SANTIAGO DU CHILI
47»« Année de la Religion de l'Humanité
3/ • y 4^ /vT/
A Monsieur
CHAKLES MAUERAS
Monsieur:
à Paris
C'est à vous l'honneur d'être le près mier catholique qui ait parlé à ses coreligionnaires du besoin d'étudier le positivisme. Vous avez même reconnu que la gloire d'Auguste Comte va grandir de jour en jour. A vous voir, il y a quelque temps, vous exprimer de la sorte, il me parut que vous deviendriez positiviste, d'autant plus qu'en professant la religion altruiste, loin de dédaigner le catholicisme, vous ne cesseriez de le respecter, comme son précurseur.
Si Ton jugeait par les Notes d'tmroya-
Sste que vous venez de publier dans le journal Le Figaro, on pourrait croire que déjà vous vous êtes converti, puisque vous y appelez Auguste Comte votre maître. Son projet d'une ligue religieuse entre positivistes et catholiques en faveur delà moralité, vous emplit d'admiration. La tentative dans ce sens que fit le Maître, envoyant un de ses disciples, M. Sabatier, au Général des ignaciens à Eome, n'échoua, selon vous, que par un malentendu. Alors on ignorait tellement, au sein de la célèbre Compagnie, lœuvre grandiose d'Auguste Comte* que Ion prit le réformateur suprême pour un écrivain du même nom.
Maintenant la situation est tout autre, et on a vu un propre membre del'ordre de Saint Ignace, le père Gruber, faire un livre sur le positivisme. Ce travail, malgré ses imperfections, ne manque pas d'impartialité. Toutefois, le projet de la ligue religieuse n'y est pas encore accepté, peut-être parce que ce serait au positivisme de la diriger. Une pareille condition est indispensable, puisque ce n'est nullement, par des raisons théologiques, mais par des raisons sociologi-
- Saques qu'on pourra dorénavant, à tous égards, affermir l'ordre et fomenter le progrès. Du reste, le catholicisme, associe au positivisme, finirait sans doute par s identifier avec lui, se dégageant peu a peu du surnaturel pour ne se consacrer qu'au bien de l'Humanité. Toutes les âmes généreuses qu'il renferme seconderaient naturellement cette sains te transformation.
Au sujet, Monsieur, de l'accord que vous supposez praticable en France entre le positivisme et un rétablisse.' ment de la monarchie, je souhaiterais que vous parveniez à vous en dissuader 13ien qu Auguste Comte ait rendu hommage a la royauté française, il la trouve deja inacceptable, faute surtout d'appui dans 1 opinion qui est évidemment républicaine. Le principe théocratique de 1 hérédité du pouvoir, ne se concilie plus avec les tendances sociocratiqaes de notre époque. C'est vrai qu'on sent 1 impérieux besoin d'ordre, maisce serait gravement se méprendre que de vouloir le satisfaire en récourant à la royauté. Celle-ci réinstallée, ne tarderait pas manque de base populaire, à s'écrouler'
laissant de nouvelles complications.
Tout bien considéré, ce n'est pas aux républicains à devenir royalistes, mais aux royalistes à devenir républicains pour le meilleur service de la France. Quant aux prétendants au trône, ils donneraient une noble preuve de patriotisme. S'ils savaient remplacer leurs aspirations dynastiques par celles de dignes citoyens de la République. La stabilité politique de lanati^^m fî*nri<^<ûsô réclame un président vrjîmeîi! duué du pouvoir, et non pas un roi ou un cmpe* reur. Conservant donc le régime républiejiîn, il faudrait seulement le modifier de sorte que le parlement se réduise de plus en plus A «es fonctions financî6re«, et cesse de perturber l'action «oomlo du chef do l'Etat.
La prédication fidMe du positivisme est d'une importance extrême. Réglée l'opinion sur cette doctrine, le gouvernement saum fonotionner organiquement, et on le verrait coopérer, libre d'obstacles, à la vraie grandeur de la France, dont la glorieuse capitale porte l'avenir du monde. Paris, comme on sait, résume notre planète» ayant un rdlo
ceuxSh' ^^^"f ?P^Pl"s haut q«e ceux d Athènes et de Eome. Cette vUU
genre liumam. De tous les pays on la contemple dans ce bel espii/ Kou,
ment I« T. ''"'" ^ll^'^inant altruistemeutiaTerre.en saint siège delE-lise Universelle. "«'-Lionse
A ce propos, me serait-il permise une
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d'après Auguste Comte y c est son côté politique. J'ose espérer que Paris sanctifié trouvera juste de garder la mémoir3 de Jorge Lagarrigue comme un exemple d'apostolat altruiste.
Puissiez vous, Monsieur, entièrement vous soumettre h la Eeligion de l'Humanité, pour concourir de toute votre âme h Taccomplissement de la destinée sacrée de la France!
Salut et Fraternité.
Juan Enrique Lagarrigue.
(Avenue du Brésil, 36)
né, ù Yalparaiso, le 28 Janvier l«6i!.
Santiago du Chili, le 2^ Descartes ^7 (*)
(30 Octobre 1901) i
(•) Nous crevons obéir au vrai esprit du Maître en" datant de l'ère normalo, et non pas de lu grande crise, parce que le mouvement révolutionnaire se prolonge trop, contrariant la réorganisation sociale et morale. 11 nous semble aussi qu'en nous rattachant k la fondation de notre doctrine, nous nous occuperons mieux de la servir. D'ailleurs le siècle exceptionnel devait finir, d'après le vœu d'Au^ruste Comte, en 1889, et il ne nous parait pas prudent d'autoriser, pour aiHsi dire, son déplorable allongement, en conservant encore la date révolutionnaire Puissent tous les positivistes se persuader que déjà il convient de recourir à l'ère normale pour renforcer le mouvemem religieuxl