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Lettre à M. Adolphe Alhaiza [microform]

Dans votre revue, La Rénovation, vous avez fait, au sujet de ma brochure, La vraie voie de V avenir, quelques observations cordiales sur la Religion de l'Humanité. Il vous semble que la doctrine fondée par Auguste Comte, n'embrassant pas le surnaturel, est trop restreinte, n'est que vérité fïicomplète. Cependant vous l'honorez hautement parce qu'elle subordonne l'individu à la Famille, à la Patrie et à l'Humanité, centre suprême de notre conduite. Vous êtes aussi d'accord, avec le Positivisme, dans ce que la vraie destination de la femme, est d'être la providence morale du monde.

Bien considéré, l'œuvre qu'Auguste Comte a réalisé, sous l'inspiration sacrée de Clotilde de Vaux, est la plus sublime création du génie et de la sainteté. Dans sa manière même de naître, la doctrine altruiste symbolise l'existence normale, où rhommc doit toujours penser et agir illuminé par le cœur aimant de la femme. C'est vrai que le Positivisme exclut le surnaturel, mais il remémore éternellement ses services. Aujourd'hui la suprématie de l'Humanité s'impose précisément par raison de moralité sociale, d'unification des âmes sur la Terre. Toute espèce de discorde serait un attentat manifeste contre ce Grand-Etre collectif qui enveloppe notre planète. Les patries et les familles ne sont que ses éléments. Tâchons toujours d'économiser nos forces, rejetant surtout les tentations surnaturelles, pour servir uniquement l'Humanité comme fin dernière.

Même dans les époques théologiques, c'est en Elle que s'immortalisent toutes les grandes âmes, tous les bons. L'Humanité a reçu les Aristote comme les Saint Paul, qui sont maintenant à côté d'Auguste Comte. Ainsi, la mort des

individus se transforme en un bienfait pour la société. Si cette survivance au sein de I Humanité est altruiste, celle qu on cherche au sein de Dieu ne saurait 1 être, parce que ce n'est pas l'intérêt d autrui, mais notre propre intérêt qui y prévaut. C'est donc cédant à 1 amour social qu'on doit préférer l'immortahté subjective à l'immortalité objective. En vérité, l'élimination du surnaturel n'est nullement dans le Positivisme un pas négatif, mais un triomphe de l'altruisme.

Quoique la mission humaine des femmes soit plutôt privée que publique, on trouve quelques-unes nées pour être apôtres, et qui exercent leur action sociale avec un touchant esprit de persuasionr."^..P"'^ qi^'admirer, en ce sens, l'inlatigable persévérance de MadameLucie Orange, mais en faisant des vœux pour qu elle vienne de toute son âme servir le Positivisme. Elle est, pour le moment, tres-penetrée du surnaturel, parce qu'elle le croit expérimentalement vérifiable Puisse-t-elle se convaincre que tous ces phemomènes qu'elle interpiète comme des communications de l'au-delà ne sont

que des produits plus Ou moins spontanés du cerveau même. Celui-ci, dans sa grande complication, élabore sous les formes les plus variées Tinfinité d'impressions qu'il reçoit. Que la force de la tradition cesse de pousser à y voir jamais des manifestations du surnaturel. De même qu'actuellement les éclipses ne sont pour tout le monde que des phénomènes naturels, qu*on regarde aussi comme tels jusqu'aux cas les plus rares de l'ordre mental. Ce ne serait pas juste de regretter l'extinction du surnaturel, puisqu'il est déjà évident qu'on porte organiquement avec soi l'altruisme, d'où résulte pour la culture morale le meilleur soutien. La sainteté la plus parfaite c'est que notre vie tout entière soit un dévouement à l'Humanité.

Malgré l'esprit de colère et d'injustice si commun aujourd'hui, vousrestez, Monsieur, équitable et indulgent envers vos propres adversaires. Ces nobles dispositions de votre âme seraient bienvenues dans la Religion de THumanité, si, comme je le souhaite, vous arriviez à vous convertir. Les ondes de l'extrême agitation contemporaine ont atteint jus-

qu'aux positivistes mêmes, au grand préjudice de la sublime influence de la foi altruiste. Si sous le théologisme on a pu dire que les hérésies étaient convenables au zèle des fidèles, on ne doit pas penserde même sous le Positivisme qui veut triompher par l'union de tous les hommes dans l'amour de l' Humanité.

Nous ne saurions tropnons défendre de l'esprit de discorde, pour servir la reli* gion suprême avec une sainte énergie et une bienveillance inépuisable.

Salut et Fraternité Juan Enrique Lagarriguk

(Avenue du Brésil, 36)

né, à Valparaîso, le 28 Janviet 1852.

Santiago du Chili, le 8 Bîchat 46 (*)

(10 Décembre 1900>

(•) Nous croyons obéir au vrai esprit du Maître en datant de l'ère normale, et non pas de la grande crise, parce que le mouvement révolutionnaire se prolonge trop, contrariant la réorganisation sociale et morale. Il nous semble aussi qu'en nous rattachant à la fondation de notre doctrine, nous nous occuperons mieux de la servir. D'ailleurs le siècle exceptionnel devait finir, d'après le vœu d' Auguste Comte, en 1.S89, et il ne nous paraît pas prudent d'autorisert, pour ainsi dire, son déplorable allongement, en conservant encore la date révolutionnaire. Puissent tous les positivistes se persuader que déjà il convient de recourir à l'ère normale pour renforcer le mouvement religieuxl

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