LES ÉLECTIONS
New- York, 11 novembre 1834.
Les élections de Tautomue ont maintenant eu lieu dans la plupart des États. Elles ont tourné à l'avantage du parti démocratique et du président.
Au mois d'avril dernier , le maire de Nev(r-York , qui est un jœkson-man , fut élu à Timperceptible majorité de 18i voix sur 55J 47 votants, et Topposition emporta la majorité du conseil municipal. Aujourd'hui la majorité en faveur du général Jackson est de 2,400. Divers motifs ont contribué à ce retour de fortune.
Le nom de la banque, dont la cause est étroitement liée à celle de l'opposition , sonne de plus en plus mal aux oreilles populaires. C'est de l'injustice , mais c'est un fait. Quelques mesures récentes de la banque ont redoublé contre elle l'animc/sité du parti démocratique.
■tCHEL CBBVALIEB. — TOME II. 1
s LES ÉLECTIONS.
Elle a refusé de montrer ses livres au comité d'investigation » nommé par la chambre des représentants , autrement qu'en la présence de ses propres officiers (i), et Ton a persuadé au plus grand nombre que le Monstre refusait de laisser voir les mystères de son antre aux délégués du peuple. La banque persiste , conformément aux usages du monde commercial , à réclamer des dommages-intérêts , à cause du protêt de la lettre de change «ur le gouvernement français , que l'administration lui avait vendue , et elle a retenu les dividendes qui revenaient au gouvernement fédéral en sa qualité d'actionnaire. C'est, dit-elle, uniquement pour
. porter devant les tribunaux le débat qui existe entre elle et le trésor public. Le parti démocratique prend texte de là pour accuser la banque d'usurpation de pouvoirs, c La voilà , dit-il , qui se place au-dessus c des lois , qui se fait justice à elle-même , qui , sur € un prétexte imaginaire, met la main sur les deniers c du peuplé. ) Dans ces deux afl^ires il est très-possible que le droit soit tout entier du côté de la banque ; mais les apparences sont contre elle , et rien ne saurait être plus fâcheux dans un pays gouverné par le suffrage universel. Beaucoup des amis de la banque, tout en admettant qu'en ces deux circonstances sa con-
■ duite a été légale, préféreraient qu'elle eût agi autrement , par prudence , dans Tintérét de l'opposition et dans le sien propre.
(1) Elle appuyait son refus sur ce qu^un précédent comité d*invcstigation, au moyen de notes prises pendant un examen pareil^ s^élait permis t)eaucouii d^indiscrétions.
Le silence des grands orateurs du congrès, qui sont presque tous dans les rangs de Topposilion , n*a pas moins contribué aux pertes qu'elle a éprouvées depuis la clôture de la session. Les amis de l'administration au congrès et surtout dans le isénat avaient eu le dessous dans la discussion ; ils en avaient conscience; leur contenance seule en était un formel aveu ; et le parti tout entier était déconcerté par le fait de Fembarras et du désordre de ses chefs. Depuis le 30 juin , le parti , généraux et soldais , a eu le temps de se reconnaître ; ils se sont réorganisés loin du feu de MM. Glay , Calhoun et Webster , et ils viennent de remporter une victoire qu'ils n'auraient pas espérée il . y a quatre mois.
Enfin , le rétablissement des affaires industrielles a tourné aussi au désavantage de l'opposition. Lors des élections d'avril , à New-York , on sortait d'une erise ; toutes les classes avaient souffert et souffraient encore. Il était difficile de ne pas reconnaître que cette souffrance temporaire avait sa cause dans l'attaque du président contre la banque , dans son expérience sur le corps social {eocperiment) ^ comme il l'appelait luimême. Le commerce est prospère maintenant ; la campagne d'automne a été excellente ; tout porte à penser que celle du printemps prochain ne sera pas moins avantageuse. L'expérience du général Jackson paraît donc avoir réussi. Une foule de gens qui sont dans le parti démocratique comme dans leur élément naturel, et qui l'avaient quitté au printemps, y sont tout naturellement revenus.