DANS LES PEINTURES DES VASES
Monsieur et Ami,
Vous êtes le premier qui ayez soupçonné que le mylhe d'Adonis se trouve représenté . aussi dans les peintures des yases (1) : d'autres savants sont venus après vous, et ont essayé de fortifier la conjecture par vous exprimée, et d'en trouver des applications (2). Mais la science, que nous servons Tun et Tautre, ne saurait faire des progrès qu à la condition d appeler sur chaque détail, pris en lui-même, un examen approfondi et circonspect : persuadé qu*à cet égard vous par- . tagez ma conviction, je prends la liberté de vous soumettre
(*} Traduit de VaUemand,
(1) Voj. Cat, Durand» n** 115, p. 39; Cat. Magnoneour, n" k, p. 5; Cat. Beugnoty B*^ 8, p. 12 6t snir.;- iVcMtv. Ann., I, p. 511; ÉUte eéramograph.» l, p. 85; Èutt.de Vinst. areh.» 1842, p. Ià4 et vaxw.
. (2) Creuser, Auswahl Gnech. Tkongef. S. 70 folg.; Sjrmbol', III, S. 473 folg.; IV, S. 780 folg ; SobuU, Buliêt. 1842, p. 33, 58 et sniv. , 66 et suiv.; Roules, Mélanges» III, 13, p. 14, et daim le Bull, de VAemdèmie de Bnixettes, t. VIII, part. 2, p» 5S3 et saW.
quelques observations, quelques doutes, au sujet des monuments dont il ^ agit. Vous saurez mieux que personne apprécier le degré d'importance qu on doit accorder à ces observations ; vous rendrez sûrement justice à l'intention qui les a fait naître^ et , si Ton peut dire des querelles des savants ,
du moins ici TâyaÔY) ^^Épi; {i^e ^poToiai trouvera sûrement son application.
Mon dessein ne saurait être de ps^rler avec détails de toutes les œuvres d'art qui se rapportent à Adonis. — C'est de vous que Ton doit attendre un travail aussi considérable. Il suffira dun aperçu rapide, pour nous placer au point de vue convenable à la question particulière qui nous occupe.
Et d abord, en ce qui concerne les monuments de la sculpture, on sait qqc^ l'explication, donnée nar Visconti, d'une célèbre statue du musée du Vatican, dans laquelle cet illustre savant a cru reconnaître Adonis blessé , est combattue par des doutes de plus d'une sorte (1); en revanche, il est vrai, il se trouve au musée Grégorien une atfitue remarquable, en terre cuite^ trouvée à Toscanella, qui représente, sans contredit» Adonis, Fecopnaissabl<^ à sablessure, reposant du aomii\eil de 1a mort (2). Il Xïi^t pas rare de voir le mythe d'Adonis sculpté sur dç3 bas-reliçfs, appartenaat presque, tous à des sarcophages (3). Cfîs bas-rreli^fs , 4*après la disposition particulière à ^a genre
(1) Visconti y Mus. Ho Clem., II, Ut. XXXI. M. Raott) Rocliette {Mon. iné<k^ p. 170) fe r^oge à soç avii. M. Qef^rd coojibat qette ^zp|içf f if><> > Bf^ehr, Jipmf, II» S. 172. Une antre statue {Mus, Pio Clem., Il, tav. XXXII) a été prise, psfr Visconti d'abord aussi pour Adonis, plus tard pour Apollon. D'autres ont exprimé d'autres opinions. Voyez Welcker, Akad. Kunstmus.^ S. 28 folg.; ^. ^^ E^el, Kj(j^os^ II, S. 627.
(2> 4be\i;en, Jrçh. laleU. BlaU^ 1937, Ç. 37 fo^.; Butt. 1837, p. 4 et «nir. C£. ms, etruscum Gregorianum^ I, tab. XCIII.
<3) Q^.jG^st„> «, XtKf, CTyhÇ|ai?4c, M^s.^ seulpt.^ pi. U6,. 426; hof^n, Muséç (f^ d^f., I|I, pi. 19; 9il>l^f ^4»« scfl^dellfi. villa Bçrghesç^ tav. V. DVu^^^ sarcopbage» ont ^tq ^ités par 91* Vf'^elckec, Antk.^ V, p. \S^ pt suiv.; cf. Engel, Ky^ pr9 »n, S. 628 folg.
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de monuments, d'accord entre eux pour les traits essentiels , mais avec de nombreuses modifications dans les détails, représentent diverses scènes de ce mythe : tantôt c'est Adonis prenant congé d* Aphrodite, au moment où il va partir pour la chasse ; tantôt c'est la chasse elle-nléme, dans laquelle Adonis succomI)e sous V^ttaque du sanglier ; tantôt c est le héros blessé, que la déesse désolée entoure de Ses soins.' Tels sont les sujets que nous voyons syr les sarcophages, sujets diversement ordonnés et exécutés. Telles sont aussi, en effet, les principales circonstances de cette tradition, et c'est avec ces traits qu'elle se montre d'or^inairç à nous dans les écrivains de la Grèce, parvenue à l'état de mythe héroïque à la manière des mythes grecs d'une forme semblable, On conçoit aisément que les représentations dont nous venons de parler, offrent une grande analogie à la fois avec les représentations d'Hippolyte et avec celles de Méléagre; aussi n'a-t-on pas manqué de confondre ces différents sujets (1). On voit néanmoins, à un examen attentif, que ces scènes, qui se ressemblent en quelques détails, ne sauraient, dans leur ensemble, être méconnues , et qu'on ne doit pas s'y méprendre.
Adonis blessé, soigné par Vénus et par l'Amour, est aussi représenté sur un beau bas-relief de stuc (2).
Mais ce sujet se rencontre surtout fréquemment dans les peintures sur mur de Pompéi : la composition en est tantôt simple (3) {Mus. Borb.j IX, tav. 37; IV, tav. 17) : Adonis
(1) M. Raoul R«»chette {Mon. iuéd., p. 170 et saiv.), qui en ùtit la remarqua, tombe cepeMUnt dans la métnie erreaf , en rapportant à ce rajet le baa-relief que Ton Toic 4anfi Millin (Voyage dans les déf. du Âtidi, pi. XXVI), lequel évidemment représente la classe de Calydoii, comme ie témoigne atsea la préflencé d*Atalante en habits d'Amazone.
(2) Mus. Ckiar., î, tar. A, 9; Ment, eneiel., IV, p. 3b; V, p. 66; Carli, Due dissert. suU* impresa degli Argon,, p. 20t.
(3) La fresqne antique, copiée par Mengs, s'écarte entièrement des peintures de Pompéi» dans la manière de représenter Adonis mourant dans les brus de Vénus (]4UUn, Guler. mjrih , XLIX, 170). Si Ton oe reconnaissait Adonis à la blessure qu'il a reçue à la cuisse, on le prendrait plutôt ici poor Eodymion surpris par la Luuei L'image, également appliquée à Adonis {Mus. Borh., VII, tav. .IV), doit bien plutôt, suitan»! l'explication de M« Wieseler {Die Nymphe Echo, Gœttîpg. 1844, S. 13 folg. ),
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mourant repose sur le sein de Vénus qui se lamente (modèle antique du groupe de la Pilie de Tart chrétien); tantôt chargée de figures (Gerhard, jirch. Zeitung^ 1, Taf. V, S. 28; Schulz, Ànn. de VlnstU, arch.^ X, p* 170) (I). On a remarqué avec raison que, dans les peintures de Ponipéi, Adonis est toujours représenté comme mourant, jamais comme l'heureux amant de Vénus, dans une tendre union avec elle : c'est ^ de préférence Mars et Vénus qui sont représentés comme
amants heureux, mis en opposition avec Vénus et Adonis (2). Il faut , ce me semble, chercher la raison de cette diférence, dans la tendance de Fart plastique, tendance, qu'on ne peut méconnaître, à ne représenter constamment que les circonstances caractéristiques d'une tradition. Or, dans le mythe d'Adonis, quel est le trait caractéristique ? C'est la mort prématurée du jeune homme dans la fleur de l'âge, ainsi airaché à Tamour de la déesse. Gomme heureux amant de Vénus, Adonis ne présente, au contraire, rien de caractéristique : pour un semblable sujet. Mars, le dieu de la guerre (3), ou même
se rapporter à Narcisse. Je crois, an contraire, qu'il faut rapporter à la mort d*Adonis la compositiou qne montre une pierre gravée , publiée par £ck.hel [Pierres grav.^ pi. XXXIII). Aphrodite se tient dans un muet désespoir auprès d'Adonis étendu sans mouvement, que deux Amours essayent eu vain de tirer du sommeil delà mort. H est clair qu'on ne saurait admettre rexplication d'Eokbel, qui voit ici Phèdre et Hippolyte.
(1) Je ne puis cependant partager Topinion de M. Gerhard, ni quand il voit dans le chien un symbole du soleil, ni quand il donne pour sujet au tableau ta toilette de l'Hermaphrodite.
(2) Schulz, Ann^ X, p. 171.
(3) Il suffit de jeter un coup d'œil sur les nombreuses peintures, ayant trait à ce sujet {Mus. Borb., I, tav. XVIII ; IIÎ, tav. XXXV, XXXVI ; IX, tay. IX ; Gcll., Pomp . I, tar. 82; II, tav. 12) pour se persuader que les peintres ont su en tirer parti, particulièrement dans le jeu des Amours, si varié et si spirituel, et qu'on remarque aussi dans les représentations d'Adonis. On se rappelle, à certains égards , le tableau d'Aétion , décrit par Lucien {fferodot,^ ô sq.). On remarque surtout dans ces peintures le penchant des peintres de cette époque à traiter les sujets mythiques dans un style qui leur donne la couleur de tableaux de famille. L'un des exemples les plus intéressants «st celui que présente le tableau que Ton voit dans l'ouvrage de Zahn (IVeu enideckte fFandgem.i Taf. XXXV), et qui représente Bacchus offrant à boire dans une coupe au jeune Qomus, en présence d'Ariadne, le même sujet, par conséquent, qui se voit sur un célèbre vase peint. Gerhard , ^^ii^^r/. f^a^enft., Taf. LVI; de Witte, Cof. Dulandf n^.l 14; Cat. Magnoneour, n" 21. Mais ces deux compositions ne se ressemblent point.
Aiichisé, le bei^er phrygien (l)j offrent deâ traits plus saillants. Aussi TOjons*nou8 que, sur les bas-reKefs des sarcophages^ dont nous avons parlé, la mort d*Adonis se présente toujours comme sujet principal ; les adieux d'Adonis à Vénus (2) , au moment de son départ pour la chasse, ou même son union avec la déesse qui r»ime, ne reçoivent que par leur opposition avec le premier tableau leur véritable sens.
Si vous trouvez cette remarque fondée, vous admettrez dès lors, avec moi , que, sans des indications très-claires et très** précises, nous ne pouvons reconnaître Vénus et Adonis dans les. monuments de lart qui représentent un couple amoureux. Or, je ne rencontre point de telles indications dans le beau groupe de terre cuite, que M. Thiersch a expliqué par Vénus et Adonis (3). La petitesse remarquable du jeune homme, ou plutôt de Tenfant debout auprès de la déesse, qui elle* même a lair d*urie matrone, ne permet pas de supposer entre ces deux personnages un rapport tel que celui* qui est généralement admis, et en particulier dans Tbéocrite, cité par M. Thiersch, entre Aphrodite et Adonis. M. Roulez a cru aussi reconnaître sur un beau bas-relief de terre cuite, malheureusement mutilé, Adonis, et Vénus (4) , et cette opiniou ne me semble pas mieux fondée que la précédente» Un jeune homme nu , assis sur un siège, presse contre son sein , dans un tendre embrassenient, une femme aussi presque entièrement nue; devant
(1) Bflillingen, Ane. uned. mon.t H, pi. XII; Tliiersch ^ Epoehen der fnid. Kungt, S. 169 folg. ; Raoul Rocliette , Mon. inèd.^ p. 63.
(2) Un tableau {Descr, des bains de Titus, pi. XLIII), dans lequel on ayait oru reconnaître Adonis prenant congé de Vénus ^ a été justement rapporté par M. Thierscli (Diss, qua probatur 'veU, artificum opéra 'vett. poett. carminih. optime explicari. Mon. 1835, p. 21 sqq) à Hippolyte et Phèdre. C'est ce qu'indique assez la présence de ia nourrice, qui ne manque jamais à cette scène. S. Bartoli, Pitî. ant., taT. VI; Mus. Borb., VIII, tav. Lfl; XI, tav. II. A la place de la nourrice, sur les bas-relief» qui représentent Adonis, se trouve parfois un Tieiliard auquel on dotiuc le nom de Cinyras, et dans lequel je reconnaîtrais plutôt uu pédagogue.
(3) Thiersch, /. /.» tab. V, p. 25 sqq. Son opinion a déjà été combattue par M. £u« gel, Kjrpros, 11, S. 636.
(4) Roulez, Mélanges, lll, u" 13; BuU. de V Académie de Bruxelles, t.VIlI, part. 2>, p. 537 et huiv.
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^ux est Éros debout dans une vive agitation. Je île découvre ici absolument aucune indication qui puisse nous engager à voir le mythe d'Adonis et de Vénus dans une scène erotique, qui s explique asset d'ellennéme, sans qu'il soit besoin de préciser les noui5 ; je dirai plus : Tabsence de toute indication caractéristique doit bien plutôt, ce me semble, nous mettre en garde contre un tel système d'interprétation (1). . Nous voyons donc que, sur Jes monuments de lart grécoromain , la iieprésentation du mythe d*Adonis, toutes les fms qu'il se présente de manière à ne pouvoir être méconnu, nous en offre le trait caractéristique, je veux dire la mort prématurée du jeûne homme aimé de la déesse. Cependant, sur les miroirs étrusques, le même sujet nous apparaît sous des traits tout différents^ et ici, il faut l'avouer, le nom même d'Adonis, inscrit dans le champ, ne permet aucun doute sur l'objet de la composition. Il est vrai que M. Gerhard, dans son excellent Recueil de miroirs étrusques ^^ a rapporté au mythe d'A* donis quelques miroirs sur lesquels le nom d'Adonis ne se lit pas; mais je crois pouvoir compter sur votre assentiment, si je conteste l'exactitude de cette explication.
Sur un de ces miroirs , qui se recommandé pa;* un beau des-» sin (Gerhard^ Elruskàsche Spiegel^ Taf. GXII), vous voyez au milieu un jeune homme entièrement nu , ayant le bras droit passé autour du cou d'une femme vêtue avec soin , parée d'un diadème et d'un collier; il est sur le point de lui donner un baiser, faveur qu'elle semble accorder par un geste de la main, qui commande la circonspection. A la gauche du jeune homme se ti^nt Minerve, sans casque, il est vrai, mais reconnaissable à l'égide et au bouclier posé à terre (2), et sur lequel elle s'appuie de la main gauche, tandis que sa droite repose sur son genou. Elle jette sur les amants un regard étonné, même irrité.
(1) Je fais observer ici, en passant, qu'on taUeau remarquable (S. BartoU, Pitt. ant.y tav. III), que Ton rapportait d'ordinaire à la naissance d'Adonis , a été expliqué récemment par M. Brann (Ann.y XIV, p. 24 et suiv.) , par la naissance 4'I»^<'bns.
(2) Sur'ce bouclier se trouve une iuscription étrusque, qui ne semble point concerner le sujet du tableau.
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Le même sentiment est ex{^rimé sar le visage de la femme assise de Tuiitre côte : celle-ci est également vêtue d'un riche costume, parée d'un diadème et d'un collier; en outre, elle porte un sceptre. Vous avouerez que \^ présence de Minerve contrarie singulièrement ici l'explication de M. Gerhard. Il n j a non plus aucun motif qui nous oblige à reconnaître dans la déesse assise la déesse du destin. Ce qui parait avoir donné lieu à cette dernière interprétation , c'est un miroir, représen* tant les divinités de Delphes (Mus, CAius.^ tav. GVIII; Geiiiard, /. cU,y Taf. LXXVII), sur lequel on voit une figure semblable, désignée sous le nom de Muira; il offre, d'ailleurs^ quelque analogie avec le miroir dont il s'agit , dans la niaûière dont sont groupés les personnages ; mais ici , la déesse se distingue de cette Muira en ce qu'elle est entièrement vêttie et qu'elle porte un sceptre. Au premier ^speiut, celte composition m'a paru appartenir aux représentations du Jugement de Paris (1)> sujet que l'on rencontre si fréquemment sur les miroirs, et je suis persuadé que la manière dont ce dei*nier mythe a été îei conçu, peut fort bien se justifier. En efi'et, qu'Aphrodite, suivant la tradition généralement suivie, ait obtenu ki pomme, en promettant, en amenant à Paris la belle Hélène pour épouse, ou que , suivant une autre tradition, elle ait gagné le prix de la beauté, en accordant elle-même ses faveurs à son juge, il y a tant de rapports entre ces deux versions (2), que nous pourrions nous en rapporter à un monument de l'art , 1ers même que nous manquerions de témoignages écrits. Mais Properce parle aussi d'un commerce amoureux d'Aphrodite avec Paris (III , 28 [II, 32], 32 sqq.) :
Ipsa FenuSy quamt^is corrupta Ubidine Mtirtis , Non minus in vofilo semper hon esta fuit ^
(i) Voyet'en réuumérttiou dans le mémoire de M. Gerhard : Ueberdie Mtialtspie' gel dâr Etnisker, S. 24 folg.
(2) l) suffit de rappeler le sens erotique qu*avaitf chez les Grecs» la pomme, et l'action de la présenter, aussi bien dans les mythes que dan» les usages de la Tie commune. Intpp. ad Theocr., II, 120 ; V, 88; Virg. Ed. III, 64 ; Bœttiger, Ideen» II, S. 25(^ folg.; OpufC, p. 389 sqq. ; Ci'ciizcr, .^r/.fuviA/ Criech. Tfifingn/. S. 68 folg.; Engrl . , Kjrpros, II, S. 190 folg..
Qiiamm Ida Parim pastorem dicat amasse, Jtque inter pccudes accubuisse deam (l).
Que cette tradition , telle qu'elle est représentée sur notre miroir, se trouve exprimée avec un caractère qui touche à la frivolité y bien que tout à fait dans les limites de la décence et sous une belle forme, on ne doit pas s'en étonner, surtout quand il s'agit d'un monument du genre de celui-ci. II serait superflu de vous faire souvetiir du grand nombre de miroirs offrant des images licencieuses et lascives, ou même obscènes, appliquées également à des sujets mythiques; ce qui s'explique assez par l'usage auquel ces miroirs étaient destinés (2). On comprend sans peine aussi combien ce mythe fournissait de riches données à une conception de cette nature, et c'est pour cela en effet qu'il se présente à nous sur d'autres monuments, bien que traité d'une manièi*e un peu différente. On a déjà remarqué (3) que le mythe du Jugement de Paris se rattachait éitroitement aux xàX^iG^eia, à ces solennités publiques dans lesquelles on disputait le prix de hi beauté, et qui étaient célébrées en plusieurs lieux de la Grèce (4). Cette idée se trouve, clairement exprimée dans une belle peinture de vase (5), où, tandis qu'Hermès explique à Paris Tobjet de son message, les trois déesses se livr^)-t avec empressement aux préparatifs de leur toilette pour la lutte qui va s'engager. Aphrodite se fait aider par Eros, Héra regarde dans un miroir, Pallâs a déposé ses armes et se lave à une fontaine. Gomme déjà ce sujet avait été traité dans un drame satyrique, celte circonstance avait dû
(1) Telle est la leçon des manuscrits, que Ton a voulu changer sans nécessité, de même aussi que par dnam on a compri» à tort Œnoue» Voy. Rlansen, JEneas, I, S. 32.
(2) Gerhard, Ueber die ^etallspieffel, S. 34 folg^ Etr. Spie^tl, &. 76.
(3) Preller, Demeter und Persephone, S. 347; Engel, Kjrpros, H, S. 179.
(4) Athen., XIII, p. 609 E, et p. 610 A; Schol. ad Hom. Iliad., IX, 130; Mus., 74 i>qq. Voy. Krause, Gjmn. und Agon. der Hettenen, I, S. 35 folg. Dans une épigramme (Anth. Palat.j VI, 292), Priape est nommé comme arbitre. Au sujet de Timage de notre miroir, on peut fort bien faire souvenir quHl y avait aussi des jeux où Ton disputait le prix du baiser. Theocr., XII, 30 sqq. et ibi Schol.
(5) Bull. Nap.,tsiv. VI; Arch. Zeitung , Taf. XVÏII. Cf. la pi. XVIlï du qualrièroc xolumc des Mon. incd. de l'Inst. arch., tl Welcker, Ann.y XVII, p. 187 et suiv.
en faire ressortir le côté plaisant et badin (1). Lors donc que sur des n.ionuments plus récents, le Jugement de Paris nous apparaît travesti sous des traits obscènes , il faut en concltu*e que Tart se prêtait en cela à la luxure raffinée de l'époque (2).
Je crois avoir, par ces remarques, justifié nion interprétation. Permettez«moi d ajouter encore un mot au sujet de la figure que Ton voit sur le manche de ce miroir. Vous n avez sans doute pas oublié que ce même enfant ailé , à pieds de serpent ^ se trouve aussi sur le manche du miroir expliqué par M. Forchhammer y comme représentant la cession de Toracle de Delphes à Apollon (3). II y a seulement cette différence que, sur ce dernier miroir, Tenfant tient un dauphin dans chaque main , tandiiS que sur le miiioir dont il est ici question , il saisit les branches fleuries qui courent le long de la bordure du miroir. M. Forchhammer a pris cet enfant pour le fleuve personnifié {Delphine" Python) , et il a cru recai^naître dans les fleurs qui paraissent sur notre mirair, le Delphinium des Grecs (4). Mais quand. M, Forchhammer doiinait cette explication , assurément pleine de sagacité, ou ne connaissait encore que le manche seul du miroir (5), et je ne sais si depuis lors il n*a point changé d'avis. On doit, ce me semble, à cette interprétation, en substituer une plus générale. Ne conviendraitil pas de voir dans cet enfant.le Génie de la dispute ? Dans Tun comme dans Taulre cas, il serait à sa place. Je m*en réfère, sur ce point, à votre jugement.
A l'égard du dessin de lautre miroir (Gerhard, /. ciL^ Taf. GXTII), qui, dans mon opinion, n'appartient pas au cycle
(i) Sophocle avait composé un drame satyriquc sur rc sujet : ICpi<rt; ou '£pi; , comme Ta remarqué Schœll, Beitrœge, I, S. 235 fbtg.
(2) Voy. la pierre gravée {Gall. di Firenze, V, lav. XXIT, 2) qui trouve son explicatioù dans Tépigramme de Rufinus. Antk. Pal., V, 35; cf. Alcipbr., I, 39. A cessu> jets se rattache aussi le hideux récit de Lampride, in heliogaB,, 5.
(3) Mon. inéd. de l'Inst. areh.^ II, pi. LX; Gerhard, Etr. Spiegel^Taif. LXXVI; Forchhammer, Ann.j X, p. 276 et suiv. ; Apollons Ankunft in Delphi ^ Kiel, 1840.
(4) Forchhammer, Apollons Ankunft, S. 24 folg.
\i) Gerhard, Etr. Spiegel, Taf. XXIX, 15. M. Gerhard (/. /., I, S. 94, w. 156) avait' soDgé au plus ancien Kros.
dés représentations d'Adonis y je puis résumer en peu de mots Texplication que j*en ai donnée ailleurs : il représente, à mon avis, la visite de Posidon à Tyro(l).
(^es deux images ainsi retranchées, restent encore quatre déàsins de miroirs, représentant Adonis. Ici toute méprise est impossible; le nom même du personnage s'y trouve inscrit à la manière étrusque, ^IM V+A , Atunis, Sur le premier (2), nous voyons Jdonisj ^IM V+A . et Turàn , MflO Vf . dans un tendre éhibrassement; de chaque côté est assise une de ces fi* gures à dénomination énigtnatique , comme on eîi rencontre si souvent sur les monuments étrusques; à droite, c'est une figure de femme tenàtit un style et une écrîioire, OAM3M^ ; à gauche, unte figure d^hôiiime, ®II04V1, portant une lyre; derrière Tune et l'autre s'élève un cygne, le cou dressé en Fâir (3).
Le sedond miroir, qui a été pour la première fois publié par TOUS (4), nous montre Adbnis (AtVNR) et Fénus (HA^Vt) entre des branches de myrte, assis sur un lit, dans un embrassement intime; auprès d'eux on voit uu oiseau : une Cftille à TOtre avis.
Sur le troi&ième miroir (5), Adonis (^IMV+A) est représenté très-^jeane; U est assis et tient une houlette dans la main gauche (6); Aphrodite (MAaV+), une bratnche de myrte dans la main droite, se ti^nt tout habillée devant lui; entre eux deux on remarque une ciste suspendue (7). Derrière Aphrodite
(1) Arehœùlogische Aufsœtze, ^, \k7 tQ\%,
(2) Gerhard, Etr, Spiegel, Taf. CXI; Ueber die MetalhpUgtl, Taf. II.
(3) Depuis que le miroir dont il est ici question a été connu par la publication de M. Gerhard, on ne peut plus persister à donner les noms de Castor et de PoUux aux deux personnages accompagnés chacun d*un cygne. Les observations faites à ce sujet (de Witte, Nouv. Ann,, I, p. 510, note 5; Félix Lajard, ^nn., XIII,p. 229) n*ont aucune valeur. Je ne connaissais ce miroir que par une description ; c*e8t mon observation qui a induit en erreur M. Lajard. J. W.
(4) Mf»n. inéd, puhliés par la sect,fr, de Flnst. twch,^ pi. XII, 1. Voy. Nouv. Ann., I, p. 509 et suiv.; Gerhard, Etr. Spiegel, Taf. CXIV.
(5) Inghirami, Mon. etr., II, Uv. XV; Gerhard, Etr. Spiegel, Taf. CXY. Voyez aussi Lanzi, Saggio, II, p. 326.
(6) Il semble qu'il ait été représenté comme berger. Theocr., I, 109; XX, 35 sqq.
(7) Gerhard, Etr. Spiegel, I, S. 67.
se montre une figure ailée, avec rinscriptiou A)l)11tU A^AJ- A notre sujet appartient, je crois, un miroir (1) sur lequel M. Tabbé Gavedoni a reconnu avec raison Adonis. On y voit un jeune homme nu^ ayant la chlamyde sur le bras gauche, qui dans la mata gauche tient un javelot , danis la droite une baie; à sa rencontre s avance Turan (HAO >/+), dans une vive agitation. Zahnoni (2) a pris le jeune homme pour Ares, et a fait dériver le noih inscrit auprès de cette figure, MV3A * du verbe auco; ce nom signifierait ainsi celui qui appelle y le crieurÇi), Mais M. Gavedoni (4) à remarqué avec raison que ce surnom ne saurait convenablement s appliquer à Ares comme amant d* Aphrodite, et, en reconnaissant ici Adonis, il explique le nom M Vil A par le mot grec Aô, nom qu'Adonis portait en Cypre. Vous en avez . parlé (5). Il n'y a , ce me semble , ici , que l'emploi d'un nom particulier à certaine province, qui puisse nous arrêter, et cela, parce que la plupart des monuments semblables témoignent, d'ailleurs, que le nom, généralement usité, d'Adonis^ avait aussi pénétré chez les Étrusques. La question se réduit donc à aavoir si, sur le miroir, qui n'est pas des mieux conservés, la véritable inscription n'est point HVtA-
Dans tous ces dessins de miroirs, nous voyons, il est vrai,i jédonhs et Kénus représentés comme un fu*ouple amoureux y sans signe d'une séparation prochaine ; ils se montrent , sous des traits si peu ca^ctéristiques, que le sujet de ces sortes de représentations resterait complètement incertain, si les inscriptions ne le faisaient connaître. Nul diOute que la destination primitive des miroirs n'ait fait choisir de préférence, pour les dessins dont ils sont ornés, des sujets exprimant quelque volupté sensuelle, et que dès lors on n^ait aussi adopté par le même motif le mythe d'Adonis.
(1 ) Ingbirami, Lettere di Etrusca erudiz.y tav. III.
(2) Lett. di Etr. erud,^ p. 37 seg.
(3) Hom., Iliad., XX, 51, a5e ô'^Apn?-
(4) BulUtt. 1841, p. 139 et smv.
(5) Nouv. Ann.y I, p. 549 et suiv.
Un dessin qui s'écarte entièrement de toute tradition connue, est celui d'un miroir (1) où se voit une femme assise sur un siège, sous lequel se trouve une; ciste ou corbeille, et à coté un miroir. Cette femme est nommée dans l'insoription ItAMAQIt {Tiphanati)y et présente, de la main droite, une colombe à un enfant ailé , qui veut la saisir aussi de la main droite, tandis qu'il pose sa gauche sur le siège. Et cet enfant, que Ton prendrait tojut dat^ord pour Éros, est nommé > ^IMVtA {Munis).
J'aurais dû, avant tout, dans cette suite de miroirs, mentionner le célèbre miroir du musée Grégorien (2) , si Texplication que vous en avez donnée, pleine assurément de sagacité et développée par vous avec tant d'érudition (3) , ne m'inspirait encore quelque» doutes, même après votre second article, dans lequel vou-s avez défendu votreopînion (4). Jelaissede côté la question de savoir si Tari des Etrusques a subi, comme vous le pensez, une influence venue directement de l'Orient ; cette question, pour être convenablement traitée, exigerait trop d'espace. Mais vous accorderez qu'en général, dans les œuvres de l'art étrusque, se manifeste une influence caractérisée et permanente de l'art grec, modifié sans doute par le génie étrusque, mais affranchi de tout élément oriental. Pour admettre qu'on ait désigné par un nom venu de l'Orient un héros, que les Étrusques appelaient du nom grec généralement adopté, comme le ténfoignent assez les monuments indiqués ci-dessus, il faudrait pouvoir justifier cette opinion et en trouver la raison dans des circonstances tout à fait particulières. Mais, dans la représentation dont il s'agit, une difficulté m'arrête tout d*abord : le nom VMdAO» que vous expliquez par Thamuz^ se montre au milieu d'un entourage tout à fait grec. Nous ne savons de Thanimuz rien autre chose, sinoii que c'était le même qu'Adonis; voilà tout ce que nous apprennent là-dessus les
(1) Gerhard. Etr. Spiegel, Taf. CXVI.
(2) Mon. inéd. de Vlnst. arch.. Il, pi. XXVHP. ;
(3) IVouv. Afin., I, p. 512 cl suiv.
(4) Bull. t842>p. 140 et suiv.
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traditions pbéuicienneâ. Quant à la querelle de Proserpine et de Vénus au sujet d* Adonis, ce mythe a une couleur tellement hellénique, que nous pouvons sûrement en attribuer la con* ception aux Grecs, surtout quand nous ne possédons à cet égard que des témoignages grecs. Ici donc le nom phénicien serait doublement étrange. Vous avez vous-même cherché dans le grec Texplication des autres noms que Ton rencontre sur ce miroir. Je ne suis pas encore persuadé, je l'avoue, de la justesse de cette explication^ et je trouve en général qu*il y a beaucoup d'incertitude dans le sens des noms que présentent les monuments étrusques, toutes les fois quon ne peut les rapporter à des sujets connus de la mythologie grecque. Vous partez de cette opinion , quici des épithètes caractéris* tiques ont été substituées aux noms propres, et cVstJàce qu ou a souvent admis aussi pour les vases peints. J'ai tâché de montrer que le nombre des exemples que I!on pourrait alléguer, doit être limité, et qu'il faut, sur ce point, user d'une grande circonspection (1). 11 n'y a, ce me semble, sur les mi* roirs, d'autre épitliète certaine que celle de 33lklA4A>» KaXXwixoç (2) , pour désigner Hercule; mais cette dénomination est bien différente de celles que vous avez admises. £o conséquence, et par tous ces motifs, vous me permettrez de suspendre mon jugement à l'égard de ce miroir, et de dire : sir^^o» (3). Si nous consultons maintenant les peintures des vases, il ne s en présente aucune que nous puissions , d'après une inscrip-
(1) Archœol. Aufsœtze» S 128 folg.
(2) Micali, Mon. ined.. Ut. XXXVI, 3 e tav. L, 1 ; Raoul Rochette, Mémoire sur Atlas, p. 58 et suit.; Mùller, Areh.^ $. 390, 2; 410, 1.
(3) M. Oerhard a rapporté à Adonis (Arch. Z^itung, I , S. 153) un inir«)ir 4<Q Vatican [Mus, Greg.y I, tab. XXVII , 2). M, Campanari {Di un Specchio Folcente rapprtsentante il risorgimento di Adone, Rome, 1840) en a fait de même d*un autre miroir {Mus. Greg., I, ub. XXIIl), sur lequel M. Gerhard (^wA. Z«/an^, l, S. 156 folg.) reconnaît Pins et Hélène. Je ne puU rien décider à Tégard de ces deux miroin , n*en ayant point les dessins sous les yeux. — C^ dernier miroir pourrait représenter Pelée et Thetis, comme Ta cm Tautcur dn texte explicatif du Musée Grégorien , M. Achille Gennarelli.Voir de Witte, Bull, de VAcad. royale de Bruxelles, t. XI, part, l, p. 248- 49. Cf. Bévue arch., 11, p. 109. J. W.
tion certaine^ appliquer à Adonis. On a dit qu'il serait bien «tonnant que iemythe d'Adonis ne se montrât sur aucun vase peint (1). Mais qu'est-ce à dire? N'y a-t-il pas un nombre considérable de mythes que l'on trouve représentés sur d'autres monuments^ et qu'on ïie rencontre jamais sur les vasea, et de même les vases ne nous f'ournissent^ils pas des sujets tout à iàit inconnus dans une autre classe de monuments ? Je suis loin assurément de nier que les vases peints puissent offrir le mythe d'Adonis ; toutefois, je ne saurais guère voir dans l'espèce d'étonnement par lequel on voudrait faire entendre que ce mythe doit s'y rencontrer en effet , autre chose que l'expression d'un vœU) qui ne saurait écarter pour nous l'obligation d'apporter dans l'examen de cette question une juste sévérité. Je dirai plus encqre : par cela seul qu'un mythe, d'ailleurs figuré sans équivoque sur d'autres monuments, ne nous apparaît pas sous un jour aussi clair sur les vases peints , il me semble que nous devons accorder aux traits caractéristiques du sujet un examen d'autant plus attentif. Souffrez donc que, parmi les peintures mentionnées par vous à l'occasion du mythe qui nous occupe, nous choisissions du moins les plus importantes, pour les soumettre à un examen plus approfondi»
La première de ces peintures appartenait autrefois à la collection Durand, et, grâce à votre bonté, je puis la publier ici (pl> M, 1846) : je le fais sans scrupule, dans un ouvrage qui n'est destiné ni à des enfants ni à des femmes (2). Permettez-moi de rappeler d'abord la description explicative qu'en a donnée M. Lenormant, description à laquelle vous avez accordé votre assentiment (3) :
« Adonis imberbe, assis sur un char, traîné par deux cy- « gnes, a sur ses genoux Kénus entièrement niie, qu'il em-
(i) Roulez, Mélanges, III, 13, p. 14; Bull, de VAcad. de B'ruxèUes, tom. VIII , part. 2, p. 536.
(2) On »*est cru obligé à De donner ici que la silhouette du groupe obscène placé an centre. J. W.
(3) Cat. Durand, n" 1 1 5, p. 39 et suiv. ; Nffuv. Ann.y î, p. 511 . r
«brasse. Une draperie étoiiée enveloppe le bas du corps « d'Adonis. En avant du char sont un satjrre barbu et une * nymphe nue qui s'embrassent dans une attitude des plus « obscènes ; une panthère saute sur les jambes du satyre. Les <c deux personnages de ce groupe ont des chaussures aux « pieds. Bacchus^ Orphée^ assis sur un rocher, ayant la partie R inférieure du corps couverte d'une draperie étoiiée, pince «de la lyre. Plus loin est un Silène barbu, exprimant, par « ses gestes et par sa physionomie, l'impression que lui caqse « le groupe de la nymphe avec le satyre : c'est sans doute « Prosymnus; il est muni d'un thyrse^une pçau de panthère, « nouée sur la poitrine, couvre ses épaules ; ses pieds sont « chaussés de bassarides. »
Je ne vois pas d'abord pourquoi le Silène, qui s'avance ici avec empressement vers le groupe du centre, prétendrait au nom de Prosymnus. Prosymnus appartient aux mystères de Lerne, où il joue un rôle qui ne convient nullement à la représentation que nous avons sous les yeux, laquelle se rapporté à l'amour des femmes. Nous ne connaissons d'ailleurs aucun autre Prosymnus que celui des mystères de Lerne, et il n'y a nul rapport, que nous sachions, entre lui et Adonis (1).
Je ne puis davantage admettre la dénomination de Bacchus- Orphée. Tout ce que vous avez fait valoir contre l'opinion de MM. Gerhard (2) et Welcker (3), pour justifier ces sortes de dénominations (4), ne m'a pas entièrement persuadé, je l'avoue. Et dans le cas dont il s'agit , le nom de Bacchus-Orphéeme paraît plutôt de nature à embrouiller la question qu'à l'éclaircir. Il est rare, il est vrai, de rencontrer Dionysfjs jouant de la lyre; on le trouve cependant avec cet instru-
(1) An sojet des mystères de Lerne et de Prosymous , on peat consulter Preller, Demeter und Persephone, S. 2fO folg.
(2) ArehœoL Intelligenzblatt, 1836, S. 51.
(3) Rhein. Mus.,V, S. 136.
(4) Cat. Magnôncour, p. 35 et suit.; Éfite cèram., I, p. 246 et saiv.
ment sur le vase d'Arcliéiiiore (1); particularité qui est suffisamment expliquée par le Aiovucroç Me>.iro(z.evo; (2). Je ne nie pas qu'Orphée, en tant qu'il est uni à Dionysus, et nommé comme le fondateur des mystères bachiques (3), ne désigne Tintroduction , dans la religion de Bacchus^ d'éléments empruntés au culte d* Apollon , et c'est aussi là ce qui est exprimé par le Dionysus MfiXTrojxevoç ; mais la dénomination que vous proposez ne se trouve point justifiée par ces rapprochements. En effet, tiulle pîirt ne se rencontre la pensée qu'Orphée doive être considéré comme un Bacchus transformé en héros, et si déjà, pouT l'admettre comme prenant part au thiase bachique, parmi des satyres et des silènes, il est besoin d'une extrême circonspection, la difficulté est bien plus grande encore, s'il se montre avec cet entourage, comme le représentant du dieu même. L'associacion d'idées, précédemment indiquée, ne suffit pas à autoriser une semblable supposition ,* il faudrait encore dé^montrer que, chez les Grecs, cette idée avait été déjà expressément formulée. Je trouve aussi une difficulté nouvelle dans le rapprochement de Bacchus. ou Orphée avec Adonis. La courte explication que vous avez donnée ne suffit pas à faire connaître de quelle manière vous concevez et justifiez ce rapprochement ; peutêtre devons-nous, à cet égard, attendre de vous de nouveaux éclaircissements^ jusqu'à cette heure, ce point resté pour moi obscur, et je n'ose vous soumettre mes conjectures.
Si les doutes que je viens d'exposer ne sont point tout à fait sans fondement, nous sommes dès lors en droit de demander par quels motifs le couple amoureux, représenté sur un char tiré par deux cygnes, doit être pris pour Aphrodite et Adonis. Le seul attribut caractéristique qui s'offre ici, ce sont les cygnes. Sans doute Aphrodite se montre souvent avec
(1) Cf. anasi Millin, frases peints^ l, |>1. LUI. Voyez le curieax b«A-relief, dans Montfaucon, Ant. expl.^ I, pi. 1 , 13 ; Winckelmann , Mon, ined,, 50; Gerhard , Atnt, Bildw,,TAÎ.LXX\ll 1.
(2) Pausan., I, 2, 4; 31, 3.
(3) Lobeck» Aglaopk,, p^ 645; Hceck, Kreta, IH, S. 195 folg.; Creazer, Symbol., IV, S. 30folg.,3«édition.
le cygne (1), et son char, comme celui d'Eros (â), est tiré par des cygnes (3); il est aussi vrai que, sur le miroir dont nous avons parlé plus haut , on voit deux cygnes à côté d*Aphrodite et d*Adonis (4) , et que Ion peut s'autoriser de cet exem«pie. Mais ces oiseaux n'appartiennent pourtant pas exclusive'-ment à Aphrodite : on sait que le cygne était aussi consacré à Apollon (5) ; et voilà pourquoi des cygnes sont également attelés à son char (6). Et quand nous trouvons précisément raconté qujépollon enleifa cellfi qiCil aimait , la nymphe Cy-' rène^ sur un char tiré par des cygnes^ pour la transporter en Libye (7) , rien dès lors ne semble plus naturel que de reconnaître dans notre couple amoureux Apollon et Cyrènel
Je dois nécessairement rappeler ici l'image &ï fréquemment reproduite sur un très-grand nombre de monuments de toute espèce, d'une femme transportée parles airs sur un cygne (8). Elle est représentée avec un voile, s'éleva nt en forme d'arc au-dessus de sa tête; elle vole sur un cygne aii-dessus de la mer, tantôt seule (9), tantôt en compagnie d'Amours (10)» Deux
(1) Mus, Blacas, pi. VII ; Arch. Zeitung» ïî, Taf. XIV.
(2) Jlfus. Borb., VII, tar. V; Philostr., Imag, t, 5; Claodiaa., Epith. (OQsqq.
(3) Horat,, Carm,, III, 28, I*; IV, 1, 10; Ovid , Met , X, 7|7 sqq ; SU. It«i., VU, 441 sqq.; Stat., Silv,^ 1,2, 143; III, 4,22; Burmaon, in Ànth. lut., l, p. 29. Les poètes érodqaes se servent aussi d*un char tiré par desrygnes. Propert., lit, 2 (tl, 3), 39; Ovid., Ars Amat.y lit, 809 sqq.
(4) Gerhard, Etr. Spiegel, Taf. CXI.
(5) Vos», Mjrth. Briefe^ XLIX folg., tom. II, S. 108 folg.; Creuzer, Zur Gemmen» kundê, s. 107 folg. Cf. Mûiler, Prolegg,, S. 284 folg. Voir aassi la statae sonvent reproduite de l'Apollon an cygne. Millier, Arek,^ $ 361, 3.
(6) Himer.,i:c/.,XIII, 7; XIV, 1^0;NoDn ,2>ioi»^^.,XXXVIlI, 406. Il en e«t de même snr une médaille de Chalcédoine. Eekhel, D. N., II, p. 412; AUonnet, Dëscr., Il, p. 422, 425.
(7) Pherecyd. ap. Schol. ad Apoll, Rhod., Il, 503; Nontt., Dion^s. VIII^ 229=. Sur un char tiré par des cygnes, Apollon sauve le fils de Cyrène, Aristée. Nonn., '/. ait., XXIV, 83 sqq.
(8) Millier^ Arch.^ $ 378, 2 ; Panofka, Terraeotten, S. 54 folg.
(9) Sur des monnaies de Camarina, Mionnet, Dtscr.^ I, p. 222; figurines def terre cuite, Cat, Durand» n** 1627; Combe, Descr, of ane. terrac, pi. 35, 72; Creuzèr, Ahbild, zur SjmboL, Taf. 53, 2; Bœttiger, El. Schriften, II, Taf. 3; sur un miroir, Middleton, Germon, quaed. ant. mon. y tab. XV; Ingliirami, Mon. etr.^ll^ tav. XXXII ; Gerhard, Etr. Spiegel, Taf. CX; sur des pierresgratées, par exemple, Stosch, Gemmte, tab, 43.
(10) Snr des vases, Millin, Fa ses peints » II, pi. LIV* Dubois-Maisonneuve, Introd.,
22 LCTTRX
peintur^^s de vases , remarquables par les dëlails de la compo** sitk>jri /réclament surtout nôtre attention. Sur run(l),oett6 femm^ est représentée assise sur le cygne, et volant au-dessus de la mer; elle n'est pas seulement accompagnée de l'Amour: un jeune homme (2) la précède, tandis qu'à droite une jeune fille, et à gauche une autre jeune fille et un jeune Pan regai^ dent aTCc admiration ce voyage aérien. La seconde peinture nous révèle le but de ce voyage (3) : le cygne dirige son voi vers Apollon assis près de Tomphalos ; derrière le dieu se tient Hermès ; Athéné, qui s'y montre aussi, est sur le point de se retirer. Vis-à*vis d'Apollon se tient un homme barbu, muni d'un sceptre, élevant la main eomine pour avertir ; derrière celui-ci parait une figure de femme. D après Cette peinture, les rapports intimes qui existent entre la femme placée sur le cygne et Apollon, sont tout à tait hors de doute.
La femme assise sur un cygne est ordinairement nommée Aphrodite (4). M. Panofka (5) , qui embrasse et fortifie encore cette interprétation (6), s'autorise d'une composition représentée sur un bas-relief de terre cuite du musée de Berlin. Cette composition se trouve sur deux fragments qui appi>rtiennent à la même frise; au milieu on voit la figure ailée d'une femme habillée, tenant une branche de palmier; de chaque côté, une femme sur un cygne, accompagnée d'un Aipot^r;
pi. XXUI ; MilliDgen, Fases de CoghUl, pK ^XI ; ep terre cait^, Panofka, TerraeoMen, T«l. XV QBd XVI.
(1) Ocarl^ard, d^. Bildw., Taf. XLIV.
(2) Dans Toavrage de M. Gerhard, on en a fait un Pan; je croirais plift^t, avec M. Panqfka^ /. (., S. âiS, que c'est Merenre.
(a) Labpir^*, JTases de Iqmhfrg^ I, pi. XXVII; Iip^Lirani. Vasipt.^ Uv, CCWXV,
(4) D*aburd généralement on j a vu Léda. Dans la Description des pierres gr^yées du duc d* Orléans^ I, p. 43 et ai|i^*« on rapporte cette compasitiQn à Vapothéos^ d'npe ie|iipe pQ^te. M* Raoul Rocbette {Mon, if^.^ p. 2^) j reconnaît Vapothéç^ d'aide initiée, es. Çre^^er, SyinboL, \l\, S. 518 iX édit).
(;^) Jfr4vv«i»«f , S. 54 folg.
ifi) Qrevfifr, 4bbi^, tur Sjmbol,, S. 33; ^oettiger, ^T/. $cknjlen, II, S. 184 folg. M. Q^r^r4 {PpodrotUi^y S.. 93 folg.'i y r^onnatt Vénns-Libera. Cf. Panofka, A^4* BlaeaSy p. 24. ^
Tun tient une coupe, Tauire une corne à boire (1). Or, dit M. Panofka, puisque le cygne et ie palmier indiquent Délos, c'est Délos quil faut considérer conyrae le but d^ ce voyage, et la déesse doit être évidemment TAphrodite de Pélos(2)) dont Thésée avait consacré la statue d^ps l'île de Délos (3). Vis-à-vis d'elle serait ici représentée Latone^ qui, de même que Léda, avec qui elle serait identique^ se trouverait convenablement placée sur le cygne, et, comme déesse de la nuit, présenterait une opposition naturelle à Aphrodite, la déesse du jour.
Tout cela me paraît fort incfîrtain. Je ne m'arrête point ^ examiner les explications mythologiques, dans lesquelles, ce me semble, M« Panofka tient moins compte des idées des anciens, fondées sur des autorités constantes, qu'il ne cherche à y adapter ses propres idées, et je m*en tiens aux principes les plus simples et qui se présentent d'abord.
Le palmier et le cygne doivent se rapporter à Délos. A Délos, il est vrai, se trouvait le palmier sacrjé, sous lequel Latone avait enfanté les jumeaux (4), et sans doute cet arbre désigne assez souvent la terre de Délos (5); mais cela seul n'indique en aucune façon que le palmier fût un symbole généralement consacré à Apollon (6). D'ailleurs, sur le bas-r^ief, on ne voit point de palmier, mai^i seulement une palme aux mains
(1) Panofka, Termeotteu, taf. XV, XV f.
(2) he passage d'Aristophaney cité par M. Panofka, Thesm.y 331 sqq.
toTç AijXioi;
taX TaTvi AviX(ai(n
ne prouve rien, quant à une Aphrodite de Déios.
(3) Plutarch. in Thés., 2 1 ç Pans., IX, 40, 2 ; Callimadi^, Hfmn. in Det., 307 sqq. Cf. de WHte, iVonf. Ann, de tlnst, arch., l^ p. 76.
(4) Comment. f«r Homère, Byvin. in Apol. Del., 117; Spanli. in Callimaeh. Hymn. in Dely 210; Voss Myth. Briefe, IH, S. f 06 folg.
(ô) Gerhard, Ant. Biidw.y Taf. LIX ; Élite eéram.^ II, pi. XL, XLI.
(6) Dans le combat avec Python, on remarque des palmiers. Élite cèram.y II, pi. l, A (Voiih Arekafol, Am/teetze, S. 59), aussi bien que daus la dispute pour le trépied. Gerfaird, Neiterw. Denkm., w® 1587.
1tA LËTTAE
de la Victoire, et cette palme ne saurait, en aucune sorte, vouloir désigner la terre de Délos; autrement, il faudrait donc rapporter à Délos toutes les Victoires munies de palmes ? De plus , nous avons bien connaissance d'un mythe qui représentait Apollon faisant chaque année le voyage de Déios, conduit par des cygnes. (1), et nous voyons, en effets ce dieu sur un vase peint, arrivant, porté sur un cygne, auprès du palmier sacré (2); mais nous ne savons pas (et c'est ce dont il s*agit ici) qu*une tradition semblable ait été appliquée à Latone et à Artémis. Quant à l'image d'Aphrodite, consacrée par Thésée, et que plus tard on montrait à Délos, nous savons seulement que c'était une petite statue de bois, ouvrage de Dédale, en forme d'hermès (3). M. Panofka remarque qu'à une époque où l'art s'était développé, presque toutes les divinités ont subi, dans la manière dont elles étaient représentées, des modifications essentielles, et qu'alors on s'est beaucoup écarté des statues de bois des temps primitifs. Cette assertion , d'abord, doit être, quant aux images objets du culte, étroitement restreinte; et puis, rien n'indique que l'Aphrodite de Délos ait été représentée assise sur un cygne. On en peut dire autant de Latone, et puisque l'opposition dans laquelle celle-ci est ici placée à l'égard d'Aphrodite ne repose que sur une combinaison d'hypothèses, nous pouvons y renoncer, d autant mieux qu'à mon avis, il est fort possible que l'artiste, en opposant l'une à l'autre ces deux femmes, placées chacune sur un cygne, n'ait eu d'autre objet en vue que la symétrie de la composition , ainsi que le motif et l'ordonnance en forme d'arabesques de cette frise le font assez présumer (4).
(1) Mùller, Dor., I, S. 273 folg.
(2) Tisclibein, II , pi. XII; ÉlUe céi-am^ll, pK XLIl. Le mythe appartient proprement à Delphes (MûUer, Dor.f I, S. 270 folg.), et il peut paraître douteux qu'il soit ici question de Délos.
(3) Plut, in Thés., 20 ('ÂçpoSifftov) ; CaUimach., Hjmn. in Del, 307 jsqq. (IpovàyoXf&a. àpX^^'HC KvTupiôo;) y Paus , IX, 40, 2 ('AçpooiTi}; QÙ (UYs Iôocvov* xaTSKTi & àvci ico6â>v
(4) Popr être complet, je citerai encore ici. un bas>relief en marbre de la galerie de , Florence. Gori, Inscr. etr., \, tab. XIV. An milieu est assise sur un rocher, auprès duquel croissent des épis et des fleurs, une femme d*un aspect matronal, avec deux en-
Ce n'e&t donc pas sans fondement, vous en conviendrez , que, 1 explication de M. Panofka ne me semble pas entièrement satisfaisante. Celle que propose M. Welcker (1), en reconnais» sant ici Cyrène, offre aussi, je le sais, certaines difficultés; mais eJlesme paraissent de nature à pouvoir être plus aisément écartées. On objecte que ce dernier mythe , ne pouvant avoir pris naissance qu'après la fondation de Cyrène(2), est d'une date trop r<écente pour qu'on puisse espérer avec vraisemblance de le rencontrer sur les vases peints. Je crois pouvoir trancher cette difficulté d'une manière fort simple, en m'autorir sant pour cela du vase d'Arcésilas (3). On sait aussi que c'est surtout en &e rattachant à d'autres mythes que celui-ci a pu acquérir la valeur d'un mythe très-ancien. Toutefois, pour soutenir notre interprétation , force nous est d'admettre quelques variantes dans la tradition habituelle, et, avant tout, que Cyrène n'a pas été enlevée par Apollon , mais transportée auprès de ce dieu par un cygne : c'est là , du reste , une modification qui n'altère point les traits essentiels du mythe, et que, par conséquent, l'artiste a fort bien pu se permettre. Examinons plus attetitivement la peinture de vase précédemment indiquée (4).
fauts, dont l'uu lui présente une pomme qu'il a tiré du giron de cette femme, où l'ou voit des fruits; à ses pieds oo remarque un agneau et uu veau. A sa gauche est assise , «ar uu monstre marin , une jeune femme, ayant la {uirtie supérieure du corps une , et sur la tête uu péplus qui forme la voûte. Ses pied» reposent sur les vagues. A gauelie , nous retrouvons la femme sur le cygne, auprès d'un palmier, au pied duquel Teau d'une source s'échappe, à côté d'une urne. Gori a vu, dans cette curieuse composition, les trois éléments, la terre, l'eau et l'air, et je ne sais point de meilleure interprétation à proposer. Les attributs de Cérès , que l'on remarque ici, ne nous permettent pas de songer k Latone et ses jumeaux. Ou peut admettre que la femme placée sur le cygne , quelle qu'en ait été la signification primitive, {>ouvait très>bien convenir à figurer la personnification de l'air.
(1) Rhein.Mus.^n, S. h9S.
(2) Muller, Orchom., S. 3a4 io\%,\ ProUgg,, S. 142 folg.; Thrige, Res Cyrenens., p. 55 sqq.
(3) Mon. inéd. de l'Tnst, arch., I, pi. XLVII; Micali, Mon. ined.y tav. XCVII; fnghi^ Ttimï,rasij^t,, tav. CCL. Cf. duc deLuynes» Jnn.y IV, p. 56; Weloker, Rhein, Mus.^ H, s. 501; V, S. UOfolg.; Kramcr, uber Styl und l/erkunjï der bem, gr, Thon^e/\ S. 54 folg.
(4) Laborde» frases de Lamùerg, F, pi. XXVII; Inghirami, Fasljitt,^ tav. CCXXXY.. Ces savants y ont vu l'apothéose d'Hélène.
26 i.sTTâfi
ApoUoD est assis auprès de Vomphalos. Ce symbole 'démit donc ici désigner ) non pas Delphes, comme d ordinaire, mais Gyrène. Or, je ne sais pas, je l'avoue ^ si Ton montrait aussi à Gyrène un omphalos ; je sais seulement qu*il y avait là un antique trépied saeré (1) ; mais en d'autres lieux où s'était établi le culte d* Apollon , on avait aussi nn omphalos , et on honorait Apollon assis sur Tomphalos ou bien à roté (2). Les figures aeeessoires peuvent également s'expliquer: Hermès, le conducteur, semble, pour exprimer l'importance de cet événement , faire quelque signe à la femme assise vis-à-vis de lui, et que noos pouvons prendre pour la nymphe locale; derrière Apollon on voit Athéné s'éloignant avec circonspection , tout en se retournant vers la scène; la chaste déesse ne veut pas être témoin de l'union des deux amants. Athéné Tritogénia n'est point ici déplacée; pour s'en convaincre, il suffit de se sou* * venir qu'on plaçait aussi Triton à Gyrène (3). Quanta l'homme barliu qui, appuyant le pied sur un rocher et élevant la main, adresse la parole à Apollon , on pourrait le prendre pour Posidon, s'il tenait^ au lieu de sceptre, un trident (4); mais, à cause du sceptre, il faut reconnaître en lui Zeus , qui, sous le nom d'Ammon, était particulièrement honoré à Gyrène (5), et qui semble ici , comme Ghiron dans Pindare , prédire à Apollon son union avec Gyrène (6).
Si rinterprélation la plus satisfaisante que Ton puisse donner de celte peinture est de la rapporter à Gyrène, il nous devient dès lors permis de reconnaître le même sujet sur Tau-
(1) Rerodot., IV, t79; Diod., IV, 5S; Mâller. Orch., S. 346 folg.
(2) Voy«z des exemples dan» Millier, Antiquitates Antioch., p. &7 sqq.
(3) Mâller, Orchom., S. 348 folg.; Thrige, /. l.^ p. 286.
(4) On a souveut , sur les vases peints , pris un homme portant un sceptre et poursuivant une jenne 6Ne, pour Neptune et Amymone; c'est ainsi qu*a faît encore récem. ment M. Minervini {Bull. areh. Kap.y I, p. 14,92). H me semble qn'en pareil cas, d'après les indications que fournit le vase publié pour la première fois par M. le marquis Melobiorri {Atti detlapont. Accad. )^om. di ^rcA.,VIÏI, p. 391 seg. ; Mus. Gregor.y Uy tab. XX, 1 ; Braun, Ant. Afarnt., 1, 6), il faut toujours reconnaître Juyter dans lé personnage portant un sceptre. Cf. Arch. Zeitung, I, S. 61 folg.
(h) Tlirige, /. /., p. 294 sqq.
(6) Pindar., Prfh., IX, 26 sqq.
tre vase peint publié par Af. Gerhard (I) : ici nous voyons. Qjrêne accompagnée d*un jeune Pan. L'union duculle d*Apollon et de celui de Baoohùs ne se montre nulle paît davaiita|[e qtià Delphes; les monuments de lart le témoignent assez (2). Une remarquable peinture de vase, que tous avez foit connaître (3), nous montre Apollon devant un temple, assis sur Tomphaios, et tenant le laurier; à côté de lui est la biche. Devant le dieu se lient une femme avec deux flambeaux, accompagnée d*Herlnès; derrière lui on voit une bacchante avec le thyrse, et un satyre qui danse. On ne peut ici méconnaître Tallusion à Delpbesv Sur un autre vase peint, également publié par vous (4), buiu voyons Apollon tenant une branche de laurier, assis à côté <l*une femme, dont la partie supérieure du corps est à décou*vert, et vers laquelle il se tourne familièrement. A leurs pi^ds est assis un satyre qui joue de la flûte; un autre satyre, cou* vert d'une nébride et armé d'un thyrse , s'approche d'un côté , et semble faire signe à une femme qui s'avance du coté opposé. Le sens de cette composition est éclairci par la présence d'Eros , qui se tient auprès d'Apollon, et s'apprête à le parer d'une couronne. Ainsi, de même que, sur le vase publié par M. Gerhard , Pan paraît à côté de celle qui est aimée d'Apol- Ion, Apollon lui-même se montre ici à côté de celle qu'il aime, entouré du ihiase bachique^ Jetons maintenant un coup d'oeil encore sur une autre peinture de vase d u recueil de Tischbein (5). Apollon plane dans les airs, monté sur un cygne et jouant de la lyre, et se dirige près d'un palmier, vers une jeune fille qui tient une lyre dans sa main gauche, et tourne vers le dieu ses regards étonnés. A côté d'elle paraît un satyre armé d'un thyrse, qui présente une bandelette à Apollon; de l'autre côté,
(I) Ant, ÊiUwerke» Taf. XLÎV. Voyee supra, p. Vl.
(?) Gerhard,^»»., V,p. 188; V^elcker, IV. Rhein. Mus., I, S. 3 folg. Cf de Witte, Cat. étr., p. 68; Cat. Magnoncour, p. 2 et saiy. '
(3) Élite eéram.t If, pi. XLT. Vase de la collection de M. le comte de t^ourtalès. Dubois, Cat. Poufiaîès, n<» 117.
(4) Élite eiram.. H, pi. LXVIII; cf. Laborde, Fases de Lamberg» I, pi. LVf.
(5) TischbeiOy II, pi. XII; Élite céiam., T(, pi. Xtilî; Millier, Drnkm. der atteui Kunst, U, Taf. XIII, liO.
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on voit une jeune fille tenant une band^ette avec laquelle elle a, .ce me semble, intention de prendre un lièvre placé tout pr^s délie. C'est principalement cette dernière circonstance qui' me porte à soupçonner aussi dans cette représentation un sens erotique. Il n*est pas besoin de. vous faire souvenir ici que tel est eo effet le sens du lièvre sur les monuments de lart qui le représenteift si fréquemment (1), et que, là même où il paraît comme attribut des tliiasotes de Dionjsus, dans les bois et les campagnes, il garde encore et toujours cette signification (2) , de manière que la présence du lièvre, rappelle aussitôt une idée erotique. Mais fiaul-il ici reconnaître Gyrène dans la jeune fille vers laquelle le cygne porte Apollon.»' Je n'oserais Fa^firnier. Le palmier désignerait bien sans doute la Libye (2) ; mais je ne sache pas que la lyre soit un attribut convenable à Cyrène. En tout cas, nous pouvons établir comme certain que le cygne joue un râle dans les aventures amoureuses d'Ap<>ilon, surtout .lorsque nous rencontrons le dieu entouré du. cortège habituel de Dionysus; particularité qui n'est pas difficile à. expliquer, car le pur caractère, le caractère sérieux d'Apollon se rapproche de l'extravagance sensuelle et dissolue, inhérente au culte de Dionysus, là seulement où le dieu dépouille sa pudique sévérité.
Si, à la suite de ces observations, nous revenons à notre peinture de vase.lpK M, 1845), nous croirons être assez fondé à y reconnaître Apollon et Cyrène au milieu de thiasotes ba-
(|)<liioeryiaiy BtiU. arck, Nap.» I» p. 104 seg.
(2) Voyez daos l'ouvrage de M. Creuzer (Abh. zur Sjrmb., Taf. VI II) la peinture de ▼ase où, à côté de Dioaysus, est assise uue bacchante, de laquelle s'approche avec empressemeut un satyre ; tout auprès est un lièvre. 11 faut comparer surtout avec ceci la belle peinture de vase où, à côté d'Hermès, qui est sur le point de tuer Argus, des satyres jouent avec un lièvre {Mon, inèd. de VInst. areh,, \\, pi. LIX), illusion évidente au caractère erotique de l'aventure d'Io.
f(3) C'est en effet ce qui a lieu, à mon avis, dans une peinture de Tase (Gerhard, Auserl, Fatônb., Tuf. LXIX , LXX , 3, 4) , qui nous montre , entre deux palmiers , un homme armé d'un arc et d'un carquois, luttant contre un géant. On ne peut guère, ce me semble, avec M. Gerhard (/. /., I, S. 195 folg») reconnaître dans cette peinture Apollon et TityMs ; en la rapportant à Hercule et Antèe, qui habitait la Libye (Ger> hardy/. /., II, S. 105), on est, ce me semble, plus près de la vérité.
A M. DE WITTB. 19
chiques. Mais^ clirez-Toos, quel est ce jeune homme qui joue de la lyre, et qui , par son air triste et sérieux , forme un contraste si frappant au milieu d'une scène toute de volupté P La réponse m'embarrasse beaucoup, et j'avoue déplus que cette circonstance n'est pas la seule qui m'ait inspiré des doutes à l'égard de l'interprétation que je viens de proposer. Sans doute, la volupté sensuelle, exprimée dans le tendre embras* sèment du couple amoureux, placé sur un char tiré par des cygnes , est bien éloignée de la choquante brutalité du Satyre, et cette opposition se reproduit encore dans le cygne et la panthère; toutefois, cette expression de sensualité, quoique plus noble, et tout cet entourage, ne semblent guère convenir à Apollon. Ces difficultés^ ces objections s'évanouissent, si Ton se borne à voir ici une scène purement bachique. Des dissolutions de cette nature, et plus grandes encore , n'étaient pas étrangères au culte de Bacchus (1); aussi, voyons-nous, sur les monuments de l'art, ce dieu paraître comme témoin de semblables scènes (2). Nous le trouvons formant lui-même avec son amante un groupe luxurieux; tantôt c'est lui qui repose sur son sein (3) , tantôt il la tient elle-même sur ses ge-
(!) Gerhard» Auserl. KasenB., Taf. CLXXXV; Ant. Bildw., Taf. CXI, 2 ; de Witte, Cat, Durand, n" 145.
(2) Augusteum, Ub. CXlll; Gerhard, Auserl. Fasenb., Taf.XCV und XCVI.
(3) Xenoph , Sjrmp.^ IX, 4 : *0 Ai6vu<to; — èTiexaÔéÇeTo èiii tûv ^ovâTcov, xal itepiXa- 6à)v è9iXY)(rsv otvDQV (ty)v *ApiàSvY]v). Les rnonumeuts de Tart s^accordent bien avec cette description d^une daiise mimique. Voyez te vase peint publié par Millin, Fases peints, H, pi XLIX; Galer. myth., LX* 23^. Ou peut comparer avec ce vase une pierre gravée (Eckbel, Pierr.gr.., pi. XXIIl) , et une médaille (Streber, Num. gr., tab. IV, 3), dont les traits de ressemblance font croire qu'elles ont eu pour modèle an original célèbre. Je ne pense pas qu'on doive, avec Mùller (Arch., § 384, 5) et M. Streber (/. /, p. 222 sqq.), à cause du célèbre miroir de Sémélé {Mon. inéd. de Vinst. arch,, f, pi. LVl; Gerhard , Etr. Spiegel, Taf. LXXXIII), reconnaître ici Sémélé; la composition, dans son ensemble, offre plutôt un caractère erotique, comme Tindiquent aussi d'autres monuments tout semblables. Voy. Bnonarrotti, Medagt., p. 437 ; Dumersau» Description des médailles antiques du cabinet de M. Allier de ffauieroche, pi. I, 2 ; Lasiuio. Mon. del Campo Sanlo, tav. VI. Ainsi se montre encore Dionysus au milieu d'un cortège solennel , dans un char, reposant sur le sein de son amante. Visconti, Mus. Pio Clem., IV, tav. XXIV; Mus. Feron., p. LXXllT, f; Buonarrotti, /. /., p. 430.
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noax(i), et il est aussi port^ $ur un char. Il est vrai , jamaisi que je sache, ce char n'est tiré par des cygnes,* mais cet oiseau , aussi bien que l'oie (2) (et vous savez que, sur les monuments , il est difficile de distinguer ces oiseaux, Fun de lautre (3)), était devenu un symbole de la volupté (4). De là vient qu'il se rencontre, non-seulement dans des scènes d'un caractère erotique et luxurieux (5) , mais en particulier et surtout dans les mains de personnages bachiques, et toujours dans la même acception (6)». Un artiste a donc pu, dans cette intention, donner i Dionysus un <^har tiré par des cygnes. Toutefois, en admettant que notre peinture ait simplement pour sujet une scène erotique s appliquant à Dionysus, reste toujours la difficulté d'expliquer le jeune hommejouant de la lyre ; mais, dans cette dernière hypothèse, ne pourrait-on pas aisément le prendre pour Orphée? Son air tri&te et sérieux, et l'éloignement qu'il témoigne pour la grossière volupté de cette orgie bachique^ caractériseraient assez bien ce personnage. Ceci n'est certainement pas échappé à votre attention , et je suis fort porté à admettre, dans ses points essentiels , l'explication que vous avez dontiée de cette figure.
(1) Sickler, jilmanach ttus Rom, II, Taf. 8; Gerhard und Paaufka, Neapelsant. Bildw., S. 290, n* 290.
(2) PetroD., Sat., 137.
(3) Cf. Bœttiger, Herc, in bivio, S. 47 folg.
(4) Artem., IV, 83. De là des Amours avec des cygnes days des compositions erotiques (Millin, GaUr. mjih., XLV, 199; Mus. Borb,, V, tav. Lï; Panofka, Bilder ant. Leb.y Taf. XII, 3) , où un Amour joue avec un cygne, auprès d'un couple amoureux, qui se tient dans un embrassement passionné. Cf. BuUett. 1844, p. 40.
(ô) Fréquemment dans des scènes de cette nature on figurent des. femmes. Voye» Tîsclibein, III, pi. XXII, édit. de Paris; Dubois-Maisonneure, /n^ro</., pi. XXIII; Gerhard, Mjrsterienbilder, Taf. VI, 10; Panofka, Cab. PouHalès, pi. XXXII; Ann,, XII, pi. N; Gerhard und Panofka, Neapels ant. Bildw., S. 300, n** 731; Raoul Rochette, Mém, de Numism., p. 2 1 .
(6) C'est ainsi que, sur un vase qui représente Iréné comme amante de Dionysus, on voit un oygne sur le bras de la nymphe Érato. Otto Jahn, Fasenb.^ Taf. Il; Raoul Rochette, Lettres arch. sur la peinture des Grecs, première partie, pi. II. Cf. Ann.^ XIII, pi. F a. Ainsi, dans un thiase bachique, l'Amour cherche à prendre un cygne. Panofka, Cab. Pourtalès, pi. XVlî. Bœttiger (ffere. in bivio, S. 49 folg.) croit que le cygncjouait un grand rôle dans les fêtes de Bacchus.
À M. Ii£ WITT£. 31
Je fatiguerais trop votre patience, si j'entrais dans les mêmes détails au sujet des autres peintures de vases ; elles sont, d ailleurs, de nature à ne pas demander un examen aussi détaillé : elles nous amèneraient sur un terrain où chaque pas me semble incertain. Il s'agit ^ en effet, d'une classe de com^positions , auxquelles on s est naguère attaché avec une prédilection toute particulière, parce qu'on les considérait comme ayant trait aux mystères; plus tard, et toujours par le même motif, on s'en est éloigné avec une sorte de ci'ainte. Elles appartiennent, d'après le style, à une époque relativement récente, et les sujets répondent aussi à cette manière de représenter un peu négligée et d'un caractère indécis. Ce sont toujours des femmes, souvent réunies en assez grimd nombre et groupées de différentes manières ; et puis de3 ustensiles di* vers, en partie énigmatiques, les uns. dans les mains de ces femmes , les autres disséminés autour d'elles. D'ordinaire, dans ces compositions, on voit de jeun es enfants ou hermaphror dites ailés, auxquels on donnait autrefois le nom A^ génies de9 mystères ( I) ; très^souvent de jeunes Jiiomn|e& sont mêlés à l'action, de telle sorte que le sens erotique de la composition est tantôt évident, tantôt incertain.. Quelquefois on a représeoté des scènes de toilette de femme. Comme ces représentations, en raison de leur caractère indécis, embarrassent l'archéologue, il est certain que vous obtiendrez l'approbation des savants, toutes les fois que vous essayerez de les rapporter à un mythe connu; cependant le plaisir d'être affranchi d'une pénible incertitude ne doit pas nous empêcher d'apporter un sérieux examen dans l'étude de ces sortes de compositions.
Occupons-nous d'abord dune peinture de vase encore inédite, (lu musée Blacas (PI. XXIII), dont vous avez eu la bonté de me communiquer les dessins (2). Au milieu est as-
(1) Bœttiger, Faseng9m.,\^S,\SGt fotg. ; drchœoiog, der Malerti^ S. 224 folg. ; AmaUk.t I, S. 354; MUlin, Mon. inéd.^ i, p. 1^; Fasei yêinêSt T, p. 77 et «uiy.; Creo> xer» Symb.^ II, 8. 108; Ritschl, Ann., XII, p. 189.
(2) Il ea a déjà été fait mèotion dans votre Caf. Magnoncourt p. ô; v(. Roulez , il#cflanges, III, 13. p. 14; Buil. dt l'Aead^dè Bruxelles, t. TIII, i>art. 2, p. 536.
32 LBTTRB
sise, sur un siège richement orné, garni d'un escabeau, une femme vêtue d'une tunique et (l'un manteau, et parée d'un collier; son épaisse chevelure est entourée d'un diadème. Elle appuie négligemment la main gauche sur le dossier du siège, et, de la droite, elle tient devant elle un miroir. Audessus d'elle voltige un eniant ailé hermaphrodite, qui tient des deux mains une guirlande de myrte. Devant elle est debout un jeune homme nu, a l'exception d'une chlamyde jetée sur son épaule gauche; il tient aussi une guirlande de myrte dans ses mains. Derrière lui, mais sur un plan un peu plus élevé, est une femme également vêtue d'une tunique et d'un manteau , la tête couverte d'une coiffe; elle tient un oiseau sur Findex de la main droite ; à côté d'elle est placé à terre un calathus, duquel on voit sortir la partie supérieure d'un lécythus. De l'autre côté est placée, le dos tourné contre le siège, sur le dossier duquel elle appuie son coude, une femme qui tient dans la main gauche un éventail. Elle semble parler à une autre Vemme, assise sur un coffre, et qui lui présente une coupe ; toutes deux sont habillées comme la femme qui porte un oiseau. Au-dessus de ces deux femmes, on remarque un coffret façonné en forme de temple, orné de figures (1), une sphéra et un petit vase à parfums.
Il y a une grande analogie entre cette peinture et celle d'un vase du musée de Berlin (PI. XXIV), dont je puis , grâce à la bonté de M. Gerhard , mettre le dessin sous vos yeux (2). Elle est, quant au dessin , bien inférieure à la peinture, élé- ^gante et nette, du vase du musée Blacas, mais elle s'en rapproche beaucoup quanta là composition. Une femme riclie-
(1) I^ouft voyons ornés de U même manière un coffret semblable (Gerhard und Panofka, Neap. ant. Bildw., S. 315, n<* 478) et un seau. Panofka, Mus, Blacas» pi. VIII.
(2) Gerhard, Berlin's ant. Bildw., I, S. 258, u" 892. Au revers on voit un jeune homme nu, à l'exception de la chlamyde, tenant une babdelette et un seau, le pied appuyé sur un rocher ; devant lui est une femme assise, qui tient dans la main droite un rameau, dans la gauche un coffret ouvert; entre les deux po-sonnages est une sphéra. En haut est assis un Amour hermaphrodite tenant une couroone. ^^ ..
ment vêtue, qui porte sur son épaisse chevelure une espèce de Polos (l)j est assise sur un siège, et tient de la main droite un petit lièvre sur ses genoux (2). Devant elle, est debout un jeune homme nu, à l'exception de la chlamjde, lequel tient dans la main gauche un coffret en forme de temple , et , de la droite, présente à la femme assise une couronne. Derrière celle-ci se tient une femme , la tête couverte d'une coiffe : elle appuie son pied droit sur un rocher , et, de la main droite, elle montre le jeune homme; dans la gauche, elle tient un tympanum. Au-dessus delà femme assise, plane, en descendant vers elle , un Amour hermaphrodite qui porte une bandelette. De chaque côté , dans la partie supérieure du tableau , est assise une femme en coiffe; l'une tient un miroir, l'autre, l'oiseau déjà précédemment indiqué.
Vous rapportez ces images à Adonis et Aphrodite entourés des Charités, Pour appuyer cette interprétation , on peut citer le vase peint récemment publié, représentant le Jugement de Paris. Aphrodite y est également représentée assise , avec un lièvre sur ses genoux (3). Par une erreur diflEcile à comprendre, le judicieux M. Minervini (4) avait pris cette figure pour Héra ; mais sûrement, vous partagerez l'opinion de M. Gerhard (5), qui a rectifié cette erreur, en substituant le nom d'Aphrodite à celui d'Héra. Du reste , si je suis loin de nier la possibilité de votre explication, je ne vois non plus absolument rien qui oblige de quelque manière à l'admettre. Rien ici, rigoureusement parlant, ne caractérise Adonis; aucun attribut particulier ne distingue non plus Aphrodite; car tous les attributs que
(1) Une semblable pamre de tête n'est pas rare dans les terres cuites. Ayolio, Délie an*, fou. diargilla, tav. XI, XII. Cf. Panofka, Cab, Pourtalès, pi. II.
(2) Ne serait-ce pas un jeane homme avec un lièvre dans son giron , qui serait re* présenté sur le vase décrit par MM. Gerhard et Panofka {Neap. ant. Bildw., S. 282 folg., n** 969) ? ,
(3) Bull. Nap., I, tav. VI; Arch. Zeitung, II, Taf. XVIÏI. Cf. les Mon.inéd,, tom. IV, pi. XVIII.
(4) >Btt//. iVa/»o I) p. 104 seg. • , i. .
(5) Arch. Zeitung, II, S. 290 folg.
nous voyons ici n*ont rien qui sorte du cercle de la vîé Commune, et qui ne puisse convenir à toute autre femme aussi bien qu*à Aphrodite.
Le lièvre, comme nous avons déjà vu, a, en général, une signification erotique; il ne désigne pas seulement Aphrodite: il exprime Tintention erotique de toute la composition. Le miroir est sans doute un attribut d'Aphrodite (l), et se trouve souvent dans ses mains ; mais il ne lui a été consacré que parce qu'il est le meuble le plus indispensable de la toilette, et , comme tel, désigne, entre les main» de toute femme, le désir de plaire. De même, loiseau, qttel'on a pris pour Tiynx (2), ou aussi pour une colombe (3) , convient assurément à Aphrodite, mais non pas d'une façon exclusive. On voit, en effet, fort souvent des oiseaux, servant de jouet, aux mains des jeunes gens en général, et surtout des femmes; elles s'en font un passe-temps innocent et agréable (4) , et Ton conçoit des lors que quelquefois" des oiseaux soient offerts aussi
(1) Cf. PliUostrt, Imag., I, 6, et sur ce passage les réflejcions de M. Jscobs, p. 246 ; Àthen. XV, p. 687 C. Sur une inscription, publiée par M. Orelli, n» 1279: V£N£- BEVM SPÊCVLVM ; Gerhard. Etr. Spiegel, I, S. 75.
(2) Ritsdil, Ann.f XII , pi 189. Quanta Piynx , voyez ce que j*ai dit sur cet oiseau dans les jina*t XIU , p. 284. Je profiterai cependant de cette occasion pour rectifier une erreur que j*ai commise à ce sujet. Sur le rase peint de Naples (Mtis, Borb.^ I, tav. XXXV; Millingen, Fases grecs, pi. LX), est représenté, non l'iyux, mais un béron, èpeoSto;. Cet oiseau était consacré à Apbrodite; il était un heureux présage "pour toutes les entreprises noetuives* Schol. ad Hom. lUad», X, 274 ; Etym. M. v» %çuJàw^ : ce qui a servi à Srhneidewin (Beitrœge, S. 106 folg.) à rétablir et à expliquer beureu> sèment un fragment d'Hipponax :
xvefato; êXOwv ^a>8î(i> (TWY]uXt(T6?]v.
Mais le héron est aiissi consaeré à Alhéné (Borner., liiod,, X, 274 et Sclvot. ; cf. £tnt«th., ad L l,)f et nous te voyons placé auprès de celte déesscr, s»r ua rase publié par M. Gerhard {Etmsk, und Kamp. Fmieiih.^ T«f. T), et, ce semble, aussi sor nu autre <la recueil de Tischbein^ IV, pi. IV [XXIV]; Élite céram,, I, pi. LXXI.
(3) Plut., De U. et Osir,, p. 379 Ui Sehol. ad ApoU. Rho4., III, 541. Cf. Raoul ' Rochette, Mon, inéd., p. 261.
(4) Catull., II; Martial., 1, 7, et ibi Intpp. Et aussi suèdes vases peints, par exeaiple, Panofka, Bilder. ant. Leh.» Taf. XIX, 8; Inghirami,>im/tf.> tav. €LXXIT; Gerhard
comme dons ()amour(l). On en peut dire autant du*calathus (2), qui renferme tantôt le travail de la laborieuse ménagèk*e (3), tantàt^ eomme ici, des objets de toilette (4)) ainsi que du coffre dans lequel étaient conservés des habiU lements et autres choses semblables (5) ; ces deux objets conviennent également à toutes les femmes^ aussi bien que le coffret à toilette (6) ) la sphéra (7) , 1 éventail (S) et le vase à parfums (9).
Rien de tout cela n'appartient donc de préférence à Aphrodite, et cette circonstance suffit déjà pour exciter nos dou-* tes; mais il en est une autre d'un plus grand poids encore. Les compositions que nous avons prises comme exemples, se rattachent en efiFet à une classe de peintures très-consi'» dérable, dont elles ne peuvent être aisément isolées. Noos j rencontrons toujours les mêmes figures, dans le même cosr
undPanofka, NeapeUant. Biidw,, S. 274, n** 1414; Gerhard, BerUn's ant. Biidw,, S. 249, ft9 856. Go ruit de même une femme placée dans un édicule, et tenant im oiseau et un miroir. Ingbirami, VasiJUt.y tav. XLII.
(1) Tischbein, !I, pi. XX; IV, pi. XLIX; ÈUtecèram., I, pi. XXIX B. Cf. Gerhard and Panoflta, Neaf, ant. Bildw.j S. 356 folg., n<* 51.
(2) Bœttiger, Fasengwi., III, S. 40 folg. ; Tischbein, IV^ pi. XXXI, XLYII; <^'Hanvarville, T, pi. IX; Panofka, Bild. ant. Leb., Taf. XIX, I.
(3) Voir les Fileases, dans Tischbein, I, pi X; TV, pi. I; Stackelberg, Gra*berder Hell., Taf. XXXIV; Panofka, Ueber ^erlegene Mjrtb^i, Taf. V. Je reconnaît dans ce deroier sujet Hermès devant Calypso. Voir Zeitschr. fSw Alterhumsk,, 1840, S. 1279 folg.
(4) Ainsi, par exemple, un éventail. Passeri, I, tab. XXIV; d^Hancarville, Iv, pi XXVII ; Inghirami, Fasijttt.^ tav. CLXXIV; d'Hancarville, II, pi. XXVIIl; Gerhard and Panofka, Neap. ant. Bildw., S. 313, n<> 488.
(5) D'Hancarville , II , pi. XXVIII ; IV, pi. XIII ; Tischbein , II, pi. XV; Millingen , frases grecs , pi. Wlll; Fases de CoghU^pl.XXX; Gerhard, £/r. Spiegel, I, S. 64. Il n'eat pas • rare non plus de voir des femmes qui sont assises sur des coffres de cette espèce. Élite céram.y I, pi. XXIX, B; Gerhard, Mjrsterienhihler, Taf. IX.
(6) Assez souvent en forme d^édieole. J>'HancRrville, III, pi. V; Gerhard, Mysterién' èilder, Taf. VI , IX ; Panofka , Bilder. ant, Leb,, Taf. XI , 7 ; Gerhard «nd Paoofkil , Neapels ani. Bildw., S. 279 folg., n° 1485; S. 315, n"* 478«
(7) Des femme» jo«a»t avec la 4{>héKa« In^^immi, .Fasifin.» tav. CCIV; Panofka, BitOer ant, Leb., Taf. XfX, 8.
(8> Gf. BcBttiger, Sabina, Bd. II, S. 219 folg. (9) Panofka, / /., S. 43.
36 l>ETTRE
tume, avec les Diémês attributs ; elles offrent seulement beau-* coup de. variété, quant au nombre et à lordonnance; mais en somme, c'est toujours évidemment quelque scène de toilette ou d'amt>ur. Il est donc impossible, ce me semble, de dire que Ton doive ici, en général, reconnaître Aphrodite et Adonis, ne serait-ce que parce que souvent plusieurs jeunes gens sont à la fois représentés dans un rapport semblable, et que cependant toutes ces compositions forment un ensemble si compacte, qu*on ne saurait en détacher quelques-unes en particulier. Il me paraît évident qu on n a pas eu ici d'autre objet que de représenter des scènes de la vie commune; on Ta fait, il est vrai, sous une forme saisissante, énigmatique, constamment reproduite, de telle sorte qu'on ne peut guère, ce semble, rejeter lopinion de ceux qui ont pensé qu'il y avait là quelque allusion aux mystères, et cette opinion a été en effet relevée depuis peu et appuyée par M. Ritschl(l). Il se peut que vous penchiez à croire que le mythe d'Adonis et Aphrodite a fourni l'idée de ces sortes de tableaux ; mais cette conjecture me paraît manquer de preuves suffisantes (2). Je n'ai aucun moyen d'exami^ ner dans son ensemble cette classe de vases peihts, et je dois , en conséqence , me borner aux observations générales que je viens de vous exposer; mais j'aurai atteint mon but, si par là je vous donne occasion de soumettre ces compositions à une étude complète et approfondie.
Il n'est pas nécessaire, ce me semble, d'examiner l'une après l'autre les peintures de vases que vous avez rapportées au mythe d'Adonis (3); il faut aussi l'avouer, je ne possède pas
(1) Ritacfaly Attn.^ XIl^p. 185 etsniv. Cf. aiMÛ Gerhard » MytUrUnbilder, Stattg., 1839. '
(2) Ce n'est pas assee que les fêtes d'Adonii. fassent célébrées en particulier paskles courtisanes (Diphil. ap. Àtlien., VII, p. 292 D ; Meinekc, Frag, Com, gr.^ IV, p. 395; ÀristaBn., Epp., I, 8 ; Alciphr., Epp., 1, 37 ) quoiqu'elles eussent soureot le nom d'Adonis à la bouche. Alciphr., £pp„ h 39; Aristaen., Epp,, 1, 8; Lucian., Dial. Msr., 7.
(3) Voir en particulier Cat. Magnoacour, p. 5. Deqx représentations du même genre ont été publiées par M. Ph. Gargallo-Griraaldi dans le tome XV des Annales, pi. A, B.
Pi
À M. bE WITTE. ^ 37
pt>ut cela lés l'essoutces nécessaires. Ces peintures, d ailleurs, du moins en partie, ne sont pas aussi spécieuses que celles que tious Tenons de passer en revue , et dans lesquelles cette circonstance que trois femmes paraissent comme suivantes occupées autour dfe leur maîtresse , permet aisément dé recourir, pour l'explication du sujet, à Aphrodite et aux Charités. A ce propos, je citerai une autre peinture de vase du musée de Berlin (1), dont je puis vous communiquer un dessin (2).
La peinture intérieure de cette coupe nous montre une femme richement parée, assise sur un siège; elle tient dans Sa main droite cet objet énigmatique semblable aune échelle (3), et ses yeux se portent sur un jeune homme nu , à l'exception de la chlamyde , qui couvre Son épaule gauche ; celui-ci présente à la femme un miroir, et porte dans la knain gauche un bâton noueux. Devant elle se tient une femme plus simplement vêtue, qui lui présente, de la main gauche, une bandelette et une coupe ^ de là droite une couronne. Aux deux côtés extérieurs de la coupe est représentée une femme formant un groupe avefc un Amour hermaphrodite; d'un côté, l'Amour est devant elle, tenant une couronne et une grappe de raisin, tandis qu'elle lui présente une coupe, et tient dans la main gauche abaissée un éventail; auprès d'elle, on distingue une branche de laurier ou de myrte. De l'autre côté, l'Amour, ayant plutôt l'air d'un jeune homme que d'un enfant, est assis à côté d'elle et lui offre une couronne ; il tient dans la main gauche un petit sceau (4); quant à la femme , elle lui présente une .coupe; entre
(1) Gerhard^ BerUn'stmt. JBildw.y S. 278folg., o^ 995.
'(2) On a jagé qu*il était inutile de foire graver ce sujets qui n'offre pas de Tariantes remarquables. J. 'W.
(3) Tischbcin, H , pi. XL; IV, pi. LIV; MUliii, Fasês peints, II, pi. XVI, LVlï. Voyez, sur la signification non encore précisée de ees échelles, Mûller, Arch.^ § 430, 1; Gerhard, Etr' Spiegel, I, S. 39 ï Raoul Rochette, Deuxième Mém. sur les ant, chrét^ p. 87 et suir. *.*- Voiries réflexions de Milliugen, Ann. de i'ïnst. arch., XV; p. 86 et Sttiv.) , qui reconnaît avcfe raifion dans cet objet un instrument à tisser (xTet;). X; W.
(4) Cet objet se montre fréquemment, nou-seulement à la main des Satyres (Tisclibein, I, pi. XX^^llV, XXXV; U, pi; XIII; lY, pi. XOI) et des BacchttiCes (TisélibéiD,
-eux deux est une sphéra. Prendre ces deux femmes pour les deux Charités qui manquent dans la peinture intérieurei me semble extrêmement hasardé : évidemment , elles ne servent point de complément à cette composition ; elles paraissent ici comme figures principales d une composition indépendante , et chaque fois, avec des nuances diverses.
Il en est de même du vase de la collection Beugnot (l), que vous avez expliqué , et dont je vous dois le dessin. Le côté antérieur nous offre une de ces scènes de bain, si fréquentes sur les vases, mais représentée d'une manière particulière. Devant un bassin reposant sur un tronçon de colonne dprique, se tient une femme entièrement nue y parée d'un collier et de joyaUrX aux bras et aux jambes ; elle se verse , d'un lécythus , des essences sur la main; derrière elle, on voit un siège (2) sur lequel sont placés ses vêtements; debout devant elle, une femme tiept à la main une couronne radiée; son riche costume et le voile brodé qui la distingue semblent lui assigner un rang plus élevé que celui de servante. A côté d'elle est assise une femme plus simplement habillée, et qu\ paraît, dans son discours, faire allusion à la baigneuse ; auprès d'elle est placée une hydrie. Audessus de la baigneuse, on voit Eros, qui, de la 9iaii^ droite, tient une couronne suspendue sur sa tête , de la gauche une branche de laurier ou de myrte ; à côté de lui est assise unf femme qui relève , de la main droite ^ le bord de son vêt^fne^t. Vous ayez vu, dans cette peinture, la toilette d'A.phr<j(dite. Je ne crois pas que l'on puisse opppser à cette explication des raisons décisives; mais, eu égard au grand nombre de peintures
III, pi. XXXVIII, XL; Gerhard, 4nt Bildw., taf. LVII, 3), niais aa««i duo^ des sc^e.i de toilette (TUchb., IV, pi. XXXI) et des repcésenUttiont ératiquf^ (Panoflu, Caff. PourtaUsy pi. X; Mus. Blacas, pi VIII).
(t) Ca^. Beugnot, n"" 8, p. 12 çt suiv Cf. |laoa\ |lof )pc>tte^ lUfn. piéd., pi. XiXS^ A-
Ce savant reconna^ dans cettei peinture la toilette d'P«ii^.9«> CettQ toUetHe çst rçprér sentée sur un beau miroir étrusque delà colle^tio9.d9.M. le côQite de Çourtalè^. Cat, Durand, v!* 1969; et su^ un autre qui vient d'étr^ publié par M. Gerhard, dieSchtmckung der HeUna, Çerlin, ^844, ^9-4». Cf. Qerbard, Ufr, Spi^, W- CCXI fo^., oà Ton troarçra plusieurs sujets de la toilette d*Bélèneu J. W.
(2) Cf. Iç vase pdint ^an» la d^aser^ti{>n dn C^ÇOxei;, intttplé^ -.Min ait Ai^n. Gefyss.
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de vases semblables (t) qui se rapportent à la vie commune, il me semblé que nous manquons ici de motifs concluants pour détacher de la classe à laquelle elle appttitient, la peinture dont il s'agit.
Examinons maintenant le revers. Sur un coffre, comme nous l'avons déjà vu (PI. XXIII) est assise une femme en conversation animée avec un jeune homme nu , qui s*appuie sur un bâton , sur lequel il a posé sa chlamyde ; il tient élevée dans sa main droite une couronne. Un Amour hermaphrodite tenant une coupe, est placé au-dessus de la femme assise , derrière laquelle se tient une autre femme qui relève des deux mains le bord de son vêtement. Â terre est une sphéra. Vous reconnaissez ici Adonis et Aphrodite. Mais si j'adopte l'explication que vous avez donnée pour le côté antérieur du vase, je rencontre là même une difficulté pour, celle du revers. En effet, d'après la première explication, on suppose qu'Aphrodite doit être caractérisée, dans le second cas, de la même manière que dans le premier. Il n'en est rien cependant, et nous ne voyous ici que deux femmes en costume ordinaire. L'attribut si caractéristique de la couronne radiée manque totalement. Adonis nVst pas mieux désigné, et je ne vois ainsi nul motif de mettre cette peinture dans un rapport immédiat avec celle du coté antérieur, et de l'appliquer à Adonis. Elle me semble bien plutôt se rapporter , daiis son objet , à la vie commune.
Nous devons une attention plus particulière à un troisième vase du musée de Berlin (pi. XXIV bis) , ne serait-ce qu'à cause de l'endroit où il a été lrouvé(2). 11 vient en effet d'Athènes, et le style de ce vase, comme vous le voyez par le dessin ci-joinl, malgré quelque négligence dans l'exécution , trahit cette fi-
(1) Passeri, I, Ul>. XXX, XXXII, XXXVII,XXX1X; d'Uaucarville, H, pi. XXVHI; IV, pi. Xni;Tisclibein,ir,pl. XII , XV, XXI; IV, pi. XXX , LIV, LV, MiUin , f^asex peints, II, pi. IX; Afon inéd., I, pi. XV; Gerliard , Mjsterienbilder, Taf. Vlï ; Panofka , Cab. Pourtalès, pi. X^IX ; Suckelberg , Grieàer der Hellenea, Taf. XXX VI ; Raoul R»chette, Mém. de \iimism., p. 19 et suiv.
(2) Gerhard, Berlines ant. Bildw., I, S. 237 folg , u" 804. M, Gerhard appelle aus»i = i'aUentioa sur la forjne curieuAe du VMse.
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nesse, cette simplicité, cette grâce noble, qui, même dans de» productions inférieures, distingue surtout Tart attique. Nous nous trouvons ici. sur un tout autre terrain que lorsqu'il s'agis^ sait des vases exécutés dans la basse Italie à une époque récente. Il n'y a point ici d' Aitiour hermaphrodite ; aucune trace de ce luxe et de cette volupté sensuelle que nous observions tout à l'heure 5 tout est ici simplicité et pureté. Une jeune fiUè, simplement vêtue , se tient, dans un maintien pudique, la tête un peu penchée , devant un jeune homme , et porte sur ses mains une bandelette. Le jeune homnie est vêtu d un manteau, qui laisse à découvert le sein et le bras droit; il présente à la jeune fille. un miroir qu'il tient élevé à la hauteur de sa tête; derrière lui est un siège. Vient ensuite use femme enveloppée dans un ample manteau; de la main droite, elle présente une fleur à la jeune fille. De chaque côté , une colonne dorique en- ■cadre cette scène. Au revers de cette peinture , on voit une jeune fille qui^ daiisi la main gauche, porl;^ un coffret et une bandelette ; elle est placée vis-à-vis d'une femme tout enveloppée dans un manteau ; en haut , on voit une bandelette et un objet peu distinct : suivant M. Gerhard , ce serait une corne d'abondance. Sur le col du vase sont représentées deux figures, enveloppées de manteaux, Tune en face de l'autre.
On ne peut méconnaître le sens erotique de la scène principale; mais rien n'indique qu'il soit ici question de personnages mythologiques : rien en particulier qui ait trait à Adonis et Aphrodite. L'expression qui caractérise cette composition nous défend même d'admettre rien de semblable. La pudique timidité avec laquelle la jeune fille accueille la demande du jeune homme, çQnvient sans doute à une chaste vierge athénienne , mais non sûrement à Aphrodite dans ses rapports avec Adonis; le geste encourageant de la mère ou de l'amie qui présente une fleur, forme un trait charmant dans une scène de famille athé-: nienne , et ne conviendrait pas davantage à ce. mythe. Je suis donc obligé de me ranger à l'avis de M. Gerhard , qui n'a vu autre chose, dans ce tableau, qu'une scène de Famille.
Telles sont les observations que j'ai cru pouvoir vous sou-
mettre , au sujet des peintures de vases les plus remarquables que vous avez rapportées au mythe d'Adonis. Je ne me permets aucun jugement sur la curieuse peinture de vase décrite par M. Schulz(l) ; mais reconnaître dans cette peinture Adonis et Aphrodite, c*est contredire, ce me semble, la description même qu*on ena donnée.
Avant de terminer , permettez-moi quelques mots encore sur une peinture de vase, que M. Creuzer rapporte moins à Adonis qu'à la fête d'Adonis Ci), Vous vous êtes rangé à cette opi^ nion (3) , et M. Creuzer a surtout opposé votre autorité à l'explication quej*s^i donnée de cette peinture (4), et qui s'écarte de la sienne (5). Cela m'oblige à vous faire connaître brièvement sur quoi je me fonde.
Sur un très-joli vase peint de la collection de Carlsruhe (PI. N, 18-45), nous voyons une femme dont le vêtement, jeté légèrement autour d'elle , laisse le corps presque entièrement à découvert; elle se tient sur une échelle, et, se penchant un peu en avant, elle présente à Ëros un vase que saisit celui-ci; entre eux deux, on voit un vasç à terre, et derrière Eros, un troisième vase rempli de fruits. De chaque côté se tient une femme habillée, qui fait un geste de surprise. L'ornement de tête des trois femmes se distingue par une parure de pommes d'or.
M. Creuzer reconnaît ici Aphrodite , éveillée de son sommeil et tout effrayée par la nouvelle de la blessure d'Adonis ; elle se montre , en conséquence, dans un costume des plus négligés ; elle cueille des pommes en présence des Heures et d'Eros, action qui se rapporte aux préparatifs de la fête d'Adonis«
(I) Scbulz, BuUett., 1842^p. 57 «tftviv^ Voyez aussi ce que le même saTant dit d'un autre yase, p. 33.
• (U) Creuser, Aitswahl gvieck. hem. Thongef. Taf. VHU S. 66 folg.; Symif.^ II, S. 482 folg., 3« édit.
(3) Cat. Beugnol, p. 14; Élite céram., I, p. 8ô.
(4) V. Zeitsohr.Jur AUerthumsk., (841, S. 983 folg.
(5) Creuzer, Symh., IV, S. 780 folg. M. Welcker {Rhem. Mus., VI, S. 632) ne parait pas se fier entièremeut à l'explication de M. Creuzer; M. Urlichs {Jhb. des Rhein yereinsy II, S. 59) la dés^ippro'uve formellemcut.
Deux objections principales, sanft parler de plusieurs choses secondaires , me paraissent pouvoir être élevées contre cette explication. Rien , dans cette pieinture, ne fait allusion à Adonis. En admettant même c[\ié nous ayons sotis leis yeux Aphrodite et Eros qui cueillent des pommes, cest là un fait si ordinaire f que , sans une indication particulière , on ne saurait en aucune feçon songer à Adonis , et cette indication manque ici. L'action de cueillir des fruits n*a rien qui soit particulier au culte d*Adonis. Mais ce sont là , dit-on , les jardins d'Adonis , savamment èltpliqués par M. Creuzer; dès semences dans des pots, qui poussaient à l'aide de moyens artiSciels^ et qui se fanaient bientôt après. Cette circonstance est le trait caractéristique de ce fait ; mais elle ne saurait être exprimée par fart plastique. J'ajoute que M. Creuzer me semble avoir légèrement passé sur le point principal de ce petit tableau. Je crois, et vous en conviendrez avec moi, qu'il n'y a point ici deux vases, dont Eros tiiendrait Tuh dans ses mains, tandis que l'autre serait placé à terre devant lui; mais que ce sont les fragments d'un seul et méihe vase, qui s'est brisé au moment où Eros l'a pris, de façon que la partie inférieure lui reste dans la main, en même temps que la partie Supérieure tombe à terre (1). M. Creuzer nie qu*il s'agisse d'un vase brisé, et j'avoue que la fracture est maladroitement exprimée par une découpure trop régulière, bien que ces cassures ne rentrent pas les unes dans les autres ; mais.
(I) C'est ainsi que fe comprend aussi M. Gerhard (ffalt. Lift. Zeifung, 1840, Febr., S. 222). Dans un compte rendu de l'ouvrage de M. Creuzer {Auswahlgr. hem. ThongC" fasse)-, ce savant s'exprime ainsi sur la peinture en question : « A la planche VIII onc< voit un sujet petit, mais très-intéressant, d'un vase à parfums, que M. Creuzer rapn porté, avec vraisemblance, aux jardins d'Adonis. Montée sur une échelle, dans laquelle M on a déjà souvent, et non à tort , supposé quelque relation avec les mystères (Ger* uhard, Etmschisckê Spiegel, I, Taf. XXXIX, Aum. 31 ; cf. Lobeck, Agtaopk., p, 907 « sqq), Aphrodite, accompagnée de chaque côté par l'une des Grâces, présente à TA- <• mour un vase rempli de fleurs ; nous croyons reconnaître à terre, entre les deux figuc< res , la partie supérieure du vase, bélèée et préparée égaleoient pour la même eéré- « ifionie. Un vase, destiné à contenir des fleàfs sembU^les, est jplacé à c6té de i'Aipour. M Dés inscriptions obscures demaDd^pràieot , pour être comprises , que Ton examinais u attentiveroeut ,. et à plusieurs reprises, l'ensemble de la composition originale. »
/fi
K M. DE WITTB. %$è>'
cette sorte de négligence ne me sen^ble pas sans exemple. Ten appelle à votre longue expérience, et je vous demande si, parmi les vases mêmes ou (^^ns le^ c|^sins que vous avez examinés, vous avez jamais rencontré dest vases tels que ceux qui ont été admis par M. Creuzer, ayant le bord dentelé et des ansas placées de cette sorte? Mais rapprochons ici les deux parties rompues, et nous avons la forme ordinaire de Tamphore. Il n'est pas davantage besoin de vous faire remarquer que la partie supérieure de cette amphore, qui vient de se briser, n'est pas posée à terre , mais qu'elle est encore dans sa chute. II est clair, d'ailleurs, ce me semble, que c est à cet accident qu'il faut rapporter le geste de surprise des deux femmes. Nous avons donc ici sous les yeux une sorte d'idylle gracieuse, dans laquelle il ne faut chercher aucune allusion mythologique. Cependant M. Creuzer croit pouvoir donner aussi un sens au vase rompu. Il suffit, dit-il, de parcourir le Gorgias de Platon (p. 493 , p. 159 , Heindf.), ainsi que les commentaires sur ce dialogue, pour se convaincre que, dans l'ancien langage £guré, un vase brisé était une image convenablement appliquée à une solennité funèbre, dans laquelle on pleurait vainement celui qui était descendu sans retour dans le Tartare. Je vous avoue que je ne trouve ici rien qui s'applique à notre sujet. Dans le passage de Platon est exprimée , comme on sait, cette pensée, dans laquelle on comparait les âmes des hommes vicieux à un tonneau percé, et Ton représentait, en conséquence, les prcH fanes aux enfers , puisant de l'eau avec un crible dans un tonneau percé. Mais reste-t-il aucun vestige qui témoigné que rien de semblable ait été appliqué au mythe d'Adonis.»^ Et dans ce cas même , quel rapport entre cette image et notre vase qui se rompt parce qu'il est trop plein } Et puis , jusqu'à quel point Adonis est-il donc vainement pleuré comme étant descendu dans le Tartare .^ Est-ce , par hasard, jusqu'au moment où il est rendu au monde supérieur ? Mais alors, il ne peut, en aucune façon, être comparé avec ces profanes dont parle Platon. Bref, je ne rencontre ici que des énigmes.
Je termine enfin cette trop longue lettre. Je n'ose espé-
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rer que vous accordiez à mes remarques une entière àpprobâ* tion ; mais vous reconnaîtrez du moins quelles n'ont été pro. duites que par l'amour de la vérité, et je serai satisfait si je vous ai fourni l'occasion de m'instruire^ ce qui ne peut manquer d'arriver, si vous traitez de nouveau ce sujet.