Lettre amicale a M. N***
M oK Ami , j’ai reçu îe rapport qlie vous venez de faire au Confeil ^ Sc qui vous a fait remporter la victoire je l’ai lu ÔQ relu avec tranfport ; quelle éloquence ^ quelle franchise , quel fond de raifon !’ vous m’en voyez enchanté , j’y reconnois le vrai Philosophe, le courageux Nova^ teur , l’homme franc & modeste , le grand Alinistre , le véritable ami de fon Roi ; point de foiblesse dans le style ^ rien qui fente l’ambitieux , le Courtisan, l’homme orgueilleux. Le vrai Monarque doit fans doute porter deux féptres , un roseau pour commander à la multitude; une massue pour écrafer les Grands ; voilà la justice de la faine philofopliie . Avec quelle fa^ cilité, grâce à vôtre génie , vous alleia faire de cette gothique Monarchie , la plus fuperbe de toutes les Républiques anciennes de modernes I continuez ^ moîi
Vertueux ami , vous en ferez bientôt clare le 'Protecteur ^ j’ofe vous le prédire, mais c’est notre fecret ^ de je n’en parle <qii’à vous. Eli î que peuvent faire deâ
Ï)rinces , un clergé , des nobles , des paremens contre votre réputation 1 elle dominera liir les mondes de fur les Eecles à venir , de toute la France va s’honorer de donner l’exemple de la foumiffion de même de la fervitude à l’homme dô bien , au grand Administrateur , qui veut lui donner un nouvel être. Pardon , mon respectable ami , je vous déplais peut-être, je içais que vous n’aimez pas les louanges , mais quand on vous connoit comme moi , comment ne pas fe livrer à ce fentiment profond , à cette haute estime que vous fçavez h bien inlpirer i Je ne veux cependant pas vous fatiguer de mes justes éloges ; ainli que Fêtre-fuprême dont vous êtes l’image, vous ne vous laissez point énivrer de l’encens qui fume de toutes parts fur vos autels, il n’ajoute rien à votre gloire , de le langage de la véritable amitié va peut-être toucher davantage ce cœur fenîible de modeste , qui s’intéresse tant au bonheur des hommes, pourvu qu’ils ne foient ni rois , ni princes , ni prêtres , ni nobles , ni magistrats, ni paysans. Je vais donc, mon ami , vous faire part de certaines idées qui me font venues fur quelques phrafes de votre immortel Rapport , de de tout ce que j’entends dire à cet égard.
iS* J ü J?, /es Notables convoqués j)ar vos
ordres \ fe font livrés avec application rS r examen de diverses questions fur lef quelles ils avaient été confultés p ar F. M.
& à mefure qu'ils ont avance dans leurs recherches , ils ont découvert plusieurs difficultés qu'il étoit important de réfoudre ^ Leur travail a donc répandu un grand jour fur divers détails essentiels ^ & en fæant ainf beaucoup d'incertitudes , en dissipant plufeurs obfcurités embarassantes , ils ont éclairé la marche de l' Administration,
Ne craignez-Yous pas qu'on ne tous difa à cela : cc mais pourquoi donc n’aTez-vou^^ pas rendu publiquement à ces Notables 55 la justice que tous deyiez à leur zele , >5 riiommage qiie vous deviez à leurs lu-» 55 mieres , en Ikilant imprimer leur travail 55 aussi-tôt après TAssemblèe , comme ils 55 vous l’avoient demande ? Telles ëtoient 55 les réglés de cette équité que vous van- 53 tez avec tant d'affectation ^ & qui fans 55 doute ne fçauroit trop l’être : il ne susffit ^5 pas d’en prononcer toujours le nom ^ 55 dès qu’il ne peut appuyer les vues qu’on 53 peut avoir ; on ne l’a point dans le cœur ^ 53 quand on s’en écarte , à l’égard d’un feu! » homme , à plus forte raifon ^ quand on 53 la viole aussi indécemment pour chercher 53 à faire retomber fur des perlbnnages iilus^ >5 très, éclairés 3 tout le poids de l’animad- 53 version publique 53, Voilà, mon ami 3, ce que les plus modérés pourront vous dire, & j’ai bien peur qu’on n’ajoute qu’il n’y a pas moins cfe mauvaife foi que d’ injustice à cette conduite,.
La majorité des Notables a été d^avîs ^ue le nom-bre des Députés devoir être le même pour chaque Bailliage ) mais plu-sieurs Bureaux paraissent avoir adopté mette opinion y parce qu^on n^avoit pas pie. mettre Jous leurs yeux des connaissances suffif antes fur la population comparative de chaque Bailliage, Un travail très-éteu’du que la brièveté du temps n^avoit pas permis de finir y av oit été préfenté aux Notables y dans un état d' imperfection ; il est complet actuellement y & je fuis perjiiadé que y sous cette nouvelle forme , il aurait changé le cours des réflexions de la plupart des Notables,
Ils vont vous dire, ces Notables :
pourquoi nous avez - vous assemblés , 33 puisque vous ne pouviez pas mettre fous 33 nos yeux des connaissances fuffisantes 33 pour nous décider ? notre confiance 33 en vous ne nous permettoit pas même 33 de croire que ce travail ne fût pas prêt ; >3 car vous nous aviez dit , à l’ouverture 33 de l’assemblée : c^est pour jeter un ■ 33 nouveau jour fur ces diverfes questions 33 qu^on a classé dans un ordre exact y> rétendue fuperficielle & la population 33 de chaque généralité , de chaque élec- .33 tion y de chaque bailliage , & la
33 population de chaque ville & de cha- 33 que paroisse \f). Ce nouveau jour n’a
(ï) Difcours de M. îe Direéleur , à î’ouverture de î’afîemblée ^ pag. 12.
3» point lui pour nous ; quelques nuages » lans doute nous ont empêcliës d’en aç- >3 percevoir même l’aurore/ à la vérité, >3 nous croyons en avoir assez vu dans >3 nos recherches , pour être fiirs que cela » ne nous auroit pas fait changer d’avis ; >3 mais , encore une fois , pourquoi nous 33 assembler avec tant de précipitation , 35 pour nous présenter dans un état d’£//^- 33 perfection ^ un travail très-étendu ^
33 vous pouviez très-bien ^prendre un peu 33 plus de temps pour finir ï Cette mar- 33 che ne nous paroît ni franche , ni con- 33 séquente 33. je fens bien que vous leur
répondez à cela ou bien vous ne leur
répondrez point du tout, c’est plus^iïïr, & l’on y est accoutumé.
Cependant il est impossible de douter qu^en 26*/ 4, on n^ eût fait de plus fortes réclamations contre la grande inégalité de la repréfentation entre les provinces , fi la force de V habitude , ^ignorance où Con étoit de la population refpective du royaume y quelquefois îin défaut dÛntérêt pour les objets qui dévoient être traités aux états -généraux , avaient pas distrait V attention de ces difparités»
Voici ce qu’ils vous répondront encore , car ils font un peu bavards , ces notables : ce Nous ne nous fommes point du tout occupés de tout ce qu’on eût pu faire en 1614, ^ dans les assemblées précédentes ; c’eût été nous perdre dans les bypothefes & dans les lystêmes, & cela n’est permis qu’au génie de M, le direct
tenr : tuais notis avons r^clierclié avee soin tout ce qui s’étoit fait , Sc nous n’avons trouvé dans aucun des procès-verbaux, la plus petite trace des réclamations contre Finégalité de la représentation. C’est fans doute , comme vous le dites , la force de Thabitude qui a détertniné nos peres ^ ils ont vraisemblablement penfé ; qu\me habitude de queb ques liecles pouvoit être de quelque poids, en fait d’états-généraux, que des étatsgénéraux, comme le difoit 'très-bien un magistrat éclairé , n’étoient pas trop une affaire de mode ; iis fe font fûrement trompés. Quant à leur ignorance fur la population , malgré tous vos foins , nous la partagions; & nous fommes fixés à notre ijivis avec d’autant moins de fcrupule , que vous nous aviez dit , que le Tcùi fça^oit quel respect on doit avoir pour les antiques usages d'une monarchie c'est par leur filiation , ajoutez-vous, que tous ces droits constitutfs acquièrent un. nouveau degré de force ,, & assurent le maintien de l'ordre public , en opposant de falutaires obstacles à l'amour incon^ sidéré des innovations (i) 33. Tous ces gens» là , mon ami , s’attachent à la lettre , de non pas à l’esprit ; mais laissons-les dire ce qu’ils voudront , vous leur avez bien prouvé qu’autant en emporte le vent^
(ï) Dîfcours de M. îe Directeur, a Foiiverture de raiTemblée , pag. 7,
3Iais aujourd^iui que les lumières Je 'font étendues & perfectionées, ^
Ah ! mon ami , h vous fçaviez combien il y a de fottes gens dans le monde ; fçavez-vous ce qu’ils ofent dire ? le voici : «c Eh ! c’est à ces lumières, dont fans doute il faut s eclairer , que ce nouvel Erostrate ofe allumer le flambeau destructeur qui va réduire en cendre le gouverîiement , la grandeur Sc la prospérité de l’état ! Restons à l’ombre , plutôt que d’être brûlés par les rayons du loleil>i>.
Il n'y a qu'une feule opinion dans lé JRoyaume.
Une l’eule opinion, dans le Royaume • mon ami^ c’est un peu trop dire , car vous venez de voir qu’il y avoit quelques Notables^ à-peu-près les trois quarts^ par exemple , qui n’avoient pas penfé comme cela ; mais ils léront fûrement les feuls ; d ailleurs , que fait 1 opinion des notables ? c’étoient^ sûrement des imbécilles, entre nous , Ibit dit ; mais comme vous étiez déterminé à ne pas liiivre leur avis , fl ce n’étoit pas le vôtre ^ ce n’étoit pas trop la peine de les assembler : ne fçaiton pas pas bien que vous être le léul infaillible ?
Fuifque l'ancienne constitution ou les anciens usages^ autorifent les trois ordres « délibérer & à voter féparément auæ états - généraux , le nombre des députés dans c/iacud de f es ordres, ne paroit pas ^ne question fufceptible du degré de cha^ leur qu eue excite^
Voulez-vous que je vous parle vrai?
Elle 11’ exciter oit aucune clialeur , fi lea deux premiers Ordres pouvoient prendre “ quelque confiance en vous ; mais ils ont la fureur de ne pas être dupes ; ils difent , qu’il faudroit être aveugle pour ne pas voir clairement , que votre projet aux états-généraux , & lorsque vous aurez la force en main par la fupériorité du nombre des députés du tiers-état , est de l’engager à demander fur-le-cliamp l’opinion par tête , d’appuyer cet innovation qu’ils qualifient de dangereuse , par des intrigues puissantes dans les deux premiers prdres , de la confacrer en quelque forte par la voie la plus illicite ( jô ne répondrois pas qu’ils ne difent la plus criminelle ) par des infurrections que vous ne manqueriez pas d’élever dans tout I0 Royaume. L’on fçait bien que c’est lo bon Archevêque , de glorieufe mémoire ^ qui s’est permis le premier L’employer ce moyen vraiment patriotique ; mais iis prétendent , les méchants , qu’ils ont des . preuves que vous les fomentez , 6c qu’au défaut de votre génie , votre feule exis^ tence à la Cour , entretiendroit ces troubles , dont ils ne veulent pas voir la lalutaire utilité ; ne vont-ils pas jusqu’à dire , en parlant ' de vous : ce qu’il disparoisse cet astre malfaisant , & les nuages menaçants qu’il accumule fur nos têtes , vont aussi-tôt fe dissiper; fi le tonnerre éclate , il ne tombera que fur lui; le fo- J.§il de la Erance brjjllera bientôt de lu
plus vive Ivmle^ ^ & Ton Influence bîenîaisante , fera renaître le calme & la félicité dans tous les esprits , comme dans tous les cœurs >3. Vous croyez bien, mon ami , que je ne crains pas plus que vous leurs clameurs ; mais il est de mon devoir de vous en avertir.
C^étoitfa7is doute une grande tâche que
avoir à préf enter aux états - généraux V embaiTas des affaires & des divers moyens qui pouvaient rétablir les finances , mais avec de V harmonie ^ cette tâche s^ allégeait d mes yeux.
De riiarmonie ! Je ne vous ferai aucune réflexion fur cette pbrafe , parce que je vous avouerai tout bonnement que je ne Dentends pas , mais elle n’en est pas moins admirable , 6c j’ai trop vécu dans votre fociété , pour ne pas fçavoir que dans ce cas là qui ne m’est pas nouveau , l’enthoufîafme doit fuppléer à l’entendement : ainfî vous pouvez compter fur moi.
«c L’on compte en faveurde l’opinion qui réduit le nombre des députés du Tiers-Etat, à la moitié des Repréfentants des deux autres Ordres réunis ... ».
Ne me fçahez pas mauvais gré , mon ami , fi jè reviens encore une fois fur les louanges qui fvous font dues ; mais je ne connois pas un morceau mieux fait , que celui où vous dif butez avec tant d’impartialité 6c de bonne foi les raifbns pour. 6c contre votre avis ; la francliife 6c la faine logique y percent de toutes parts ; 6c je me plais à m’arrêter un moment fur cctte partier de votre exbellent Rapport, g
to
5®. Im majorité décidée des Notables i
Oui ^ très-dëcidée mallieiirenfement, car die n’étoit pas de treize contre douze , cette majorité , j’ai oui dire qu’elle étok à pen-près de cent quinze contre trente,
c’est bien quelque cliofe.
so. Une grande partie du Clergé & de la NobleJJe.
Certainement très-grande ^ cela est affez prouvé par ce qu’on vient de dire ; mais vraiiémblablement tous ces gens-là n’avoieiit pas le fens-commun:^quand onporte une épée, ou un rabat, peut-on valoir queb que choie ?
3o« Le vœu prononcé de la Noblesse de Bretagne.
Oh i Oui , très - prononcé , 6c je crains bien qu’il ne loit très-foutenu , car cette IN oblesse , qui n’est pas trop bête , malgré fon état , il faut en convenir, a une fureur de rester Noblesse, qui n’est réellement pas pardonnable, 6c je la trouve d’autant plus dangereufe, que, dans les ocçalions, elle lait fe conduire avec lagesse , fans jamais rien perdre de fa fermeté.
4° . Le fentiment connu de plufieurs Magistrats , tant du Confeil du Roi que des Cours Souveraines,
V oilà de belles autorités ! des Confeillers d’Etat , des Premiers Préh dents , des Procureurs - Généraux , est-ce que tout cela s’entend en affaires ? Est-ce que ces têtes-là font meublées de principes , de connoilfances ? est-ce qu’elles font capables d’ application , de recherches ? Aileis ? allez ,
îï
Sfïion atnî , vous avez raifou , il n’y a qn’uît Banquier , Etranger Sc Républicain , qnî puisse fçavoir comment il faut mener la Monarchie Françoife.
5°. Une forte exemple tirée des Etats *de Bretagne ^ de Bourgogne et d’Artois ^ Affemblées divifées en trois Ordres , et od cependant le Tiers-Etat est moins nom-> breux que la Noblesse et Je Clergé.,..^
Unelbrte d’exemple ! Est-ce unexempleÿ ou n’en est-ce pas un-^....... Mais cela est
égal , on l’entendra comme on voudra , ce n’est pas d’exemple dont nous avons befoin, pour confacrer les plus téméraires & par conféquent les plus fuperbes innovations.
6®. Enfin ^ plifieurs Princes du Sang:
dont les fentiments fe font manifestés d’une maniéré pofitive.
Eh î de quoi le mêlent- ils ? Comment ^ ces héritiers du Trône font assez peu philofophes , pour ne vouloir pas devenir les égaux des Savetiers & des Fiacres f O loi de nature , qu’êtes- vous devenue ? Comment, ces Princes osent s’intéresser à cette antique & par conséquent méprisable Noblesse î Ils osent produire un Mémoire un peu fort de choses à la vérité ^ mai^ rempli de cette vieille raison > de ce gothique honneur^ de cet attachement furanné au chef de leur petite famille , de tous ces fentiments passés de mode , que nos peres appelloient autrefois des vertus î Ne leur passez pas cela , mon ami / eh ! qu’est-e© que cela leur fait , disiez-vous avec tant d©
ftistesse ? Ail î qne ce raoî est plein de fen$ Sc de lumières I
Mais c’est assez nous occuper de la défaite des vaincus , passons à la fupëriorite des moyens lur lefquels vous avez fondé il folideinent votre gloire.
1». L^avis de la minorité des Notables.,^
( Mon ami , vous fçavez que je fuis ‘vrai , ic’est la feule façon de vous imiter 6c de vous plaire ; eh bien ! je vous donne ma parole que voilà la première fois de ma vie que j’entends citer Tavis de la minorité des
Juges comme favorable au plaideur]
entre lefquels on compte plufieurs perfonnés distinguées par Leur J^ang dans laNo^ blesse & dans le Cleigé. Ah I j’entends , il n’y avôit que des polissons & des imbécilîes dans la majorité , je m’en doutois bien , 6c d’ailleurs cela est assez public.
. il ’ opinionde plusieurs gentilshommes
fuin^ étaient pas dans V assemblée des nota^ les. Cette raison est bien bonne , mais je îie fçais fi je me trompe , je ne la trouve pas assez péremptoire , car il me semble qu’à toute rigueur on pourroit dire qu’il y en avoit missï plusieurs qui n’étoient pas plus de l’assemblée des Notables , 6c qui cependant osoiexit" avoir un avis absolument contraire à cette imposante miiio-; rite ,
3^, Le vœu des trois ordres du Dauphiné, Ah ] ceux-là ce sont nos chefs de meute , mais je crains que cela ne soit un peu .trop ^ connu pour faire effet.
^ . La demande formée par diverses com*
missions ou bureaux intermédiaires des ad^
ministrations provinciales Aîi ! mon
ami , avec quelle adresse vous vous êtes procure ce moyen ! c’est bien là qu’on reconnoît le grand Administrateur ! Ils ont beau dire que cela ne prouve rien , puisque le tiers domine entièrement dans toutes ces assemblées ; que vous avez envoyé des gens de lettres , ou de confiance dans tout le Royaume pour souffler les demandes & même les insurrections ; que c’est une intrigue criminelle & qui mérite toute l’animadversion des loix : qu’est - ce que tout cela fait , pourvu qu’on réussisse ? ne font-ce pas là vos principes ? vous voyez , mon ami , que je ne les ai point oubliés qu’on reconnoisse donc enfin que votre morale & votre philosophie ne sont fondées que sur la plus naive & la plus pure de toutes les vertus.
^Demande que ces administrationv
auraient vraisemblablement appuyée ^ si elles avaient tenu leur séance cette année ^ Vous l’avouerai- je ? Ils ont osé rire & hausser les épaules en lisant cette phrafe.
5®. induction qu^on peut tirer de Fan--
' eienne constitution des Etats de Languedoc & de la formation récente des Etats da Trovence ^ de Hainaut ^ oh le Tiers-Etat est en nombre égal avec les deux autres •Ordres, Vous fçavez que les gens prévenus voient toujours tout de travers; ils d-isent qu’il faut avoir bien peu de moyens , # pour en opposer d’aussi foibles, & qu’il n’y a pas même ddnduction à tirer de ces nouveaux Etats , comme la Provence & le
fïâînatit , puisqu’ils ont été formés par votra auguste prédécesseur ^ sur les traces duquel vous marchez avec tant de complaisance 6c de servilité ; ils sont fous , mon ami ; que Voulezvous que je vous dise , ils sont fous.
6^. Le dernier arrêté du parlement de Taris ^ &c.
Ah I nous les tenons donc enfin ces gens à perruques & même à longs cheveux, ces suppôts éternels du Gouvernement monar*chique , ces fléaux redoutables des Ministres audacieux , nous les prenons par leurs propres paroles, que pourront - ils nous
dire ? Ma foi , je n’en fçais rien ,
mais je parierois encore .pour eux.
7®. En^n y & pdr~dessits tout^ les adresses sans nombre des Villes & des Communes dit Toyaume ^ & le voeu publie de cette vaste partie de vos sujets ^ connus sous le nont de Tiers-Etat* Prenez-y garde, mon ami, na prétendent-ils pas que les adresses de toutes ces villes ne sont point du tout le vœu di* Tiers - Etat ? Ils vont jusqu’à dire que les campagnes n’y participent en rien, de qua vous trompez indignement le Roi , en lui présentant^ comme le vœu libre de vingttrois millions d’hommes, ce qui n’est que l’effet de la séduction , employée yis-à-yis des municipalités du Royaume, composées des plus terribles ennemis du véritable Tiers- État , puisque tous ces Echevins & ces Praticiens qui crient si haut, ne s’occupent toute leur vie qu’à faire retomber le poids des impôts sur les campagnes , pour s’y soustraire eux-mêmes avec autant d’adresse quo
â’infustice. Concevez-vous qu’on ait l’au^
dace de soutenir cette opinion? Eh bien ' elle le propagera.
Je jwurrois ajouter encore ce bruit sourd de / hurope entière, qui favorise confusé. ment toutes les idées d’équité générale. Un brmt sourd; . . . . . Mon aâi , yous me
faites peur ... Ma foi , ce bruit sourd s il existe , est fi sourd , fi sourd , que ie «018 qu il n est entendu que de mosquito (i) & de vous ; & ,e vous avoue que plus j’dcoute. .. , & plus je m’apperçois qu’il n y a que’ votre imagmation & vos intrigues qui /ara-’ risent confusément toutes vos idées. Pour" * équité générale , elle est dans tous les cœurs , meme dans ceux de nos ennemis • nous ne pouvons pas nous le dissimuler , & malheureuleîïient ils nous désarment à cet egard.
L’oncite contre l’admission régulière du J. lers-Etat, dans un nombre égal aux deux premiers ordres réunis, l’exemple de 1614. è’ deplusieurs tenues d’états précédents: les lettres de convocation portoient un de chaque ordre. Eli.' mon Dieu, oui; ces niaUieureux notables ont été faire’ cette decouverte :je crois qu’ils voient à préfent
peine épargner la
Votre Majesté ayant assemblé les notablés de son Royaume, tif leur ayant de-
Çonnue ayenmns , pièce fort
ïé
mandé leurs avis, tromeroit siirement une éorte de satisfaction 6” de comenance f suivre l’opinion qu’ils ont adoptée a fa grande pluralité des voix-, d serait agréable à votre Majesté de pouvoir donner une marque de déférence à une assemblée com- VQsée de personnes reconimandabiBS a tan ^de titres, €> qui, en discutant les questions-soumises à leur examen , se J fit Livrées'avec zele ^- fincérite a la^ recherche du point de décifwnle plus juste & le plus conforme au bien de l Etat. Mon ami , vous leur faites trop de compliments a ces notables ; je fçais qu’ils sont pénétres de a reconnoissance qu’ils tous doivent , je TOUS assure que vous n’ aviez pas besoin d répandre sur eux de nouvelles laveurs, pour vous les attaclier sans retour. ^
, On peut dire que les deux premiers or^ dres sont liés au Souverain par leur superiorité mêmesurle troifieme , puisque cette supériorité est maintenue par toutes Les ofadations des temps, dont le Monarque est à la fois le conservateur & le dernier terme. Je crois que vous auriez pu vous dispenser de rappeller ces vieilles idees; malheureusement pour nous , il y a des certaines gens qui ne s’en souviennent qua
* \)n présume que le tiers-état, en mettant un grand intérêt à être égal en nombre aux députés des deux premiers ordres, annonce^ le dessein d’amener les états- generaux a délibérer en commun. Hélas! il ne s endoutoit pas le pauve tiers-état, d’avoir cette pre- ■ 1 ^ tenuon;
tentîon ; maïs pôHvoit-il rëiïster anx efforts infatigables êc répétés de votre génie , qui lui commandoit de s’en saisir.
O/i croit que le tiers-état, & alors on Vap^ pelle /^Peuple y estsouventinconsidéré dans ses prétentions , & que la première une 'Jois satisfaite , une suite d autres demandes pourront [i] se succéder ^ nous approcher insensiblement de la démocratie. Oui vrai» ment on a la bêtise de croire cela ; j’ai beau leur dire : mais lisez donc les écrits de tons les philosophes & de leurs adhérents , de toutes les corporations, de toutes les municipalités , enfin tout ce qui nous vient de Bretagne , & voyez avec quelle sagesse vraiment touchante le tiérs-etat s’exprime & fe conduit y tout cela ne les fait point revenir de leur opinion : pour moi^ je vous avoue que je ne le comprends pas; au reste, il est bon de vous avertir d’une chose; vous sentez bien qu’ils ne peuvent s’en tirer que par des subtilités ; imaginez-vous qu’ils font des distinctions dansle tiers-état* Celui du Direc* leur , disent-ils , ce sont les Echevins des villes & leur cohorte ; de celui-là nous n’en faisons pas grand cas : le nôtre , c’est le peuple intéressant Sc nombreux des campagnes ; oh ! pour celui-ci , nous le chéris?* sons , & nous sommes prêts à tout sacrifier pour son bonheur. Comme tous ces sens-là voient en petit I ils n’ont pas cette hardiesse
[i] Une fuite pourront.
meurs font û négligents i
Ces Impri-»
Sit génie qui présente , sans hésiter^ îapîné petite partie pour le tout.
'Peut-être même que la plupart des Jiom* mes de cette derniere classe serait plus à la suite des seigneurs ecclésiastiques &ldiques avec lesquels Usant des liens de dépen-» dance. Cela vous arrivera, mon ami, "celât •irous arrivera, prenez-y garde , & souvenezvous alors que c’est moi qui vous Fai prédit.
Pnj^in les deux premiers ordres connais* sent mieux que le troisième la Cour & ses orages \ & , s^ils le voulaient ^ ils concerte* raient avec plus de sûreté les démarches qui peuvent embarrasser le ministère ,fati* guer sa constance ^ & rendre sa force impuis* santé. Pourriez-vous croire qu’on y penlé ? Ah) je vous assure qu’on est bien loin de là : tout le monde n’est-il pas enchanté de vous ? Ne craignez rien; on fçait trop qu’un grand homme comme vous est invulnérable , indestructible , inattaquable même ; ( il est vrai qu’un grand général a dit que ce dernier mot n’étoit pas français ) .
Pe titre des lettres de convocation de i6i 4, '&des pjxcédentes assemblé es nationales ^est contraire à la demande dutiers-état\ maisles faits y font favorables ^ puisqu^ en ré alité ^ le nombre des Piéputés de cette claffe de Citoyens a toujours paffé la troifiejne partie du nombre général des Piéputés. J e ne crains qu’une choie , mon ami , c’est que ces deux premiers Ordres , que nous trouvons toujours dans notre chemin , n’aillent conclure de cette plirale , que puisque le Tiere-Etat est parvenu à faire fano.-
tîonner fa dëfobéissance ^ en y mettant une opiniâtreté iuivie , fes freres aînés peuvent très-bien fe permettre d’employer le même moyen , fans qu’on ait le droit de les en empêcher»
«c Au commencement du quatorzième liede , Pliilippe-le-Bel , guidé par une vue Amplement politique , a pu introduire le Tiers-Etat dans les Assemblées nationales ^ Votre Majesté , à la fin du dix-liuitieme ^ déterminée , feulement par un fentiment d’equité , n’auroit-elle pas le droit de fatisfaire au vœu général des Communes de fou Hoyaume, en leur accordant un petit nombre de Rem-éfentants de plus qu’elles n’ont eu à la derniere tenue ^ époque loin de nous de près de deux lîecles »,
Cet intervalle ^ dites-vous , a apporté de gi^ands ckangemens à toutes chofes. Nous ie voyons bien; mais je meurs de peur^ tout ce que vous venez de dire ne foit un peu hafârdé» Ne feroit-ce pas avec le confenîernent des Evêques & des Barons , que Philippe - le - Bel a fait introduire le Peuple dans les Assemblées nationales ?
Cela feroit un peu différent : quanta moi3^ |e vous crois comme mon propre pere.
Par-tout les âmes Je font animées, les ej^ pritsfefont exhaussés. Les âmes ie font ani-* mees I V oilà , par exemple , de ces images neuves & lublimes qui pi^Quvent bien la lupériorité de l’homme divin qui les rifque» E Academie , fur laquelle vous régnez fi delpotiquement , va fans doute enrichir fon Dictionnaire de cette magnifique exprel^
Îl0'
îion ; maïs ^ grand homme que vous êtes J comment n’avez-vous pas completté cett© audacieufe figure de Rhétorique , en ajoutant , les efprits fe font efprités ? Je ne Vous reconnols pas à cette réferve fi fervée ; c’est à votre ingénieux génie qu’il appartient de confacrer par des tournures fi bien tournées^ des nouveautés fi fans Vous arrêter à des ufages trop généralement ufités.
<c La caufe du Tiers -Etat aura toujours pour elle l’opinion publique , parce qu’une telle caufe fe trouve liée aux fentiments généraux , les feuls qu’on peut manifester hautement '
Il est bon pour les Princes , le coup de patte ^ mon ami ; voilà leur paquet ; cela prouve bien qu’il n’y a que de petites idées & même de la bassesse dans leurs âmes comme dans leur mémoire : allez , allez, toute la France en est bien perfuadée.
cc Seroit-il abfolument égal que le Tiers- Etat obtint de Votre Majesté ou des deux autres Ordres de fon Royaume , le fuccès de fes follicitations , 6c peut-il être indifférent à Votre Majesté d’être la premiers à lui accorder une justice ou un bienfait 33.
Ne craignez=vous!*pas qu’on ne vous dife qu’il n’y a ni justice^ ni bienfait Ao. ce genre, que le Roi puisse accorder fans l’aveu des états-générauxj il est le gardien de la conftitution,mais est^l bien le maître de la changer de fa propre autorité ?
«c La déclaration généreufe que viennent de faire les Pairs du Royaume 3?.
Bien , mon amî , c’est très-bîen cela; vous île citez que les Pairs , parce que leur démarche estfoible,inhgnifîante pourlesdroits de la Noblesse dont ils fe iéparent, Sc forcée par l’exemple des Princes ; Sc vous ne parlez point de ceux-ci , parce qu’ils fe font montrés lés premiers avec autant de générolité que de force. Perfonne n’entend mieux que ^vous le renverlement des faits & des idees pour parvenir à fes fîns : point d© quartier pour nos ennemis.
ce On place encore ici une réflexion : la défaveur auprès des deuxpremiers Ordres, peut perdre facilement un Ministre. Les mécontentements du troifieme n’ont pas cette puissance , mais ils affoiblissent quelquefois l’amour public pour la perfonne , du Souverain w, ’ '
Nous y Toilà donc enfin arriyés, à ce clieL d œuvre d audace , de conféqueiice & de genie. Eh ! bien , mon ami , les François ne Tont pas fi bêtes que je croyois , je n’en trouvé pas un feui qui ne faifisse fur le champ votre idée , & qui n’en admire la vaste profondeur; permettezà l’enthoufiafine qu elle^ m infpire , d’ofer me mettre un moment a votre place , il est fi beau de vous reprefenter , ne fut-ce qu’un leul instant , que jem en glorifierai toute ma vie; je monte donc comme vous dans la Chaire de vérité , je m’entoure de toutes les trompettes de la renommee,&je m’écrie: ce Peuples, écoutez- » moi ,*c est a 1 Europe entière que je parle ; fouverains , tremblez à ma voix; fentez donc enfin toute votre force , auguste
tiers-état ; abjiirsz à jamais ce respect iiî^ feiisé qui vous enchaîne depuis h long:temps aux volontés d’un feul homme ; foulez aux pieds de ces deux ordres inlbîents ^ qui peuvent chasser tiii Ministretel que moi; mais vous portez plus haut vos généreux efforts , faisissez-\^ous des armes que je vous confie ; qui pourra déformais résifter à vos nombreux efforts? V ous feul , oui , vous feul pouvez détrôner
les Rois, marchez, & fuivez-moi
Mais que vois- je ? les applaudissemens
des philofophes n’enlevent pas les vôtres ! un morne filence m'annonce une désapprobation générale ! vous vous rassemblez auteur de votre roi , tous vos regards fe tournent fur lui ! vous le chérissez , vous le défendez ! malheureux , qu’allez-vous faire ? un murmure d’indignation s’éleva de toutes parts ! vous me dénoncez à ces vils tribunaux , vous brifez mes autels , vous me précipitez du Trône où vous
m’aviez placé f ^3 Mon ami, fauvons-
nous à Geneve J il ne fait pas bon ici pour nous.
Mniin le vœu du tiers-état , quanti il est unanime , quand il est conforme aux principes généraux d'équité ^ s^ appellera toit* jours le vœu national.
Je ne nie pas que les principes généraux d^ équité J ne foient d’écrafer fon prochain , quand on le peut ; puisque vous le dites, il faut que cela foit ; il ne m© reste qu’un embarras : fi le tiers-état fait feul la nation , que font donc les ecclé-
sîastlqiies êc les notables , car qneîqtie vils J quelque brutes qu’ils Ibient , mallieureusement ils ont l’bonneur d’être hommes , Sc puisqu’ils existent , il faut bien qu’ils fassent partie de la nation dont ils lont ; mais il ne faut pas que cela nous arrête, regardons-les comme nuis, c’est plus court, Sc puis dans lîx mois, ils n’existeront plus, car ces gens là ne fçavent pas le défendre.
Fotre Majesté y quia lu attentivement tous les écrits remarquables publiés Jur la question fournis e à fon jugement ^ aura préfentes à V esprit toutes les considéj^a-lions qui ne lui font pas rappellées dans ce Mémoire,
Vous avez voulu dire tous les écrits favorables à votre avis personnel; car quelqu’impartial que foit notre bon roi , je le défie bien d’en avoir lu d’autres ; vous y avez mis bon ordre , 6c vous avez très-làgement fait ; vive la liberté de la presse I
Je penfe décidément que V. M. peut 6c qu’elle doit appeller aux états-généraux îin nombre de députés du tiers-état égal en nombre a.ux députés des deux autres ordres reunis >3^ Vous ne fçavez donc pas , mon ami , qu’il y a des enragés qui prétendent que le roi ne le peut, ni ne le doit.
35 Que 1 on ait pris de vaines allarmes , que l’on conçoive de faux ombrages, V.
M. les dissipera, en fe montrant le gardien des droits de tous les ordres deflbn
Hoyaiïme.,....,,.,... ce feroit faire tort an'^ lentimeiis élevés de la noblesse , ce feroit mal juger de Fesprit de justice & de paix^ qui appartient au clergé , d’imaginer une résistance de leur part , dcc. Ils vous disent à cela que leurs allarmes ne font point vaines y que les ombrages qu’ils conçoivent ne font point fauæ , de que la roi , ne fera point le maître , tant que vous ferez le lien ; l’extrême confîanca en vous , mon ami , n’est pas encore établie dans ces deux ordres, mais vous faites tant de cliofes pour eux , que cela viendra sûrement : jufqu’à présent , la noblesse & le clergé n’ont pas bonté d© dire que les fentimens élevés , que vous accordez au premier de ces ordres , & i esprit de justice , de paix , que vous ne refufez pas au fécond, n’exigent point du tout d’eux de fe "laisser traîner dans la boue ; quelle abfurde opiniâtreté !
>3 La maniéré la pius,raifbiinable de répartir mille députes entre lès différents ordres de l’état , feroit peut-être d’en accorder deux cents à l’ordre du clergé , trois cents à l’ordre de ]a noblesse , 6c cinq cents au communes du royaume a?.
Je vous conçois bien , mon ami, ceci n’est fait que pour mettre de la divifion entre les deux premiers ordres : on fçait même que vous faites ligner un mémoire à vos fiippôts de la noblesse , pour demander cette inégalité / c’est bien fait , cela ne peut qu’augmenter le trouble 6c l’anarçbie , 6c le trône qu’on vous prépara
Cl$
Î>are , ne ie fondera folidement qne fur e malheur public & la confufion géjaérale.
35 On a rendu compte à Votre Majesté des diverfes modifications qui pouvoient concilier ce doublement du tiers-ëtat avec une forte de ménagement pour rancienno teneur des lettres d© convocation : ces lettres appelloient aux états-généraux ^ un de chaque ordre ; ainsi on auroit pu maintenir la même formule , en répartissant rélection de la moitié des députés du tiers-état , entre les villes principales du royaume 33. -
, Tenez, mon ami, vous sçavez que je suis franc avec vous ; vous ne vous faites pas illusion là-dessus , jamais vous ne leur ferea comprendre que ce doublement du tiers-état puisse se concilier avec Fancienne forme des lettres de convocation ; ils disent qu’elles doivent établir l’égalité entre les ordres , qu’il n’y a pas d’exemple qu’elles se soient expliquées autrement , êc qu’en changer la forme , c’est évidemment changer la constitution; ils ajoutent, qué vous l’auriez changée de même , si vous aviez multiplié les bonnes villes , au point où vous l’annoncez; que voulez-vous? ces gens-là ne rêvent que constitution; mais je ne vois pas pourquoi vous vous donnez tant de peines pour leur persuader çde vous ne vous en écartez pas* Eh î pourquoi ces détours ? ils sont indignes de vous , mon ami j à votre place , jeleur dirois franchement, votre vieille constitution ne vaut pas le diable , puisqu’elle^
me déplaît, 8c je yeux vous en' donner iiuê? toute nouvelle , qui ne ressemble à rien ; alors tout seroit ditj Faccepte qui voudra,- & la conçoive qui pourra.
>5 Dans la circonstance où se trouvent les affaires publiques , toute modification nouvelle , qui n’aura pas été motivée , ou par tîn principe évident de justice , ou par f^expression générale de F opinion publique , oxposeroit peut-être à des contradictions difficiles à surmonter.
Toujours cette opinion publique \ je fçais bien quelle ne peut jamais être qu’en votre faveur ; cependant il ne faut pas se dissimuler qu’elle est volage , cette opinion , quelquefois elle échappe au moment où l’on croit la tenir , il ne faut qu’un ouvrage mai fait où l’on remarque de la mauvaise foi^ des phrases mal écrites, des prétentions exagérées ^ une vanité révoltante , des assertions séditieuses , pour perdre en un instant tout le fruit de ses intrigues : vous ne vous trouverez jamais dans ce cas là , cela îFest pas douteux / mais , mon ami, le bien est Ji difficile à faire ^ ôc le monde est fî méchant î Oh ! pour moi , je ne veux plus y vivre , ces gens-Ià finiroieiit par me pervertir , & je tiens à ma bonhommie.
>5 C’est sous une telle forme qu’il faut livrer à la garde du temps une délibération,
SCC. 35.
Mon ami, j’ai bien peur que le tems ne parde mal tOTites les nouveautés que vous lui confiez; il est fi vieux, qu’il pourroit bien retourner à ses anciennes habitudes,^ j
^ >3 Le tiers- état doit considérer ; sa • Que les nobles choisis par lui , pour ses représentants , ne pourroient abandonner ses intérêts sans s’avilir >3.
Oli ! cela n’est point à craindre ^ j’en connois de bien refpectables , sans doute ^ (jni se meurent de chagrin de cette tache de noblesse dont l’aveugle destin a souill^ leurs ancêtres , & qu’ils ne peuvent effacer y, malgré leurs généreux efforts.
» Qu’il est dans la noblesse plusieurs per-* SÆ)nnes auffi zélées pour la cause du tiersétat , & aussi habiles à la défendre que les^; députés choisis dans ce dernier ordre»
Zélées ! elles a’y feroient hacher ; jugez mon ami , de l’empire de votre génie , vous, avez élevé les âmes à un point , qu’il ne suffit plus d’être populaire , il faut être pulace ^ pour pouvoir s’estimer soi-même avec quelqu’ apparence de bon sens.
II y anroit quelque convenance de la part du tiers- état , à ne pas excéder les bornes raisonnables de la défiance y & à voir ainsi , sans regret, l’admission de quelques gentilshommes dans son ordre y fi cette admission avoit lieu par l’effet d’un choix parfaitement libre. On reconnoît Cn toute occasion ceUe ame sensible & bonne ^ on veut toujours croire que votre penchant ne vous porte pas vers la noblesse \ mais qu’on lise donc avec quel intérêt , avec quelle compassion vous sollicitez les bontés du tiers- état pour ces pauvres Nobles; je vous avoue , mon ami , que jé ne fer ois pas fi tendre y 6c j,e crains bien que la majesté du
tîers-état ne s’avilisse en daignant admettra à ses assemblées cette race odieuse et méprisable , le soutien des campagnes et Flionneur d’une monarchie dont il faut détruira jusqu’au nom.
Si les privilèges pécuniaires qui séparent les intérêts des diverses classes de la société étoient une fois supprimés , le tiersétat pourroit indifféremment choisir un gentilhomme ou un autre citoyen 33. Sans doute, il faut espérer que tout sera confondu ; en tout cas fi cela n’arrive pas , nous n’aurons rien à nous reprocher 33.
Il n’entrera jamais dans l’esprit du tiersétat de chercher à diminuer les prérogatives seigneuriales ou honorifiques qui distinguent les deux premiers ordres , ou dans leurs propriétés, ou dans leurs personnes 33. Comment pourroit-on le croire? Toute© que nous voyons , tout ce que nous liions , tout ce que nous entendons est ü rassurant , que cette crainte feroit par trop chimérique ,* cependant , mon ami, foyons francs , fi nous imaginions que cela, ne pût jamais entrer dans l’esprit du tiersétat , nous ne pousserions pas les choses auisi loin; mais foyons tranquilles , notre armée est trop bien conduite pour s arrêter en fi beau chemin.
« Que ces Députés à leur tour ne penfent jamais que ce foit par le nombre ni par aucun moyen de contrainte.. . . . qu’ils peuvent obtenir le redressement des griefs de leurs constituants 33. Ne fommes-nous pas bien mallremreux , mon ami ?- feule lois
peut-être que nos ennemis fe rapproclient de la loi naturelle , il faut que ce foit pour nous contrarier : ne prétendent-ils pas que le nombre 0,^1 le plus fur de tous moyens de contrainte'^. En vérité , ces gens-là ont' ïine façon de voir dont je ne reviens pas.
C^est à lui de croire aux vertus de forir IRoi, Eli I quel est le François qui pourroit n"y pas croire ? V ous Tavouerai-je, mon ami, ce font les yôtres qui trouvent encore par-ci par-là quelques incrédules. Vous‘ î’çavez mieux qu^un autre que de toutes les vertus , la foi n’est pas la plus aifée , la raison s’y prête avec peine , il faut fe pénétrer d’un faint aveuglement dont tout le monde n’est pas capable , & rien n’est ii rare que les vrais croyants.
C’est à l’ordre de la noblesse de ne pas fe livrer à des alarmes chimériques. Qûe^ voulez-vous ? cela n’a point de courage , cette noblesse , cela le fait des chimères.. d’un rien^* elle veut absolument
voir fa destruction dans vos arrangêmens , elle la croit jurée dans votre cœur, Sc nécessaire à vos projets comme à votre orgueil ; on ne guérit point de la peur.
» Ah ! Sire encore un peu de temps , Sc tout fe terminera bien Bien , oui , je l’espere , & je ne fuis pas le feul ; il faut bien que la vérité perce , de les méchants feront confondus : ah 1 comme vous triompherez alors , mon vertueux ami !
33 Vous le retrouverez ce bonheur, Sire, vous en jouirez
Qtre le Ciel vous entende , c’est le vaeti de tons les bons François; il ne lui faut qu’un moment de courage , à ce bon Maître que nous chérissons tous , pour afliirer fa tranquillité , fa félicité , comme celle de tous fes fujets.
35 Vous commandez à une nation qui fçait aimer j, Sc que des nouveautés politiques , auxquelles elle n’est pas encore faite , distraient pour un temps de fon caractère naturel 55.
Les ^ enragés qu’ils font ! ne difent-ils pas qu’ils ne s’y feront jamais , à ces nouveautés foi-disant politiques ? ne les qualifient ils pas d’innovations anti-monarcliiques? En vérité^ mon ami^ ces gens-là ne valent pas la peine que vous vous donnez pour eux.
I 35 Votre Majesté veut encore prévenir de la maniéré la plus efficace , le déforrlre que l’inconduite ou l’incapacité de fes ministres pourroient introduire dans fes finances 33.
Ail l fans doute , cette volonté d’un Mo* narque bienfaisant, doit ajouter à l’aiiiour comme à la reconnoissance de fes fujets , mais il est du devoir d’un grand ïninistre , comme vous , de lui repréfenter que l’inconduite <Sc l’incapacité ne consistent pas feulement dans la dissipation Sc dans l’ineptie : un ministre , par exeinple J qui ne connoîtroit de moyens d’administration , que de tout bouleverser ^ de fouffler par « tout le feu de la discorde^ de mettre la puissance dans les
SsÎatuÎ
ir fon roi grands ponranéan-
mille fnÎQ ’l inconduite
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^ue celle de tous les prëdëcesseiir*; -
«n ministre qui ne fonder^oitTfes proTe ;
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^flexiins, c^;;?r::,rreuC To^ ^pe?
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miner "‘^‘«-généraux à exa-
.’e^t élevée ^Tes^eTtSySeT
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tend’enTÿlf :>f ^"pré-
mieux plîcJe i"“ais eu^de
» Votre Majesté est impatiente de rece-
voir les avis des états-ge'néranix , fur I* melure de liberté qu’il convient d accor-
der à la presse
Je ne vois pas> mon ami, qne vous 'ayez besoin de cqnfulter perionne lur cette mefure , perfonne ne la connoit mieux que vous ; licence fans bornes pour ' tous les écrits qui font en notre laveur , enlèvement & prohibition de tous ceux •qui font contre nous; éblouir le vulgaire par les mots , le tyrannifer par les choies , telle est la fcience du grand Admmistrai
» Vous ne craindrez point de leur donner une stabilité qui puisse produire la confiance, & les mettre à l’abri dune variation dans les fentimens des rois vos
fuccesseurs 35. -, a j
■ Grâces vous foient rendues, o grand homme ! au nom de tous les rois prel'ents & à venir; quelle est brillante, la perlpectivê que vous leur pllrez , louverain législateur de l’univers ! Qu ils fei^ tent donc , à la fin , ces monarques U fiers, qu’il Ibrit nés pour oben & non pour commander ; que c’est évidemment leur intérêt , & que la philofophie moderne leur décernera la couronne de i immortalité , quand ils le rendront les esclaves, & non les maîtres de leurs lujets, l’avoue que cette idée juste & neuve , me pénétré d’admiration’; & delormais le fort de Charles 1er. me paroit bien plus digne d’envie -, que tout l’éclat de la puissance de Louis-le-Grand.
• ^ Le rôi ne fe refufefa point" anx fk* Crifices qui pourront assurer le bonlieui? public ; nos enfants penferont de même ^ s'ils font fages ; 6c s'ils ne l’étoientî
i)as , le roi auroit rempli un devoir , en eur impofant quelques gênes.
- Eelles 6c louables paroles que je priai Sa Majesté > avec émotion ^ de me per^ mettre de retenir*
Sans doute cet éîàîi de boiité d^üîië rein# aimable 6c lensible , ne peut qu’exciter la reconnoissance de tous les françois; mais je reviens à vous* Je vois bien ^ mon ami^ que vous avez voulu vous justifier de cet amour effréné de la liberté qu’on vous lupt pose f 6c l’on ne peut plus vous en accuser , car il est impossible de pousser la fournis-^ cion plus loin ; mais comme ils veulent toujours vous attaquer , même dans les choses qui font le moins fusceptibles d# l’être , ils prétendent que demander la permission de retenir , est une absurdité , attendu qu’il n’y a pas de puissance buïnaine qui foit en état de vons en empêcher : ils disent encore que vous atlries mieux fait de demander la permission de les répéter ^ ces paroles , avant de les im^* primer , 6c que peut-être******** Mais , mon ami , prenez garde ^ je vous en prie ^ k toutes ces petites négligences de style 6c de bon fens; je fens bien que cela est audessous de vous , mais foyez sûr que vous avez autant d’ennemis que de prôneurs ; c’est tout dire, 6c l’on prend garde à tout^ A propos, j’ai encore conseil à vou#
B-ôîïîiùTé Nô Yotis ouvrez pas tant avec tou* tes les personnes qni vont vous parler : on dit que c’est une li grande abondance de paroles de votre part , qu’à peine peuton placer un mot. ' De la réserve , moiî ami, de la réserve : on fuppose toujours que les gens qui ne parlent point , pensent beaucoup davantage ; il est vrai qu’on fe trompe fouvent ; mais cela en impose toujours aux fots, de par conséquent à vos ennemis.
» A la construction d’un édifice inébran^ labié de prospérité de de bonheur ».
Vous auriez peut-être pu retrancher un de ces deux mot^ , car il y a bien des ^ens qui pensent qu’ils présentent à-peu-pres la même idée.
» Mais en secondant les dispositions généreuses qui ont été manifestées par les prin-
ces ». -
Prenez garde , mon ami , ceci a l’air du remords ; vous aviez si justement passé s^ous filence le nom des princes , dans un endroit de votre rapport qui paroissoit l’amener si Naturellement : ah je ne vous reconnois pas à cete reculade , & je laisse à votre con» fcience à vous le reprocher. '
9) S er oit-il possible que des craintes fpeculatives , que des raisonnements prématurés vinssent mettre obstacle à cette harmonie , sans laquelle les assemblées nationales ne sont plus propres à seconder l’administration? Est-ce dans un moment décris© qu’il faut se désunir? est-ce au moment où l^’iACendie a gagaé rédiSce, quil fautpert
dre du temps en vaines disputes? Eh quoi f les François, qu'on a vu fléchir dans d'autres temps devant la simple parole d'un ministre impérieux , n auroient-ils de résistance qu’aux tendres efforts d'un roi bienfaisant ? Àh ! que chacun de vous soit tranquille. Oserois-je leur dire ; le plus droit, le plus intégré. des princes environnera de son esprit Tes délibérations des états - généraux ; 6c son désir le plus ardent , c'est que la prospérité de l’état ne soit due qu'au zele empressé de tous les ordres du royaume. Toute défiance anticipée seroitune véritable injus^ tice. Hélas ! en d'autres temps , on se fût approché du trône avec transport^ pour inscrire dans un registre national les déterminations de votre majesté , Sc pour recevoir d’elle ces gages de bonheur d'une voix unanime & d'un commun accord. Non, je ne désespere point qu'un pareil sentimWt ne renaisse encore , <Sc qu'un nouvel ordre de choses, joint à l’impression des vertus de votre majesté , & aux douces ôc sensibles inclinations des François , ne triomphe enfin de cet esprit de désunion, que de malheureux événements ontseméaumilieudenous
mais qui se perdra dans une suite de beaux jours dont il me sera permis de voir l’aurore »,
Ah mon ami , comme on empoisonne les meilleures choses ; voici comme ils osent parodier çes superbes phrases : il est mab heureusement impossible çue des craintes trop bien fondées que des raisonnements lju il est £res-press@ de faire ^ ne viennent
|5âs mettre oLstacle à eette liarmotiie ; $ans laquelle les assemblées nationales n© îsont plus propres à seconder l’administra^ tion. Est-ce dans un moment de crise , qu’il ' faut désunir les citoyens ? est-ce au moment; ' où l’incendie est prêt à gagner l’édifice , qu’il faut élever des disputes indispensa- ' blés? Eli quoi! les François , qu’on ne verra jamais apporter la moindre résistance aux tendres efforts d’un roi bienfaisant , serontils obligés de flécliir dans tous les temps devant la simple parole d’un ministre impérieux? comment pourrions - nous être tranquilles ? Oserons - nous le dire ? Le audacieux, le plus intriguant ministres environnera de son esprit les dé*, libérations des états-généraux; &son désir le plus ardent , c’est que la grandeur ne soit due qu’au zele empressé de tous lesr ordres du royaume. Toute défiance antici^ pée est une véritable justice^ quand c’est un N,.,., qui tient les rênes du gouvernement, 33 Hélas ! en d’antres temps , on se fût approché du trône avec transport , pour réunir dans un registre national la détermh nation de votre majesté , et pour recevoir d’elle ces gages de bonheur d’une voix unanime & d’un commun accord. Nom , ne désespérons point qu’im pareil sentimentne renaisse encore, Sc qu’nn nouvel ordre de choses 5 jointes à l’impression des vertus de votre majesté, Sc aux douces 6c sensibles incliBations des François , ne triomphe en* fin de cet esprit de désunion que des mN
matrcê perycrs qîU smÿJ au milieu mm ^
mais qui se perdra dans une suite de Tbeau^t jours , dont il nous sera permis de voir Taurore , quand un roi, justement severe, voudra reprendre tout fon éclat, en éloignant de lui ce génie fombre ôc malfaisant qui s’efforce d’obscurcir le trône , de d’inculper fes plus fermes foiitiens , pour les engloutir ^ avec le fouverain , dans l’abîme fans fond que fon orgueil de fa méchanceté leur préparent.
Je vous connois trop ^ mon ami, pour croire que vous puissiez vous effrayer de toutes ces gaietés4à; vous n’en marcherez que la tête plus liante^ & vous ferez bien; c’est l’attitude qui convient le mieux à la folidité de votre position, comme/ à la fupériorité de vos talens,
, . , . , c€ Les abus 6c la plupart des exercices journaliers de l’autorité , dérivent le plus fouvent de l’ascendant des ministres, y Tout le monde convient avec vous que l’ascendant luccessif des ministres conduit fort mal l’autorité ; on lui fait faire beaucoup trop d’exercice de tous les fens ; car il h’y a rien de fi fatiguant, que d’aller 6c venir perpétuellernent,. On finira^ 4i&ent-ils , par user toiit-à-fait le tempérament robuste' de cette monarchie, qui résiste depuis tant de fiécles à ces influences ministérielles à ces maladies politiques, dont les lymptômes fâcheux fe renouvellent en ce moment ^ par l’insalubrité l’air que nous respirons depuis quelques années. Il est temps de le purifier ; formons - nous de fbiides abris contre ce^
vents rnal - fains , dont qnelqnes-nns fouf^ fient depuis long-temps du côté de la mer ; d’autres , depuis deux ans^ êc ce font les plus dangereux^ du côté d’une cour dont nous respectons , mais dont nous oson^ plaindre les augustes maîtres ; vents orageux êc terribles , qui ne changent quo pour fe fuccéder , & dont les ravages affreux portent par-tout le trouble êc la désolation , énervent nos forces , détruisent toutes nos ressources , êc vont bientôt nous réduire à l’existence lapins précaire , la plus foible êc la plus maineureuse.
ce Mais 11 votre majesté arrête fon attention fur le présent êc fur l’avenir, fi elle y réfléchit avec ce jugement impartial & modéré qui fait un des caractères remarquables de fon esprit ^ elle verra que dans le plan général dont elle s’est formé l’idée , elle ne fait qu’assurer firaplement l’exécution de la première êc de la plus constante de fes volontés , l’accomplissement du bien public; elle ne fait qu’ajouter à Tes vues bienfaisantes , des lumières qui ne font jamais incertaines , lorsqu’elles viennent du résultat des vœux d’une assemblée nationale bien ordonnée : alors votre majesté ne fera plus agitée entre les divers fÿstêmes de fes ministres ; elle ne feraplus exposée à revêtir de fon autorité une' multitude de dispositions , dont il est irapoffible de prévoir toutes les conséquences^ elle ne fera plus entraînée à foutehir' les actes de cette même autorité , long-temps
encore après le moment où elle commence a douter de la perfection des conseils qui lui ont été donnés ; enfin , par une feule application grande & généreuse de la puissance fouveraine , par un feul acte d une confiance éclairée , yotre majesté, en s’environnant des députés de la nation , fe délivrera pour toujours de cette fuite d’incertitudes ôc de balancements , de défiances ôc de regrets qui doivent faire le malheur d’un^ prince , tant qu’il demeure fénîîble au bien de l’état êc à l’amour de fes peuples. Les déterminations que votre majesté a prises, lui laisseront toutes les grandes fonctions du pouvoir fùprême ; car les assemblées nationales , làns urt guide , fans un protecteur de la justice , fans un défenseur des foîbles , pourvoient elles-mêmes s’égarer ; <Sc s’il s’établit dang les financés de votre majesté , un ordre immuable , fi la confiance prend l’essor qu’on peut espérer, fi toutes les forces de ce grand royaume viennentà fe vivifier, votre majesté jouira dans fes relations au-deliors ^ d’une augmentation d’ascendanî; qui appartient encore plus à une puissance réelle & bien ordonnée , qu’à une autorité fans réglé. Enfin quand votre majesté arrêtera fon attention ou fur elle-même pendant le cours de fa vie , ou fur la royauté pendant la durée ^des fiécles , elle verra que fous l’une 6c l’autre considération , elle a pris le parti le plus conforme à la fagesse. Votre majesté aura le glorieux, l’unique , le falutaire avantage de nommer à fayang^
îe conseil cte fes fîiccesseiirs ^ ês ce conseil fera le gënie même d’une nation ? gënio qui ne s’éteint points êc qui fait des pro*^ grès avec les £écles ; enfin les bienfaits àù Votre majesté s’étendront jnsques fur 1© caractère national ; car en le dirigeant habituellement vers l’amour du bien public, elle appuiera ^ elle embellira toutes les qualités morales que ce précieux amouï inspire généralemeiitè
33 Enfin, fi par des révolutions imprévues,' l’édifice élevé par votre majesté venoit à s’écrouler * ji les générations fuivantes ns Vouloient pas du bonheur que votre majesté leur auroit préparé , elle auroit fait encore un acte essentiel de fagesse , en calmant, ne fût-ce que pendant fon régné, cet esprit de dissention qui s’élève ds toutes parts dans foïi royauine.
33 Cependant , fi nne différence dans nombre des députés du tiers-état , deve-* noitxun fujet Ou un prétexte de discorde; fi l’on contestoit à votre majesté le droit de donner une décision préliminaire demandée avec tant d’instance ^ par la pluâ grande partie de fes fujets , êc qui confervs ien entier les usages constitutifs des étatsgénéraux ; û chacun fe livrant à une impa-f tience déraisonnable , ne v oui oit pas attendre de ces états-généraux eux-mêmes, la perfection dont chacun fe forme une opinion différente ; fi l’on ne vouioit faire aucune attention à l’embarras dans lequel fé trouve le gouvernement , 6c au milieu de la fermentation préfente , 6c au milieu
<3e ce combat des usages de de réquîte ^ des formes de de la raison; enfin, fi cnacnix mécontent de çe qui manqueroit à les désirs, non pas pour toujours , mais pour l'instant le plus procliain ^ perdoit de vue le bien durable , auquel il faut tendre ; fî par des vues particulières > on clierchoit à retarder l'assemblée des états«généraux , & à lasser l'honorable constance de votre majesté , de fi votre volonté , Sire , n'étoie pas fuffisante pour vaincre ces obstacles , je détourne mes. regards de toutes ces idées , je ne puis m’y arrêter ,, je no puis y croire alors cependant quel conseil pourrois-je donner a votre majesté f Up leul , de ce feroit le dernier , celui dè iacrifier à l'instant , le ministre qui auroit eu le plus de part à votre délibération. » Peut - on fe dévouer avec plus de franchise de de générosité ? Quel morceau !
mais , hélas ! fi vous faviez de quelle mamere ces cœurs endurcis qui croient voua connoître, osent l'expliquer de l'entendre^ écoutez , de frémissez i ce mais fi votre majesté arrête fon attention fur le présent de liir l'avenir , fi elle y réfléchit avec ca jugement impartial de modéré qui fait un des caractères remarquables de Ion esprit^ elle verra que dans le plan général , dont on lui présente l'idée ^ elle ne fait qu’assurer fimplement l'exécution de la première de de la plus constante de mes volontés , l'accomplissement de mes projets ambitieux de criminels ; elle en fait qu’oppofer àfes vues bienfaisantes j des lumières
totijolîrs Incertaines, k)rsqu’elles viennent du résultat des vœux d'uné assemblée nationale mal ordonnée ; alors votre majesté ne fera plus agitée entre les divers iystêmes de lés ministres , parce que la place d’administrateur - général Sc inamovible de la nation^ que je vais faire créer én ma faveur , me rendra feul le maître de l’état , Sc le vôtre. Elle ne fera plus exposée à , revêtir de fon autorité une multitude de dispositions dont il est impossible de prévoir toutes les conséquences , parce que vous n’aurez plus d’autorité.
Elle ne fera plus entraînée à fôutenir les actes de cette mince autorité , long-temps encore après le moment où elle commence à douter de la perfection des conseils qui lui ont été donnés , parce que vous n’aurez plus rien à fôutenir , plus de conseils à demander , vous n’aurez que mes ordres à prendre. Enfin , par une feule application grande de généreuse de la puissance fouveraine par un feul acte , d’une confiance furprise , votre majesté , en s’environnant des députés de la nation , que je vais faire élire à mon gré , dont je disposerai comme il me plaira , par le fecours de mes intrigues de de votre argent^^ que j’accumule à cet effet ; votre majesté , dis-je , s’environnera pour toujours de cette fuite d’incertitudes de de balancemens , de défiances de de regrets qui doivent faire le malheur d’un prince , tan^ qu’il demeure fensible au bien de l’etat de à famour de fes peuples ^ feusibdù^ qu@
jfe n’excite , que pour en faire le tonrmenç du reste de vos jours ; les déterminations que j’ai fait prendre à votre majesté , lui laisseront toutes le grandes fonctions du pouvoir iupréme , c’est - à -dire , le lever Sc le couclier , qu’autrefois j’avois voulu proscrire, mais que je vous rends généreusement, les processions de l’ordre du Saint-Esprit , 6c le grand couvert ; car les assemblées nationales ^ làns un guide , fans un protecteur de la justice , fans undéfenfeur des foibles , en un mot fans moi , poufrqient elles -mêmes s’égarer , 6c s’il s’établit dans les finances de votre majesté un ordre immuable , comme mon existence , fi la confiance prend l’essor qu’on peut espérer de mon mérite, fi toutes les forces de ce grand royaume viennent à fe vivifier par ma réputation , votre majesté perdra dans fes relations au- dehors cet ascendant qui n’appartient qu’à une puissance réelle 6c bien ordonnée , 6c qu’une autorité fans force 6c fans considération ne pourra dans aucun temps con^ server ni reprendre. Enfin quand votre majesté arrêtera fon attention ou fur ellemême pendant le cours de fa vie , ou fur la royauté, pendant la durée des fiécles, elle verra que fous l’une 6c l’autre considération, elle a pris le parti le plus conforme ^ à mon ambition , mais le plus contraire à fon existence , ainsi qu’à celle de fon auguste postérité. Votre majesté me donnera le glorieux , Tunique , le brilmnî avantage de nommer, à l’avenir, 1©
conseil de fes fuccessetirs , Sz €0 conseil fera le génie même d’une nation ; génia qui tend heureusement à s’éteindre , de dont la décadence que je hâte autant qu’il est en moi, fait de fi grands progrès dan» le fiécle où nous fommes. Enfin les erreurs , que je présente à votre majesté- Comme des bienfaits ( l’unique maniera de les lui faire adopter , ) s’étendront fur le caractère national car en
le dirigeant habilement fur l’administration , j’étoufferai , j’anéantirai toute» les qualités morales & charmantes qu’un© nation vive , mais foumise , fpîrituelle , mais légère , fensible , mais exagérée ^ n’avoit employé jusqu’à présent pour fon bonheur , qu’à maintenir fà gloire Sc fà tranquillité. Enfin fi par des révolutions imprévues^ l’édifice élevé par moi venoit à s’écrouler , fi les générations fùivantes ne vouloient pas de cette effervescence perpétuelle que je leur aurois préparée , j’aurois fait encore un acte essentiel de folie , en excitant , en fomentant , ne fût - ce que pendant le régné do votre majesté , cet esprit de désunion y. qui s’élève de toutes parts dans le royaume , de dont l’europe entière êz les Cèdes à venir ne comprendront pas que j ^aie pu développer le germe fous le meilleur de le plus vertueux des rois. Cependant, fi une différence dans le nombre des députés du tiers-état devenoit , non; pâs
un prétexte , mais un fujet légitime da^
discorde j fi 1 on me contestoit de m’arro».
fer ên votre nom le droit de donner nnè ëcision préliminaire que je fais demander avec tant d’instances par la plus grande partie de vos fujets , ce qui détruit entièrement les usages constitutifs des étatsgénéraux ; fi chacun le livrant à une impatience très - excusable ^ ne vouloit pas attendre de ces états - généraux eux-mêmes la confusion dont chacun fe forme xine opinion différente ; fi Ton ne voulok faire aucune attention à Tembarras dans lequel un ministre présomptueux ose jetter le gouvernement, & au milieu de la fermentation présente , de au milieu de „ces combats des usages & des innovations, des formes & de la déraison ; enfin fi chacun mécontent de fe voir ôter fon état , nom pas pour l’instant le plus prochain , mais pour toujours , ne perdoit point de vue Ip malheur durable dont il faut fe préserver; fi par des vues patriotiques êc raisonnables , on cherchoit à ne pas Succomber fous la puissance d’une assemblée d’éfatasénéraux , formée contre toutes les réglés de la constitution , de à lasser ma pernicieuse persévérance ; de fi ma volonté , fous laquelle tout doit fléchir , n’étoit pas fuffîsante pour vaincre ces obstacles , j’aimQ mieux détourner mes regards de ces idées, ^ue de les fixer fur mon humiliation; j’aime mieux m’en distraire que dem’y arrêter; j’aime mieux en croire ma vanité que les apparences : alors cependant quel conseil pourrois-je donner à votre majesté, un feul , ( de c est le feul bon , ) celui de fa- «rifîer à Vimtmt , fi yows le mi*
iiistre qui aiiroit eu le plus de part à votre délibération. »
Voilà , mon ami , comme ils arrangent ■ votre rapport; je crains de vous avoir ennuyé , par la multiplicité des preuves du vif intérêt que je prends à ce qui vous regarde ; mais comme il est bien connu que ,vous aimez à lavoir tout ce qui le dit , tout ce qui fe fait , j ai cru vous rendre fervice en vous avertissant de toutes ces méchancetés; au reste tous ces efforts feront vains , & je me plais d’avance a vous 'voir arriver aux états - généraux , trame fiir un char de triomphe par ces illustres échevins, qui représentent li bien la nation romaine , & conduisant , enchaînés à votre fuite , cette foule de barbares , connus fous le nom de princes, de clergé , de noblesse & de magistrature , ces opiniâtres foutiens de la royauté chancelante , ces téméraires enhemis du protectorat lalutaire ^ vers lec^uel vous avancez a grands pas.
Je fuis ,