Lettre à Son Eminence le Cardinal [microforme]
ETABLISSANT LA NECESSITE D'UNE ENQUETE SUR LES AFFAI- RES RELIGIEUSES DU CANADA.
Je suis allé l'automne dernier à Rome, comme vous le savez, pour ÿ exposer les graves dangers que court l'Eglise du Canada.
En cela je ne fis que remplir un des plus grands devoirs de ma charge d'Évèque, et répondre à une impulsion impérieuse de ma conscience.
Déjà depuis longtemps, il était évident que le Kt. Siége était mal renseigné sur la situation réelle de notre pays, sur la cause et la gravité des maux dont nous souffrons. Déjà, la direction que prenaient les affaires ecclésiastiques de la Province de Québec troublaient les fidèles, et inquiétait si fort le clergé qu'à plusieurs reprises il se leva pour faire des observations. Les Evêques, en 1876. députèrent votre humble serviteur auprès de S. C. de la Propagande pour connaitre les raisons de cette direction étrange et nouvelle, Le Préfet d'alors, le Cardinal Franchi, éluda la question, prit des subterfuges et ne voulut pas répondre : rien ne fut changé, cependant, dans se qui nous regardait.
Enfin, les décrets de Septe :bre de l'an dernier, livrés à la publicité, rendirent la fausse impression sous laquelle était le St. Niége, relativement à la Province de Québec, si manifeste aux yeux de tous. produisirent dans tout le pays un effet si malheureux, par les renseignements notoirement faux sur lesquels ils reposaient, et par les conséquences injustes et déplorables qui s'en suivaient pour le clergé et le peuple tout entier, qu'il devint nécessaire d'éclairer la Cour de Rome d’une manière toute particulière, et sans aucun retard.
Je quittai mon diocèse à l'instant. Rendu à Rome, je fus autorisé par le Nt. Père à mettre par écrit les principaux sujets de plaintes que j'avais à formuler.
Je fis donc un Mémoire, dans lequel j'exposai le sommaire ou l'abrégé de nos difficultés religieuses. Je le fis consciencieusement et devant Dieu : je res-. tai même en deça des bornes de la vérité et de la prudence, évitant autant
qu'il était possible, de mettre les personnes en cause pour ne jaisser voir que les faits, afin de rendre la solution des difficultés plus facile, Ce que j'aflirmais, j'offrais d'en donner la preuve.
Cette esquisse, toute courte qu'elle était, pouvait néanmoins donner une idée générale des griefs dont les catholiques avaient à se plaindre, faisait pressentir ceux dont ils évitaient de parler, et me paraissait indiquer les remèdes à employer pour secourir efficacement l'Eglise du Canada.
Je dois pourtant avouer, pour dire toute la vérité, que des personnes distinguées par leurs lumières et leur amour de l'Eglise trouvaient que j'avais été trop réservé dans mon exposition, et que je n'avais pas fait connaitre assez, par trop de bienveillance pour les adversaires, toute l'étendue des périls qui nous environnent. Il n’est pas impossible qu'ils aient eu raison.
Ce Mémoire fut déposé aux pieds du St. Père qui me promit de Je faire examiner avec soin. J'en passai aussi quelques copies à Son Eminence, le Préfet de la Propagande. Mgr. d'Ottawa, qui arriva à Rome quelque temps après moi, approuva ce Mémoire.
Puis je revins au Canada, attendant avec confiance l'examen et les décisions du St. Siege qui doit tenir grand compte, me semblait-il, des avertissements d'un Evèque que le devoir seul force à parler.
Les difficultés qui avait eu lieu antérieurement ne me paraissaient plus devoir se répéter ; car la cause de l'Eglise Canadienne étant portée à Rome devait en justice se traiter à Rome.
IT Nouvelles diMeultés.
Le Mémoire que j'avais laissé au Cardinal Préfet, au lieu d'être distribué aux autres cardinaux de la Propagande, fut transmis en Canada à Mgr l'Archevèque, aux autres Evêques, à l'Université-Laval et à plusieurs de leurs amis. L'arrivée de ce document au pays précéda la mienne.
Que les intéressés le vissent, je n'y avais point d'objection. Mais j'aurais désiré qu'il fut quelque temps et sérieusement étudié à Rome, avec ses preuves, avant d'être remis aux mains des adversaires ; d'autant plus que la cause que je défendais et ma propre personne avaient été environnées, en hauts lieux, de préjugés très défavorables.
Ici, je ne puis m'empêcher de faire connaitre la différence des procédés dont on a usé envers moi et envers mes adversaires.
Je suis allé deux fois à Rome demander à connaitre les accusations portées contre les Evèques, contre le clergé, contre la plus grande et la meilleure portion des catholiques de mon pays et contre moi-même, à connaitre le caractère des accusateurs, à voir leurs preuves, m'offrant d'y répondre et de les renverser entièrement ; jamais on ne voulut me communiquer seulement le moindre allégué, le plus petit écrit.
Nous sommes restés sans défense possible devant des accusateurs inconnus
et trompeurs ; et nous avons fini par être réprimandés publiquement dans des décrets écrasants défendant toute réplique, et sans avoir été entendus.
D'un autre côté, je ne suis pas arrivé dans mon diocèse, pas encore revenu de faire à Rome un exposé faible et mitigé de nos maux, que mes écrits me précèdent, et sont dans les mains d'une partie de ceux qui causent nos misères et les douleurs de l'Eglise.
iminence, ce n'est certes pas là la justice du Nt-Siége, qui ne doit aimer et chercher que l'équité et la vérité, sans acception de personne.
Comme il n'y a pas d'effet sans cause, pour que les plateaux de Ja balance présentent une telle inégalité, il fautdone qu'il y ait en arrière des autorités, et comme sous le rideau, une influence occulte qui soit la canse de cette perturbation, une main qui travaille d'une manière clandestine et persévérante au sein méme de la Congrégatiôn, contre les intérèts de l'Eglise du Canada.
C'est aussi ce que des prêtres et des laïcs éclairés, en grand nombre, n'ont cessé de répéter au pays depuis longtemps, principalement depuis les lettres étranges et incompréhensibles de son Eminence le Card. Siméoni dans la derniere partie de l'année 1881.
Ce qui suit à également lieu de nous surprendre.
J'arrivais de Rome aux Trois-Rivières dans les derniers jours du mois de Maui. Le ler Juin, je recevais du Grand Vicaire de l'Archevèché une lettre me demandant compte, au nom de l'Archevêque, au sien et en celui de quelques confrères, pour leur propre satisfaction ET CELLE DU PUBLIC, des renseignements
ge dans mon récent Mémoire. (Voir lettre I.)
que j'avais donnés au Nt-Kié En Juillet, je recevais de Mgr l'Archevèque de Québec une autre plainte de sa part et de celle de l'Université contre mon Mémoire, en même temps qu'une sommation de comparaitre au mois de Neptembre devant le Conseil Nupérieur Universitaire de haute surveillance, composé des Evêques et présidé par Sa Grandeur elle-même, pour justilier les imputations de libéralisme que ce Mémoire comportait contre eux. (Voir lettre IT et III.) Comme je refusais, selon le droit, la compétence de ce tribnnal, attendu que Ja cause était devant le tribunal de Rome, (voir lettre IV), je reçus, quelques jours après, une autre lettre de Mgr l'Archevèque déclarant qu'il s'attendait à cette reponse de ma part, qu'il se regardait toujours comme inculpé, et que j'aurais dû lui fournir l’occasion de se justifier avec les siens devant le tribunal de haute surveillance de l'Université. (Voir lettre V.) Ainsi devant ce tribunal, l'Archevéque était à la fois juge et partie ; etle Grand Vicaire et l'Université, parties avec le juge contre nous.
Votre Eminence verra par là quelle genre de procédure on emploie à Québec, après celle dont on se sert à Roine contre nous, Les personnes qui se disent ou se prétendent inculpées, et qu'on aurait plutôt raison de regarder comme accusateurs, ont des autorités qui les protègent à Rome; les voies à l'investigation et à l'enquête contre eux y sont fermées. Ils
évitent le tribunal Supérieur pour s'adresser au tribunal inférieur, contre la disposition formelle du droit canonique. Et ils s'adressent à un tribunal dont le Président ne craint pas d'assumer lui-même, dans un aveu écrit, le role de partie et d'accusé.
Les faits que je viens d'exposer ne sont pas les seuls de cette espèce malheuseusement, C’est par des procédés analogues que l'Ecole de Médecine de Montréal, et la presse catholique du pays ont été naguère écrasées, au Canada, et demandent en vain d’être entendues.
Dans des circonstances semblables et avec une procédure de cette nature, comment peut-on faire luire la lumiére de la vérité sur de graves questions ? N'est-il pas évident qu'une telle manière d'agir est propre à nuire au prestige de l'administration ecclésiastique, dans l'esprit du clergé et des fidèles ?
Assurément, ces faits sont propres à causer et causent en effet de grands préjudices à la religion, dans notre cher pays.
Votre Eminence comprendra encore mieux la singularité et l'irrégularité de la conduite des Mrs. de l'Université et de Mgr l'Archevèque, de travailler à ramener le débat devant le tribunal provincial, ‘quand Elle saura que le but de mon voyage à Rome leur était parfaitement connu dès l'année dernière, ayant été annoncé sur les journaux; que je suis demeuré six mois dans la Ville Eternelle, et qu'ils ont eu tout le temps et la facilité désirables d'aller exposer au Nt- Siége contradictoirement, alors que je m'y trouvais, la justice de leur cause, et qu'ils ne l'ont pas fait.
Elle remarquera aussi que par cette procédure renversée, les rôles se trouveraient totalement changés au profit de nos adversaires. Les adversaires. passeraient de la condition d'accusateurs à celle de juges.
En effet, pour descendre dans plus de détails, si nous avons ignoré jusqu'ici, nommément, quels sont ceux qui ont donné à Rome les premières fausses informations qui ont servi de base aux décrets, il est notoire qu'une partie de nos récentes difficultés religieuses est venue du bill universitaire et de ces décrets de Septembre 1881. Le bill ou projet de loi civile a été demandé par l’Université,et surtout quasi imposé à la nation par l'Archevêque,en faveur de cette Institution. Les décrets sur la prétendue ingérence du clergé dans les élections politiques ont été rendus sur les représentations de Mgr. l’Archevèque seul, qui a refusé de s'entendre avec ses suffragants sur cette grave matière, malgré la demande qui lui en a été faite par Mgr d'Ottawa. Ces représentations d'ailleurs n'étaient alors d'aucune actualité au pays, et n’avaient pas même leur raison d'être.
Ce sont ces divers actes qui ont aflligé si profondément l'immense majorité des catholiques et du clergé de la Province de Québec, chacun se sentant blessé dans ses droits et traité contrairement à la justice. C'est pour porter les plaintes de tous, offrir les renseignements nécessaires et obtenir les réparations convenables que je me suis rendu à Rome.
Nous sommes donc les véritables accusés, souffrant beaucoup des actes et démarches de l'Archevèque et de l'Université, ainsi que de leurs conséquences. C'est aussi pourquoi, sans doute, nous trouvons le Métropolitain et l'Université si prompts à prendre la contre-partie du Mémoire que j'ai présenté.
En feignant d'être accusés eux-mêmes solidairement, et en se plaignant de notre défense devant le tribunal intérieur ou provincial ils ont interverti absolument les positions, comme il est très clair,et voulu donner le change ; ce qui est véritablement d'une grande déloyauté. Et en cherchant à se constituer nos juges dans ce tribunal, ils ont travaillé à nous empêcher d’avoir justice, après nous avoir faits, les premiers, de grands torts, ainsi qu'à l'Eglise toute entière du Canada.
Le fait de recourir à de tels moyens n'indique-t-il pas, à lui seul, Eminence, l'extrême faiblesse d'une cause, et où doit se trouver la justice et la vérité ?
Le but de ces menées anti-juridiques est évidemment de nous forcer au silence, et d’ensevelir à jamais nos légitimes réclamations, après avoir obtenu contre nous du St. Siége tout ce que l’on désirait.
II] L'Intriguc dévoilée.
L'espèce de mystere qui planait depuis longtemps sur l'étrange direction de nos affaires à la S. Congrégation de la Propagande vient enfin d'être dévoilée.
Une révélation explique parfaitement tout ce que j'ai exposé ci-dessus à Votre Eminence : elle est la clef de nos difficultés.
Toute triste qu'elle soit, cette révélation soulage cependant la conscience, en ce qu'elle rejette sur des individus l’odieux qui s’attachait auparavant à l'administration même de la Congrégation, dans les affaires du Canada de ces dernières années.
J'apprends, de source certaine, par une lettre de Rome très circonstanciée que deux prélats, dont l’un est à Rome et l'autre à Québec, sont la principale. cause des misères de l'Eglise canadienne.
Je communique à Votre Eminence copie de cette lettre importante, qui demande à être lue avec toute l'attention possible. (Voir lettre VI.)
L'auteur, qui est un homme des plus dignes de foi, et qui peut jurer l'exactitude et la fidélitè de sa relation, fait connaitre les réseaux d’une intrigue révoltante ourdie contre nous.
Un des employés de la Propagande, Mgr Zitelli, est l'âme de cette intrigue, et Mgr. Benj. Paquet, de l'Université, le ressort qui met cette Âme-en mouvement.
La relation repose sur les paroles et l’aveu de Mgr. Zitelli lui-même.
D'après ce témoignage, tout à fait conforme aux évènements, il est manifes-te que la Province de Québec, pourtant si dévouée au St. Siége, est depuis quel-ques années, et plus aujourd’hui que jamais, la victime de ce subalterne qui
fait parler Son Eminence, le Préfet de la Propagande, et le Kt. Siége, à son gré, au grand scandale et à la ruine des âmes confiées à nos soins.
Ilest bien établi par cette lettre, que c'est ce Keigneur Zitelli qui protège l'Université dans ses projets, qui dirige et soutient l'Archevéque, qui paralyse au hesoin l’action des Cardinaux, qui usurpe la fonction du Préfet de la Propagande dans les moments décisifs ; que c'est lui qui décide les questions contre nous, qui se substitue de Ini-même aux secrétaires et réforme leurs lettres ; que c'est lui, comme il le dit, qui porte le dernier coup aux vrais catholiques de ce pays, qu'il appelle des gallicans et des révoltés, et qui force à se taire, à mourir ou à disparaître ces fils les plus dévoués de l'Église du Canada.
[ faut reconnaitre, ici, que c'est bien de la sorte, en effet, que nous sommes traités, nous ultramontains, depuis Sa Grandeur Mgr I. Bourget jusqu'au plus humble fidèle. Le prélat n'a pas manqué son coup. Nous sommes réellement écrasés avec la justice et la vérité ; il est malheureusement trop vrai que nous ne pouvons plus même parler, et que nous sommes à la veille de disparaitre.
C'est lui, le prélat Zitelli, qui défend auprès du St-Siége, aidé du P. Brichet, l'œuvre de Mgr Pequet, de Mer Persico, de Mgr Conroy et du Cardinal Franchi, à laquelle il avait dejà travaillé autrefois, et qui n'a triomphé l'automne dernier que par ses soins, selon ses propres expressions.
Pour amener ce triomphe, il a abandonné un poste plus facile et plus tranquille, et il assure que l'on ne réussira à rien faire changer, et que les décrets resterent toujours tels quels.
Il ajoute que mon Mémoire est un tissu de mensonges, d'exagérations et d'injustices ; que le Pape ne l'a reçu que pour la forme ; que je n'aurai pas de réponse, et qu'en allant à Rome pour avertir le Kt-Sièwe j'ai perdu mom temps et mon argent.
Enfin il prend des mesures pour circonscrire mon action, à la prochaine réunion des Evêques de la province, et me fermer la bouche, au nom du St-Siége sur les sujets qu'il n'aime pas à voir traiter dans cette assemblée.
Tels sont les moyens employés clandestinement contre nous, et telle est notre situation.
omme je l'ai dit, quelques ecclésiastiques clairvoyants soupçonnaient depuis un certain temps que le St-Siége était sous l'effet de quelque conspiration relativement au Canada, parcequ’elles remarquaient que sa direction en ce pays, à l'égard des erreurs libérales, ne s'accordait pas avec sa doctrine, et avec la direction qu'il donnait généralement au monde catholique.
La révélation présente démontre que leurs prévisions étaient fondées.
En vérité, nous ne serions plus gouvernés par le St-Siége, mais par une coterie ; de là les perturbations que nous subissons, les dangers que nous cour-
rons.
Rôle de Mgr Zitell},
Dans une administration, lorsque les subalternes ont la confiance des chefs et sont infidéles à leur devoir ; lorsqu'ils veulent incliner ceux-ci à droite on à gauche, ayant tous les documents et les occasions à leur disposition, que ne peuvent-ils pas faire 2 Les Supérieurs ne voyant que par enx, peuvent être à tout moment surpris dans leur bonne foi, et entrainés soit à frapper des innocents, soit à absoudre des coupables. N'est-ce pas ainsi que tant de malheurs sont déjà arrivés dans l'Eglise ?
La révélation ci-dessus laisse voir que nous sommes absolument dans ce cas.
Nous sommes entre les mains de Mgr Zitelli.
Mais quelle est l'autorité du Seigneur Zitelli sur nous, et quels sont ses titres à nous conduire, et à nous régenter ?
Ce prélat est un oflicier inférieur d'une autre Congrégation jusqu'au 31 Déc. dernier, qui se déplace, à son détriment, pour s'ingèrer de Ini-même dans nos affaires sous Son Em. Mgr. Siméoni, et qui va audevant de son nouveau supérieur pour obtenir de ln la faculté de nous nuire et de nous maltraiter.
On se demande pourquoi une pareille démarche, et quel est le motif d'un si beau zèle, dans une cause dont il n’est pas chargé, et qui a son origine à 1800 lieues, Comment a-t-il plus de soucis pour des âmes qu'il ne connait pas, que leurs propres Evèques ? On ne voit pas d'autre raison de cette conduite qu'un grand intérêt personnel. Ce prélat a toutes les allures d'un ‘avocat à gages, et cependant c'est au nom du Juge qu'il travaille.
Maintenant, où se trouvent chez lui la prudence, la chaité et la justice ?
[l'avoue avoir fait triompher l'Université qui aurait suecombé sans Ini, l'automne dernier, et avoir mené l'affaire des décrets, qu'il a ensuite défendus victorieusement dans le cours de l'hiver ; mais il a done jugé et agi et fait agir et juger er parte, sons avoir toutes les pièces du procès, parce qu'alors nous n'avions pas encore donné les nôtres ; et il ne pouvait l'ignorer, lui, qui était à la chancellerie. C'est Tà une indigne partialité, chez un employé de tribunal, envers la partie adverse. Mais il y a encore davantage ; cette injustice était faite intentionnellement, de son propre aveu : # fallait, dit-il, porter le dernier coup.
Depuis que mon Mémoire lui est parvenu, il affirme que c’est un féssu de mensonges, d'exagérations et d'injustices à chaque page. Qu'en sait-il à Rome, lui qui n’est jamais venu au Canada ? Les intéressés du pays n'ont pas encore répondu à ce Mémoire. Mgr l’aquet lui a dit que le Mémoire était tel. Mais l'Université,le Grand Vicaire, l'Archevèque n'en relèvent dans leurs lettres,qui sont ci-après, que quelques phrases dont ils me demandent le sens et la justification. Le Mémoire reste intact dans ces lettres. Pourquoi cette différence extraordinaire dans l'appréciation ? c'est que le secrétaire-avocat sent un tel besoin de faire du zèle pour ses protégés qu'il les dépasse de beaucoup eux-mèmes, dans ses assertions, sans s’en douter.
Et que veulent dire, dans une âme sacerdotale, ces sentiments de haine, qui
vont jusqu'à l'ectermination, contre des personnes qu'il ne connait pas, qui n'ont pas d'affaire à lui, et qui ne lui ont jamais causé le moindre dommage. Il les traite comme des révoltés, mais il serait fort en peine de citer le plus petit fait à l'appui de son affirmation. Ceux qu'il outrage ainsi n'ont que le tort d'avoir enduré toute sa persécution, sans se plaindre et sans réclamer.
Eh bien ! c'est cet homme, ignorant de notre véritable situation, le plus mal disposé possible à notre égard et tout gratuitement, qui prend Ja pluce du Préfet de la Propagande pour gouverner l'Eglise de notre province, rédiger les documents et qui frappe sans miséricorde le clergé et le peuple canadien.
Mais où prend-t-il ses inspirations ? Naturellement, chez nos adversaires les libéraux.
Le Seigneur Zitelli est renseigné et assisté par Mgr. B. Paquet, de l'Université, qui lui envoie des lettres de confidence, et à qui il communique en retour les intentions et les ordres du St. Siége, qui sont les siens propres. Ils arrangent ainsi entr'eux les plus graves affaires religieuses de la province, et il n'y a pas de doute que ce régime dure depuis longtemps L'impulsion part privément de l'Université, par Mgr Paquet, et va à Rome chez Mgr Zitelli ; puis revient de Rome à Québec officiellement, par l'Archevêque, pour se répandre ensuite par l'entremise des Evèques, dans toute la province.
C’est donc en réalité Mgr Zitelli, ou plutôt Mgr Paquet, qui gouverne ecclésiastiquement et d’une manière effective quoique clandestine, la Province de Québec, et non les Evêques de qui le St. Esprit dit : Oportet Episcopos regere Ecclesiam Dei.
Et c'est ce qui explique l'anomalie surprenante constatée dans mon Mémoire, et qui est un fait patent au Canada : la double source d'informations envoyées au St. Siége, l’une officielle et publique de la part des Evêques, l'autre irrégulière et secrète de personnes inconnues, et la prépondérance de cette dernière sur l’autre.
Aussi, le Seigneur Zitelli désigne-t-il d'une même manière, et assimile-t-il, dans sa déclaration spontanée, ce qu'a fait au Canada Mgr Paquet, Mgr Persico, le Cardinal Franchi et Mgr Conroy. Cet aveu est très important. C'est qu'en réalité, cette œuvre est la même, et celle de Mgr Paquet ;celle aussi de Mgr Zitelli qui par conséquent la connait très bien, comme il l’affirme.
En effet, Mgr Persico n’a guère vu au Canada que Mgr Paquet, son frère et leurs amis. Il a été tenu soigneusement à l'écart à Sillery, éloigné de toute autre communication, comme beaucoup de personnes penvent en rendre témoignage. En sorte que ses impressions au Canada ont été l'écho des opinions et des projets des Messieurs qui l'entouraient. Ces impressions étaient transmises. à Rome pour être traduites en faits, comme nous l’apprend Mgr Zitelli.
Son Eminence, le Cardinal Franchi, prenait également ses inspirations de Mgr B. Paquet, pendant que celui-ci était à Rome, comme je l’ai démontré dans mon Mémoire.
Mgr Conroy suivait ici fidèlement la direction du Cardinal Préfet, si fidèlement qu'il ne voulait seulement pas prendre connaissance : des faits opposés qui se trouvaient sur son chemin, à ce point qu'il paraissait vouloir obstinément refuser la lumière, et ne trouver iei que ce que le Cardinal voulait voir. Combien de prêtres et de bons laïques ont été étonnés et blessés de cette disposition opiniâtre et si peu raisonnable de Mgr Conroy !
Mgr Zitelli, l'homme qui s'occupait si bien et de iongtemps des affaires du Canada, comme il s'en vante, devait diriger, protéger et surveiller le tout, à Rome.
De sorte que cette œuvre que Mgr Zitelli veut faire regarder comme celle de plusieurs prélats, n'est au fond que celle de Mgr Paquet et la sienne, -
Un fait qui vient corroborer très fortement cette révélation est celui-ci qui m'est personnellement connu.
Avant que Mgr Conroy vint au pays, les libéraux canadiens, adversaires des droits et de la liberté de l'Eglise. ont été consultés par des protestants ou hérétiques franc-macons qui voulaient savoir quelle était leur opinion sur la venue d'un Délégué Apostolique au pays. Et comme ces libéraux exprimaient des craintes qu'une telle délégation leur fat nuisible, ils étaient rassurés, sur la foi et l'affirmation de certains Messieurs de Québec que le passage du Délégué leur serait au contraire très favorable et le plus sûr moyen de triomphe.
L'œuvre du Cardinal Franchi et de Mgr Conroy n'était done autre que celle des prêtres de Québec à Ja tète du mouvement libéral, celle de Mgr Paquet et de Mer Zitelli. et celle des ennemis de l'Eglise.
Voilà à quoi se réduit cet étalage de noms et d'autorités que le Keigneur Zitelli met en avant pour se couvrir et couvrir son ami.
Œuvre de Mgr Paquet.
Mais, Éminence, quelle est cette œuvre collective de Mgr Paquet, de Mer Persico, du Cardinal Franchiet de Mgr Conroy, et par conséquent celle du Keieneur Zitelli lui-même ? C'est là une question fondamentale.
Je ne crains pas de le dire, c'est une œuvre de ruine pour la religion et la société dans notre cher pays. Cette œuvre se résume sn partie dans l'administration de Mgr l'Archevéque de Québec dont la conduite à été en grande partie inspirée ou approuvée par ces personnages ecclésiastiques, et en partie dans les évènements malheureux qui se sont passés au Canada en ces derniers temps.
Dans toutes les questions qui ont agité l'opinion publique er notre province, depuis une douzaine d'années, Mgr l'Archevèque a toujours paru en dehors de la ligne tracée d'ordinaire par le St-Siége, dans ses documents à l'univers eatholique, par exemple : dans la question du mariage chrétien, et dans celle de l'éducation, dans celle du programme catholique, dans la question de la presse, dans celle des immunités, enfin dans celles qui ont trait au personnel de lUni-
versité et à l'extension de sa charte civile. Presque toujours on l'a vu suivre la voie regardée comme opposée aux vrais intérêts de l'Eglise, ou tendre souvent à l'inapplication de la doctrine et des lois ecclésiastiques.
L'étude de cette administration serait, dit-on, une autre révélation pour le St-Siége. C'est sur cette matière que l’on me reproche d'avoir été trop réservé à Rome Il m'en coûtait, à la vérité, de me plaindre d'un dignitaire pieux, mais trompé, et que j'espérais toujours voir revenir dans un plus droit chemin. Je ne suis peut-être abusé moi-même là-dessus : que Dieu et l'Eglise me le pardonnent.
Toujours, il est certain et manifeste que le résultat de la direction donnée par l’Archevèque, sous l'influence de Mgr Paquet et de ses amis, a été, d'un côté, l'écrasement des forces catholiques qui étaient, iei, toutes puissantes ; de l'autre, l'expansion et le débordement des forces anti-religienses et maçonniques, résultat qui devient de jour en jour plus alarmant
Les catholiques, qui forment la presque totalité des habitants de la province, qui ne demandaient que de protéger l'Eglise, de faire et de maintenir les lois désirables en sa faveur. dans un parlement dont ils sont les maitres, sont actuellement comme sous le pressoir, tenus en échec avec humiliation, et menacés dans leurs droits les plus chers par une infime minorité d'hommes à mauvais principes que la conduite de l'Archevèque favorise.
L'administration archiépiscopale actuelle à eu ces quatre eflets désastreux, qu'il suffit d'énoncer pour éclairer la questicn :
lo L'action des citoyens les plus dévonés à l'Eglise à été paralysée, leur juste initiative politique étouttée ;
20 La presse catholique maltraitée, ruinée et presqu'anéantie ;
30 Le clergé effrayé, menacé et baïllonné sur la défense des droits de l'Église ;
4o Les évêques eux-mêmes divisés et réduits au silence.
C'est-à-dire que toute l'armée de Dieu a été désorganisée, paralysée dans ses plus grandes forces, et mise dans l'impossibilité de faire le combat ; le St-Siége semblant souvent de connivence avec l'Archevêèque, par l'étrange direction particulière qu'il communiquait sous l'action des Seigneurs Paquet et Zitelli.
Pendant ce temps là des hommes irréligieux et ennemis de l'Eglise ont joui manifestement de toutes les libertés les plus étendues, des faveurs les plus grandes, et même des honneurs de la cour romaine.
Les journaux libéraux, hérétiques et franc-maçons ont chanté victoire de-
rant la population ; ils triomphent et jubilent encore, pendant que les amis de l'Eglise prient et baissent la tête.
Les ennemis de notre sainte religion, pourtant en si petit nombre, se sont sentis si forts et si appuyés, par cette attitude de l'Archevêque, que dernièrement encore ils ont tenté de faire passer une loi d'éducation anti-catholique dans le genre de la loi Ferry de France, ce qu'ils n'auraient jamais osé autrefois : et il ne s'en est guère fallu qu'ils n'aient réussi.
L'œuvre des Keigneurs Paquet et Zitelli se résume encore en partie dans les derniers évènements qui ont agité et soulevé fortement notre jeune pays.
L'Université a persécuté et cherché à détruire, à son profit, une ancienne Ecole de Médecine à Montréal, en commettant des injustices flagrantes qui ont blessé le sentiment publie. Ses professeurs se sont mis, chose inouïe, à poursuivre les prêtres devant les tribunaux civils, pour les gêner dans l'exercice de leur ministère, Cette Institution elle-même s'est employée à obtenir le moncpole de l'enseignement universitaire par une loi provinciale, contre le gré de la population, et ee but a été atteint en employant à faux et publiquement l'autorité pontificale, ee qui à produit dans le pays un immense scandale. Enfin le clergé, la bonne presse, les meilleurs citoyens ont été très-injustement traités, humiliés à l'excès, et le peuple entier oflensé dans son dévouement par les lettres de Son Em. le Préfet de la Propagande, à la fin de l'an dernier. Par ces dernières mesures surtout, l'obscurité, le désarroi et la défaillance ont été jetés dans le pays du haut de la sainte montagne, et comme au nom de l'Eglise.
Telest le résultat parmi nous de l'œuvre et de l'intrigue des Neigneurs Paquet et Zitelli à la Propagande. Leur travail s'est fait tout entier au profit des libéraux, des adversaires de la religion, des hérétiques et des franc-maçons chez lesquels nous avons lieu de croire que l’inique projet de loi sus mentionné a pris naissance, On a remarqué que l'homme qui l'a présenté aux chambres provinciales est le neveu même de Mer Paquet.
n'est done pas étonnant que cette œuvre et cette direction renversée ait afligé les bons et réjoui les méchants par tout le pays. Il n'est pas étonnant, non plus, qu'elle se soit trouvée tout à fait opposée à l'œuvre et à la direction des anciens Evêques de la province, comme on le constate par la multitude de leurs mandements et lettres pastorales, ainsi qu'aux déclarations et témoignages donnés par les Evêques nouveaux au Nt Office, en 1876. En eflèt, rien de semblable ne s'était vu au Canada, avant l'administration de Mer l'Archevéque actuel. Nous avons marché exactement au rebours de notre passé et de nos traditions.
Le règne des prélats Paquet et Zitelli a fait entrer la jeune et fidèle Eglise de notre pays dans un bouleversement et une désolation extraordinaires.
La Conspiration du Silence.
Le Seigneur Zitelli prétend que l'histoire de nos luttes religieuses a été étudiée, pesée et jugée sans retour !!
Nous savons que ces luttes ont été étudiées et jugées, mais er parte seulement, comme nous l'avons déjà dit.
Nous aflirmons que jamais les catholiques de la province n'ont pu se faire entendre sur les questions religieuses et sociales qui les intéressent au plus haut degré. Toujours leur voix a été étouflée par l'influence de Québec, c'est-à-
dire par l'influence de Mgr Paquet, de Mgr Zitelli, du P. Brichet et du Cardinal Franchi.
C'est pourquoi Rome ne connait très-certainement pas notre situation Véritable, Rome ne connait guère que ce que Québec lui dit depuis longtemps, et Rome agit en conséquence.
C'est en cela que nous trouvons que la justice est blessée, que la religion est en péril, et que l'honneur du St-Niége est gravement compromis.
Veuillez remarquer, Éminence, que je ne parle pas ici d'affaires particulieres à un diocèse ; je parle d'intérêts généraux, de ceux qui regardent la religion dans son ensemble, dans la Province de Québec.
Un précis historique devient ici nécessaire.
L'Eglise du Canada, si heureuse autrefois, est aujourd'hui en butte à toutes sortes d'attaques. Elle a eu d'abord autrefois l'inconvénient de se voir, par les accidents de la guerre, placée sous un pouvoir protestant, puis environnée d'hérétiques. Mais comme elle était défendue par les traités, située très loin de l'Angleterre et dans le voisinage de la république américaine, elle a très pen souffert de l'influence et du mauvais vouloir de l'hérésie. Elle s'est dévéloppée ‘apidement et vigoureusement. Non mal est nonveau,mais n'en est que plus dangereux ; c'est le mal européen et révolutionnaire qui a fait invasion chez nons.
Les mauvaises doctrines modernes se sont répandues dans le pays.spécialement depuis une trentaine d'années, par les mauvais livres, brochures et journaux français. Le manvais courant s'est accru surtout depuis que des prêtres revenus d'Europe, imbus de libéralisme, ont donné de l'élan à cette doctrine, et que des hommes politiques ont cherché à les appliquer dans la législation. Enfin la franc-maçonnerie est venue ajouter à ces éléments son action dissolvante.
Rome, au commencement, ne savait rien de ces luttes qui ne dépassaient guère les bornes de la province. Mais des Mrs. de Québec qui sont allés à Rome subséquemment ont donné main forte, avec quelques amis, aux libéraux nos adversaires, et ont convaincu plusieurs dignitaires et prélats romains qu'iln'y avait pas de mauvaises doctrines au Canada ; et bien plus, que ceux qui prétendaient les combattre ici étaient des têtes chaudes et des agitateurs. 11s ont répété cette insigne fausseté pendant longtemps, et ont ainsi tourné de hauts personnages contre les vrais amis de l'Église au pays, en mème temps qu'ils inelinaient l'Archevêque à agir dans le même sens. De là, la direction étrange et nouvelle dont nous avons parlé.
Lorsque cette direction s'est dessinée pour les premières fois, elle a jeté le clergé, les laïcs éclairés et la presque totalité du peuple dans la stupéfaction .
Mais comme cette direction arrivait réguhèrement et graduellement, Ja stupéfaction a fait place peu à peu à l'incertitude et à l'hésitation dans un cerain nombre d'esprits. Ca été là pour nous un premier malheur.
D'un autre côté les adversaires, craignant l'éclat des manifestations pu-
bliques de la part des catholiques fideles, se sont appliqués à nnposer le silence en tout et partout sur les questions agitées, et à fermer ainsi les issues par où la vérité pouvait parvenir. Ga été notre second malheur.
Troisièment, ils ont excité le Nt-Siége à ne pas user de sa sage lenteur ordinaire envers nous, mais à pous frapper coup sur coup ; afin que d'un coté, nous demeurions brisés, broyés sur le terrain de la la latte, et qu: de l'autre, l'autorité fut si compromise par ces actes qu'elle nm? put décsnnoat en revenir.
C'est ainsi que nous en somines arrivés grâce à l'intrigue, au point où l'on en est aujourd'hui : c'est-à-dire, enfermés silencieux comme dans une camisole, et écrasés par la force qui devait nous sauver
Votre Eminence connait déja l'écrasement produit parles décrets, qu'Elle voie maintenant la conspiration du silence.
Sans entrer dans le détail, qu'il suflise de dire qu'au pays en ces dernieres années, qu'il v a eu une guerre presque continuelle aux bons journauxaux écrivains catholiques et aux homines de doctrine, mais à eux seuls. La plupart ont cessé d'écrire, le peu qui reste est désouragé. [est presqu'impossible d'y traiter les questions qui touchent actuellement aux droits de l'Eglise. Mgr l'Archevèque s'est arrogé un droit de policedans presque tous les dioceses de la province, qui est la consternation des défenseurs de la religion, prêtres et laies ; et cependant la masse de la population soupire ardemment après une vigoureuse defense de sa foi. Ces jours-ci encore, des hommes de cœur, voyant l'abandon où se trouvent les droits catholiques dans une contrée ou la foi est encore très puissante, voulaient fonder un nouveau journal entierement dévoué à l'Eglise et me consultaient à à ce sujet Eh bien Uils hésitaient à lui donner la couleur catholique, de crainte d'exciter la persécution ecclésiastique et d'arriver à une ruine inutile. fs en étaient venus au projet de ne défendre l'Eglise que d'une maniere indire tr. Le Nt-Siére a-t il l'idée de notre position sous ce rapport ?
À Rome, il est encore plus difhcile qu'au pays de se faire entendre.
En 1876 les Evèques entreprirent de renseigner formellement la N. Concrésation de la Propagande sur nos périls. Ils députèrent l'un d'eux à Rome, mais ne réussirent point. Non Em. le Préfet ne voulut pas entendre, ou S'il entendit ne voulut rien faire.
En 1877 et ISTR, nous avions une occasion en apparente bien favorable, le passage d'un Délégué Apostolique. Or il fut impossible soit aux laies, soit aux prètres, soit aux Évéques d'attirer l'attention d: Mgr Conroy sur une seule page de notre passé. Il répétait sans cesse qu'il m'était venu qu? pour régler le présent et l'avenir.
Plus tard, j'écrivais moi-méme à plusieurs reprises à Non Eminence, le Préfet de la Propagande sur nos difficultés religieuses ; d'autres le firent égale ment, et ce fut sans résultat. Plusieurs personnes ont même soupçonné que les lettres étaient interceptées dans les bureaux ecclésiastiques.
L'été dernier, le Clergé du diocèse de Montréal animé certainement de bonnes intentions, essaya également de faire des représentations. Il eut un sort encore pire. On se hâta de le faire condamner avant qu'il put ouvrir la bouche pour être entendu.
Le vieil et saint Archevèque Bourget, exposant sa vie, entreprit d'aller personnellement informer le St-Niége. Il trouva la Propagande fermée, et put à peine ouvrir son cœur un tant soit peu au St-Père, tant il y avait de préjugés contre lui.
F'entreprends enfin le voyage de Rome dans le même bat, et je suis injurié au seuil de la Propagande par nn Secrétaire qui ne m'avait jamais vu. Je nets par écrit une partie de nos griefs, selon le désir du Pape ; voilà que j'apprends par un minutante, qui dit faire les fonction de factotum à la Propagande, que mon Mémoireest mis 4 panier.
Pendant que j'étais à Rome, on im'allirmait que j'aurais beau écrire des volumes sur les affaires du Canada, jamais je ne parviendrais à me faire entendre, tant que Mgr Zitelli et le P. Brichet seraient à la Propagande. Je ne pourais le croire ; je le vois aujourd'hui.
Quand je travaillais mon Mémoire près le Nt-Niége, les adversaires firent un si grand bruit au pays pour me décrier auprès de la population, qu'ils espéraient m'effrayer et m'amener à abandonner mon exposition au Nt-Niége, et même mon siége épiscopal ; dans ce temps là même, les lettres de son Em. le Préfet, et surtout celles de Mer l'Archevêque arrivaient pour empêcher dans la province toute manifestation, toute expression, toute action soit du clergé, soit des fidèles en faveur de ma cause, qui n'était autre que la leur propre et celle du bien général.
Dans le moment actuel, c'est l'éducation chrétienne de la jeunesse que les libéraux canadiens, poussés évidemment par les franes-maçons entreprennent de renverser. Le peuple étant paralysé, le clergé baillonné, la presse étoutlée, les Evêques divisés, c’est le temps favorable de s'emparer des générations nouvelles. Eh bien actuellement, il se fait à Québr: des efforts incroyables et dans l'ombre, auxquels l'Archevêché et l'Université ne sont pas étrangers, pour faire éloigner du pays, par le Très Honoré Nupérieur de Paris, le cher Frère Reticius, Provincial des Ecoles Chrétiennes. Et pourquoi ? Parceque cet homme prudent et habile, qui a l'expérience des agissements libéraux et maçonniques de l'Europe, dévoile et déjoue à tout instant les projets déguisés et anticatholiques des employés du département de l’Instruction Publique canadien, contre l’enseignement des congrégations religieuses.
Que signifie tout cela ? Ninon que l'on veut absolument et à tout prix couvrir de l'obscurité et du silence, ici et à Rome, tout ce qui se fait parmi nous contre les intérêts de l'Église. Il y a évidemment une ligue dans l'un et l'autre lieu sous l'inspiration de quelques chefs. On ne peut autrement s'expliquer une telle difficulté de «se faire entendre, surtout du tribunal le plus bienveillant, le mieux organisé de toute la terre et où le petit et le grand doivent
avoir un égal accès,
Ni Votre Éminence veut avoir une nouvelle preuve de cette conspiration. elle la trouvera dans la dernière déclaration du Seigneur Zitelli.
Le St. Pere avait ordonné aux évêques canadiens d'examiner si le décret de la Succursale Universitaire de Montréal avait été réellement exécuté. Mgr Zitelli trouve le champ de la discussion trop large et le circonserit de sa propre autorité. Il se donne une peine infinie pour se mettre à la place de Non Em. le lréfet, afin d'arner l'Archevèque de défenses et de me fermer la bouche à ce sujet, si j'ose parler à l'assemblée des Evêques pour la justice et la vérité
La question de l'exécution de ce décret estcomplexe. L'inexécution du décret entraine la nullité de la Suceursale et l'injustice de la loi provinciale dont j'ai parlée antérieurement. loi enlevée subrepticement, et contre laquelle ont protestéà bon droit le clergé et la masse des catholiques, loi qui:a été elle-même l'occasion des pénibles décrets de 1881. Pourquoi les Seigneurs Zitelli et Paquet s'entendent ils à demander instamment le silence, à l'imposer mème autour de cette question, comme si un examen complet allait amener la ruine du Canada ? C'est que si les raisons et conséquences de l'inexée ution du décret sont considérées attentivement, les fourberies de leurs intrigues sont à moitié découvertes, et qu'elles peuvent arriver à une manifestation complète, qui entrainerait nécessairement la fin de leur crédit à la Propagande et le triomphe de la partie adverse, Il deviendrait alors visible qu'il y a autre chose dans la conduite de l'Université que l'amour de la justice ; que le clergé et les citoyens n'avaient pas tort de s'opposer au monopole universitaire ; que les décrets sur l'influence indue du clergé et l'action de l'Episcopat n'étaient pas appuyés sur de vraies raisons mais sur des prétextes ; que dans la réalité ils n'étaient pas un remède pour obtenir la tranquilité du pays, mais bien ds moyens pour arriver à un autre but, celui d'amener le triomphe du libéralisme et peut être quelque chose de pis, par l'enchainement définitif de la milice ecclésiastique.
Pour que ce rayon de lumière ne luise pas, et qu'un simulacre d'enquête lui ferme à jamais le passage, le Neigneur Zitelli écrit au Neigneur Paquet la nouvelle et le contenu de sa lettre à l'Archeveque, reputée contenir la volonté du Kt. Niége, et le met en état de surveiller et d'assurer l'accomplissement de cette prétendue volonté.
Voilà, Eminence, comment la justice, la vérité et la dignité épiscopale sont traités par ces intriguants.
Si la promesse formelle du St. Père, faite à moi-même, de faire examiner mon mémoire est demeurée sans résultat jusqu'à présent, par l'effet de l'intrigue, et n'a servi qu'à m'entretenir dans une fausse sécurité ; que doit-on penser des suites d'un simple examen épiscopal que l'on prend soin de faire avorter d'avance ?
Que peut-on espérer pour les causes qui en dépendent ?
Eminence, je dois vous le dire, ce défant patent d'examen, ce silence imposé d'autorité à la partie accusée, ces condamnations publiques et réitérées de la part du Nt. Siége, et reposant sur de fausses allégations ont profondément atlli-
gé le peuple canadien. Cette malheureus: suite des roueries libérales jusqu'au sein de la Congrégation à paru exhorbitante à des libéraux eux-mêmes ; elle à ébraulé la foi et la confiance de beaucoup d'amnes faibles, et fait gémir amèrement un grand nombre d'excellents chrétiens. Et ilest impossible de jeter maintenant le voile de l'obscurité où de l'ex:use, aux veux de la population, sur ces faits qui sont devenus éclatants comme le soleil. L'honneur du Kt. Niége est, en vérité, très gravement compromis, et demande à étre relsvé parmi nous par une enquête toute spéciale,
Telle est la vérité sur la portée des jugements er prurte provoqués par les Seigneurs Paquet et Zitelli, et l'ettet déplorable de leur ingérence dans les tribunaux romains.
VE CDONCGEUSION:
Si ces miseres devaient continucr, il est certain que la foi des fidèles, et la confiance si entière dn clergé dans les actes du St. Niégo en recevraient un terrible échec ; que les intérêts de l'Eglis: ici seraient bientot 4 baindonnés ou sacriliés par découragement, comine le disent ss plus dévoués défenseurs, et que le petit peuple canadien, si religieux qu'il soit encore, deviendrait avant peu la proie de la révolution et des sociétés secrètes.
Mais le Souverain Pontife, malgré ses innombrables occupations, assisté de Vos Eminences, vraiment éclairé par l'étude de nos questions trouvera Le moyen de mettre un terme aux intrigues, tres préjudiciables au salut des âmes, qui se nouent autour de la Propagande, et il finira par reconnaitre lentiers vérité de nos avertissements et la justesse de nos plaintes.
Lorsque le mal aura été constaté, et notre véritable situation bien comprise, le St. Siége n'aura plus guère qu'à imprimer une direction vigoureuse à l'Episcopat dans le sens du maintien et de la défense des droits de l'Église, et la paix sera rétablie. Nous rentrerons dans la voie où mar-haient nos pères, el nous conserverons avec bonheur l'héritage de foi et de prospérité qu'ils nous avaient laissé.
Car au Canada, à l'heure présente, malgré tout ce qu'en disent les adversaires, et à l'encontre de tout ce que l'on voit en Europe, le clergé, uni comme il l'a été jusqu'à l'avénement du Métropolitain actuel, est encore tout puissant auprès de la nation. Les adversaires ne peuvent réussir à nous faire du mal qu'en trompant les chefs comme ils l'ont fait, et en nous divisant.
J'apprends avec bonheur, par une lettre adressée de Rome à Mer. d'Ottawa, que le St-Siége s'occupe de l'envoi d'un Délégué au Canada.
C'est ma conviction intime que, si les informations données dans le cours de l'hiver, et celles qui sont contenues dans la présente lettre, sur les intrigues et la conspiration dont nous sommes les victimes, ne suffisent pas pour éclairer le St-Niége, le moyen le plus efficace pour arriver à constater les causes et la gra-
vité de nos maux est une enquéte soignée, faite en méme temps à Rome et au Canada. Mais pour que cette délégation ait le succès désirable, il est de tonte nécessité que celui à qui on la confiera soit dûment qualifie.
La lettre quel je viens de mentionner ferait croire qu'il est question.à Rome. de la nomination de Mgr Persico comme Délégué.
Or, Mgr. Persico ayant été presqu'exelusivement en rapport avec les prêtres libéraux de l'Université et du Séminaire de Québec, comme il est dit ci-dessus, par conséquent entièrement dévoué à leurs irtérêts, de l'aveu de Mgr. Zitelli lui-même, il est de mon devoir de faire observer à Votre Eminence que sa nomination serait extrémement malheureuse. Elle serait universellement regardée au Canada comme le résultat d'une noavells intrigue, une seconde édition de la mission de Mer Conroy, et un nouveau moyen donné au prélat, colloborateur de Mgr. Paquet, de faire triompher ses anciens protégés. ce qui acheverait de ruiner au n. lieu de nous le crédit de Ja N. Congrégation de la Propagande.
Je conjare done Votre Eminence d'épargner ce nouveau malheur à notre chère Eglise du Canada.
Comme c'est le Délégué qui doit faire, pour le salut de notre église, Le premier et le plus important travail celui de renseigner parfaitement Le NeNiége, il sera nécessaire que ce dienitus demeure en dehors de l'action immédiate des adversaires, et qu'il reste un temps considérable parmi nons : qu'il ne fasse, non plus, que jeter un coup d'œil superlicielsur nos affaires comme feu le précédent Délégué, mais qu'il étudie toutes nos difficultés avec soin et en détail.
La situation dans laquelle nous nous trouvons réclame un homme d'une erande prudence, d'une impartialité et d'un désintéressement à toute épreuve, inaccessible à l'appas des honneurs de la terre. Ce point est capital. Car cet honjne sera soumis, sans aucun doute, à la séduction et tenté de diverses manières. N'il venait à tomber aux mains des ennemis de l'Église par le succès de l'intrigue, son passage ici, après celui de Mgr Conroy, serait nn désastre irréparable.
Voici, maintenant, en résuiné, les principales les raisons qui me semblent nécessiter une enquête toute particulière :
Lu première, c'est que les périls qui nous environnent ne seront pas conjurés autrement La chose est claire maintenant, puisque le témoignage des Eveques et du clergé à été ruiné à la Propagande et que mon Mémoire est resté jusqu'à présent sans résultat.
La seconde, que plusieurs questions importantes ne peuvent être examinées que sur place, vu qu'un graud nombre de témoins nécessaires ne peuvent se transporter à Rome.
La troisième, qu'un grand nombre de preuves ne peuvent ete donnees que sous la protection absolue de la Supreme autorité ecclésiastique.
À ce sujet, je dois déclarer à Votre Eminence que l'intimidation exercée de diverses manieres à joué un grand role dans l'histoire de nos dificultés relisieu-
(ini
ses. Plusieurs se plaignent de ne pouvoir dire la vérité, sans étre exposés à la plus pénible des persécutions. C'est pourquoi Rome ne connaitra guère aujourd'hui le véritable état de nos affaires qu'à l'aide de l'amorité et du secret.
La quatrième, c'est que le désir d'un examen loyal et complet de nos difficultés est déjà, aupres du Nt. Niége, une prouve anticipée de notre sincérité et de la justice de notre cause.
En ettet, Eminence, si vous considérez attentivement nos affaires, vous verrez que nos adversaires ont toujours procédé par voie d'autorité, soit ici, soit à Rome, cherchant à se couvrir d'ombre et de silence, et se mettant à l'abri de juges déjà tout gagnés à leur cause.
Pour nous, nous ne craignons ni l'investigation, ni la lumiére. Le clergé, de concert avec les communautés religieuses et Ja masse du peuple, ne demande pas autre chose qu'elle se fasse toute entière ; bien convaincu qu'il est que le Nt-Siége verra clairement qu'il a été imal informé, et que par suite il donnera une direction plus conforme à la justice.
Un autre motif qui me porte à désirer un Délégué du St-Niége, c'est que l'Université Laval et Mgr l'Archeveque, contrairement au droit commun, insistent pour ramener devant leur tribunal propre, les plaintes portées contre les professeurs universitaires devant la S. Congrégation de la Propagande. Je trouvera aussi Jà un moyen de faire produire au grand jour, où de faire regarder comme calomniatrices, les accusations portées du Canada à Rome contre la conduite politique du Clergé et des Evêques, et dont ni le Card. Franchi, ni Son Eminence
le Préfet actuel n'ont voulu donner les formules. En présence des personnes et des choses, et de sant un Délégué impartial, inv aura plus Heu à l'intrigue, ni moyen de tromper.
Éminence qu'il vous plaise done vous pénétrer de ces raisons, et venir en aide à l'église canadienne.
C'est une église jeune encore, toute pleine de la florescence de a vie chrétienne, qui à donné des preuves inaltérables de son attachement au Nt-Siége en offrant généréusement, du fond de l'Amérique, le sang de ses enfants pour le défendre; qui est prete à lui réitérer au besoin ce sacrifice héroique, malgré tout ce qu'elle à soutlert des serviteurs infideles et trompés de ce méme Niége. Elle est à l'heure présente foulée par une faction, et pour ainsi dire livrée à ses ennemis qui se rient de ses humiliations et de ses douleurs.
Venez à son secours en inelinant le cœur du Père commun des fidéles à nous donner un Délégué tel que Dieu le désire. Ce choix béni sera pour nous la plus grande des faveurs, et pour Sa Sainteté Elle-mème, la source d'une grande joie, quand Elle sera convaineue, plus tard, que par ce moyen Elle a mis en sécurité l'avenir d’un peuple lointain et chéri.
J'espere aussi, Eminence, que vous voudrez bien faire connaitre au St-Pere la conduite de son serviteur infidèle, le prélat Zitelli.
Puisque ce prélat subalterne traite depuis longtemps tes affaires du Canada et qu'il a entrepris de nous donner le coup de grâce, il n'ignore pas que nous avons été jugés et condamnés sans avoir été entendus ; et que ses intrigues sont la consommation d'une injustice des plus criantes. Il rous parait de la plus grande opportunité que cet homme soit éloigné, au plutôt, de toute participation à nos affaires
Enltin, Eminence, quoiqu'en puisse dire le Seigneur Zitelli, je me console et m'encourage en pensant que le Souverain Pontife ne m'a pas dit un vain mot, en m'autorisant à faire connaitre au Nt-Niége les maux de l'Eglise de mon pays. Je compte qu'il sondera, avec une grande bonté et un grand soin, les plaies de ce membre souffrant de l'Epouse J.-C. ; et qu'aidé des services de Votre Eminence, il ne manquera pas de trouver et d'appliquer tous les remèdes efhcaces qui doivent lui donner une guérison complete.
Daignez agréer mes profonds respects, mes souhaits de prospérité et de bonheur.
Dans ces vœux, je demeure particulièrement, De Votre Eminence le tres-humble
et dévoué serviteur.
Les Trois. Rivières, S Septembre 1882.
TI
LETTRE DU T. K. Mes. LEGARE, V. G. DE L'ARCHIDIOCESE DE QUEBEC À Mux LAFLECTIE.
QUEBEC, Jer JUIN 1882
A Sa Grandeur Mer LE. Lajlèche.
Ereéque des Trois-Rivières.