SCENE III
DIMITRI, STROLOF.
dimitri. A nous deux, maintenant. Occtipons-nous de noire dîner , ce qui est bien ennuyeux,.. moi qui déjà devrais dire à Sainl-l’élLTsbourg, où l'amour m'attend.
sijpoLOF. Vous êtes bien heureux !
dimitri. Je crois bien : depuis deux ans que mon régiment est exilé à Novogorod , depuis deux ans séparé d'elle , et pa$ un mot de scs nouvelles... Eh bien!
▼oyons, notre dîner; qu’est-ce que tu nous donneras? Qu'cst-cc que tu as?
strolof. Adressez-vous à l'intendant de monseigneur, car, pour moi, je n'ai rien.
dimitri. Comment, rien!...
strolof. Esl-cc ma faule à moi si je suis un serf! un esclave! si tout ce que je gagne appartient à mon maître, au comte Golofkin, seigneur de ce domaine.
fciMmtt.Goloiltin! le ministre de la po-
dimitri . Ce n'est pas possible! et je ne puis croire que le comte Golofkin...
strolof. Ah! vous ne le croyez pas
Me voilà pourtant, moi, Strolof, paysan russe, fils de paysan , qui allais épouser Catherine, nta cousine, esclave comme moi... et le matin de la noce, l'intendant l’a enlevée et envoyée à Saint-Pétersbourg pour être femme de chambre de la comtesse, ou peut-être du comte.... que saisje?... et parce que uia mère et moi nous avons réclamé, uons avons voulu élever la voix, il nous a fait donner trente coups de knout. Moi... à la bounc heure , je suis fort... je ne suis bon qu’à être battu...
mais ma mère une pauvre femme de
soixante ans... elle eh serait morte... sans M . Lestocq , le médecin de la princesse , qui venait de Saint-Pétersbourg, et qui l’a soignée, qui lui a sauvé la vie... Aussi , ce M. Lestocq, ce n’est pas un moscovite celui-là , c’est un Français , et si vous le connaissiez... ,
dimitri. Je le commis, je l’ai vu quelquefois quand nous allions faire notre cour à la princesse Elisabeth exilée comme nous à Novogorod... C'est un singulier caractère... un original, qui, du reste, ne manque pas de mérite.
strolof. Je crois bien! Je donnerais pour lui, sur-le-champ, le peu de jours
qui me restent à être battu Ah ! mon
Dieu... une voiture...
dimitri. Celle d'Elisabeth?...
strolof, (u regardant avec effroi . Non pas... non pas..,
dimitri. (^u'as-lù donc à trçrabîér ainsi?
rrsoLor. Dieu me soit en aide !... c’est le comte Golofkin lui-même qui descend chez nous. 11 y aura d’ici à ce soir bien des coups de knout de distribué.
eimitri. Golofkin !... je ne l'aime pas plus que toi, et ne inc soucie guère de faire sa connaissance... Je vais trouver l'intendant et m’entendre avec lui pour notre dîner.
(Il sort par la porte à droite.)