OCTOB
< Ammonius Victor, dans la paix, qui vécut vingt-huit ans, cinq mois. Il est mort le xm des calendes d'octobre (2). »
(£) Un vase de sang, apposé près du loculus, et une colombe de pierre, sculptée sur la dalle funèbre, indiquaient que ce petit chrétien de neufanr était un martyr!
(2) Un vase de sang accompagnait cette inscription.
— Qu'as-tu donc rencontré, moderne fossoyeur, Pour que, soudain, ton front rayonne de bonheur? Dans le fond de la crypte, en remuant la terre,
Ta pelle a mis à jour une funèbre pierre, Un vase précieux, urne des temps anciens, Qui, sans doute autrefois, servit à nos chrétiens? Montre-moi ce trésor, découvert par ta pelle, j
Ce vase, cette pierre, inscription nouvelle Qui va me dire un nom que je ne connais pas, Me révéler encor un glorieux trépas !
Hâte-toi, fossoyeur, hâte-toi; je désire, Je brûle de savoir ce qu'elle peut me dire.
— Le bronze, ô voyageur, l'emporte ici sur l'or; Le moindre petit clou vaut, lui seul, un trésor, Quand il est demeuré, sous ces voûtes funèbres, Durant dix- huit cents ans, caché dans les ténèbres; Mais quand ce bronze antique est un modeste anneau, Trouvé dans la poussière humaine d'un tombeau ; Quand au doigt d'un martyr, où la terre le souille, On saisit cet anneau, dévoré par la rouille,
Alors, dans ce vieux bronze, informe et sans couleur, On possède un objet d'une immense valeur!
Ne me demande plus pourquoi mon front rayonne : J'ai trouvé cet anneau, vois!... Ma journée est bonne.
— Bienheureux fossoyeur, un instant, laisse-moi Contempler ce bijou du regard de la foi.
— Le voici, voyageur ; que ta lèvre le baise ; Tu peux le regarder, le toucher à ton aise.
— Je le tiens, ton trésor. Merci de ta bonté. Que ne puis-je à mon doigt le mettre à volonté, Ce bijou des martyrs, cet atineau séculaire Dont le chaton sacré vaut plus qu'un solitaire ! Relique de l'amour, petit cercle d'airain, De quelle vierge as-tu, jadis, orné la main?
Toi que le sol jaloux cachait en ses entrailles, Es-tu l'anneau bénit des chastes fiançailles! Le prêtre te mit-il au doigt d'un jeune époux» Quand, au pied de l'autel se tenant à genoux, Il faisait le doux vœu d'aimer, toute sa vie, La vierge de son cœur, entre mille choisie t Quels serments, dis-le-moi, n'as-tu pas entendus, A l'heure des adieux, quand, pâles, éperdus, Ces époux se quittaient pour aller au supplice? N'accompagnas-tu pas l'athlète dans la lice?
Oui, tu vis le martyr lutter contre la mort,
Et remporter joyeux la palme du plus fort;
Tu trempas dans son sang répandu sur l'arène;
Tu te sentis rayer par la déni d'une hyène
Ou d'un tigre affamé, qui, du noble héros, f
En dévorant la chair, faisait craquer les os...
Sans doute, recueilli par une main pieuse,
Avec ce qui restait de la victime heureuse, . j
Tu seras descendu dans le noir souterrain,
Pour y dormir aussi, fidèle anneau d'airain.
Oh! que ton sort fut beau, précieuse relique
Qu'à ma lèvre amoureuse, en ce moment, j'applique !
Comme toi, j'eusse aimé, couvert d'un sang vermeil,
Aller au loculus goûter un doux sommeil,
Côte à côte d'un saint, enfant, vieillard ou femme,
Dont j'aurais pour le ciel vu partir la belle âme;
Oui, j'eusse aimé, près d'eux, victime des tyrans,
Dans un tombeau sacré dormir dix-huit cents ans!
Ton airain que je baise, ah! maintenant regrette
Son compagnon de nuit, le doigt de son squelette !
Le mien n'est pas si beau que celui du vainqueur,
Il ne sait point parler, comme l'autre, à ton cœur;
Et pourtant il possède une chair qui palpite 1
Mais la chair à tes yeux n'a plus aucun mérite;
Un os froid te platt mieux, dans la paix du tombeau,
Que le doigt le plus blanc, le plus chaud, le plus beau.
Malgré ton déplaisir, malgré ta répugnance,
Si je t'avais trouvé, comme un sceau d'alliance
Entre le ciel et moi, toujours tu resterais
A ce doigt détesté ; car, anneau, tu me plais!
J'aime les souvenirs qu'à mon cœur tu rappelles ;
Encor, pour moi, vois-tu, d'un sang pur tu ruisselles ;
Du doigt qui t'a porté tu gardes la chaleur;
Tu me redis tout bas la joie et la douleur
De ce maître chéri qui mourut pour défendre
La sainte vérité, de ce mattre, au cœur tendre,
Qui voulut te donner asile au loculus,
Et qu'hélas I à présent, tu ne reverras plus!
Cependant, bel anneau, d'une tendresse égale
Je t'aimerais, crois-moi. Jamais lèvre royale
Ne pourrait te baiser avec autant d'amour,
Te caresser sans cesse, et la nuit et le jour.
Je te dirais des mots qui te rendraient la joie...
Oh! pourquoi n'es-tu pas mon esclave, ma proie?
Si l'aveugle fortune à moi t'avait donné,
Tu serais, doux captif, à mon doigt enchaîné;
Tes fers, rien ne pourrait jamais les venir rompre.
Austère fossoyeur, ne puis-je te corrompre?
Dis-moi, pour cet anneau, dis-moi, veux-tu de l'or?
En voici, plein ma main. Que te faut-il encor?
Parle, parle sans crainte : ici, parmi ces tombes,
Nulle oreille n'écoute, au fond des catacombes.
Qui saura ce marché fait loin de tout regard?
Que te faut-il encor? Réponds-raoi donc, vieillard.
LETTRE DIX-NEUVIÉME SUR LES CATACOMBES ROMAINES, ttfr
— Voyageur, ton discours est mauvais, sacrilège. Fi donc! A ma vertu pourquoi tendre ce piège? Garde, garde ton or, je n'en veux prendre rien. Si tu me crois marchand, ah! tu te trompes bien! Jamais le fossoyeur ne vend rien à personne ; Si cet anneau te plaît, prends-le, je te le donne !
IOHHAIBCi
Catacombes de la voie Latine. — Les cimetières d'Apronien; — des Saints Gordianus et Epimachus; — des Saints Simplicius et Servilianus; — de Saint-Tertullinus. — Les gloires de la voie Latine. — Histoire du martyr BQnilacius.— Catacombes de la voie Lavicane. — Les cimetières des Saints Tiburce, Marcellin, Pierre et Hélène; — des Saints Claudius, Nicostratus et des quatre Saints Couronnés ; — de Saint-Castule ; — de Saint-Zoticus. — Catacombes de la voie Tiburtine. — Le cimetière de Sainte-Cyriaque. — Catacombes de la voie Nomentane. — Les cimetières ad Nymphas ; — de Saint-Nicomède ; — de Saint-Alexandre, pape; — des Saints Priraus et Felicianus ; — de Saint-Reslilut. — Inscriptions.
Rome, le 8 avril 1851.
Sur le versant du mont Cœlius, se déroule la voie Latine qui, jadis, au dire de Strabon, partageait, avec la voie Valérienne, la célébrité de la fameuse voie Appienne que nous venons de quitter (1). Bordée également de superbes tombeaux, elle conduisait au pays des Latins, comme l'indique son nom. C'est sur cette voie que se trouve la catacombe d'Apronien, illustrée par le tombeau de sainte Eugénie et celui de ses frères Avitus etSergius.
La vierge Eugénie était fille de Philippe, préfet de la province d'Egypte. Elle habitait Rome avec sa mère Claudia et ses deux frères Avitus et Sergius. Accusée d'être chrétienne et d'avoir prêché la virginité à ses compagnes, elle est amenée, le vm e
(1) Praeclarissimae surit viœ Appia, Lalina, Valeria. (Strabo, lib. V.)
jour des calendes de janvier, devant le tribunal du préfet Nice* rius, qui la fait étendre sur le chevalet et torturer cruellement pendant plusieurs heures. Quand la fureur du juge fut assouvie, la hache du bourreau vint terminer le long supplice de la courageuse vierge, dont la belle âme, semblable à la colombe échappée' du filet des chasseurs, prit son rapide essor vers les cieux. Sa mère, Claudia, aidée de plusieurs autres fidèles, enleva son corps et l'ensevelit avec honneur, au chant des hymnes sacrées (4), dans un jardin qu'elle possédait sur la voie Latine, et où Eugénie avait déjà déposé un grand nombre de martyrs. Nouvelle Rachel, cette mère inconsolable ne pouvait s'éloigner du loculus qui renfermait les dépouilles mortelles de sa fille. Un jour, quellç priait avec larmes devant ce tombeau cher à son cœur, Eugénie lui apparut et lui dit : — ce Réjouissez-vous, ma mère : ce Dieu m'a fait entrer dans le lieu des délices et du repos éternel; « dimanche prochain, vous y viendrez vous-même. Recorn- « mandez à mes deux frères Àvitus et Sergius de garder fidèlece ment le signe de la croix, qui les rendra participants de notre ce bonheur. »
Claudia mourut, en effet, le dimanche suivant, au moment où, venant de participer aux divins mystères, elle s'agenouillait pour
le cantique d'action de grâce. Ses fils l'inhumèrent auprès de leur sœur, dans la catacombe d'Apronien, où eux-mêmes vinrent plus tard reposer, après avoir converti un grand nombre de païens à la foi chrétienne (2).
On ignore si T Aprônien qui donna son nom à cette catacombe est le saint martyr Apronien, intendant des prisons dé Rome,
(i) A maire sua Claudia aliisque fidelibus cum hymnorum cantu honorifice sepulta fuit, idque in praedio suo proprio, non longe ab urbe, ubi multorum ipsa ante sepelierat membra. (Aringhi, Romasubter., p. 341.)
(2) Porro ipsi quoque Sergius et Avitus mullo quidem post tempore, cum, mullis paganorumadfidem conversis, quieverunt, à fidelibus in eodem cœmeterio juxta malrem et germanam lumulati sunt. (Ibidem, p. 342.)
sou» Dioctétien, et qui souffrit sur la voie Salaria, ou bien un autre membre de cette noble famille, qui aura immortalisé son nom par le martyre ou par la charité. L'histoire et la tradition ont aussi leurs mystères.
Plus loin, sur la même voie, Ton rencontre le cimetière des Saints Gordianus et Epimachus.
Saint Gordianus s'était depuis peu converti au christianisme, avec cinquante-trois personnes de sa maison, quand il fut arrêté par ordre du préfet de Rome, qui, après une sanglante flagellation, lui fit trancher la tête. Son martyre arriva sous le règne impie de Julien l'Apostat. Des chrétiens enlevèrent son corps et le déposé* rent, le iv des ides de mai, dans le cimetière de saint Epimachus, qui dès lors s'appela du double nom des Saints Gordianus et Epimachus. Ce dernier n'était pas un martyr romain ; il avait signé sa foi dans les murs d'Alexandrie d'Egypte ; mais Rome avait voulu posséder son corps, et des frères l'avaient rapporté d'Orient dans la capitale du monde, où une place lui avait été donnée dans un des cimetières de la voie Latine, celui-là même qu'il décora de son nom. Il ne fut pas le seul à dormir, avec Gordianus, dans ce champ du repos, dont l'origine est incertaine; car le pape Etienne I er y avait déjà enseveli les saints martyrs Sempronius, Olympius, Exuperius et Theodulus, qui remportèrent la palme, sous l'empereur Valérien, le vu des calendes d'août. Saint Nemesius, décapité le vin des calendes de septembre, y avait également reçu la sépulture, avec sa fille sainte Lucilla.
Le cimetière des Saints Simplicius et Servilianus, l'un des plus anciens de la voie Latine, est situé au second milliaire de Rome, et touche à la catacombe de Saint-Gordianus. Les courageux martyrs dont il porte les noms eurent la tête tranchée par ordre du préfet Ananius, et furent inhumés dans un jardin situé à deux milles des murailles de Rome, sur la voie Latine (1). Les
(i) Quorum corpora Christiani posuerant in praedio eorum, via Latina, roilliario secundo. (Martyrobg. rom., 20 mai.)
saints Quartus, Quintus,et plusieurs compagnons de leur glorieux combat, furent aussi déposés dans ce cimetière, ayec sainte Sophie, vierge et martyre.
L'antique catacombe de Saint-Tertullinus est -voisine du cimetière précédent.
Tertullinus, encore païen, avait donné la sépulture à douze clercs du pape Etienne I er , martyrisés sur la voie Latine, le jour des calendes d'août, pendant la persécution de Valérien. Cette action charitable lui valut la grâce du saint baptême, qu'il reçut des mains du pontife, ainsi que Tordre sacré de la prêtrise. Deux jours après son ordination, il fut arrêté et conduit au tribunal de l'empereur, qui, l'ayant fait meurtrir de coups de bâton et torturer avec des torches ardentes, propienées sur ses côtés, l'abandonna à la rage d'un juge nommé Saprice. Celui-ci ordonna qu'on retendît sur le chevalet, où les bourreaux lui cassèrent les dents et lui coupèrent les nerfs. La hache d'un licteur termina ce cruel martyre. Le pape Etienne recueillit précieusement ce qui restait du corps de Tertullinus et le déposa, la veille des calendes d'août, près des nombreux martyrs qu'il avait inhumés.
Une des plus grandes gloires de la voie Latine est, sans contredit, d'avoir été le théâtre du martyre de l'apôtre saint Jean, qui, amené, chargé de chaînes, d'Ephèse à Rome, par l'ordre de Domiiien, fut, d'après la sentence du sénat, plongé dans une chaudière d'huile bouillante, d'où il sortit plus frais et mieux portant qu'il n'y était entré (1). Avant d'atteindre la voie Lavicane, il faut, mon cher Edouard, que je vous dise quelques mots d'un martyr dont le corps, apporté de Tarse, en Cilicie, fut enseveli dans un cimetière de la voie Latine; car l'histoire de saint Boni-
(J) Romœ, sancli Joannis, ante portam Lalinam, qui ab Epheso, jussu Domitiani, vinclusRomamperducluset,judicantesenatu,anleeamdemportam in olei ferventis dolium missus, purior et vegelior inde exiit quam intravit. [Martyrol rom.)
facius a un dénoûment trop dramatique pour que je la passe entièrement sous silence.
11 y avait à Rome une noble matrone, nommée Aglaé, qui passait sa vie au milieu du luxe et des plaisirs, tels que l'orgueil effréné et la molle volupté d'alors savaient les inventer. Néanmoins les folles occupations et les fréquentes orgies de la cour impériale n'avaient pas encore abruti son esprit et son cœur au point de lui faire complètement oublier qu'elle avait une âme immortelle, dont ce corps délicat qu'elle couvrait d'huile parfumée, de bijoux précieux et de fines bandelettes de lin, n'était que le geôlier provisoire ; car elle avait appris de la bouche d'un chrétien que, la vie n'étant qu'un voyage de quelques jours, la mort viendrait bientôt renverser et dissoudre cette prison de boue qui retenait captive la céleste étrangère. Une pensée aussi grave, aussi aus- 4 ère, était bien faite pour jeter de l'amertume au fond de toutes les coupes que lui offrait la main du plaisir. Un jour que les fatigues d'une débauche nocturne la retenaient mollement étendue sur les voluptueux coussins de son lit d'ivoire, elle eut une vision qui réveilla tous ses remords, et l'engagea à rompre enfin les liens criminels qui la retenaient dans les sentiers du vice le plus dégradant et le plus honteux. Elle vit une vierge chrétienne, vêtue de longs habits blancs, sur lesquels apparaissaient 4e larges traces d'un sang vermeil et nouvellement répandu. Un voile cou- Trait à demi la tête de cette vierge, dont la douce figure rayonnait -d'une splendeur presque divine. Une couronne de lis blancs, entremêlés de roses odorantes, ceignait son front, serein comme l'azur du ciel durant l'un des plus beaux jours du printemps. Elle portait en sa main droite une branche de palmier vert, et relevait majestueusement de la gauche les plis traînants de sa robe nuptiale.
«c Qui es-tu ? s'écria Aglaé surprise et effrayée. Que me veuxtu? Qui t'a introduite dans celte chambre, dont la porte était fermée?
2d0 LETTRE DIX-NEUVIÈME
— Je suis une des nombreuses épouses de Jésus-Christ, répondit la vision. Je viens de cueillir cette palme glorieuse dans le champ des martyrs, à Tarse, en Gilicie ; ce sang que tu vois sur mes habits, je l'ai versé pour l'amour de mon Dieu, qui m'a couronnée aujourd'hui , et dans les palais resplendissants duquel je vais habiter à présent durant Peler ni té. Les voluptés de la maison du Seigneur ne sont pas comparables à celles de la terre, qui fatiguent le corps et tuent l'âme. Àglaé, songe à des joies plus pures et plus durables que celles que tu demandes, chaque jour, à de coupables et passagères amours. Embrasse la foi chrétienne, et le bonheur viendra, avec l'espérance, habiter sous ton toit purifié. »
Aglaé recueillait à peine les derniers sons de cette voix angelique qui venait de chanter si harmonieusement à ses oreilles, que déjà la suave et céleste vision avait disparu. Elle se lève et court dans tous les coins de sa chambre, comme pour ressaisir cette forme gracieuse qui vient de lui apparaître. Inutiles efforts ! Elle est seule, bien seule ; la porte de sa chambre est encore fermée : elle n'a pas été ouverte. Elle appelle ses esclaves, leur demande si personne n'est entré dans son palais, si personne n'en est sorti. Mais les esclaves n'ont rien vu, n'ont rien entendu.
« C'est un avertissement du Dieu des chrétiens, se dit alors la voluptueuse matrone dont le cœur venait de s'ouvrir à la radieuse et vivifiante lumière de la grâce; il ne faut plus que je méprise sa voix : le temps est venu de changer de vie, de rompre avec les fausses joies du monde. Adieu la cour des Césars et ses fêtes bruyantes! Adieu les vaines jouissances qu'abritent la pourpre et les lambris dorés I Je suis chrétienne ; je vais maintenant me reposer sur la croix. » •
Aussitôt elle fait venir Bonifacius, l'intendant de son palais, celui de ses serviteurs en qui elle avait le plus de confiance :
« Bonifacius, lui dit-elle, je veux que vous réformiez ma maison. Plus de gladiateurs pour s'égorger durant les festins ; plus de
ces troupes de musiciens qui font retenlir ma demeure du son langoureux et perfide de leurs instruments ; plus de statues impudiques dans mes jardins; plus d'esclaves inutiles; plus de folles dépenses !
— Et que fera de ses immenses trésors l'illustre matrone Aglaé? objecta timidement Bonifacius.
— L'Eglise du Christ ne manque pas de pauvres à qui nous les distribuerons.
— C'est, en effet, un bon moyen de les utiliser, murmura le vieux serviteur.
— Dès aujourd'hui j'irai trouver l'évêque de Rome, poursuivit Aglaé, et, en lui offrant mes biens pour son Eglise persécutée, je lui demanderai qu'il me reçoive au nombre des épouses de ce Seigneur Jésus que les vierges chrétiennes aiment tant. En attendant, Bonifacius, tu vas prendre de l'or, beaucoup d'or dans mes coffres, et tu iras me chercher des corps de martyrs à l'amphithéâtre de Flavien, à la porte Esquiline, sur les voies consulaires, n'importe où tu voudras; mais, entends- tu, je veux avoir des corps de chrétiens morts pour le Dieu qui maintenant est le mien; je leur donnerai une riche sépulture dans mes jardins de la voie Latine; et, par l'intercession de ces glorieux saints, le Christ aura pitié de la pauvre pécheresse Aglaé.
— La persécution est ralentie, dit Bonifacius, et les bourreaux de Rome se reposent. Il faut attendre.
— Elle a été martyrisée à Tarse, en Cilicie, repartit la matrone en regardant le ciel; oui, elle me Ta dit. Bonifacius, mon ami, cours au portd'Ostie, et embarque-toi pour l'Orient; tu te rendras à Tarse, on y martyrise encore. Oh ! si tu pouvais me rapporter les reliques sacrées de cette aimable vierge !
— J'irai à Tarse, noble matrone, puisque vous me l'ordonnez; je partirai de suite, après avoir congédié ceux que vous ne voulez plus garder en votre maison. »
Le serviteur fit quelques pas pour s'éloigner ; puis, se retournant tout à coup vers sa maltresse :
<( Et si Ton tous rapportait les reliques de Bonifacius? ajouta-
t il en souriant.
— Elles seraient les bienvenues I s'écria Aglaé. » Le soir même Bonifacius descendait le Tibre sur un vaisseau à trois rangs de rames, et quelques semaines après il se trouvait dans la capitale de la Cilicie. La première chose qu'il fit en arrivant à Tarse, fut de se rendre au lieu où les bourreaux tourmentaient les chrétiens livrés, par le juge, à leurs tortures et à leurs glaives. Jamais semblable spectacle ne s'était offert à ses yeux ; car il n'était point de ces Romains, avides de sang, qui fréquentaient assidûment l'amphithéâtre de Flavien et les autres endroits où travaillaient les confecteurs. C'étaient des têtes coupées, des troncs affreusement mutilés qui couvraient l'arène sanglante; c'étaient des chevalets, des roues, des grils, des bûchers, sur lesquels étaient attachés des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants , que torturaient à l'envi les lanières plombées, les tenailles tranchantes, les ongles de fer, les torches ardentes des bourreaux. Mais ce qui le frappa davantage, ce fut de voir qu'au milieu de tous ces supplices atroces les victimes innocentes des persécuteurs priaient pour la conversion de leurs juges iniques, et chantaient des hymnes en l'honneur du Dieu qui allait bientôt couronner dans le ciel, des palmes de la victoire, les rudes combats , entrepris sur la terre, pour la gloire de son nom. Il commença à comprendre qu'il y avait quelque chose de surhumain dans cette résignation, dans ce courage qui faisaient affronter avec joie toutes les horreurs de la mort la plus cruelle. La lumière de la grâce illumina son cœur jusqu'alors obscurci par les ténèbres de l'idolâtrie. Il était entré païen dans l'amphithéâtre de Tarse, et Dieu permit qu'il en sortît chrétien, baptisé dans son propre sang. Déjà il avait, à force d'or, obtenu des bourreaux quelques corps saints, et il se retirait avec ce trésor d'un nouveau genre pour lui, quand, apercevant un ange éblouissant de lumière, qui tenait une couronne radieuse étendue au-dessus de la
tête d'un martyr, il revient sur ses pas et s'écrie : — Je suis chrétien !
Un chevalet était vide, Bonifacius s'étend dessus ; et, sur un signe du juge qui présidait au supplice, les licteurs commencent à labourer ses chairs avec les ongles et le forceps. Soutenu par la vision céleste , le serviteur d' Aglaé supporta courageusement les tortures; et, après avoir épuisé toute la rage des bourreaux, tandis que sa tête roulait sur l'arène, son âme s'élança, rapide et joyeuse, vers la glorieuse palme qui l'attendait dans les cieux.
Un chrétien de Rome qui était venu avec lui à Tarse recueillit son corps, et, l'enveloppant précieusement, avec des parfums, dans des linges fins, il le rapporta à Aglaé. La pieuse matrone, nouvellement purifiée dans les eaux du baptême, reçut avec un saint respect les reliques de son vieux serviteur ; elle les ensevelit ellemême avec honneur dans ses jardins de la voie Latine, situés entre le sixième et le septième militaire, la veille des ides de mai. Non contente des pompeuses funérailles qu'elle lui avait fait faire, elle éleva une église sur son tombeau, et y fut elle-même inhumée, après treize ans passés dans la pénitence et l'exercice de toutes les vertus chrétiennes (1).
Maintenant, cher Edouard, poursuivons notre pèlerinage. Nous sommes sur la voie Lavicane, au cimetière des Saints Tiburce, Marcellin, Pierre et Hélène, désigné souvent dans les Actes des martyrs sous le nom de cimetière Inter duas lauros, sans doute à cause de deux lauriers plantés près de son entrée principale.
Tiburce, fils de Chromatius , était un jeune sénateur romain
(i) Bonifacium, post marlyrii palmam e Tarso Cilicise Romam translatum, bac eadem via Lalina, inler sexlum et seplimum lapide m, ab Aglae matrôna, prid. Id. maii, honorifice depositum fuisse legimus; quo et potissimum loco conspicuam in ejusdemmart. honorem ecclesiam a dicta malrona erectam fuisse tradilio est : ubi et ipsaraet post annum terlium decimum virtulum merilis exculta sepullurœ locum obtinuit. (Aringbi, Roma subterranea, p. 357.)
dont la beauté remarquable le disputait à la naissance illustre. Converti par le saint pape Caïus, il est bientôt dénoncé comme chrétien à Fabianus, préfet de Rome, qui le fait arrêter. Celui-ci lui ordonne de jeter de l'encens sur des charbons ardents, ou bien de marcher dessus nu -pied s. Tiburce, refusant de sacrifier à des dieux qu'il a reniés, ôte sa chaussure et se met à fouler le brasier, en disant à Fabianus : Tes charbons sont doux et frais comme des roses (1). Le préfet, irrité» commande qu'on le conduise sur la voie Lavicane et qu'on lui tranche la tête. Ce fut le m des ides d'août que Tiburce remporta la palme du martyre ; son corps, par les soins des saintes Lucilla et Firmina, ses parentes, fut déposé dans le cimetière Inter duos lauros, où ces pieuses femmes s'étaient fait construire un cubiculum. Ne pouvant quitter le sépulcre du glorieux martyr , elles passaient les jours et les nuits en prières dans la sombre crypte. Tiburce, leur étant apparu avec les saints Marcellin et Pierre, leur dit d'ensevelir près de lui ces deux martyrs, égorgés sur la voie Cornélienne. Elles se hâtèrent d'obéir; et, la nuit suivante, elles amenèrent sur la voie Lavicane les corps des deux amis de leur illustre parent, trouvés au milieu des buissons dé la Forêt Noire, où, au dire du pape Damase, le bourreau les avait cachés afin qu'ils fussent perdus pour les chrétiens (2).
L'impératrice sainte Hélène, mère du grand Constantin, vint reposer, le 18 août de l'an 328, près des martyrs inhumés dans
(i) Videtur quod super flores roseos gradior. (Baronius, t. II, an. 286.) (2) Marcelline, luos pariter, Petre, nosce triumphos :
Percussor relulit Damaso mihi, cum puer essem,
Haec sibi carnificem rabidum mandata dédisse,
Sentibus in mediis vestra ut tune colla secaret,
Ne tumulum vestrum quisquam cognoscere-posset;
Vos alacres, vestris manlbus inundasse sepulcra,
Gandidulo occulte postquam jacuistis in antro.
Postea comraonitam vestra pietale Lucillam,
Hic placuisse magis sanctissima condere membra.
(S. Damasus, apud Aringbi, p. 365.)
la catacombe Inier duos lauros, l'une des mieux conservées, des phis vastes et des plus intéressantes de la Rome souterraine. Par amour pour sa mère et par vénération pour les saints martyrs, le nouveau maître du monde fit élever sur leurs tombeaux une superbe basilique, dont on voit encore aujourd'hui quelques restes.
Le cimetière ou Varinaire des bienheureux martyrs Claudius, Nicostratus, Symphorianus, Castorius, Simplicius et des quatre Saints Couronnés, se trouve également sur la voie Lavicane, au troisième milliaire de la ville» et n'est qu'un quartier de la catacombe de Sainte-Hélène. Ses principales gloires sont les héros intrépides qui lui ont donné leur nom. Claudius, Nicostratus, Symphorianus et Castorius étaient des artistes célèbres sous l'empire de Dioctétien. Ayant refusé d'employer leur ciseau chrétien à des sculptures païennes, ils furent, avec Simplicius, leur ami 9 livrés aux bourreaux, qui les déchirèrent à coups de verges de fer, et qui, après les avoir renfermés dans des caisses de plomb, les précipitèrent dans le Tibre. Des chrétiens les en retirèrent durant la nuit, et vinrent les ensevelir sur la voie Lavicane.
Quant aux quatre Saints Couronnés, c'étaient quatre vaillants soldats de l'armée de Dioclétien, qui, par leurs exploits, avaient mérité le signe de l'honneur, appelé cornicuîum. Us se nommaient Severus, Severianus, Carpophorus et Victorinus. Saisis par les bourreaux, pour avoir refusé de sacrifier aux idoles, ils furent mis à mort devant la statue d'Esculape, où leurs corps restèrent abandonnés aux chiens. Au bout de cinq jours, le pape Melchiade, aidé du général Sebastianus, qui, lui aussi, devait bientôt verser son sang pour Jésus-Christ, parvint à recueillir ce que les animaux avaient épargné, et le transporta furtivement, à la faveur des ténèbres de la nuit, dans le cimetière où nous sommes (1).
(1) Quorum corpora in platea jussit canibus jactari , quœ jacuerunt die-
La catacombe de Saint-Castule nous offre maintenant le dédale inextricable de ses galeries, qu'obstruent, pour la plupart, des terres humides, ramollies par le voisinage de l'aqueduc de Claude, et que des éboulements fréquents augmentent chaque jour.
Saint Gastule était zètaire de l'empereur Dioclétien (1), c'està-dire intendant des petits appartements, situés sous les combles du palais impérial. 11 eut le courage d'y donner un asile au pape Caïus et à une partie des chrétiens qui avaient coutume de fréquenter la maison de Chromatius, père de Tiburce, son ami. C'était loger des agneaux dans la tanière d'un loup. Mais la persécution sévissait avec tant de fureur, qu'il n'y avait point de cavernes ni de forêts assez profondes pour soustraire une tête chrétienne aux édits sanglants. 11 est probable que le tyran, dont les yeux étaient pleins de sang, ne se fût pas aperçu de la présence de quelques proscrits, cachés dans les combles de son vaste palais, si un traître, nommé Torquatus, n'eût dénoncé Castule et ses compagnons. Ce généreux chrétien, après de longues tortures souffertes patiemment, fut précipité dans une *fosse où les bourreaux F étouffèrent sous une masse de sable. Ce fut le vu des calendes d'avril qu'il émigra vers le Seigneur avec la palme du martyre (2).
A sept milles de Rome, en suivant toujours la voie Lavicane,
bus quinquc. Tune 6. Sebaslianus venit noctu cum Melchiade episcopo , et collegit corpora, et sepelivit in via Labicana, milliario ab urbe Roma plus minus tertio, cum aliis sanctis in arenario. (Acta 5. Martyr., quat. Coronatorwn. )
(1) Zetarii dicebantur qui praefecti erant zetis : erat quippe zêta (ut tradit Plinius , lib. VI, epist. y.) locus capax unius lecti cum duabus sellis, qui velis obductis et reductis modo adjiciebatur cubiculo , modo auferebatur, ac proinde portatile quoddam cubiculum. (Baronius, Annale 286, n° 9.)
(2) In confessione itaque Domini perseverans , missus est in foveam , et dimissaest super eum massa arenaria, et ipse cum palma martyrii migravit ad Christum. ( Acta S. Sebastiani. )
on arme à un endroit appelé la Vallée des Morts. C'est là que se trouve le cimetière du bienheureux Zoticus, martyrisé, sous Adrien, avec les saints Irenaeus, Ilyacinlhus et Amantius. Ces athlètes du Christ, condamnés à être brûlés vifs, avaient été conduits sur la voie Lavicane et attachés à des poteaux entourés de sarment; mais les flammes ayant respecté les victimes qui leur étaient livrées, des soldats prétoriens les assommèrent à coups de pieux. Saint Zoticus et ses compagnons furent enterrés avec honneur dans le lieu même de leur martyre.
Parmi les nombreux chrétiens dont le sang arrosa la voie Lavicane, je vous citerai encore, mon cher Edouard , les dix soldats qui y furent égorgés, sous Adrien, le iv des ides de février ; les quarante autres qui y souffrirent, sous Gallien, le jour des ides de janvier, et les trente martyrs que Dioclétien y fit décapiter le xi des calendes de janvier.
Passons de la voie Lavicane à la voie Tiburtine, entrons dans le champ de Ver an us, et descendons dans le cimetière de Sainte- Cyriaque dont l'origine remonte au règne de l'empereur Valérien, c'est-à-dire à Pan 260. Cette catacombe est Tune des plus glorieuses de la grande cité des martyrs. Sa fondatrice, nommée Cyriaca, était une sainte veuve qui consacrait sa personne et ses biens au service des pauvres du Christ (i). Loin d'être effrayée par la violence de la persécution, elle donna, pour les assemblées des fidèles et la célébration des saints mystères, une maison qu'elle possédait sur le mont Cœlius. Le saint diacre Laurent, la veille de son martyre, y distribua les trésors de l'église aux infirmes, aux veuves et aux orphelins. Quand les bourreaux
(l)Haec fueratcum yiro suo annis undecim, et in viduitate'sincerissima permanserat annis triginia duobus , et de facultatibus suis pauperibus Christi quotidie solatium exhibebat. Cum autem fervor persecutionis inslaret, hœc matrona domum suant, quœ erat in Cœlio monte, militibus Cbristi, sanclis videlicet, ad conveniendum , et sacramenta Dominica insinuanda obtulit , nullo timoré perler ri la. (Acta S. Cyriacœ.)
eurent achevé de rôtir le corps du bienheureux lévite, la pieuse matrone le leur acheta et le déposa dans le champ de Veranus avec toute la pompe qu'il était possible à des chrétiens persécutés de déployer en ces jours de carnage. Ce champ de Veranus, situé sur la voie Tiburtine, lui appartenait, et elle Pavait consacré à la sépulture des chrétiens. Le jour même qui précéda la mort de saint Laurent, un soldat, nommé Romanus, que le célèbre diacre avait converti, et que l'empereur Valérien avait fait décapiter sur la voie Salaria, avait reçu dans ce même champ la sépulture des mains du prêtre Justinus. Celui-ci, après trois jours et trois nuits passés dans le jeûne, les veilles et les larmes, offrit sur le tombeau de Laurent le sacrifice de louange, et la multitude des chrétiens participa au corps et au sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ (1).
Ce cimetière vit descendre successivement dans ses innombrables galeries, à plusieurs étages, les corps des saints :
Claudius, sous-diacre; Severus, prêtre; Crescentius, lecteur; Romanus, portier; Hippolyte, avec dix-neuf membres de sa famille; Concordia, nourrice d'Hippolyte, jetée dans un cloaque; Irénée et Abundius, qui éprouvèrent le même sort (2) ; Cyriaca, la sainte matrone que nous connaissons; Tryphonia, épouse de l'empereur Decius, et Cyrilla, sa fille, qui, mises à mort par celui que Lactance appelle exsecrabile animal Decius (3), furent abandonnées aux chiens sur le théâtre de leur martyre; et Justinus, le bienheureux prêtre qui donna la sépulture à presque tous les martyrs que je viens de nommer.
(1) Justinus presbyter oblulit sacrificium laudis, et participali sunt omnes corpus et sanguinem Do mini noslri Jesu Christi. [Acta S. Laurentii. )
(2) lia videlicet ipsas quoque Rom ange urbis cloacas, quibus lutom inferçi solebat, sacris beatorum raartyrum pignoribus pretiosis veluti margaritis augeri passim ac nobilitari conligit. (Aringhi, Roma subter., p. 385.)
(3) Laclantius, De Mort, persecut.
La catacombe de Sainle-Cyriaque est remarquable par ses peintures, ses sculptures et ses inscriptions. Dans une de mes lettres précédentes, je vous ai raconté, cher Edouard, la vive impression que j'avais ressentie en visitant pour la première fois ce cimetière qui, moins fréquenté que plusieurs autres, n'en est par cela même que mieux conservé.
La voie Tiburtine a été illustrée par le martyre de la noble matrone Symphçrosa, de son époux Zolicus, et de ses sept fils : Crescentius, Julianus, Nemesius, Primitivus, Justinus, Stacteus et Eugenius. Cette 1 belle famille y fut égorgée , le v des calendes de juillet, à neuf milles de Rome environ,. au même endroit où le bienheureux Vincentius fut couronné, le ix des calendes d'août.
Nous voici à présent sur la voie Nomentane, qui jadis conduisait au pays des Sabins. Le cimetière dont je vais vous parler s'appelle cœmeterium ad Nymphas, à cause des fontaines et des marécages qui l'environnaient sans doute primitivement. La tradition nous apprend que l'apôtre saint Pierre avait coutume de s'y rendre pour baptiser les catéchumènes, et les premiers chrétiens le nommaient ad B. Pétri Nymphas (fontaines du bienheureux Pierre). Deux soldats, Papias et Maurus, condamnés à mort par le préfet Laodicius, sous Dioclétien, pour avoir refusé de sacrifier aux idoles, furent inhumés, pendant la nuit, par le prêtre Jean, dans la catacombe ad Nymphas ubi Petrus, baptizabat (1). L'humidité extrême du terrain dans lequel était creosée cette crypte vénérable fut cause qu'il n'en reste plus rien aujourd'hui. Je puis vous dire la même chose du cimetière de Saint-Nicomède qui, dégradé par les carrières de pouzzolane ouvertes dans. cette partie de la campagne romaine, est à peine recohnaissable. Le saint prêtre qui lui a donné son nom était un grand ensevelîsseur de martyrs; il fut lui-même couronné, le
(1) Aringhi , Roma subterranea, p. 412.
vu des calendes d'octobre, sous le règne de l'empereur Domitien et inhumé sur la voie Nomentane, dans le cimetière où il avait déposé tant de corps saints.
Le cimetière de Saint- Alexandre, pape, et de ses compagnons martyrs, situé à sept milles de Rome, sur la même voie, est également presque comblé. Son origine remonte au temps d'Adrien, en l'an 152; il fut donné à l'Église par une fervente chrétienne, noraniée Severina, épouse du juge Aurélien, l'un des plus ardents persécuteurs des disciples de Jésus-Christ. Ce juge ayant fait mourir le pape Alexandre et les deux prêtres Eventius et Theodulus, la pieuse matrone, sans redouter la colère de son cruel époux, recueillit elle-même les corps de ces saints martyrs et les déposa solennellement dans un de ses jardins de la voie Nomentane, où, revêtue d'un cilice, elle voulut rester près de leurs tombeaux, jusqu'à ce que le pape saint Sixte, successeur d'Alexandre, lui eût accordé un prêtre qui, attaché à cette crypte, y offrit chaque jour le divin sacrifice. Le cimetière de Saint- Alexandre, d'où l'on put encore au siècle dernier extraire plusieurs corps de martyrs, possédait aussi le sépulcre du bienheureux Herculanus qui souffrit, le xi des calendes d'octobre, sous ce même Aurélien dont nous venons de parler. Quant à Severina, morte pleine de jours et de vertus, elle fut déposée en paix dans la catacombe qu'elle avait ouverte.
A quatorze milles de Rome, on rencontre le cimetière des Saints Primus et Felicianus, vénérables vieillards dont le glaive du bourreau trancha les tètes blanches, sous les murs de Nomentum, pendant la persécution de Dioclétien. Ils furent inhumés avec pompe dans le lieu appelé autrefois ad Arcus Numentanos (1). Cette catacombe a complètement disparu.
Deux milles plus loin, au pied du Monte Rotondo, s'ouvre le cimetière de Saint-Restitut. Ce martyr, par ordre de Dioclétien,
(!) Àringhi, Roma subterranca , p. 117.
«ùt la tête coupée dans le Forum Romanum, à quelques pas de Tare de Titus. Une sainte femme, nommée Justa, recueillit son corps et sa tête, abandonnés à la dent des chiens; elle les emporta dans sa maison, voisine de la Meta-Sudans; les enveloppa avec des parfums dans des linges très-fins ; puis, plaçant ce précieux fardeau au fond de sa litière, elle prit avec lui, pendant la nuit, le chemin de sa villa, située à seize milles de Rome sur la voie Nomentane. Là, au milieu des hymnes et des prières, elle déposa les saintes reliques dans une crypte qui reçut le nom du glorieux martyr, et qui longtemps après était encore pour les chrétiens de Rome le but d'un célèbre pèlerinage.
PRINCIPALES INSCRIPTIONS FUNÈBRES
XXT&A1TBS