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Lettre à M. Valentin Letelier [microform]

Votre ouvrage, L'évolution de VHistoire{^-), que vous avez eu l'attention de m 'envoyer, représente beaucoup de labeur et contient une vaste érudition, mais je déplore que le profond esprit organique du Positivisme ne Tait pas vivifié. Il vous arrive, ce me semble, comme à plusieurs penseurs contemporains qui, n'ayant pas suivi Auguste

(*) L'ouvrage de mon compatriote est écrit en espagnol, et dans cette langue parut d'abord ma lettre.

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Comte dans son ouvrage capital, le Si/stcme de Politique Positive, où est instituée la Eeligion de l'IIumanité, marchent hors la route do la véritable réorganisation mentale et morale. Si la théologie était la science de Dieu, la sociologie est la science de l'Humanité. Mais la sociologie explique et respecte la théologie qui dut la précéder. Jusqu' à ce que la notion définitive de l'Humanité ne vînt nous guider à jamais vers la perfection morale, cet office suprême appartint à la notion transitoire de Dieu, comme antérieurement aux dieux et dans le commencement aux fétiches.

C'est grâce à l' insigne génie du Maître le plus vénérable, que nous possédons, en vérité, la Eeligion Universelle, puisque le Positivisme renferme, au sujet du culte, du dogme et du régime, les conditions propres à obtenir la communion indissoluble de tontes les nations- Et cette sublime entreprise Auguste Comte sut l'accomplir sous l'inspiration

bénie de son éternelle compagne, nous laissant ainsi dans son haut exemple le meilleur type de 1' existence normale^ où l'homme devra toujours penser et agir illuminé saintement par la femme.

La vraie Histoire est, au fond, une suite de préparations de l'état pleinement religieux de notre espèce. Ainsi, nous fûmes d abord fétichistes, puis polythéis. tes et après monothéistes pour devenir enfin positivistes. Cette évolution transcendantale, nous rendant de plus en plus religieux, tend à établir l'harmonie universelle sons l'empire sacré de l'Humanité. Et c'est du sein de ce vrai Etre-Supreme qu émanèrent les diverses conceptions surnaturelles qui devaient provisoirement nous conduire.

Leur juste glorification revient donc, en effet, à glorifier l'Humanité qui nous gouverna indirectement par leur moyen, avant de nouvoir elle-même directement le faire. Désormais il faut rattacher et subordonner exclusivement à THuma-

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nité tous nos sentiments, nos pensées et nos actes. Voilà l'unique voie de la moralité définitive.

Pour diriger religieusement le monde, il est aujourd'hui indispensable d'en appeler au Positivisme. Si l'on per« sistait a maintenir liée la morale au do«'me tliéologique, évidemment incom.

patible avec le développement actuel de l'esprit humain, on ne ferait que la dépouiller de toute e^^acité sur la vie publique et privée. Par conséquent l'adhésion au dogme positif s'impose surtout il cause de la morale même qui, sans ce soutien, s'écroulerait irremé.

diablement. Comme on prêcha la vertu au nom des dieux, et ensuite, lorqu' ils perdirent leur vitalité sociale, au nom de Dieu, c'est au nom de l'Humanité^ sa base indestructible, qu il faut la prêcher maintenant. Et la morale atteint de la sorte sa forme la plus haute et la plus pure. Sans doute, on a toujours tendu a pratiquer le devoir sous Tinspira-

tion de l'amour qui est sa véritable source. Mais le théologisme sanctionnant les principes de conduite par Tespoirdes récompenses célestes et la crainte des peines infernales, les entachait d'égoïsme. Ce n'est pas ainsi que procède le Positivisme, qui fonde altruistement la morale sur l'amour exclusif de l'Humamité, à tel point que si Ton aspire à survivre dans la mémoire des hommes ce n'est que pour coopérer au bien après la mort. môme, par l'exemple d'une noble existence ou par le legs d'ouvrages édifiants. La notion du devoir a fait doue le pas le plus décisif. Sa limite dernière est fixée. Quelle âme généreuse, qui soit embrasée du feu sacré, voudra fuir, par nulle espèce de préoccupation théologique, le saint et glorieux joug de rilnmanité, qui nous prescrit le triomphe croissant de 1 altruisme sur l'égoïsmei

Si la simple science ne jDut décider le sexe aimant h lui sacrifier ses idées sur-

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naturelles, c'est quelle ne savait aucunement satisfaire ses belles tendances affectueuses. Mais comme le Positivisme a su combiner la plus liante science avec l'amour le plus parfoit, la femme est appelée à s'y convertir. Elle ne peut tarder à le foire que faute de bien le connaître, et surtout parce qu' elle doit le confondre avec le sec et infécond maté~ rialisme. x\ussit6t que la femme, dont le cœur est si tendre et si dévoué, aperçoive réellement le Positivisme, elle saura le 'préférer h toute autre doctrine- Le long et malheureux schisme entre les idées des deux sexes va être éteint par la Eeligion de l'Humanité qui répond tout h la fois aux besoins de Taffection, de lintelligence et de l'action. La confuse multitude de notions dont l'on encombre maintenant les esprits, sera remplacée par la véritable science, constituée, movennant le Positivisme, en un tout organique, de manière que la mathématique soutient l'astronomie et

celle-ci, la physique, se suivant de même la chimie, la biologie, la sociologie et, enfin, la Morale qui, s appuyant sur elles toutes, est, en compensation, la grande finalité qui les régie et les sanctifie. C'est ainsi que nous aurons une éducation solide et harmonique qui nous fera aimer, connaître et servir de plus en plus l'Humanité, centre souverain de notre existence.

Jl est indéniable que la jeunesse radicale ( y compris tous ceux qui sont sincèrement sortis du théologisme. sans devenir encore positivistes) se trouve pénétrée d'une véhémente aspiration vers le progrès social, mais il n'est pas moins vrai qu'elle manque de principes organiques dont elle puisse la réaliser. De là que toute sa vigueur se perde en coni" bats stériles contre les vieilles idées qui ne céderont la place qu à une doctrine vivante. Et cette substitution il faut l'opérer non pas en haine du passé, dont les services doivent, au contraire^

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être reconnus, mais pour mieux remplir nos destinées. C'est précisément comme le fait le Positivisme, où la jeunesse radicale pourrait apprendre à régler et utiliser Tardent enthousiasme qui l'anime. Transformant alors dignement son énergique attitude révolutionnaire, dans une attitude religieuse plus énergique encore, elle saurait héroïquement eoncourirala sainte victoire altruiste. Dans la grandiose marche triomphale que doit effectuer le Positivisme, déterminant une convergence de plu^. en plus intense des individus, des familles et des patries vers l'Humanité, on verra les vaincus se joindre heureux aux vainqueurs. Sur ses glorieux étendards brillera l'incomparable formule sacrée qui le synthétise. — L' Amour pour principe et V Ordre pour base\ le Profjrcs pour but, — Qu'on se persuade qu'en fondant la Religion de l'Humanité, Auguste Comte a initié à Paris, comme Pontii\^ Su-

preme, le règne universel du vrai Esprit Saint.

Puissiez-vous, mon ami, vous défaire des obstacles qui vous empêchent de voir dans le Positivisme la doctrine normale.

Juan Enrique Lagarr:gue (Avenue du Brésil, 36)

né. à Valparaiso, le 28 Janvier 1852.

Santiago du Cliïli, le 12 Saint-Paid 46 (^

(L'' Juin 1900)

(*) Nous croyons obéir au \Tai esprit du Maître en datant de l'ère normale, et non pas de la grande crise, parce que le mouvement révolutionnaire se prolonge trop, contrariant la réorganisation sociale et morale. Il nous semble aussi qu'en nous rattachant à la fondation de notre doctrine, nous nous occuperons mieux de la S(^rvir. D'iùlleurs le siècle exceptionnel devait finir, d'après le vœu d' Auguste Comte, en 1889, et il ne nous paraît pas prudent d'autoriser, pour ainsi dire, son déplorable allongement, en conservant encore la <l.iLe révolutionnaire Puissent tous les |)r)sitivistes se persuader que déjà il convient de recourir à l'ère normale pour renforcer le mouvement religieuxl

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