OBSERVATION XXIII
(SARGNON et JACQUEAU, Intervention : SARGNON)
Mme T.., adulte, est vue le 28 mai 1923. Il y .a un mois, perte de la vue à droite brusquement ; elle a perdu meme la vision d’une lampe électrique placée au centre. Au réveil, amélioration, puis retour de la vision, qui devient presque normale dans la journée, Le Docteur Jacqueau a constaté le même soir une toute petite hémorragie de la rétine. L’examen général, pratiqué par le Docteur Gallavardin, n’a rien montré dans la région cardio-vasculaire.
Trois jours après, mêmes accidents, survenus vers 4 heures du soir : perte de la vision centrale. Le Docteur Jacqueau trouve un très léger œdème au niveau de l’émergence du nerf optique et des hémorragies le long des vaisseaux. Les troubles oculaires persistent ; elle ne peut plus lire de l’œil droit. On constate nettement un scotome juxta-central, le 29 mai 1923. Il est à noter que cette malade s’enrhume facilement au froid, qu’elle mouche assez l’hiver, quelquefois un peu jaune. Pas de douleurs péri-orbitaires, rien dans les urines.
A l’examen, nous constatons de gros cornets à droite. Pas de pus nasal à gauche ; mais, à droite, après décongestion à l’adrénaline, nous trouvons un peu de muco-pus net au niveau du carrefour ethmoïdo-sphénoïdal, Pas de pus cependant par l’examen postérieur, rien dans l’arrière-nez. On fait un traitement d’inhalations et de pulvérisations à l’adrénaline.
Le 30 mai 1923, deux heures après l’application d’adrénaline, la malade a constaté une notable amélioration ; le Docteur Jacqueau a trouvé une amélioration du fond de l’œil (le premier examen datait du 24); la vision est bien plus claire ; elle n’a pas mouché de pus net ; elle a pu lire tout ‘le tableau des lettres, mais elle présente toujours du scotome central. L’examen de la rétine montre qu’il n’y a plus d’œdème papillaire et que les hémorragies sont en transformation fibreuse,
Pas de pus nasal à gauche, A droite, la cloison nasale est très déviée, les cornets inférieurs et moyens sont très volumineux ; le moyen est blanchâtre. Toujours un peu de mucopus à droite, au niveau du carrefour ethmoïdo-sphénoïdal.
Le 2 juin 1923, la malade continue à aller mieux ; elle voit mieux et il n’y a plus de pus.
Devant ces phénomènes, nous attendons quelques jours que la malade s'améliore encore par le traitement médical satisfaisant.
Le 19 juin 1923, nous pratiquons la résection partielle du cornet moyen droit, dans sa partie postérieure, sous anesthésie cocaïnique et adrénalinique, mais l’opération est très laborieuse, car le cornet et la cloison se touchent et on ne peut pas faire passer les instruments habituels, Nous sommes obligés d’employer de toutes petites pinces : l’anse froide et le petit Struycken, pour enlever des parcelles du cornet moyen sectionné et surtout la muqueuse hypertrophiée ; il est probable que nous avons lésé une des branches de la sphéno-palatine; un tamponnement léger l’arrête. On enlève tout le tamponnement en deux fois ; douze heures de durée totale. Suites immédiates bonnes.
À noter d’ailleurs qu'avant l'intervention le Docteur Jacqueau avait constaté (le 18 juin) la disparition du scotome et de l’œdème, L’acuité visuelle, très améliorée, est autour de 5/7 ; la malade continue à aller bien.