché, des sarapes, des tapis, &c. Les principales fabriques se trouvent dans les Etats d'Aguascalientes, Durango, Guanajuato, Hidalgo, Puebla, San Luis Potosi, Zacatecas, Mexico et Nuevo-Leon.

Les tissus de tricot acquièrent de jour en jour un plus grand développement: les chaussettes, bas, chemisettes et caleçons faits au pays sont de fort bonne qualité.

Les tissus de soie se trouvent encore dans leur première enfance; car celle-ci n'est employée que dans quelques fabriques de fichus.

Nous parlerons plus loin de la sériculture, de ses progrès et de l'avenir qui lui est réservé au Mexique.

Papier. — La fabrication du papier, notablement favorisée par le tarif de Douane», n'a fait réellement de progrès que dans ces dernières années. A notre avis, la fabrique plus ancienne est celle de Cocolapam (Orizaba). L'Etat de Jalisco compte deux fabriques, mais les plus renommées sont établies dans le District Fédéral. Nous citerons en première ligne celle deSainfe- Baphael.

L'industrie du papier peut compter ici sur un avenir prospère, dû à l'abondance et au peu de coût des matières premières; presque inexploitées jusqu'à ce jour.

Sacre et alcools. — Le Mexique est un pays producteur de sucre par excellence; du jour où des capitaux suffisants et des procédés scientifiques seront employés a son exploitation, il deviendra un des articles d'exportation les plus importants. Actuellement cette industrie se trouve bien arriérée, et sa production suffit à peine à la consommation du pays; le prix aussi en est relativement élevé, depuis qu'un certain monopole en a été- établi par quelques capitalistes.

Sur les deux côtes, entre la zone torride et la zone tempérée, et aussi dans quelques vallées de l'intérieur du pays, la cane à sucre croit dans d'excellentes conditions.

Les fabriques plus renommées sont celles de Tepic, Jalisco, Veracruz, Michoacan, Puebla, Morelos, Sinaloa et Nuevo-Leon.

Les sucres mexicains sont considérés comme les meilleurs du monde et ont obtenu dans toutes les Expositions Internationales les plus hautes récompenses.

La production d'alcool devient chaque année plus considérable; en 1897-98 (année fiscale), elle a été de 30.278,883 litres; les matières premières employées furent: canne à sucre (18.334,032) ,— Agave (9.576,202) $ —raisin (141,283),— grains divers (1.222,789),— agave et canne (652,171). — En voici la répartition par Etats:

Produits en

ETATS. Fabriques. lltree.

Basse-Californie . ~3 20,047

Campeche 36 376,104

Coahuila 84 680,375

Colima 6 117,654

Chiapas 159 953,713

Chihuahua 39 257,339

District Fédéral .. 3 1.275,789

Darango 50 204,504

Guanajuato 26 435,240

Guerrero 42 172,969

Hidalgo 193 530,255

Jalisco 75 2.533,288

Mexico 23 568,637

Michoacén 60 1.721,589

Morelos 35 3.799,834

Nuevo-Leôn 47 724,883

Oaxaca 77 356,842

Paebla 119 2.356,717

Querétaro 29 152,201

San Luis Potosi... 119 2.764,570

Sinaloa 89 559.027

Sonora 89 518,515

Tabasco 48 904,412

Tamaulipas 48 171,964

Tepic 16 148,130

Tlaxcala 20 165,377

Veracruz 353 4.815,306

Yucatân 56 1.781,233

Zacatecas 28 1.213.369

Totaux 1,972* 30.278,883

MatlôreB premlôrea.

C, signifie Canne; G, Grains; A, Agave^ et R, Raisin. Il existe dans le pays plusieurs fabriques de liqueurs, toutes prospères.

B 1ERE. — Vin, — Pulque.

La fabrication de la bière, insignifiante durant de longues années, revêt aujourd'hui une inoportance notable.

Les fabriques plus renommées se trouvent àToluca, Monterrey, Orizaba et Mexico; il s'en trouve aussi dans plusieurs autres localités de moindre importance.

La bière fabriquée dans le pays est de si bonne qualité, que l'importation d'Europe et des Etats Unis en a beaucoup diminué, comme le démontre le suivant état comparatif:

Années fltoales.

Importation en kllogs.

Montant.

Il est à noter que dans ces chiffres est compris le cidre, qui est taxé au même titre que la bière par le tarif de douanes, et que la consommation s'en est accrue en raison de leur prix moins élevé.

Nous n'avons pas de données précises sur la production de la bière au pays; mais, à en juger par l'augmentation des fabriques, l'affaire doit donner de bons résultats.

L'industrie vinicole en est encore à sa première enfance; peu de temps après la conquête, les Espagnols

importèrent la vigne dans la Nouvelle-Espagne, comme on appelait alors notre pays; plus tard, le Gouvernement espagnol craignant que le développement de rindustrie vinicole au Mexique nuise aux intérêts de la Métropole, prohiba la culture de la vigne, ainsi que celle de l'olivier.

Le Général C. Pacheco, ayant le portefeuille du Ministère de l'Agriculture, encouragea à nouveau la culture de la vigne, et, grâce à ses efforts, elle s'est propagée sur notre territoire, particulièrement dans les Etats de Coahuila, Chihuahua, Zacatecas, Durango, Aguascalientes et Guanajuato. On a fait depuis lors des essais successifs de fabrication de vins, qui n'ont pas encore donné de résultats tout-âr-fait satisfaisants» On constate néanmoins quelque progrès dans cette branche de l'industrie, et il pourrait se faire que sous peu nous arrivions à produire des vins aussi bons que ceux de Californie.

Actuellement la production en est réduite; car, d'après les données que nous avons pu recueillir, elle ne s'élève pas à plus de 7,000 hectolitres.

Le raisin, en échange, est exploité sur une grande échelle; c'est un très beau fruit de table, et d'une saveur exquise.

Le pulquây qui est la boisson nationale, se produit plus abondament que toutes les autres; sa consommation annuelle est estimée à plus de 5.000,000 d'hectolitres; il est le résultat de la fermentation de Vaguamiel extrait du maguey.

Tabac. — C'est un fait reconnu que le tabac mexicain figure parmi les plus renommés pour sa qualité; à l'ex-

oeption de ceux de Yuelta Abajo et de Cuba, aucun autre ne lui est préféré et peu lui sont comparables*

On peut se faire une idée de ce qu'est actuellement cette industrie au Mexique par le seul fait qu'en juillet 1898 on comptait dans le pays 725 fabriques qui ont élaboré 410,874 kilogrammes de feuilles de tabac; elles ont livré au commerce 28.180,254 paquets de cigarretes, 15,512 kilogrammes ont été employés à la fabrication de 9.951,685 cigarres et 2,002 kilogrammes à celle du râpé, du tabac haché, etc.

Autres industries. — Les industries minières sont arrivées à leur apogée: des haciendas de bénéficia et des fonderies se sont en effet établies dans ces dernières années avec tous les capitaux nécessaires et les appareils les plus modernes.

Le commerce des farines progresse aussi dans toutes les contrées du pays; leur avenir dépend naturellement du développement de la culture du blé.

Nous possédons en outre plusieurs fabriques de céramique qui produisent des objets d'art admirables, une fonderie dans la ville même de Mexico qui a donné et donne encore de^ œuvres notables.

L'industrie du verre a aussi beaucoup progressé, bien qu'elle n'ait pas encore atteint la perfection que l'on rencontre dans celle des pays étrangers*

Il existe encore des fabriques qui élaborent le savon ordinaire et le savon fin de parfumerie; des moulins à huile et des fabriques de parfums alimentés par notre flore riche en matières premières; des fabriques de meubles de tous genres, de bougies, d'amidon, d'objets en os, en écaille et en nacre, des tanneries, carrosse-

ries, bourrelleries, des fabriques des produits chimiques, etc.

Tout cela donne de la vie à nos cités et la subsistance à un nombre considérable d'ouvriers; c'est en même temps un élément de paix, de prospérité et de progrès.

CHAPITEE XIL Eléments qu'offre Le Mexique à llndustrie.

Les Etats Unis du Mexique offrent à l'Industrie quatre éléments principaux; ce sont:

P Le bon marché des journées de salaire, payables en monnaie d'argent, monnaie courante du pays.

2r Les nombreuses chutes d'eau ou sources qui donnent une force motrice des plus économiques.

3^ La matière première, produite par le pays.

4^ La protection accordée: soit par le Tarif des Douanes, soit par les lois spéciales ou bien encore par l'avilissement du cours de l'argent.

L'ouvrier mexicain joint à l'habilité beaucoup de patience; doué remarquablement du don d'imitation, son apprentissage est rapide et son travail excellent; se contentant d'un salaire qui ne serait point suffisant pour le travaill eureuropéen (ses besoins étant moindres), il établit un avantage pour le fabricant et un désavantage pour le pays.

Pour le travail de fabrique, il est possible que l'ouvrier mexicain puisse rivaliser avec son collègue d'Eu-

Les Etats Unis Mex.— 18

rope; inférieur àce dernier dans les travaux des champs (son activité étant moindre), il se dépense moins, et par conséquent, produit un travail moindre.

L'une des pierres d'achoppement pour l'industrie dans ce pays est la rareté du combustible; car le bois à brûler, le combustible le plus employé, commence à manquer et à enchérir. Cependant, il y a de nombreux gisements de charbon de terre, mais peu sont en exploitation, soit par le manque d'épaisseur des couches, soit pour d'autres motifs. En revanche, comme nous l'avons déjà dit, il existe une inmense force motrice hydraulique, dont, aujourd'hui, une faible partie est seulement utilisée.

Le petit nombre des rivières navigables constitue un autre obstacle pour les transports.

La configuration du pays et la marche des saisons s'opposent du reste à l'existence de beaucoup de rivières navigables. Ce n'est que sur la côte que l'on rencontre des cours d'eau, se prêtant au trafic de bâtiments de petit tonnage, et encore ces derniers ne se prêtent-ils à la navigation que sur 125 milles en allant vers le Golfe du Mexique et 62 milles seulement vers l'Océan Pacifique.

Les nombreux sommets, dont quelques-uns atteignent de 10,000 à 16,000 pieds d'altitude au dessus du riveau de la mer, sont pour la plupart à peine recouverts de neige, dont la fonte est insuffisante pour créer des courants d'eau. L'on rencontre sur les plateaux du centre quelques lacs, que les Indiens utilisent jusqu'à un certain point pour leur trafic en se servant de petits canots grosièrement construits; mais la topogra-

phie du pttys ne permet point l'établissement de grands <5anaux, excepté toutefois sur la côte du Golfe, dans les plaines des Etats du centre et sur la frontière du Nord: et pourtant, là n'est point le plus grand obstacle pour la navigation intérieure; le grave empêchemente consiste en ceci: à certaines époques de l'année et principalement dans la saison de sécheresse, soit par suite de l'évaporation naturelle, soit par manque de réglementation de l'eau, servant à l'irrigation des terres, il arrive que beaucoup de rivières se réduisent tellement de volume que l'on ne peut y naviguer même avec les plus petits embarcations. Tôt ou tard, on limitera ce gaspillage; les autorités veillant à protéger et à conserver tous les éléments capables de concourir à la prospérité du Mexique. Sans nul doute, ce manque de moyens de navigation pourrait disparaître parla construction de canaux, permettant l'écoulement des eaux, provenant des dépôts existant sur plusieurs points de la République: de cette façon, à divers intervalles et suivant les saisons, l'on serait à même, en élevant leur niveau, de donner constamment aux rivières et aux canaux la profondeur nécessaire pour les rendre navigables.

Le Gouvernement du Mexique a prouvé qu'il savait apprécier la valeur d'entreprises de ce genre, en passant des contrats pour la construction de canaux importants, y compris celui de Chîjol, long de 250 milles, entre Tampico et Tuxpan, ainsi que pour la canalisation du fleuve Tempoal qui se jette dans le Panuco, près de Tampico. Grâce à des travaux de plus ou moins d'importance, beaucoup d'autres rivières pour-

raient encore être utilisées, et quand le Mexique possédera un service fluvial bien compris, les conditions du commerce intérieur s'amélioreront notablement.

Des industries qui ont le plus d'avenir, et que s'imposent le plus dans le pays, nous devons, en plus de la métallurgie, nous arrêter à l'élevage du bétail. Le Mexique, en effect, se trouve dans des conditions superbes pour l'élevages de tous genres. Les hautes plaines du plateau central peuvent, à peu de frais, être converties en d'excellentes prairies. Il serait aisé de remédier au seul inconvénient que l'on y rencontre: le manque d'eau, en creusant des puits artésiens ou en établissant des réservoirs d'eaux de pluie, cette dernière tombant annuellement, d'une façon plus ou moins abondante, sur presque tout le territoire mexicain.

L'élevage du gros bétail est très rémunérateur; non seulement il suffît à la consommation du pays, mais encore il aide à celle des Etats Unis et de Cuba; chaque année l'on en exporte de grandes quantités sur pied: cette branche de commerce peut être dotée d'un développement illimité, avec la certitude acquise que les commandes ne feront qu'accroître. L'élevage des chèvres et chevreaux est aussi d'un très bon rapport. Dès à présent, toute notre région montagneuse peut tirer un excellent parti de cet élevage: car il est avéré que ces animaux très résistants, se contentant de peu, prospèrent là ou les autres dépérissent: il est toutefois nécessaire que ce soient des chèvres blanches, la peau de cette couleur étant sur les marchés étrangers la plus prisée et cotée au plus haut prix.

L'élevage de la race ovine prend un développement

s'accentuant de jour en jour, grâce aux importations incessantes de brebis et de béliers des meilleures races, pour l'amélioration des espèces indigènes; ces importations s'expliquent, en outre, par les demandes faites par l'industrie lainière.

L'élevage de la race porcine fait aussi de grands progrès. Nous savons que personne ne fait cet élevage sur une aussi grande échelle que les Etats Unis, que chaque année exportent chez nous une énorme quantité de porcs; cependant, il est certain qu'avant peu, en présence de la marche sans cesse ascendante de la consommation et des réels avantages qu'offre le pays pour cet élevage on l'entreprendra de plus en plus en grand.

Nous pouvons en dire autant pour l'aviculture: de puis peu, les indigènes ont en main les éléments nécessaires alors qu'auparavant ils élevaient les oiseaux de basse cour sans méthode ni aucun soin, cause de la dégénérescence de la race. Il se fait en ce moment un grand mouvement en faveur de cette industrie, source considérable de richesses pour la France, la Belgique, d'autres pays et principalemente pour les Etats Unis. Des personnes intelligentes, important d'excellents types étrangers, se sont consacrées avec un capital suffisant à cette industrie, que tout favorise: le climat, le bon marché des terrains, de l'alimentation et de la main d'œuvre.

C'est aux efforts constants et énçrgiques du Ministre actuel de Fomento (Encouragement à l'Agriculture, à la Colonisation et à l'Industrie), Monsieur l'Ingénieur Manuel Fernàndez Leal, que l'on doit attribuer

l'état prospère de ces branches annexes de l'Agriculture; il est d'ailleurs le fondateur de la Société Anonyme des Concours de Coyoacan, que périodiquement organise des Expositions agricoles, donne des prix aux exposants tout en leur offrant toutes les facilités de transport et de réclame.

L'apiculture, elle aussi, est une industrie d'un revenu excellent et assuré au Mexique, grâce au climat qui dans certaines régions entretient une continuelle floraison.

D'autre part, l'horticulture vers laquelle convergent incessamment de louables efforts, n'a point donné tou& les résultats que l'on est en droit d'espérer. La culture de certains fruits, tels que: l'orange, le citron doux, le citron, l'ananas et la bannane donne des résultats excessivement appréciables, car la récolte, quelque grande qu'elle soit, compte un débouché sûr, de tout repos et payant bien: les Etats Unis. Avec un petit capital et tant soit peu d'initiative l'on peut, en un court laps de temps, réaliser de jolis bénéfices; et on en pourrait faire de plus beaux encore par la fabrication de conserves des fruits, dont notre pays est si riche autant par la variété que par la qualité.

Le maïs, le blé, l'orge, le riz, les pois, les haricots^ la lentille, au tant dire toutes les céréales et toutes les légumineuses, se produisent dans les terrains appropriés, aussi bien que sur n' importe quel point du globe. ^

Le café, le tabac, la canne à sucre, ainsi que la vanille du Mexique jouissent à l'étranger d'une réputation qui ne fera que croître.

Le Mexique est par excellence le pays de production des plantes textiles. On les y rencontre très abondamment et poussant à l'état spontané dans des terrains très différents. Beaucoup de variétés intéressantes de ces plantes ne sont même point exploitées.

Les produits les plus connus obtenus jusqu'à présent sont dus à ^^V HenequerC^ qui a été le principal agents si ce n'est Tunique, de la prospérité du Yucatan. Oa l'extrait d'un maguey, V Agave Zacci.

Un autre maguey, dit Manso^ produit Vlxtle; V Agave heterocantha donne la lechuguUla; la Bromelia siU vestris\B, Pite (pita). La Ramie pousse parfaitement aussi au Mexique.

La qualité du coton produit dans presque tout le pays est excellente, principalement dans les Etats de Durango, Coahuila, Oaxaca, Veracruz, Michoacan, Guerrero et le Territoire de Tepic. La fibre récoltée dans le district d'Acapulco (Guerrero) atteint jusqu'à 37 mm.; celle des Etats de Coahuila et de Durango^ 35 mm.; 34 mm. à Veracruz; 31 mm. à Tepic.

Le cotonnier arborescent est cultivé au Michoacan et dans d'autres Etats; ses fibres mesurent jusqu'à 29 mm. La production actuelle de cette plante textile ne suffit pas aux demandes qui en sont faites.

Le Cacao mexicain est de qualité supérieure; celui qui provient de Soconusco (Chiapas) est de premier ordre. Toutefois la production ne peut arriver à satisfaire les besoins de la consommation; en tenant compte de l'étendue des régions propres à cette culture, on pourrait faire du Mexique le premier pays producteur de Cacao de l'univers.

Le Caoutchouc se rencontre croissant à l'état spontané dans nos immenses forêts tropicales: l'on commence de nos jours à faire des plantations de cet arbre, dont l'exploitation sera pour le pays une source d'incalculables richesses.

Outre le palmier et le cotonnier, nous possédons une multitude de plantes, aptes à produire des huiles industrielles et comestibles; citons: l'olivier qui se développe dans les mêmes conditions que dans le midi de l'Europe; le Pinon qui rend un 16 p3 d'huile émético-cathartique; l'amande de VRicaco, d'un rapport de 16 p3 d'huile comestible; la graine de Vffiguérilla ou Pahm Christi (Ricin.) qui donne 40 p3 d'huile médicinale; VAjonjoli (Sésame), avec un rendement de 33 p3 d'une huile excessivement suave, douce et agréable; enfin le Cacahuate qui laisse 33 p3 d'une huile très appréciable; le lin, etc., etc.

La culture du Mûrier, et par suite la Sériciculture sont d'une grande importance au Mexique, comme du reste nous l'exposons d'autre part. Grâce à la persévérance de Monsieur H. Chambon, tout autant qu'à la protection du Gouvernement Général et de celle de quelques Gouverneurs d'Etats, le mûrier se propage rapidement.

Dans l'Etat de Guanajuato le ver à soie est cultivé sur une grande échelle et donne des résultats flatteurs.

Malgré notre désir, les limites de cet ouvrage ne nous permettent point l'énumération des multiples avantages ([u'ofiFre le Mexique aux industries de tous genres et principalement à l'agriculture et à ses branches annexes.

Qu'il nous suffise de dire qu'avec un petit capital, un peu d'initiative et de volonté, l'on peut s'assurer une vie indépendante et prospère en se vouant à l'exploitation de nos contrées si fertiles; on y rencontrera des richesses plus grandes et plus sûres que celles que renferment nos mines si justement renommées.

Comme conclusion à ce chapitre il nous semble utile de reproduire la dernière loi promulguée pour la protection des nouvelles industries; voici donc le texte de ces articles dont le Mexique espère à juste titre obtenir de brillants résultats.

Article I. — Le Pouvoir exécutif est pleinement autorisé pour que, durant 5 années à dater de la promulgation de cette loi, il puisse passer des contrats, octroyant des franchises et des concessions, sans préjudice d'un tiers, avec toutes entreprises qui feront un apport de capitaux dans le but de créer et de développer des industries entièrement nouvelles dans la République Mexicaine, en se soumettant aux principes fondamentaux suivants:

I. La durée des franchises et concessions, sera de 5 à 10 années selon l'importance de l'industrie et du capital qui lui sera consacré.

IL Le minimum du capital consacré à la création et à l'exploitation d'une industrie ne pourra être inférieur à 100,000 piastres et il correspondra au minimum des franchises.

III. Pendant* toute la durée du contract ce capital sera exempt de tout impôt fédéral direct.

IV. Pour une seule fois, les concessionnaires pourront importer, libres des droits de douanes, les ma-

chines, appareils,' outils et matériaux de construction nécessaires pour l'établissement de l'industrie et la construction des édifices, toutefois, à chaque importation l'autorisation préalable du Ministère de Fomenta sera exigée, avec le versement d'une caution, remboursable dès que l'installation des machines sera terminé et que l'emploi des appareils, outils ou matériel importés sera prouvé.

V. Les concessionnaires garantiront l'exécution de leur contrat par un dépôt de titres de la Dette Publique, dépôt fixé par le Ministère de Fomento et qui sera constitué au moment de la signature du contrat.

VI. Les concessionnaires auront à leur chargé le» frais de timbres correspondant au contrat et les paieront au moment de la signature de ce document.

Article 2. — Les franchises de droits d'importation accordées par cette Loi, seront déterminées par le Ministère des Finances et celui de " Jom^to" (Encouragement).

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