RECLAMATION DES PASTEIUS DE GENEVE
La compagnie, informée que le septième tome de l'Encyclopédie, imprimé depuis peu à Paris, renferme au mol Genève des choses qui intéressent essentiellement notre Église, s'est fait lire cet article: et ayant nommé des commissaires pour l'examiner plus particulièrement, oui leiu' rapport, après mûre délibération, elle a cru se devoii' à elle-même et à l'édification publique de faire et de publier la déclaration suivante :
La compagnie a été également surprise et affligée de voir, dans ledit article de l'Encyclopédie, que non-seulement notre culte est représenté d'une manière défectueuse, mais que l'on y donne une très fausse idée de notre doctrine et de notre foi. On attribue à plusieurs de nous sur divers articles des sentimens qu'ils n'ont point, et l'on en défigure d'autres. On avance, contre toute vérité, que « plusieurs ne croient plus la divinité de Jésus-Christ.... et nont d'autre religion qu'un socinianisme parfait, rejetant tout ce qu'on appelle mystère, etc. w. Enfin, comme pour nous faire honneur d'un esprit tout philosophique, ou s'efforce d'exténuer notre christianisme par des expressions qui ne vont pas à moins qu'à le rendre tout à fait suspect ; comme quand on dit que parmi nous « la religion est presque réduite à l'adoration d'un seul Dieu, du moins chez presque tout ce qui n'est pas peuple, et que le respect pour Jésus-Christ et pour l'Écriture est peut-être la seule chose qui distingue du pur déisme le christianisme de Genève »
De pareilles imputations sont d'autant plus dangereuses et plus
1. Extrait des registres de la vénérable compagnie des pasteure et ])rûfesseui-s de l'Académie de Genève, du 10 février 1758. — Voir Vlntrod.. ]). xvni.
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capables de nous faire tort dans toute la chrétienté, qu'elles se trouvent dans un livre fort répandu, qui d'ailleurs parle favorablement de notre ville, de ses mœurs, de son gouvernement, et même de son clergé et de sa constitution ecclésiastique. Il est triste pour nous que le point le plus important soit celui sur lequel on se montre le plus mal informé.
Pour rendre plus de justice à l'intégrité de notre foi, il ne falloit que faire attention aux témoignages publics et authentiques que cette Église en a toujours donnés, et qu'elle en donne encore chaque jour. Rien de plus connu que notre grand principe et notre profession constante de tenir « la doctrine « des saints prophètes et apôtres, contenue dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament », pour une doctrine divinement inspirée, seule règle infaillible et parfaite de notre foi et de nos mœurs. Cette profession est expressément confirmée par ceux que Ion admet au saint ministère, et même par tous les membres de notre troupeau, quand ils rendent raison de lem- foi, comme catéchumènes, à la face de lÉghse. On sait aussi l'usage continuel que nous faisons du Symbole des apôtres, comme d'un abrégé de la partie historique et dogmatique de l'Évangile, également admis de tous les chrétiens. Nos ordonnances ecclésiastiques portent sur les mêmes principes; nos prédications, notre culte, notre liturgie, nos sacremens, tout est relatif à l'œuvre de notre rédemption par Jésus-Christ. La même doctrine est enseignée dans les leçons et les thèses de notre académie, dans nos livres de piété, et dans les autres ouvrages que publient nos théologiens : particulièrement contre l'incrédulité, poison funeste, dont nous travaillons sans cesse à préserver notre troupeau. Enfin nous ne craignons pas d'en appeler ici au témoignage des personnes de tout ordre, et même des étrangers qui entendent nos instructions, tant publiques que particuhères, et qui en sont édifiés.
Sm' quoi donc a-t-on pu se fonder pour donner une autre idée de notre doctrine ".' ou si l'on veut faire tomber le soupçon sur notre sincérité, comme .si nous ne pensions pas ce que nous enseignons et ce que nous professons en public, de quel droit se permet-on un soupçon si odieux ? et comment n'a-t-on pas senti qu'après avoir loué nos mœurs comme exemplaires, cétoit se contredire, c'étoit faire injure à cette même probité, que de nous taxer d'une hypocrisie où ne tombent (lue des gens peu consciencieux qui se jouent de la rehgion '.'
II est vrai que nous estimons et que nous cultivons la philosophie. Mais ce n"est point cette philosophie licencieuse et sophistique dont on voit aujourdhui tant d'écarts : c'est une philosophie solide, qui. loin daftbiblir la foi, conduit les plus sages à être aussi les plus religieux.
Si nous prêchons beaucoup la morale, nous n'insistons pas moins sur le dogme. Il trouve chaque jour sa place dans nos chaires; nous avons même deux exercices publics par semaine, uniquement destinés à l'explication du catéchisme. D'ailleurs cette morale est la morale chrétienne, toujours hée au dogme, et tirant de là sa principale force, particulièrement des promesses de pardon et de félicité éternelle que fait l'Évangile à ceux qui s'amendent, comme aussi des menaces d'une condamnation éternelle contre les impies et les impénitens. A cet égard, comme à tout autre, nous croyons qu'il faut s'en tenir à la sainte Écriture, qui nous parle, non d'un purgatoire, mais du paradis et de l'enfer, où chacun recevra sa juste rétribution selon le bien ou le mal qu'il aura fait dans cette vie. C'est en prêchant fortement ces grandes vérités, que nous tâchons de porter les hommes à la sanctification.
Si on loue en nous un esprit de modération et de tolérance, on ne doit pas le prendre pour une marque dinditîérence ou de relâchement. Grâce à Dieu, il a un tout autre principe. Cet esprit est celui de l'Évangile qui s'allie très-bien avec le zèle. D'un côté la charité chrétienne nous éloigne absolument des voies de contrainte, et nous fait supporter sans peine quelque diversité d'opinions qui n'atteint pas l'essentiel, comme il y en a eu de tout temps dans les églises même les plus pures: de l'autre, nous ne négligeons aucun soin, aucune voie de persuasion, pour établir, pour inculquer, pour défendre les points fondamentaux du christianisme.
Quand il nous arrive de remonter aux principes de la loi naturelle, nous le faisons à l'exemple des auteurs sacrés ; et ce n'est point d'une manière qui nous approche des déistes, puisqu'en donnant à la théologie naturelle plus de solidité et d'étendue que ne font la plupart d'entre eux, nous y joignons toujours la révélation, comme un secours du ciel très-nécessaire, et sans lequel les hommes ne seroient jamais sortis de l'état de corruption et d'aveuglement où ils étoient tombés.
Si Tun de nos principes est de ne rien iM'oposer à croire qui
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heurte la raison, ce n'est point là, comme on le suppose, un caractère de socinianisme. Ce principe est commun à tous les protestans; et ils s'en servent pour rejeter des doctrines absurdes, telles qu'il ne s'en trouve point dans l'Écriture sainte bien entendue. Mais ce principe ne va pas jusqu'à nous faire rejeter tout ce qu'on appelle mystère, puisque c'est le nom que nous donnons à des vérités d'un ordre surnaturel, que la seule raison humaine ne découvre pas. ou qu'elle ne sauroit comprendre parfaitement, qui n'ont pourtant rien d'impossible en elles-mêmes, et que Dieu nous a révélées. Il suffit que cette révélation soit certaine dans ses preuves, et précise dans ce qu'elle enseigne, pour que nous admettions de telles vérités, conjointement avec celles de la religion naturelle ; d'autant mieux qu'elles se lient fort bien entre elles, et que l'heureux assemblage qu'en fait l'Évangile forme un corps de religion admirable et complet.
Enfin, quoique le point capital de notre religion soit d'adorer un seul DiEtj, on ne doit pas dire qu'elle se réduise presque à cela, chez presque tout ce qui n'est pas peuple. Les personnes les mieux instruites sont aussi celles qui savent le mieux quel est le prix de l'alliance de grâce, et que la vie éternelle consiste à connoître le seul vrai Dieu, et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ, son fils, en qui a habité corporellement toute la plénitude de la Divinité, et qui nous a été donné pour sauveur, pour médiateur et pour juge, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Par cette raison, le terme de respect pour Jésus-Christ et pour l'Écriture, nous paroissant de beaucoup trop foible ou trop équivoque pour exprimer la nature et l'étendue de nos sentimens à cet égard, nous disons que c'est avec foi, avec une vénération religieuse, avec une entière soumission d'esprit et de cœur, qu'il faut écouter ce divin maître et le Saint-Esprit parlant dans les Écrhures. C'est ainsi qu'au lieu de nous appuyer sur la sagesse humaine, si foible et si bornée, nous sommes fondés sur la parole de Dieu, seule capable de nous rendre véritablement sages à salut, par la foi en Jésus-Christ, ce qui donne à notre religion un principe plus sûr, plus relevé, et bien plus d'étendue, bien plus d'efficace, en un mot, un tout autre caractère que celui sous lequel on s'est plu à la dépeindre.
Tels sont les sentimens unanimes de cette compagnie, qu'elle se fera un devoir de manifester et de soutenir en toute occa-
sioii, comme il convient à de fidèles serviteurs de Jésus-Christ. Ce sont aussi les scntimens des ministres de cette Église qui n'ont pas encore cure dames, lesquels étant informés du contenu de la présente déclaration, ont tous demandé d'y êlre compris. Nous ne craignons pas non plus d'assurer que c'est le sentiment général de notre Église; ce qui a bien paru par la sensibilité qu'ont témoignée les personnes de tout ordre de notre troupeau, sur l'article du dictionnaire qui cause ici nos jilaintes.
Après ces explicalions et ces assurances, nous sommes bien dispensés, non-seulement d'entrer dans un plus grand détail sur les diverses imputations qui nous ont été faites; mais aussi de répondre à ce que l'on pourroit encore écrire dans le même but. Ce ne seroit qu'une contestation inutile, dont notre caractère nous éloigne infiniment. Il nous suffit d'avoir mis à couvert Thonneur de notre Église et de notre ministère, en montrant que le portrait qu'on a fait de notre religion est infidèle, et que notre attachement pour la saine doctrine évangélique n'est ni moins sincère que celui de nos pères, ni difîérent de celui des autres Églises réformées, avec qui nous faisons gloire d'être unis par les liens d'une même foi, et dont nous voyons avec beaucoup de peine que l'on veuille nous distinguer.
J. Taemclev. ace ré lai ic.