[Lettre au maire du Québec] [microforme]
Depuis la rédaction de ma lettre daté du 8 du courant dont je vous ai fait tenir à chacum comme aux journaux et à quelques personnes une copie — le Comité des Finances a fait un rapport dans lequel pour donner gain de cause à la corporation il a l'air de croire que ma réclamation est pour avoir travaillé après mes heures de bureau, comme de 4 à 5 et 6 heures de l’après midi. Le comité dit qu’il espère que je comprendrai une fois pour toutes, “ Once for all”, que les heures dites “ de bureau ” ne regardent que le public et non les employés.
Et bien Messieurs, je refuse de comprendre, je ne comprendrai jamais ni “ une fois pour toutes, “ Once for all” ni même quand on me le répéterait tous les jours ou dix fois par jou que la force fait la loi.
Un pareil langage à mon adresse est des plus insultant ; car que l’on sache : si je suis à l’emploi de ‘2 cité, je ne suis point son valet. Je suis citoyen comme vous tous et, je ne tolèrera jamais qu on me parle de la sorte : “ Once of all”.
Non Messieurs, je ne veux point comprendre que nous sommes ici en Russie ou dans un pays de tyrants, et, j'espère que le Conseil de Ville de Québec ne laissera point souiller ses archives par l'adoption d’un semblable rapport, par une résolution déclarant, —car l'adoption du rapport y équivaudrait — que l'ingénieur de la cité s’il le faut, et quand il le faudra, et tous les jours de l’année si c’est nécessaire y compris les fêtes et les dimanches travaillera pendant les 24 heures de . chaque jour. Plus que cela Messieurs, car le rapport du Comité des Finances ne veut dire rien autre chose : si pour faire l’ouvrage de la corporation, il faut de l’aide à l'ingénieur de la cité, il y dévouera au besoin une partie quelconque de son salaire, son salaire tout entier, s’il le faut ; deux fois et trois fois le montant total de son traitement, si pour faire tout ce que la corporation se plaira de lui demander cela devient nécessaire.
Voilà Messieurs, et je vous défie de lui prêter une autre signification, voilà la conclusion du rapport dont il s’agit.
Non Messieurs, ce n’est point cela, ce n’est aucunement cela et au contraire s’il s’agissait de ce que l’on peut appeler “ heures additionnelles ordinaires ” {ortinary after hours) comme de 4 à 6 heures, je n’en dirais rien, et de fait je n’en dis rien et n’en demande point le paiement puisque tous les jours ouvrables de l’année ce sont précisément ces heures là que je tiens dans les bureaux de la Corporation ou à l'extérieur quand il le faut.
Je ne demande point cela parce que je sais que si on me l’accordait, tout juste que ce serait, cela donnerait lieu à de semblables réclamations de la part de tous les autres employés qui ont parfois et souvent à outre passer l’heure ordinaire du départ — 4 heures.
Mettra-t-ou au nombre des heures additionnelles ordinaires, celles que je dévoue tous les matins à visiter avant déjeuner les travaux de la cité afin d’être à mon bureau à 9 heures à Ja disposition du public. Si je n'avais pas à cœur les intérêts de la cité sortirais-je ainsi tous les matins de 64 à 84, scutiendra-t-on qus je sois cbligé de travailler les dimanches et les fêtes — non, on ne le dira point, on n’osera point le dire, on aurait honte de le dire; mais on le fait, on m'y oblige, on m’y force en me refusant comme on l’a toujours fait l’assistance nécessaire pour venir à bout de la
besogne.
Le travail pour lequel je réclame aunjourd’hni paiement, est un travail de la sorte. Ce n’est pas un travail fait entre 4 heures et 6 heures, mais fait la nuit après les séances des comités des chemins et de l’aquedne, et poussé fort avant dans la nuit, le plns souvent jusqu’à 2 et 3 heures du matin ; c'est un travail, je devrais avoir honte de le dire, mais on m'y force, c’est un travail fait après une basse messe, les dimanches et les fêtes, poursuivi pendant la journée tont entière, pendant la nuit de ces mêmes fêtes et dimanches et souvent jnsqu’an lever dun soleil du lend2main. Voit-on maintenant si j'ai bien droit de dire que le comité des finances voudrait me forcer à faire tont cela et à continuer de le faire, et engager le conseil de ville en adoptant le rapport à déclarer qne le comité à raison et que de fait je dois travailler, non-seulement après les heures de burean — mais avant les heures de bureau, et à la veillée, et la nuit, et jusqu’an lendemain matin, s’il le fant, et les dimanches, et les fêtes, et les dies-non tels que le Mercredi des Cendres, le Vendredi Saint, le Lundi de Pâques, la fête de la Reine, le Dominion day et les autres fêtes légales de cette sorte, pendant que tout le monde sauf moi-même est à se promener, s'amuser, se récréer.
Non, M. le Maire, Messieurs. Il n’est pas possible que ce soit cela que vous exigiez de moi. Ce doit être assurément dans un moment d'inattention que le comité des finances a rédigé un pareil document.
Fixez, si vous le voulez les heures à 9 ou 10 sur les 24 au lieu de 6 et 7, maïs de grâce ne dites point que pour les employés de la Corporation de Québec il n’y a point d’heures de bureau comme voudrait vous le faire dire le rapport.
Ne faissez point entrer dans vos minutes une pareille résolution faite pour des esclaves.
Quand un homme persiste comme je le fais depuis tant d’années, croyez-le Messieurs, c’est | ju :
qu’il a droit.
Il s’agit aujourd’hui de mon rapport sur le nouvel aqueduc présenté en 1881 et remarquez que même si je l’eus fait pendant mes heures de bureau, la chose eut-elle été possible, mais elle ne Pétait point, j'aurais encore en droit de me le faire payer, puisque ma qualité de gérant du vieil aquedue ne comporte point les connaissances d’un ingénieur ; et de fait vos ci-devant gérants Lloyd, Shorediche, Meredith ne l’étaient aucunement, pendant que pour une étude sur le nouvel aquedue il fallait un ingénieur, et ce n’est poiat comme ingénieur hydraulicien que je suis à l'emploi de la cité mais seulement comme simple “ Ingénieur pour les fins ordinaires ” ce qui est tout autre chose.
J'ai donc en ceci un double droit d’être payé de mon travail et suis persuadé que le Conseil de vilie doit maintenant le comprendre.
Quant à mes émoluments, en ma qualité d'ingénieur du nouvel aqueduc, j'ai déjà eu occasion d’en écrire au Maire dès le mois de juillet dernier. Le comité de l'aqueduc m'a requis il y a quelques semaines passées de leur faire part de mes prétentions à ce sujet. Eh bien, mes prétentions, comme toujours sont plus que modestes, puisque le taux ordinaire de rémunération d’un ingénieur est de cinq par cent, pendant que je ne demande que le quart de ce traitement; de même que ce que je demande pour mon dit rapport de 1881 est tout juste aussi, en tenant compte de tuon travail comparativement à celui que Baldwin a du dévouer au sien en 1860, Keefer au sien en 1875, tout juste, dis-je encore, le quart du prix proportionnel payé à chacun de ces messieurs.