‹ Lettre à M. J. Novicow [microform]Chapitre 2 sur 2 · PAND3R · texte numérisé non relu

PAND3R

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Monsieur

J. NOVICOW

à Odessa

Monsieur:

Dans la cordiale lettre que vous m'avez fait rhonneur de m'adresser, voub vous dites un profond admirateur d'Auc* guste Comte. Cependant vous ne voudriez pas qu'on le qualifie de maître incomparable, de fondateur de la doctrine définitive. Il me semble que vous seriôz d'accord avec nous, à vous per.

sua^er que rinfeillibilité que nous lui attribuons n'est pas absolue, mais rela^ tîVé. La mémorable sentence, la lettre tm, V esprit vivifie, est encore plus applicable au positivisme qu'au théologisme. Quelques méprises de détail qu'oii

aimagîiif avoir trouvées daus Auguste Comte, sa doctrine reste toujours inébranlable, en ce sens, que c'est par ello seule qu'on devra atteindre à la glorieuse unification humaine sur notre planète.

Convaincu d'ailleurs de Tépuisement du théologisme, vous convenez qu une nouvelle religion s'impose, croyant même que la prépondérance du positivisme marquerait dans la civilisation un progrès immense. Ces heureuses dispositions promettent une adhésion complète. Alors le grand adversaire sociologique de la guerre, que vous êtes, (ieviendrait encore un apôtre religieux de THumanité. On vous verrait contris buer, de toute l'énergie de votre àme, à ce que les nations, les familles et les individus apprennent à aimer et vénérer cet Etre-Suprême qui constitue notre providence réelle. Evidemment c'est l'Humanité seule qui a toujours pourvu à nos besoins moraux, intellectuels et

physiques. Les dieux et Dieu furenl ses propres créations, afin de nous gui. der pendant que se préparait la plénitude de son saint empire. A la vérité le théologisme n'a été qu'un chemin vers le positivisme. Déjà les croyance»

surnaturelles doivent se dissoudre dans la Religion de l'Humanité, qui vient leur succédera jamais, absorbant et améliorant leurs services.

Si l'on considère effectivement tout le labeur d'Auguste Comte, il faudm le reconnaître pour le plus grand bieotaiteur de notre espèce. C'est lui qui nous a reconciliés avec la suite innombrable de nos ancêtres, fétichistes, polythéistes et monothéistes, en nous montrant que, par leurs longs et douloureux efforts, ils nous ont ouvert la route vei» de meilleures destinées. Après nom avoir ainsi rattachés au passé, Auguste Comte nous rapporte au vrai avenir que lui-même a su nous révéler. Dès lors, le présent, qui était environné de

téDèbres, parce qu'on méconnaisswt autant la priorité que la postérité, Be trouve en pleine ^^lumière. En effet, on sait déjà d'où Ton vient et où Ton doit b^acheminer. Pour atteindre à ce point de vue suprême, il y avait des obstacles qui paraissaient insurmontablés. Ce n était pas assez de Topératioi^ colossale de transformer la science en philosophie, il fallait de plus, ce qu'on aurait pu croire absolument impraticable, transformer la philosophie en religion. Auguste Comte sort triomphant de cette double et prodigieuse entre* prise, qui surpasse grandement les plus hauts travaux de Tesprit humain. Maia ai la première partie il raccoraplit tout seul, c'est à l'aide de son éternelle cpmpagne qu'il accomplit la seconde, bien plus transcendautale. Comme on ne saurait de Dante séparer Béatrice^ î.

plus forte raison, Clotilde de Vauy: est inséparable d'Auguste Comte,, pup^^îl?

ce fut par son ineffable influence que

*^^ftre a 'fiftiaé la Èelîgîdh'UÎÎ^SrlsiëîIe.

*Cb 'n*€^t qu^au positiVisme qu'àp^r.

tient' juâteriient cette qualificatibn'suiitême, à ôauàe de son aptitude exclume à réunir tous les hommes dans utie yeixle foi. Bien q^ae le m^tBi5îsm^ae ^^Saîttt-:^!, d'uiie ^àrt, et celui de tfahomet, de l'autre, aient tendu vers runîfersalité, aucun d'eux n a pu la réaliser, et leur décadence actuelle est îrreliaédiable. Ils ont précisément échôiié ifat leur fond surnaturel. L'un et Tautre dérivent de Rome, domînatrice*po litîqàe tûaîs biênvêîllâtite d'une multitude dépeuples, dont l'union fut caractérisée dans le panthéon, qui renfermait tous leurs dieux, et qui symbolisait par sa forme même le monde entier, d'après l'idée qu'on en avait alors. On a supposé que c'est de Judée qu*a émané le monothéisme occidental. 'Maïs si 1 on examine sociologiquement ce grand phénomène historique, on devra corive-

liir que c'est de Borne qu'il procède vraiment. Tandis que Jésus et ses disciples ne sortent pas de Tesprit national, pensant uniquement à leur propre patrie, Saint Paul devient l'apôtre des gentils, s'efforçant de convertir tous les hommes sans acception de pays. C'est l'esprit universel de Eome qui agit en lui, et le transforme dans Tincontestable fondateur de la religion internationale du moyen âge. On s'explique, après la tentative de Saint Paul en Occident, celle de Mahomet en Orient^ qui fonde aussi une religion internationale.

Nonobstant que ni l'un, ni l'autre de ces grands réformateurs ne pouvait atteindre à la pleine universalité, ils y ont du moins préparé,le monde. Or, c'est au positivisme, dont Tesprit sociologique exclut tout élément surnaturel, qu'il revient de produire l'éternelle communion morale de l'ensemble des peuples.

L'idée de se sacrifier pour le genre humain fut une réaction de l'admirable

subordination de la vie privée à la vie publique, qui honore l'antique Rome.

Saint-Paul, tout pénétré de ce généreux sentiment, le personnifie religieusement dans le type du Christ. C'est le propre idéal du grand apôtre qu'on y voit paraître, comme le démontre son abnégation infinie, qui lui fait souhaiter de se perdre soi-même à condition de sauver ses semblables. Du reste, la déification des Césars a dû suggérer à Saint- Pau!

la déification de Jésus, pour instituer une règle vivante de la sainteté. A ce sujet, une modification décisive s'opère au moyen-âge. La Vierge prévaut, pour ainsi dire, sur le Christ, dans l'adoration générale. Pareil changement se vérifie surtout par Tinfluence de la noble chevalerie qui, dans son profond respect pour les dames, préfère l'idéal féminin à l'idéal masculin. On tend ainsi vers le régime normal, où la femme doit naturellement présider à notre culture moral«, en vertu de la manifeié-

te supériorité de son oo^ur, qu^animent une touchante tendresse, un dévouement sans bornes et une inépuisable bonté. II suffit de considérer, sociologiquement la marche de notre espèce à travers les croyances théologiqr.os, pour y découvrir un progrès instinctif des meilleurs attributs de la nature humaine-

C'est par Télévatiou de la femme, qu'oi^ doit mpsurer la vraie amélioration de J'ordre social. Le courant qui s'est produit de nos jours en sa faveur, est égaré. Ce n'est pas en devenant la rivale de l'homme, p^r l'accomplisse ment des mêmes foactionsj, qu« la fem« me pourra atteindre à la plénitude de sa deitinée, Ainsi elle se dessèche et se tourne inhabile à la haute mission morale qui lui appartient essentiellement- La force et la grandeur de la femme est dans Taff^Ption. A cet égard rhojmme ne peut lui fairç coaipétition et sera toujo|4r9 son di9oi|>].e^ en appela^çt h s^s

vertueuses inspirat^p,^,Bpui;fl^c(wj^re. M.sa.,plufl^g;»Bde qn^é, comme mère, elle nous forme le corps et l'^me et ne cesse, de pez;feQtioni^pr, notre cqau^ tache saprée à laquelle, concourent aussi la sœur, l'épouse et la fijie. Voilà l'auî guste rôle de la femme, d'où jamais on ne devrait la distraire. Afin qu'ella puisse l'ej^ercer pleip,ement, e^velopi.

pon«,-Ia.d» plus inyiolable respect. Le' précepte positiviste, l'homnie doit nçta-'. nr la/et(^)^^nfi, renferme rien d'humi-' liant pour elle; il vient, au cpnt^airi», lui p.çwufittre d^^r^y^ôtir^sa plus 'haute di§:nité, Oe n'e^t là, en effet que la sifljpie reconnaissance d'une condition in- • dispeng^ble pour qu'elle, se consacre à, sanctifier les âmes, de toute sou affectuejise puissance. Spontanément l'homme a tendu, depuis le plus lointain pa?se, à délivrer la, fenimç du travail ma^ tériel, Iiji; facilitant ainsi son office moral qui est au-dessus de tout Epaoia, d^T(^ux pour ^ue l'aotuel içjouvement

dit féministe, qui suit une fause voie, sache se rectifier d'après les lumineux enseignements du positivisme. A.lors la femme viendrait se mettre à la tête du progrès, comme la vraie incarnation de fidéal et réternelle gardienne de la morale altruiste. La Eeligion de THumanité est avant tout la doctrine du sexe aimant, h qui elle assigne, dans Tordre social, la fonction la plus émi> nente.

Au sujet de la grave question prolétaire, bien que le socialisme et Tanarchisme l'abordent avec une vive préoccupation d'améliorer le sort de l'ouvrier, ils n'ont pu trouver sa vraie solution, manque de s'élever au point de vue moral et d'embrasser organiquement toute notre existence. Ni l'ordre privé doit être séparé de l'ordre public, ni Tordre national de Tordre international, dans une conception sociologique de nos destinées. La famille est étroitement liée à la patrie, et toutes deux

dépeadent de l'Humanité qu'il faut faire universellemeat prévaloir. Il y a du reste bien de la différence entre l'anarchisme et le socialisme. Celui-ci conçoit tout politiquement et s'imagine que le pouvoir temporel, à lui seul, est capable de suffire à la régénération humaine. Ainsi quoique le socialisme tombe dans l'erreur d'éliminer l'indispen^ .

sable concours du pouvoir spirituel, il accepte au moins qu'il n'y a pas de société sans gonvernement. Quant à l'anar.

chisme, il rejette autant le pouvoir spi. rituel que le pouvoir temporel, .regar^ dant l'un et l'autre comme de granls obstacles au bonheur de l'homme. Cette étrange paralogisation doit venir de les voir mal fonctionner aujourd'hui. Distinguons pourtant les théoriciens paci^ fiques de l'anarchisme d'avec les prê^i cheurs ou les acteurs de la haine qui leur font parfois compagnie. Si les uns peuvent rectifier leur égarement doctri.

naire, sous l'influence de leurs senti-

'd*aVinee de changer lôtr^rbpreeoôttr, Wse d(ÎKVtîËt de lettre fiè^à'raid(m^ lia haine en tériètre'et affaiblît Pesprit, faiktotirl'ilhinlltie èt^e'fôftifle. On ne saur'ait se fàksèiv dans T organisme socîtil tiï du pbtivbtr téinporel, ni du pouvoir «pifitttel, quoique tàiisdénx dbîvëiit être réformés de nàanière qu'ils fonctionnent tdiijôurs au nom de l'Httihànité et pour son service. Seulement ce qui adviendra c'eèt que le ' monde sera îde moins en moins gouverné temporelle- ^ïnent et de plus en plus spitituellomeut, 'à'idause du triomphe croîs&atlt • "dèia moralité.

Pàrôela toême que le positivîiame a su donner la vraie solution de la qùes'» tion féminine, il a pu trouver aussi la 'vraie solution de la question prolétaire. Dans tous les foyers des ouvriers doit Wg'neme'nt s'épanouir la vie dota'éstique, ce qui réclame la libération de la femme du ti^avail d'atelier. Ilfacuten

conséquence que le salaire du prolétaire suffise à cet objet. Proprement le pa* triciat ne paie pas lés services de Tou. vrier, et ne fait que lui offrir le moyen de les réaliser. Dans l'organisme socia|, le travail, sous ses diverses formes, est naturellement gratuit, tous les homme^ devant être des fonctionnaires public»

qui concourent au bien général. La richesse de même que la science, sont de» productions collectives dans l'espace et dans le temps, et la collaboration à travers les générations est de plus en plu» grande que la collaboration actuelle. II s'ensuit que les individus ne possè(ïent que des devoirs et non pas des droits! Du point de vue sociologique, les patriciens ne sont que des dépositaires <îiî capital, appelés à l'administrer indus* triellement dans l'intérêt de l'Humanï^ té.;jCe n'est pas Tabolition des richea^ maïs leur socialisation que doit deman* der le prolétariat. Il faut qu'ils s abà^ tiennent de gaspiller leur fortune, éi

qu'ils l'appliquent toujours à l'augmentation du bien-être public. Mais le patrioiat ne saurait accomplir sa tâche in dufltrielle sans l'aide dévoué du proléjlarîat, dont l'incessant travail exécute toutes les œuvres pratiques sur la Te rre et fait vivre notre espoce. Aucun de ces deux éléments ne peut se passer de l'autre. L'exécution sans direction s'égajre, la direction sans exécution s'annul le. C'est pourquoi l'Humanité consacre respectivement le patriciat et le prolétariat, les faisant fraterniser dans son sein. Touchons maintenant à l'ordre théorique. Le moment actuel est si imprégné d'esprit sociologique, qu'on ne peut inéconnaître que pour enseigner doctrioairementondoit tout rattacher àTHuinanité et non pas à Dieu, conception provisoire qui, malgré ses services, a fait son époque. Il importe donc qu'un sacerdoce positif succède au sacerdoce Ithéologîque. De même qu'en astronomie on ne saurait, à présent, ignorer le

Rouble mouvement de la Terre, il nW ^Bon plus permis en religion d;^^^^^^

tu f ? altruistes propres à n.tre na

^ran;aÎon" %"''^"^ ''"'' '^« --ts Jlan.qu on avait cru que Dieu .«.citait

Le miracle est déjà rationnellement exe u, autant de IWdre matériel qued 1 ordre moral. A ce double égard iUe .1.'.°' r '^ ""' '■ta'«Wln

surnaturelle, quoique sincère, de. phi nomènes naturels On r.^ • ^

m un Moïse, ni un Saint-Paul, ni un

Mahomet, produisant de nos jours leurs doctrines qu'ils élaborèrent au milieu de

la mentalité théologique de leurs tell respectifs. Mais on a vu paraître pX remplacer les croyances surnaturelles sans oublier pourtant leurs bienfaits le

ces réelles dan un ensemble organique 2f>-ndablo. et vient nous endo'ctnlr normalement. La mathématique las'

tronomie, la nhrsioiiA u w • .

u^' I . ^ ^"®' ^^ chimie, a bio-

logie, la sociologie et h mn..oî

o'^ ti la morale son"

chaînent, de bas en haut et de haut en bas, sans solution de continuité. C'cst-àdirè quelles se cimentent en moutant de l'une à l'autre, et qu'elles se règlent en descendant. Ainsi la mathématique est leur premier , fondement, comme la morale est leur suprême discipline. Et le caractère prééminent du positivisme, son mérite triomphal consiste à s'ôtre pleinement emparé de la sainteté, la purifiant du mélange égoïste qu elle avait 80U8 le théologisme et la rendant tout à fait altruiste. C'est par l'amour et le service de l'Humanité que doit toujours se conduire l'art, la science et l'industrie, qui.répondent aux trois aspects de notre nature. Ni nos sentinients, ni nos pensées, ni nos actes ne sauraient jamais se soustraire, sans obscurcissement moral, à ce joug sacré.

Ainsi que chaque pays possède une ville capitale qui préside à révolution nationale, leur ensemble réclame à son tour l'existence d'une métropole qui, leur

s^ryant de lien commun, préside à révolution universelle. C'est Paris qui a tendu, dans les temps modernes, à remplir cette grande mission. Aujourd'hui elle lui appartient incontestablement.

Sans y. résider, on peut aider à son œuvre. Auguste Comte adressait à l'un de ses disciples, absent de Paris, ces paro- Içs caractéristiques: cUne patrie spiri tuelle offre l'avantage qu'on y peut être incorporé sans l'habiter, pourvu qu'on se mantiènne en pleine communion avec ses concitoyens.)^ Kntre Paris et le monde entier s'est formée une oorr=58pondanoe unique. Cette ville d'élite embrasse maternellement tous les peuples, se préoccupant sans cesse des intérêts du genre humain, et en revanche tous les peuples la vénèrent et attendent d'elle la solution suprême de leurs des- •tinées. Toujours ceci paraît au fond, mal» gré les désaccords plus ou moins pat»

sagcrs. En vérité, Paris est la ville universelle par excellence, ctncustous,

de no8 diverses nationalités, nous de» Trions coiieourir à ce qu'elle fasse*"^ triompher la religion altruiste, comme î elh -même Ta fait naître. • ■;

L'objection que les partisans de lài guerre opposent à Tempire de la paix/» qu'alors on verrait s énerver la nature^ humaine, s'évanouit devant le posîtir' visme, qui règle tout sur la plus haut#.> moralité. Notre vie entière doit être,i d'après cette doctrine, un perpétuel ser-? vice social. Isolément on ne conçoit pas . rindividu. En effet, il n'est qu'un pro- . duit de la société, où est obligé de re- i tourner. Vivre pour autrui, apparaît^ donc comme notre vrai devoir, et c'est > là aussi notre vrai bonheur. Personne; ne saurait se sentir heureux hors des sentiments qui poussent à servir ses^ semblables. C'est du triomphe de l^ll« truisme sur l'égoïsme que sortent les joies réelles de Tâme. En un mot, le • positivisme fait qu'on s'efforce de samedi liorer de plus en plus, sous le rapport

moral, intellectuel et physique, poar mieux remplir ses devoirs envers la famille, la patrie et i amanite. Puissies- TOUS, M. Novicow, vous résoudre à cou.

ronner vos nobl.^H travaux, en venant défendre hautement cette doctrine uormaie. Elle est tièsappropriée au viril peuple russe, qui me semble surtout appelé à faciliter la communion altruiste de 1 Orient avec TOccident.

Salut et Fraternité.

Juan Enriquk Lagakrioi/^ (Avenue du Brésil, 36)

»•*. à VaJpftr«i«>. le 28 Janvier im.

Santiago du ChUi, h 13 Frédéric 48 (^;

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