SCÈNE VIII
LESTOCQ , DIMITRI , sortant de la
porte à gauche.
lestocq. O destinée des empires ! c’est pourtant de lui maintenant, de lui et de sou amour, que dépendent le sort de la Russie et le ndlrc... à quoi pense-t-il?
dimitbi, upurt . Refuser de me voir eiil'ab* sent e de son mari... ne pas me recevoir.* tout est fini ! elle m'a oublié.. i tou coeuf
iS
est k une autre, et je it’ai plus qu’k mourir !
lestocq. Mon capitaine!...
dimitri. AK! 'c’est vous , docteur.
iestocq. A qui pensiez- vous là?
dimitri. A me faire tuer, et c’est le ciel qui vous envoie.
iestocq. Pour vous guérir et vous consoler. Êtes-vous toujours amoureux ?
dimitri, avec colère. Ëb ! morbleu oui...
et j’ai grand tort.
lïstocq, vivement. Du tout... c’est bien, jeune homme, très-bien... c’est ce qu’il faut... une pareille constance vous fait honneur !
dimitri. Bel honneur et beau profit !...
quand un tel amour n’est qu’une folie , une extravagance... quand on aime sans espoir...
lestocq. Et s'il y en avait?... si celle que vousaimez, toute grande dame qu’elle est, partageait votre amour...
dimitri , lui sautant au cou. Ah! docteur... s'il était vrai ! tout mon sang serait à vous, mais qui vous l'a dit?... quelle preuve ? quel témoin ?
lestocq, à demi-voix. Elle me l’a avoué k moi-même.
dimitri. A vous... tandis qu’avec moi celte froideur... cette indifférence... elle me craignait donc !
lestocq. EU ! oui , sans doute ; n’a-t-elle pas tout à craindre ? et quand vous l’accusez d’indifférence , c’est elle au contraire qui doute de votre tendresse , qui en exige des preuves.
dimitri. Parlez... tout ce quelle voudra. Tout m’est possible si je suis aimé d’Eudoxie.
lestocq, stupéfait. Hein!.,, que ditesvous là?... quel nom?...
dimitri, rivement. Ëudoxie , M m ‘ Golofkin , comme vous voudrez ! Parlez, docteur... qu’avez-vous donc ?
lestocq. Rien!.. (A part.) C'est fait de nous !
dimitri. Est-ce que vous vous trouvez mal?,., vous faut-il un médecin?
lestocq, cherchant à se remettre. Eh.' non vraiment... ne faites pas alteution....
( Cherchant à sourire.) Noos parlions donc de votre amour... vous disiez que vous aimiez M“ e Golofkin.
dimitri, à haute voix. Depuis que je me connais... depuis mon enfance... je n’ai jamais aimé... je n’aimerai jamais qu’elle.
lestocq , tout tremblant. Silence ! il ne faut pas dire cela , il ne faut jauiais en parler. Ici surtout.
DiMitH. Vous ave* raison » k cause de
son mari., et encore, puisqu’elle m’aime , puisqu’elle vous l’a dit, je me moque maintenant du mari... et si je puis trouver une occasion de me rencontrer seul avec elle...
lestocq, avec effroi. Y pensez-vous !
dimitri. Certainement ! Mais vous pariiez toiit-à-l'heure des preuves de tendresse qu’elle exigeait de moi quelles
Sont-elles?
lestocq, avec, emburras. M’y voici ! En me faisant un tel aveu... en me permettant de vous en faire part... elle a droit de compter sur votre discrétion et votre dévouement...
dimitri. Ma vie entière est à elle.
lestocq. Eh bien ! pour la rassurer , c’est cela qu’il faut lui écrire...
dimitri, se mettantes ta table. Avec mon sang, s'il le faut... (Écrivant.) m Mon Eu- » doxie... ma bien-aimée... »
lestocq. Y pensez-vous !... est-ce que dans un pareil billet il faut jamais nommer personne ?
dimitri, rléchirant le billet. Vous avez raison... (En écrivant un autre. ) •> Je jure » à M"' Golofkin... »
lestocq. C’est encore pire.
dimitri, déchirant le billet. Dieu ! que c’est impatientant... dictez vous-mèine.
lestocq, dictant à Dimitri qui écrit. «Mail dame... je viens de voir le docteur
» son amitié a trahi un secret que je ne » puis payer qu’au prix de tout mon sang » et de tout mon amour !... parlez, or- » donnez en souveraine... c’est le plus ardent de mes vœux. Obéissance et fidélité « à toute épreuve... — Dimitri. »
dimitri. Pas autre chose ?
lestocq. Non... je crois qu’elle sera satisfaite, et qu'il n’en faut pas davantage.
dimitri, à part. Pour elle... mais pour moi... il ine faut un rendez-vous.
lestocq, se retournant et apercevant Catherine. Ah ! c’est Catherine !...
DIMITRI, pendant que Lestocq remonte le théâtre , écrit à la hâte. « Post — scriptum. » Avant ce soir, un moment d’entretien , » ou je meurs.
lestocq, à Catherine. Qu’y a-t-il ?
Catherine. M. Golofkin sort du conseil et sera ici dans l’instant.
lestocq , à Dimitri. C’est bien, cachetez vite ce biilct, et surtout point d’adresse...
dimitri. Cela va sans dire ! me prenezvous pour un étourdi ? ( A Cutheiine. ) Tiens, petite, prends cette lettre, et port»
là sur-le-champ... Dieu 1 Golofkin I