‹ Lettre aux finissants d'un collège classique de cette province sur le devoir d'un examen au point de vue tuberculose [microforme]Chapitre 1 sur 1 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Lettre aux Finissants d'un collège ciasslique de cette province, sur le devoir d'un examen au point de vue tuberculose.

La eruinte de la tubereulose est le connaencement de lu sagewse,

R, P, HUGOLIN (De lu mort à la vie)

NOTE DE LA REDACTION.—La lettre que nous publions ci-dessous est écrite par un élève à son ancien professeur de Philosophie, 11 Jui demande de la lire aux élèves finissants nfin de les convainere de l'importance de consulter un médecin compétent, après avoir terminé leurs études, pour savoir que est l'état de leur santé. Nous savons tous quelles sont les occasions multiples d'infection et de contagion dans nos collèges, comme dans toutes les aglomérations d'individus. Comment pouvons-nous les prévenir, et, plus turd, y remédier si, comme notre jeune ami, nous en avons subi les atteintes malheureuses?...

Notre correspondant a voulu faire oeuvre utile, C'est dans ce but que nous publions cette lettre remplie d'observations judicieuses et pratiques à propos de choses vécues,

Le directeur à qui elle fut adressée s'empressa de la lire, 11 remercia l'auteur et le félicita de son acte courageux, tout en regrettant qu'il en fût la victime,

Nous avons déjà préconisé l'examen médical de tous les élèves de nos collège avant d'accorder leur admission, afin d'écarter les malades qui en contamineront d'autres. Nous le préconisons du nouveau, Cette lettre est une preuve de fait en faveur de notre mesure.

Et combien d'autres qui meurent un pen chaque jour à lu suite d’une contamination classique !

Mes bien chers amis,

Vous avez pu apprendre ma mésaventure, et comment je suis réduit à un long repos; mais vous ignorez probablement que, dès les premiers jours, votre pensée me soit venue et la résolution de cette lettre.

Je me disais que si, en moi, le finissant de J..... avait pu prévoir le patient de L......, la prévision lui aurait certes rendu le service — à agir comme je veux vous induire — de n'être ici. Permettre que l'expérience vous serve et que vous Pévitiez, est la raison très cordiale de ma lettre.

L: prem'ère parole üe mon médecin sous le coup de la stupéfactior. et indéniable constatation, fut: “Pourquoi n’es-tu venu me voir dès la sortie du collège?” Et mon silence était lourd de tristesse.

Depuis, j'ai entendu mes compagnons répéter qu'ils ne voient d'autre cause à leur malheur que de n'avoir été pris à temps, Toujours: “Pourquoi ne sommes-nous allés chez le médecin, il y a quelques mois, ilyaunan?” Pouquoi, ah! pourquoi? regrets inutiles, mais dont la raison pourrait prévenir ceux qui ne tiennent à devenir des tuberculeux — ot il n'y a pas à y tenir,

Elle est très simple. Hobustes, et même dans le cas contraire convaineus d’une résistance physique illimitée, nous ne sentions le besoin de consulter un médecin, La pensée ne pouvait seulement nous effleurer,

Prenez mon cas. Il est typique et porte à réfléchir. Fils d'un médecin qui s'occupe précisément de tuberculose; étudiant en médecine et déjà habitué à l’idée de la tuberculose, puisqu’au collège j'ai parlé d'hygiène et de crachats; ne fumant pas, ne buvant pas, une poitrine bien développée et des muscles saillants un peu partout; eafin tout ce qu’il fallait, semble-t-il, pour n'échouer dans un sanatorium ; cela explique que je me sois cru comme immunisé ; que, l'été dernier, j'aie souri d’entendre mon père attirer mon attention vaguemeñt, à l’occasion d’un “petit froid”. C'était presque nr'insulter, Voyons, douter?... Je me sentais si bien, je me savais tant d'activité; enfin, on se sent ou on ne sent pas !

Dans de telles dispositions — les vôtres, mes chers amis, si ce n’est quelques variantes — comment songer à aller voir un médecin, à le consulter sur une évidente santé ? Quelle ::onie.

Pourtant, si je l'avais fait, si nous l’avions fait, nous ne scrions ici. Mon médecin me l’a affirmé; tout m'en a convaincu. C’est pourquoi, je veux vous pousser à un examen au point de vue tuberculose, et dès la sortie du collège, quelque bien que vous puissiez vous sentir.

Car, en matière tuberculeuse, on ne se sent pas ! Vous ne savez pas, vous ne pouvez savoir par vous-mêmes si votre santé ne récèle, comme ce fut le malheur de la nôtre, le germe d’un processus fatal, d’une infection tuberculeuse, qui risquerait d'autant plus d’aboutir que vous l’ignoriez. Je veux prouver tout à l'heure que courir pareil risque serait criminel; anticipant à la fois mes conclusions et vos dispositions, j’indique de suite la façon de l'éclaircir.

Seul le médecin peut répondre si vous êtes plus où moins prédisposés, ou si, par hasard, vous ne seriez infectés, Et c’est si vrai. que tout médecin ne va diagnostiquer comme cela une infiltration tuberculeuse, au début. à la phase vraiment guérissable. T1 faut s’adresser à un homme aussi averti que compétent, à un spécialiste

Les qui, bien payé — payer plus cher pour économiser — prendra Île un temps de discerner des “petits riens” qui passent, pense-t-on, comsh. plaismmment tout seuls, celui qui ne se passerait pas, qui loin de là ser évoluerait, s’il n'était barré, à la catastrophe d'une tuberculose. er. Et l'heure de la retraite semble propice à mieux entendre ces vérités. Sérieusemet occupés au choix de În vocation, vos méditasie tions vont s'étendre d’elles-mêmes à considérer les moyens qui l'asscoiront dans la réalité, Déjà, sachant comme il est difficile de se er connaître dars nos qüalités morales et intellectuelles, vous vous êtes confiés à un directeur de conscience pour qu’il approuve votre décision. ne Mais vous avez un ct pa. Le corps est le ministre, le geste de l’âme to qui sans lui ne saurait réagir pleinement sur les hommes et les choses. = La noblesse de vos pensées et la générosité de vos sentiments garan- D tissent l'excellence du matériel de votre vie; elles ne sam ivui suffire. at: Pour bâtir, il faut la main d'oeuvre, l'ouvrier, comr {1° t indispen- LE sable de l'architecte, et que vont personnifier vos poss ‘ï" #8 physiques. l'été Pour savoir ce qu’elles valent, nous sommes encore plus inaptes que pe ;x r nos facultés supérieures; et le besoin d’icterroger quelqu'un F8 qui puisse les déterminer s'affirmer davantage. Nous demanderons âté: done à un médecin la vérification d’un facteur si radicalement É nécessaire. A l'exemple de l’artomobiliste prudent qui, avant un 3 voyage, fait examiner la machine même si elle semble fonctionner, s” dans le souvenir aigu que les pannes, le plus souvent, n’arrivent sur ee, le chemin que par une négligence à ne s'être assuré de ce qui paraissait en ordre.

ions et w w % berssicz Si, mes chers amis. des idé us descendons aux faits, regardant par dessus les murs du ollège ! ronde et ce qui l'agite, nos raisons PE d’un examen au poiit de vue tubereulose vont se renforcir. cèle. Mon Dieu! c'est un vaste branle-bas. Nous pensons aux Alle- QUE mands... a uerre anui-boche, si longue, finira avant les guerres rs anti-tubereueuse et anti-alcoolique—qu'elle n'a pas étouffées—sur ee lesquelles au contraire elle a jeté beaucoup de lumière. En prisant jen A plus que jamais les hommes de valeur, elle a montré Pinfluence Ù nocive du bacille et de l'alcool et stimulé contre eux des mesures universelles. En voici des exemnles aux Etats-Unis, Dernièrement, édis- l'Etat de New York, sur la requête de la mission Rockfeller en France, se consentait à ce que son médecin en chef aille, là-bas, étudier le protion blème de la tuberculose et y apporter l’aide américaine. Et la récente HE confirmation par la Cour suprême de la loi Webb-Kenyon — qui nsto :

donne aux états prohibitifs le pouvoir d’enrayer toute importation d’alcool — porte à dix ans, au jugement des experts, le jour où les Etats-Unis seront complètement “secs” par une prohibition totale. Deux faits entre mille. Nous nous allongerions de marquer chacune des manifestations de ces batailles; nous ne pouvons pas ne pas les voir; nous devons les étudier; elles sont nationales, et la victoire seule — notre victoire — perpétuera la race dans son entière vitalité. Pour notre sujet, il suffit de constater leur existence et notre impuissance à les éviter. Letulle, un grand savant français, disait que “ou nous avons été tuberculeux ou nous le sommes ou nous le serons”. A un moment de la vie, nous rencontrerons donc l'infection; une tuberculose latente s’insinuera en nous et, traîtresse, pourra profiter de nos excès pour se développer et s’activer, peut-être au point de paralvser nos activités.

N'est-il prudent de voir dans quelle forme nous allons subir de pareilles éventualités? si elles trouveront en nous une pâture facile ou un soldat armé ?

Partout on prêche l’hygiène, dans la conviction que de se bien porter reste encore le meilleur moyen de n’être malade; on proclame que seul le diagnostic précoce permet de combattre la tuberculose avec avantage. L’obstacle, et partant 1s cause de bien des tuberculoses incoercibles, est qu’au début la maladie peut se cacher sous un physique sain. Et il faudrait, pour que cette santé devint la condition d’une victoire facile sur le bacille, l'habitude de consulter un médecin sans que l'on se sente malade. Que de maux, au moins d’embarras physiques, vous vous épargnerez par l’habitude d’un médecin digne de votre amitié.

Ces persuasions’ générales indiquent déjà l'opportunité, à un tournant essentiel de votre vie, de connaître exactement votre corps, ce qu’il permet et ce qu’il restreint; voici, maintenant, qu'elles vont se transformer en une nécessité, se préciser en un devoir, à des considérations plus particulières: en tant que vous êtes les élèves finissants d’un collège. Brutalement, nous allons constater que ce qui fut le milieu de votre vie, depuis six à sept ans, comporte des conditions avérées de prédisposition tuberculeuse, sinon même les risques de l'infection. Loin de moi l'intention de critiquer: je ne veux que mettre des faits en évidence. Puissent-ils vous parler.

On appelle cause prédisposante à la tuberculose tout ce qui, affaiblissant l’organisme, diminue sa résistance contre le bacille. De

même que le médecin ramène un tuberculeux à la santé, en le plaçant dans les conditions les plus hygiéniques — l'air pur, une alimentation généreuse et saine, un travail modéré; de même dans la mesure qu’il s’en éloigne, l'individu le plus sain marche vers la tuberculose,

Et vous considérez Je collège. N’oublions, mes chers amis, que, si cette phase de notre vie est aussi nuisible à la santé, cela vient d’un état de choses auquel le manque d'argent force nos supérieurs, qui auraient tôt fait d'installer les bâtisses les plus modernes s'il n'y avait qu’à compter sur l’ampleur et la sollicitude de leurs aspirations ;

que cela dépend également, pour beaucoup, de nos négligences et de nos paresses individuelles.

Dès qu’on parle de la nourriture de nos collèges canadiens, c’est entendu, un cri général — qui malheureusement ne peut être infirmé. Si nous payions de neuf cents à mille cinq cents dollars, par année, comme les jeunes américains, la question serait résolue, Nous ne les payons pas. C’est à un prix dérisoire que nous sommes instruits, nourris et logés.” Et les faits, quant au logement et à l’alimentation, demeurent parmi les causes de notre faiblesse. Sans campter avec la manie de manger à la course qui pour les externes gâte le mieux possible de leur situation, et empire la nôtre.

Si nous humons l'air, voilà que s'affirme davantage. Ceux qui montent sans permission aux dortoirs un quart d’heure après la sortie, peuvent disserter sur l'atmosphère putride et suffocant dans lequel ils ont dormi des heures durant. Et les fins d’étude, et la salle de récréation, en hiver? Des faits. . -qui sautent au nez. Il n’y a pas que la raréfication de l’oxygène dans des appartements encombrés et mal ventilés. S’ajoutent les poussières que notre inimitable Emma lève de son balai, et qui, une fois retombées, remontent sous les pas ou parce qu’au lieu d’essuyer nous les tapons du mouchoir, Et s’ajoutent les crachats... ah! les crachats! Laissant l'infection qu’ils propagent si efficacement, contentons-nous pour l’heure de leurs miasmes. Je ne trouve qu’à répéter les expressions de mes travaux d'hygiène au collège. Nos confrères, si estimables par ailleurs, ne crachent pas de l'eau pure; et quand nous souffrons—nous, qu’un crachat sur notre habit soulève de répugnance—qu'ils crachent sur les parquets, nous souffrons en réalité qu’ils nous crachent dans les poumons. C’est souffrir beaucoup et, nous le verrons, c’est risquer davantage.

Peut-être songez-vous que la vie au grand air, sur notre magnifique terrain aux bords de l’Assomption, devrait contrebalancer ce manque d’hygiène. Evidemment, Dans une certaine mesure qui s'exprime par le rapport des heures dépensées au dehors et de celles

un

vécues à l'intérieur. Or, nous comptons cc dernières dans une forte majorité. et elles demeurent un facteur très déprimant, très favorable à la tuberculose.

Un travail modéré. La question de prime abord promet d’être rassurante au collège. Les règlements équilibrent le travail et le repos, et nous n’avons Cure de les déranger par des excès intellectuels. Aux environs des baccalauréats on trouve bien des élèves qui se fatiguent le cerveau; ce sont d’honorables exceptions, et la fièvre sous ce rapport vacille plutôt plus bas que normal. C’est done de nos repos que vient le surmenage, en tant que, par mauvaise hygiène, ils cessent de l'être. Les uns s’adonnent aux sports avec trop de violence ou hors de temps, par exemple de suite après les repas. D’autres s’anémient par la cigarette à outrance. Les ravages de la nicotine ne sont pas à prouver, et l'atmosphère de la tabagie, qui défie toute description et par lui-même constitue nne tare indéniable, les exagère certainement. Dirons-nous un mot de l'alcool ? Des cas se rencontrent qui s’intoxiquent. Mais c’est demain, au sortir du collège, que le surmenage alcoolique deviendra menaçant. Il est bon de connaître la dose précise d'alcool qui alcoolise un homme, si robuste soit-il; qui l’empoisonne et fait qu’il créera des enfants empoisonnés — futurs ivrognes si l’on ne passe la prohibtion — qui, à leur tour. créant de plus maladifs, et ainsi de suite, mèneront tout droit la race à la dégénérescence.

“La dose requise, écrit le docteur Gauvreau dans l’Union Médicale, est de trois onces d'alcool, par jour, pendant vingt-quatre moi consécutifs — plus ou moins — selon la force de résistance ou le degré de faiblesse native de celui qui en use. Il résulte de ces données que l’on peut facilement et sûrement s’alcooliser à l’aide du vin et de la bière, sans en faire apparemment d’abus, sans jamais s’enivrer, pourvu que sous forme de vin ou de bière, l'on ingurgite, pendant les vingtquatre mois consécutifs, les trois onces requis pour s’alcooliser.

“A quoi équivalent trois onces d'alcool ? A un litre de vin ordinaire, type vin de France et non pas vin de table du Canada. A deux bouteilles de bière, type lager et non pas grosse bière.” (1)

Pendant que nous y sommes, mes chers amis, je glisse les propositions suivantes adoptées par la Société Médicale de Montréal, et contre lesquelles aucun blâme scientifique n’a pu être jeté. ;

(1) La science contemporaine soutient avec raison et preuves à

(1) L'Union Médicale du Canada, 1er nov. 1916. Dr Joseph Gauvreau, La lutte contre l’alcoolisme.

édinoi:

eré que e la rvu not-

vin ada.

opo- |, et

reau,

l'appui, que l'alcool, poison surtout du foie et du sysième nerveux, est, en vérité, une substance dangereuse dont les hommes doivent absolument s'abstenir.

(2) Il n’y a pas de boissons hygiéniques parmi les boissons alcooliques.

(3) L'usage extrêmement modéré d’une des boissons fermentées

peut ne pas toujours nuire à certains individus, mais n'est jamais véritablement salutaire.

(4) Pour être en possession aussi complète que possible, à tous, les instants de notre existence, de nos facultés et de nos moyens.

naturels, il faut être d’une rigoureuse abstinence.

Voilà, mes chers amis, des paroles particulièrement significatives à l’heure de la vocation ; elles expriment un devoir qu’il faut accepter généreusement ; et quand demain vous confrontera aux tentations de l’alcool, elles pourront vous retenir et vous aider à en retenir d’autres.

En parlant d’alcoolisme nous n’avons pas perdu notre sujet; nous avons touché à l’une des grandes causes de la tuberculose, à une forme très commune de surmenage.

Aux trois facteurs essentiels — mauvaise alimentation, atmosphère vicié et travail exagéré — il convient d'ajouter des

maladies assez fréquentes au collège. Qui de nous, par ci, par là, n’a déjà pris froid, souffert d’une bronchite ou d'une pneumonie. Ces affections pulmonaires, quand elles ne relèvent d'une infection tuberculeuse, la facilitent assez souvent. Qui de nous encore n’a été forré, sous des poussées intérieures, à “demander la clef” et à “signer des billets” plus qu’il n'est décent ?... Les troubles digestifs, en diminuant les propriétés bactéricides des sécrétions, permettent l’infection par ingestion.

Somme toute, vrilà un ensemble de faits qui devraient vous convaincre que la vie de collège, par elle-même et par nos négligences, présente des conditions prédisposantes à la tuberculose auxquelles notre âge, par la croissance qui exige tant d'égards, nous a indubitablement rendus plus sensibles.

Dans quelle mesure? Plus? ou moins? Nous n’en savons rien. Songez à ma déception, vous rappelant qu’en cette m:'ière on ne se sent pas. Pouvez-vous entreprendre la vie sans plus d’: surances sur

votre machine? Le succès est en raison directe de la connaissance de”

nos moyens. Voilà une ignorance qui serait déjà très vilaine. Comment la qualifier si nous trouvons qu'à notre réceptivité, le microbe a pu répondre et constituer des {uberculeux qui ne le savent pas.

ne

Sans insister on comprend que dans un local comme le collège, et tout le monde crachant, il suffirait d’un ou deux tuberculeux pour diminuer une infection et gfandement la multiplier.

Nous pouvons avoir une certitude morale qu’il existe au collège des tuberculeux actifs. Dans un nombre de quatre cents élèves, le contraire paraît presque impossible. Vous ne le savez peut-être, mais au collège X... l’an dernier, des collégiens ont été, à l'examen médi- ‘cal, reconnus positivement tuberculeux. Soyez convaincus qu’auparavant ils ont dû infecter nombre de confrères. Pourquoi serionsnous privilégiés ?

Faisons une expérience: plusieurs matins, à l’heure de la prière par exemple, observons ceux qui toussent et ceux qui crachent. En dehors des dilettantes et des légers qui varient d’un jour à l’autre, il en est, toujours les mêmes, qui toussent par besoin, parce que quelque chose leur nuit ; et ils crachent sur le parquet ce quelque chose ‘en le tirant de loin. Véritables expectorations Gont quelques-unes, au moins, à l’examen révéleraient du bacille; du bacille que pendant l'étude, tout en apprenant les leçons, vous aspirez paisiblement; du bacille qui profite sûrement, pour s'installer et se développer, des conditions que nous avons trouvées si favorables. Pour d’autres, c’est une toux sèche que vous serez étonnés d’entendre et de ré-entendre. Un rhume qui ne se passe pas. Une bronchite peut-être; peut-être aussi une tuberculose au début. Dans notre cottage, ici, sur quatre jeunes gens, trois commencèrent par un petit rhume qui ne. se passait pas. Voilà, ce semble, matière à réflexion.

Après la prédisposition, nous venons de constater la probabilité assez grande de l’infection. Cela dans un milieu qui fut le nôtre, de longues années. Pouvons-nous jurer en sortir indemnes ? Jusqu’à quel point ? Seul le médecin peut le dire. Votre état physique, vos muscles, l'activité qui vous dévore, ne signifient rien. J'avais tout cela, et, y puisant une confiance inébranlable, je me suis surmené, et me voici au sanatorium. Sur quoi vous basez-vous pour que votre santé ne soit décevante ? Elle ne l’est peut-être ; je le souhaite ; mais vous n’en savez rien. Je suis la preuve indéniable qu’on puisse être malade, et gravement, sans le paraître, sans le sentir.

11 n’est pas d’habitude plus homicide que de recourir au médecin seulement quand on se sent malade. La tuberculose lui doit son renom de fatalité — maladie sournoise qui, s’installant sous un physique trompeur, ne perce au dehors, comme la vermine qui vient de ronger le coeur de l'arbre, que lorsque la fin commence et que «i ce n’est la mort, c'est presque toujouts la paralysie de la vie. Si

vous connaissiez le mal de la tuberculose, ses désespérances, sa mort vivante, Comme ce vers de la comtesse de Noailles dit bien le pauvre tuberculeux qui n’a pas été pris à temps:

Je suis déjà morte puisque je dois mourir.

Ma lettre s’allongeruit si je me laissais entraîner à dire les tristesses et les ruines que sous-eutend un hôpital de sanatorium. Que d’avenirs soustraits, de fiançailles écartées, de foyers amoindris. Quelle tare, mes chers amis, au sein de notre civilisation. Je pense à la guerre et aux boches; quelle autre tare — mais qu’on va laver et assainir, celle-là.

Lisez quelques livres sur la tuberculose, sur l’alcoolisme; des ouvrages scientifiques: c’est épouvantable, Puissiez-vous réfléchir; et dans la conscience de vos prédispositions et des risques d'infection déjà encourus et à encourir, puissiez-vous appré-ier le conseil! d’un examen au point de vue tuberculose, dès la sortie du collège.

Vous le devez à votre vocation, Vous le devez à votre collège. à vos parents, à vos labeurs, à tout ce qui a permis votre aggrandissement moral et intellectuel. Faites qu’il ne soit en vain; vérifiez votre corps, l’agent qui sur le marché de demain réalisera les valeurs d’aujourd’hui.

Je ne puis cesser de me répéter tant ma conviction est grande qu’avoir fait ce à quoi je vous induis le sanatorium ne me verrait, et que ma mère et ceux qui m’aiment auraient ignoré cette épreuve.

Ne dites pas que mon cas est une exception sur une classe entière de finissants. Les autres ne savent rien. Je n’ai appris, pour ma part, que par un ensemble de circonstances providentielles, qui assurent ma guérison, qui me garantissent une vie d'activité et me favorisent d’une exception, en vérité, très heureuse. Ne sachant si vous êtes malades, prenez les précautions ultimes pour que, si le cas était, vous ne soyiez victimes.

Croyez à ma parole, mes chers amis, sentez-en le coeur. Ma lettre par le nombre de pages, est déjà une lettre d’amour. A regret comme si ma plume ne vous avait assez convaincus, je vous laissa avec le mot de de Vigny: “Une belle vie, c’est une grande pensée de jeunesse réalisée dans l’âge mûr”.

A l’heure de la grande pensée, puissiez-vous ne rien iger de ce qui la réalisera. (C’est mon cordial souhait; c’est toute ina lettre.

Croyez-moi votre ami.

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