OBSERVATION XXI
(PORTMANN et PESMi)
I s’agit d’un homme de 48 ans, qui se présenta à la consultation ophtalmologique du Professeur Lagrange, le 12 mars 1923 parce que sa paupière supérieure gauche ton:bait un peu et surtout parce qu’il avait un brouillard devant l’œil du même côté.
Ce malade faisait remonter le début de son affection à quinze jours environ, époque à laquelle il aurait eu une poussée de coryza s’accompagnant de quelques douleurs de la région sus-orbitaire.
Le 12 mars : l'examen de l'appareil permet de diagnostiquer du côté gauche une névrite rétro-bulbaire caractérisée, au point de vue objectif, par une chute de l’acuité.
Acuité visuelle : O.D,. (90 — 0,50) V = 9/10°:; O.G.V. — 1/10 et par un scotome central relatif, caractéristique, aisément décelable et mesurable au scotomètre d’Antonelli (dyschromatopsie centrale pour le rouge et le vert, avec une ouverture de 4 %%, 1/2 du diaphragme) ; par contre, intensité du champ visuel périphérique.
Les troubles fonctionnels, déjà si particuliers, sont corroborés par l'examen ophtalmologique, La papille présente une décoloration temporale accusée. De cette zone part une opalescence fusiforme, en raquette, enveloppant la macula par sa grosse extrémité,
Notons une hémorragie veineuse dans la zone rétinienne périphérique inférieure à l’image renversée.
Réaction de Bordet-Wassermann négative.
Urines normales.
Dosage d’urée dans le sang : 0 gr. 15.
Examen rhinologique : Les fosses nasales sont normales, le cornet moyen du côté gauche est légèrement augmenté de volume. La pituitaire a sa coloration normale, pas de pus. La rhinoscopie postérieure ne fournit aucun renseignement.
A la diaphanoscopie, en faisant varier l'intensité lumineuse, on remarque une légère différence entre les deux côtés. Les sinus maxillaire et frontal gauches s’éclairent plus tard et s’obscurcissent plus tôt que les droits.
Le malade, qui a beaucoup mouché au moment de son coryza, ne mouche plus. Néanmoins, étant donnés les renseignements fournis par la diaphanoscopie, on pratique une ponction exploratrice du sinus maxillaire gauche ; après expulsion d’un petit bouchon muco-purulent, le liquide revient clair.
Le malade s'étant refusé à toute intervention chirurgicale est soumis à un traitement nasal décongestif : fumigations, pommade très fortement adrénalinée et cocaïnée.
Le 18 mars 1923. Amélioration très manifeste de l’acuité visuelle avec (902 = 0,50) O.G.V. = 1/3.
A la diaphanoscopie, les sinus gauches sont beaucoup plus clairs.
Le 23 mars 1923. L'amélioration s’accentue : Acuité visuelle 20-GN, 0172;
Examen ophtalmoscopique : La papille est, en teinte générale, un peu plus pâle qu’à droite et peut-être un peu plus vascularisée, dans sa partie nasale, La zone d’œdème blanc très superficielle est surtout visible au niveau de 1 région paramaculaire, la zone étroite entre cette tache et
la papille ne ressort que sous une certaine incidence, c’est un reflet chatoyant qui la met en évidence.
Le 17 avril 1923 : l’amélioration persiste, mais semble ne plus faire de progrès.
Acuité visuelle: OD. V1 9/10 D GVA 72 TIR ne subsiste plus qu’un scotome relatif pour le vert (2 millim.).
Examen ophtalmoscopique : La papille est moins décolorée, mais la zone d’œdème blanc superficielle apparente seulement au niveau de la région maculaire, a presque disparu.
Examen rhinoscopique et sinusien. Normal, aucune manifestation pathologique apparente,
Le malade se sent très bien ; il se refuse à un traitement, tout au plus consent-il à venir régulièrement, tous les huit jours, se faire examiner pour surveiller l’évolution ultérieure de l'affection,