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L. Letellier de Saint-Just, ministre de l’agriculture

“LS. Huntington, solliciteur-général.

M. Chapais avait refusé le portefeuille des travaux publics, que prit M. Drummond.

M. Letellier fut élu par acclamation dans sa division de Grandville.

Ce ministère se formait sous des auspices défavorables, et avec des débris de celui qui venait de se disperser. M. Sicotte, qui avait été blessé de la préférence donnée à M. Dorion, et qui avait entraîné avec lui ses collègues du Bas-Canada, venait, par une défection à la dernière heure, empirer la situation. L'histoire a j ustement flétri la conduite de M. Sicotte en cette occasion. Elle fut lâche, parce qu’il abandonna ses amis dans une crise difficile, et qu’il trompa le public, qui comptait sur son indépendance de caractère et son intégrité jusque-là à toute épreuve. En passant à l'ennemi, il portait un coup fatal au parti libéral. Qn lui offrit de s’effacer en abandonnant son siège de député pour une place de

juge. A sa première faute, il en ajouta une plus grande 8*

encore, celle de succomber à l'appât, trahissant, comme le dit Turcotte, * ses amis, ses alliés, et préférant ses intérêts pécuniaires à ses devoirs et à son honneur, Cette politique était de part et d'autre machiavélique. Elle n’est cependant pas d'hier. Comme le dit le caustique Guy-Patin, “ Tout le monde la condamne, et

“ et chacun la suit.”

Cet acte ne doit pas tant se mesurer en politique sur sa gravité morale que sur sa portée délétère contre le gouvernement représentatif; c’est par des moyens “semblables que l'Irlande s’est vu enlever son parlement, Comme tel, ce trafic de l'indépendance d’un député mérite un blâme sévère, non seulement contre M. Sandfield McDonald, son principal auteur, mais aussi contre ses collècues, dont M. Letellier était un des plus éminents. Notre devoir est de condamner le moyen adopté pour se débarrasser de M. Sicotte, quoiqu'il ait été sanctionné par une majorité de la Chambre, et excusé par un per-

sonnage de la haute respectabilité de M. Dorion.

Le ministère, en se présentant devant le peuple, abandouna le principe de la double majorité ; mais en revanche, il fit du maintien des écoles séparées, qui en était la cause, un article de son programme.

Les élections le laissèrent en minorité dans le Bas-

Canada, et en majorité dans le Haut-Canada. La

+ Le Canada saus l Union, p. 496.

somme, les partis se trouvaient en présence avec des forces à peu près égales. Mais MM. Dorion, Holton et Young ayant été défaits, à Montréal par MM. Cartier, Rose et McGee, et M. Drummond ayant été battu dans deux comtés et obligé de résigner, le ministère perdit tout prestige.

Le premier ministre, M. J. Sandfield McDonald, habile, souple et retors, ne se fit pas de scrupule, pour surnager, de recourir à des intrigues et à des expédients qui lui promettaient quelque succès, tout passager qu'il fût. Il parvint ainsi à manœuvrer à travers la session avec une majorité de deux ou trois voix, qui portent encore un nom peu décent, mais approprié à sa faiblesse : p.....g majority. Il n’avait pas assez de forces pour faire adopter les mesures proposées dans le discours du Trône, et :l eût été défait sur un vote direct de non-confiance, sans la défection de MM. Foley et O’Halloran, deux membres détachés de l’opposition, qui votèrent du côté ministériel. La majorité obtenue sur le choix de lOrateur, M. Wallbridge, était trop diminuée pour permettre au ministère de continuer à se maintenir. Pourtant il est évident aujourd’hui qu’en réunissant leurs forces épar- : ses, les libéraux auraient réussi à dominer la situation. Car les faits prouvent que les conservateurs étaient tous ensemble trop faibles pour gouverner, et qu’en trois ans, il n’y eut pas moins de cinq ministères diffé-

rents, qui se succédèrent après deux élections générales, sans pouvoir diriger d’une main assurée le timon des affaires. Ces années se passèrent en luttes ardentes, personnelles et récriminatoires de la part des deux partis.

La cause principale de la chute des libéraux doit être attribuée à la défection de M. Sicotte. 1ls eurent cependant le temps d'opérer des réformes administratives, des économies et des retranchements. Ils réduisirent de moitié le subside postal de £104 000 ci-devant alloué à la Compagnie Allan, et fixèrent le subside postal accordé au Grand-Tronc à $100 par mille. Grâce aux efforts de M. I. Thibaudeau, ils réglèrent, par une composition avantageuse, le prêt fait aux incendiés de Québec. La milice, qui avait été la pierre d’achoppement des conservateurs, fut organisée sur un pied suffisant,

Le département de l'Agriculture, confié à M. Letellier, était celui qui convenait le plus à ses goûts et à ses aptitudes.

La colonisation des terres par les enfants du sol avait attiré son attention spéciale. Il voyait, avec la jeunesse canadienne, la sève de notre race quitter le foyer de la famille, pour aller chercher aux Etats-Unis une subsistance plus facile en apparence, mais moins permanente que celle que lui offrait le défrichement de nos bonnes terres. Afin d'atteindre ce hut patriotique, c’est-à-dire

afin de détourner nos canadiens de l’émigration à l’étrancer, en leur offrant des avantages pour s'établir dans le pays, il favorisa l'ouverture des chemins de colonisation, entre autres celui de la vallée du lac-Saint-Jean.

Nous empruntons au Canadien du 10 février 1881, le passage suivant, qui, venant d’une plume adverse, ne peut être soupçonné de partialité en faveur de M. Letellier.

“ Nous devons citer, écrivait-il, un fait cependant qui “ nous le montre désireux de remplir son devoir,

“ En 1861, deux citoyens de Saint Roch de Québec, “ connaissant les ressources que la vallée du lac-Saint- “ Jean offrait à la colonisation, entreprirent, avec leurs “propres ressources, d'ouvrir un chemin qui, commen- “ cant à Stoneham, continuerait en droite ligne jusqu’au “lac-Saint-Jean. Ils dépensèrent des sommes d'argent “importantes pour essayer d'arriver à un résultat favo- “rable. A laide de chasseurs qui connaissaient la “forêt dans ses profondeurs, ils la firent explorer, et “trouvèrent qu’il serait possible de pratiquer une route “facile, presque en ligne droite, qui mettrait Québec à “40 lieues de distance des établissements du lac-Saint- “Jean. Ils firent en conséquence des travaux prépa- “ratoires considérables jusqu'au lac Jacques-Cartier, “ situé à une distance d'environ 54 milles de Québec ; “mais ils durent s'arrêter, épuisés d'argent et fort en- “ dettés,

Un comité d'enquête constata ces faits, et en fit rap- “ port à l’Assemblée Législative, concluant à la recom- “ mandation d’une exploration régulière, ct signalant,

en même temps, le grand acte de patriotisme de ces ‘“ deux citoyens, que le gouvernement devait se trouver “ dans l'obligation d’indemniser de leurs dépenses.”

“ M. Letellier, sur la foi de ce rapport, s’empressa “ d’ordonner une exploration, et nomma MM. Neilson “et Hamel, arpenteurs de Québec (accompagnés de M. “ Joseph Perrault, alors député de Richelieu), pour “ l’accomplir. Le rapport de ces messieurs fut de tout “ point favorable, et l’année suivante, M. Chapais, qui “avait été nommé au ministère des Travaux Publics, “ fit commencer le percement d’un chemin qui, aujour- “ d’hui, est complètement ouvert.”

Le ministère réunit les Chambres pour la mémorable session de 1864, Le disconrs du Trône donna lieu à une longue discussion, Il annonçait plusieurs travaux publics, l'amélioration de la navigation du Saint-Laurent et de l'Ottawa, une loi de banqueroute, et l’œmendement des lois sur Les élections, sur l'enregistrement, et sur l’adininistration de la justice ; il mentionna aussi le traité de réciprocité avec les Etats-Unis, et la translation du siège du gouvernement à Ottawa dans un avenir prochain.

Aucun amendement ne fut proposé à l'adresse, malgré un débat acerbe et acrimonieux., L'opposition se

réservait une attaque en règle après avoir compté ses forces,

Dans l'intervalle de calme qui succéda, M. Dorion proposa la mesure la plus importante, celle sur les élections, qui néanmoins ne devait être adoptée que longtemps après. C’est la loi qu’il fit passer en 1874, et qui est encore en vigueur aujourd'hui. Elle consistait à abolir l'appel nominal et la proclamation des candidats élus, fixait un seul jour pour la votation, et le même dans tous les comtés. Enfin elle augmentait le nombre des bureaux de votation. Cette mesure urgente expira avec la démission de M. Sanfell McDonald qui se retira faute d’un appui suffisant (21 mars 1864).

Après plusieurs tentatives infructueuses, M. Ferguson, que le gouverneur avait appelé, ne put réussir à former un ministère, Les conservateurs restaient unis et compacts, et ne voulaient d'aucune coalition, Sir Etienne P, Taché, après le manque de succès de plusieurs, réussit, en s’adjoignant M. John A, Macdonald, à composer un ministère conservateur; mais ce ministère finit ses jours le 14 juin suivant, par suite d'un vote de non-confiance proposé par M. Dorion,

I était évident qu’un tel état de choses ne pouvait se continuer, Il fallait un changement quelconque. M. Brown devint alors l’homme de la circonstance, et avec son concours, les bases de la Confédération furent

préparées, au moyen d’une coalition entre les deux partis.

M. Brown montra alors urie abnégation et un patriotisme dignes d’éloge. Dès 1860 il avait proposé le plan de la Confédération, comme moyen de parvenir à un meilleur système de gouvernement. Sa proposition avait été accueillie, dans le teiups, par les risées de ceux qui venaient à ses pieds en 1864.

Les événements qui amenèrent la Confédération sont trop récents pour être oubliés; nous nous contenterons de les indiquer. Il suffit de mentionner brièvement l’action de M. Letellier dans les débats auxquels le nouveau projet donna lieu pendant son élaboration.

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