DE L'IMPRIMERIE DE L.-T. CELLOT
RUE Dü COLOMBIER, N° 5o.
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Vous m’avez témoigné le désir d’insérer dans voire journal les deux noies sur l’urée que j’ai eu l’honneur de lire à l’Académie royale de médecine. Je me fais un plaisir de vous les transmettre, et vous demande la permission de rapporter à leur suite quelques expériences qui prouvent que l’extrait alcoolique de noix vomique , donné à forte dose , détermine la mort par son action immédiate sur le système nerveux, et non par ses effets secondaires sur la respiration, comme vous étiez autorisé à le croire, et comme, d’après vos observations, on le croit généralement aujourd’hui.
/,0 Note sur l'urtc j communiquée à C Académie royale de médecine, section de médecine, séance du 18 juin 1822.
« Dans un mémoire fort intéressant lu à la Société » de physique et d’histoire naturelle de Genève , le 1 3 > novembre dernier, deux membres distingués de cette
«société, MM. Prévost et Dumas, ont relaté des exjjpériences qui prouvent que l’urée, jusqu’alors envi- » sagée comme un produit delà sécrétion rénale, a «une existence indépendante de cette sécrétion , puis- » que cette substance se trouve dans le sang des chiens, » des chats et autres animaux privés de reins , et s’y «trouve en quantité d’autant plus grande, que la vie » a été plus long-temps conservée après l’ablation de « ces organes.
» Ce résultat ne nous fut pas plus tôlconnu, que son «importance nous inspira le désir de le constater, et «nous détermina à faire h l’auteur même de l’Histoire » de l’urée la proposition de vouloir bien nous prêter «le secours de son exacte et savante analyse, pour «des recherches qui nous paraissaient devoir être » aussi délicates que curieuses. Le célèbre et toujours «zélé professeur ayant accédé à notre demande , nous » soumîmes successivement à l’analyse le sang artériel «d’un chien sain , le sang veineux d’un autre chien «également sain, le sang veineux et le sang artériel «réunis d’un chien mort quarante-huit heures après «la soustraction des reins , enfin la bile et les ma-, «lières excrémen libelles de cet animal. L’examen le » plus minutieux ne nous fit observer dans cesdifférens » liquides ( car ces dernières aussi étaient liquides) «rien d’analogue à l’urée.
« M. Dumas, alors en voyage à Paris, ayant appris «ce défaut de rapport entre le résultat de ce pre- » mier essai et ceux de ses nombreuses recherches, «crut avec raison en voir la cause dans la différence,
«des procédés suivis pour l’analyse. En effet, nous «avions bien, comme les auteurs l’indiquaient, des- » séché le sang à l’ordinaire, lavé le résidu , l'ait éva- «porer l’eau du lavage, traité le nouveau résidu par «l’alcool, et fait évaporer celle nouvelle dissolution ; «mais nous avions négligé , parce qu’elle n’était point «indiquée dans le mémoire, la précaution essentielle «de faire évaporer l’eau du lavage à froid, et dans «le vide entretenu par l’acide sulfurique.
» Cette modification apportée dans l’opération nous «a fait depuis reconnaître la présence de l’urée, en «quantité très -notable , dans le sang d’un chien «saigné soixante heuresaprèsl’exlirpalion des reins (1).
» Le même procédé appliqué en dernier lieu au sang «d’un chien néphrotomisé seulement d’un côté, et «saigné quinze jours après l’opération, ne nous a pas «fait voir un atome d’urée.
«Ce second résultat, auquel nous ne devions pas, »ce semble, nous attendre d’après le premier, nous » eût seul engagé à répéter ces expériences , lors même «que nous n’eussions pas eu déjà le dessein de «les multiplier et de les modifier de différentes ma- » nières. Si nous -en faisons la communication dès «aujourd’hui, c’est que M. Vauquelin et moi-même «peut-être ayant annoncé ce défaut de réussite dans » nos premières recherches, il a pu s’élever dans cer- » tains esprits des doutes injurieux à deux jeunes phy-
(1) O’ai présenté à l’Académie du nitrate d’urée formé avec cette urée, et dont le poids, relativement à celui du sang employé , est i peu près d’un quatre-centième.
» siologistes auxquels la science doit déjà beaucoup, et » devra probablement beaucoup plus encore. »
IIe Noie sur L’urée, communiquée à l’académie royale de médecine, section de médecine , le 10 août 1822.'
« J’ai eu l’honneur de faire part à la section, dans une » de ses dernières séances, de quelques expériences «dans lesquelles M. Yauquelin et moi nous avons d’a- » bord constaté la présence de l’urée dans le sang d’un «animal privé des deux reins, el ensuite vainement cher- » ché à découvrir cette même urée dans le sang d’un » chien néphrotomisé seulement d’un côté. Je vais au- «jourd’hui soumettre à la Société quelques autres » expériences qui se rattachent au même sujet, et dans «lesquelles aussi l’infatigable professeur a bien voulu «me prêter son utile secours.
» ire Expérience. Le i4 juin, dix grains d’urée , «dissous dans une demi-once d’eau, out été injectés «dans la veine crurale d’un vieux chien basset, sans «qu'il soit survenu aucun changement dans l’exercice » de ses fonctions , sinon qu’immédialement après 1 ani- «mal m’a semblé uriner plus souvent que d’habitude.
«Le lendemain 1 5 , quarante-deux grains durée, «dissous dans deux onces d’eau, ont été portés dans la «même veine, sans qu’il y ail eu d’efl’et immédiat «plus sensible. Mais, bientôt après, l’excrétion de lu- » rinc est devenue plus fréquente et pius abondante, » et ce signe évident d’une augmentation de secrétion
, a continué à se manifester pendant plusieurs heures. »Du reste le chien n’a pas cessé de manger comme » h l’ordinaire pendant les huit jours qu’il est reslé «sans subir de nouvelles opérations.
» Le 22 , l’animal a été saigné; le sang extrait sou- » mis immédiatement après à une analyse entièrement «semblable à celle subie par le sang des chiens né- «phrotomisés des deux côtés; c’est-à-dire qu’il a été «d’abord desséché et lavé, qu’ensuite la dissolution » aqueuse a été soumise à l’évaporation dans le vide entretenu par l’acide sulfurique, et le résidu traité par » l’alcool; qu’enfui la nouvelle dissolution a été éva- » porée au soleil. Malgré tous ces soins , l’acide nitrique «sur ajouté n’y a décelé aucun atome d’urée.
» 2e Expérience. Le même jour 22 , immédiatement j «après la soignée, un gros d urée dissous dans deux ?> onces d’eau a été injecté dans les veines de l’animal. «La respiration et la circulation ont éprouvé un trou- «ble subit, mais léger, passager et facilement expli- » cable par l’addition de l’eau seule au sang, ou du «moins insuffisante pour faire admettre une action «immédiate de l’urée sur ces fonctions. Mais aussitôt «la sécrétion de 1 urine a été activée, à en juger par «la fréquence des excrétions et l’abondance du fluide «excrète. L appétence pour les boissons a paru aussi «augmenter en proportion. Celle augmentation de la «sécrétion urinaire et de la soil ont été de peu de du- » rée ; et l’animal, opéré à huit heures du soir, étoit, «des le lendemain matin, rentré en apparence dans
K l’état naturel, buvant, mangeant et urinant comme »à l’ordinaire.
»Le 10 , à huit heures du soir encore , une nouvelle «saignée a été pratiquée, et le sang retiré soumis aux «mômes procédés d’analyse que le précédent , sans «qu’on ait pu y découvrir plus d’urée.
» Ces deux expériences me semblent annoncer,
» iu Que si l’urée se trouve dans le sang des chiens » privés d’un seul rein, elle n’y est pas en quantité i) appréciable par les mêmes moyens d’analyse que n dans le sang des chiens privés des deux reins;
» 2° Que l’urée introduite dans les veines en est éli- » minée très - promptement , puisque vingt -quatre » heures au plus sont nécessaires pour faire dispa- » raitre du sang un gros de cet élément urinaire;
» 5° Que l'urée est un puissant diurétique ;
» 4° QU(i l’urée n’a pas d’action sensiblement nuinsiblesur l’économie animale.
» Celle dernière conséquence m’a conduit à faire « deux nouvelles expériences que voici :
»3° Expérience. L’une d’elles a été pratiquée sur le • même animal que les précédentes , immédiatement n après la dernière saignée, et a consisté dans l’injecslion dans la veine jugulaire de trois onces d’urine » recueillie deux heures avant. Une agitation extrême » d’abord , et la mort dix minutes après , en ont été les , résultats. À l’ouverture du corps , le cœur et les «gros vaisseaux se sont trouvés gorgés de sang caillé , » noir dans les cavités droites, rutilant dans les gau*
» ches. Ici la mort paraît avoir été le produit de la «coagulation du sang par l’urine.
»4e Expérience . L’autre expérience a été faite sur » un jeune chien de huit mois , et a consisté également » dans l’injection graduelle de l’urine dans la veine «jugulaire, mais seulement à la quantité d’une ouce^ » Les effets immédiats en ont été une agitation générale, des palpitations, de l’irrégularité dans la res- » piration. Ils ont été suivis d’évacuations alvines et «urinaires abondantes. Quatre heures après , à mi- «nuit, l’animal a cessé d’être observé. Le lendemain, «il a mangé très-peu et bu beaucoup. Ensuiteil a été «pendant une quinzaine de jours dans un état mani- » feste de maladie , avec soif, dyspepsie, mouvement «fébrile. Enfin, il a succombé au bout de ce temps , » dans un état de maigreur extrême.
«A l’ouverture du corps, j’ai trouvé , dans l’hépati- «sation de couleur foncée de la plus grande partie des » deux poumons, et dans un épanchement séro-puru- » lent dans les deux plèvres , les traces d’une pleuro- » pneumonie double et intense. De plus j’ai trouvé » dans les principaux vaisseaux veineux et artériels » des caillots de sang vermiformes et assez analogues «à ces concrétions polypeuses qu’on observe dans «le côté droit du cœur et du système sanguin.
«Cette disposition du sang indiquerait-elle que dans «cet animal , comme dans le précédent , le premier «effet de l’injection de l’urine a été la coagulation «partielle du sang, et que la pleuropneumonie, cause «évidemment principale delà mort de l’animal , n’a
» été que l’efTet secondaire de l’action de l’urine? Je » laisse à l’acadéuiic à décider celte question, et h «déduire les conséquences pratiques que i on peut • tirer de ces faits. Je me contenterai seulement de » faire observer que, rapprochées des expériences faites » sur l’urée , ces expériences sur C urine semblent , cond curremment avec celles de l\I. Gaspard sur le même » fluide, annoncer que ta mort des chiens néphroto- » misés des deux côtés est l’e ffet de l'accumulation » dans l'économie , non de l’urée seule , mais bien des » divers principes constituons de l’urine (i).
Maintenant, monsieur , voici les expériences qui me semblent devoir modifier l’opinion que vous vous êtes formée et que vous avez fait adopter sur le genre de mort auquel donne lieu l’empoisonnement parla noix vomique.
i° Si l’on prend deux cabiais, que l’on asphyxie l’un par strangulation , en même temps que l’on injecte dans les bronches de l’autre deux ou trois grains d extrait alcoolique de noix vomique suspendus dans une cuillerée d’eau, l’animal empoisonné éprouve à l’instant une roideur tétanique, et se montre presque aussitôt insensible et immobile, au lieu que 1 animal as-
(1) Je puis ajouter que les effets observés sur les animaux à la suite de l'injection de l’urée dans les veines ayant déterminé M. le professeur Fouquier à essayer cette substance sur l’homme, nous l’avons administrée ensemble à des doses graduellement croissantes, et que les faits que nous avons recueillis jusqu à ce jour sont de nature à confirmer nos idées sur l’action diurétique et d ailleurs innocente de ce nouveau médicament.
phyxié conserve le mouvement et la sensibilité pendant plusieurs minutes.
2° Si, pour mettre les deux animaux dans les mêmes conditions , sous le rapport du fluide introduit dans les voies aériennes , on porte dans les bronches de celui qui doit périr d’asphyxie une quantité d’eau égale à celle qui sert de véhicule au poison , la différence dans la mort n’est guère moins tranchée.
o° Si, pour être plus sûr de placer la respiration des deux animaux dans des circonstances parfaitement semblables , on commence par leur couper la tête , et que l’on injecte dans les deux trachées une égale quantité d’eau vénéneuse et d’eau pure, la mort par empoisonnement arrive encore plus promptement que la mort par asphyxie, et la distance entre elles est plus ou moins grande selon les précautions que l’on a prises pour prévenir ou diminuer l’hémorrhagie produite par l’amputation.
4° On peut jusqu’à un certain point étendre à volonté l’intervalle qui sépare les deux morts, en établissant la respiration artificielle dans les deux animaux , immédiatement après les avoir décapités , et en portant le poison à forte dose dans le péritoine de l’un d’eux. Celui-ci péril en ce cas presque aussitôt, tandis que l’autre survit vingt, trente, quarante minutes, plus ou moins, selon les soins que l’on apporte à empêcher l’effusion du sang, et à suppléer à la respiration naturelle.
Ces expériences, que j’ai faites plusieurs fois devant un certain nombre d’élèves , et toujours avec l’alten-
lion de prendre des animaux de même taille et de meme âge, me semblent prouver jusqu’à l’évidence que la strychnine, administrée à haute dose , produit la pfort , non par asphyxie , mais par une action directe sur le système nerveux, ai peu près comme pourrait le fkireune forte commotion électrique. Elles viennent ainsi à l’appui d’uneréflexion que vous avez émise dans votre mémoire sur la transpiration pulmonaire, et dont je m’étale pour vous les soumettre : « L’homme de génie qui fait de grandes découvertes les porte rarement à leur dernier degré de perfection. »
Veuillez agréer l’assurance de la considération distinguée avec laquelle j’ai l’honneur d’être.
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéjssant serviteur ,
* - SÉGALAS.