L OFFICIER PUBLIC
Oui, monsieur; j'ai commencé par la chambre à coucher, le salon, le boudoir, et je viens de finir par celle pièce.
RIVIÈRE
Toutes les formalités sont remplies... mais est-ce que le père Michot n'est pas ici?
HICIIOT, entrant avec trois chapeaux à la main.
Me v'ià, me v’iù, monsieur le Notaire... c’est que j'étaus allé chercher les chapeauv de ces messieurs , qui étaient dans le salon , sur la consonne. • I
RIVIÈRE. I
Adieu , messieurs, (Us sortent tous les trois. A Michot) £t nos héritiers, que font-ils? |
MICHOT
M. le Notaire, ils dorment comme des sourds, dans la salle à manger où je leur ai mis des lits hier soir... Écoutez donc c’est bien naturel la jeune fille est arrivée dans la gondole de la diligence ; mais le père et le fils sont venus par la voiture de leurs jambes, le bùioii à la main et gais comme des pinsons. '
Soyez tranquille, M. le Notaire, vous n’en trouverez pas une de débouchée... je bois le vin ' qui m'appartient . ça c'est vrai , mais jamais celui ! des autres; je ne donne pas dans oe charlatanisme -là.
RIVIÈRE, en sorunt.
' A la bonne heure...
SCKXE II.
MICHOT, seul.
Oui » on lenr rendra compte de tout , et ils ouvriront de grands yeu\... Est-il possible de mourir aussi jeune que'ça... pauvre M“* Fœdora , être jolie comme un cœur et se voir enlever à l'aurore de ses jours aux complimens de nos jeunes gens à moustaches et aux cadeaux de nos banquiers à la mode ; car elle était adorée cellelà... il n'y avait pas de danseuse à l'Opéra plus aimée que ça! Mais j'entends marcher... est-ce qu'ils seraient levés?.,
LES PARENS D‘tM DANSEUSE.
SCKNLIII.
MICHOT, ESTELLE, en toilette du malin très
élégante.
kstki.lC , en entrant.
Bonjour, père Miebot.
MICIIOT.
Comment c'est vous, mamtelle Esteile? vous voil à chez nous.
t:STEI.I.F..
Oui, père MichoL
UICHOV.
J'ai vraiment du plaisir à vous voir... oà est le temps où vous veniez ici tous les jours, et plutôt deux foisqu'une... Notre jeune maîtresse vivait alors. ..
ESTELI.F..
Pauvre Fœdora ! en apprenant sa mort, il y a six mois, j'en ai éprouvé un chagrin... quand je pense qu’au dernier Longchanips, c'était encore la reine de la promenade ; j'étais aux Champs* Élysées avec elle, dans une supert>e calèche.
UICHOT.
C'est ma foi vrai; vous étiez alors a Paris, pour chercher un engagement à c'que vous disiez.
ESTELLE
C'est assez mon habitude ; à la fin de l'année théâtrale , je viens dire un pcüt bonjour aux correspondans dramatiques ; depuis quatre ans, je crois que j'ai fait le tour delà France.
MicnoT.
^n chantant toujours, car vous êtes une Hère chanteuse.
ESTELLE
Oui j'ai obtenu de l)eaux succès en province; j'ai reçu trois couronnes à Limoges, après le Domino noir et une pluie de bouquets à Ch5teauroux, après Je tiens maintenant
en chef l'emploi des premières chanteuses à roulades.
Aik du C*wt* Orr.
J’adore la musique,
Et partout, je m’en pique,
Je suis à la réplique
Pour chaoterropéra. •
Je montre beaucoup de xèle,
La recette est loiOours belle.
Quand chacun dit: c'est Estelle,
C’est Estelle qui chanterai Aji: f mid « d'Eamâ.
AhI quel plaisir (ms)
De réussir;
ifi sens battre mon cœur.
Est-il un bonheur Aussi flatteur?
Les bravos me tournent la tête;
Ils ont pour mol toujours des attraits. ‘
Quand J’entends chacun qui répète Ah! quel succès!
Je rais aller en Italie; .
Des bons chanteurs c’est la patrie.
Je saurai prendre tes accens
Pour donner plus d'âme â mes chants t Ma voix devient sans égale;
Je ne crains plus de rivale.
Ah! quel plaisir je sedsll!
Tra la la, etc.
MICtIOT.
Comme ça, vous roucoulez toujours. (Il cherche h l imiter.) Ah! ah! ah ! uh ! Quand je vous entends, ça me fait l'pITet tl'iinc serinette.
ESTELLE
Ah ça ! mais dltes-moi donc . père Michot, vous ne m’avez pas encore demandé ce qui vous procurait l’honneur de ma visite.
MICHOT
Madame, je gardais ça pour plus tard.
ESTEI.LE.
Je viens voir vos héritiers... c'est-à-dire ceux de cette pauvre Fœdora... qui médisait toujours qu’elle ne connaissait point ses pareils... Ça doit être curieux, des héritiers... ça doit avoir des drOlesde figures... Où a-t-on été pécher ceux-là?
MICHOT
Au beau milieu de la Bcauce.
ESTELLE
Comment , vrai ? et combien sont-ils pour partager?.. quarante?..
MICHOT
Non madame... ils ne sont que trois... un oncle, un cousin et une cousine...
ESTELLE
Voilà un partage qui ne fera pas rire H. Édouanl, le neveu de M. de Rainville; ce vieux banquier qui faisait tant de bien à Fœdoi*a... et qui lui avait laissé par testament une assez jolie fortune... mais le sort le veut, chacun son tour !.. et CCS héritiers logent ici ?
MICHOT
Depuis hier, qu'ils sont arrivés... l'oncle a l’air d'un bon paysan sans façon... la cousine d'une jeune personne bien élevée ma foi... quant au cousin, ça m'a fait l’effet d'un grand niais... Mais tenez... le voilà, vous allez en juger vous même.