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Lettre aux religieuses enseignantes du diocèse [microforme]

Nous vivons dans un siècle où le goût de la lectnre est porté à son extrême limite. Si encore on ne lisait que de bous livres, nous pourrions et nous devrions nous en réjouir, car une bonne et solide lecture ne peut que porter les âmes vers Dieu et les maintenir dans la voie du devoir. Mais le monde est aujourd’hui rempli de productions malsaines, de livres immoraux et impies, Malheureussment ce sont ces ouvrages pernicieux qui ont le plus de vogue ei qui satisfont davantage cet appétit déeordonné de nos temps pour la lecture. C’est très déplorable, et vous en gémissez autant que moi. Tent d’âmes, hélas, se laissent séduire par la prétendue beauté de ce fruit défendu, y goûtent avec avidité et sont entrainées dans un malheur souvent irréparable !

Je ne viens pas, mes chères Filles, vous mettre en gard? contre ces lectures funestes, dont vous déplorez tant les tristes et lumentables effots sur les esprits et sur les cœurs, Vous faites violence au Ciel, pour le conjurer de délivrer le monde de co fléau, qui entraîne tant de ruines spirituelles à sa suite. Pour vous, ce n’est pas à ces sources empoisonnées que vous allez puiser, lorsque vous voulez vous instruire et procurer de douces et saiutaires émotions à votre cœur. Vous recourez aux livres ascétiques, qui traitent de vos importants devoirs et des moyens de vous avancer dans la perfection de votre saint état. Vous vous édifiez par la vie des saints, ét vous vous encouragez, en lisant leurs combats, leurs épreuves et leurs victoires, à marcher sur leurs traces et à conquérir la palme éternelle, qui est la seule que vous ambitionnez pour prix de vos immolations et de vos sacrifices,

Vous ne devez pas vous contenter, mes chères Filles, d’a-

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dresser de férveutes prières au Ciel pour demander la cessation des mauvaises lectures. 11 est de plus de votre devoir d’eu inspirer une vive horreur à toutes les personnes aur losquelles vous exercez une action quelconque, et surtout aux jeuncs filles dont l'éducation vous est confifr. Vous les aimez ces chères enfants comme la prunelle de votre œil, et vous travaillez à leur bonheur, Vous parvièndrez à ce noble et saint hut, en les mettant en garde contre les lectnres n0n seulement mauvaises, mais même légères. It est de fait, mes chères Filles, que les lecteurs passionnés de productions malsaines ne sont tombés dans le précipice que par degré. Le démon est rusé et sait prendre son temps pour mieux réussir. On se livre d'abord à des lectures futiles et insignifiantes, puis à des lectures légères, ensuite à des lectures où l'intrigue se mêle à la passion, et finalement à des lectures où les passions se montrent à découvert et dans tout leur enchantement. Telle est la marche progressive de ce mal si déplorable. Que d’âmes se laissent prendre à ces fuvestes pièges de l’ennemi du salut, et combien n'y en a-t-il pas dans l'enfer qui maudissent le jour où elles ont succombé pour la première fois à cet entraînement si fupeste |

Il est de votre devoir, mes chères Filles, d’inspirer à vos élèves de l'éloignement pour toute lecture qui ne les instruiraii pas ou ne les édifierait pas.Ce devoir fait une partie bien essentielle de formation de l'esprit et du cœur, et si,ce qu’a Dieu ne plaise, vous le négligiez ou le mettiez en oubli,vous ne remplirieZ plus la mission si belle et si méritoire que Dieu vous a assignée auprès de ces chères enfants, Il est donc souverainement important que vous surveillisz attentivement les lectures de vos éièves, que 7ous voyiez de bien près à ce qu’on ne leur passe pas des livres, pamphlets ou feuilletons dangereux, que vous vous assuriez que les livres que vous leur meitez vaus-mêmes en mains, soient irréprochables sous le rapport de la doctrine et des mœurs,et qu'ils ne soient pas de sette littérature moitié bonne moitié mauvaise, que le génie du mal a inventée de nos jours, pour

mieux capter les âmes bonnes et simples, et les amener plus facilement dans ses pièges, (C’est un mélange de bon et de mauvais artistement combiné dans ie but de plaire et d’enthousiasmer, maïs qui fait triste brèche à la piété, à cette piété solide et éclairée que les jeunes filles doivent acquérir dans lès pensionnats comme gage de leur bonheur dans la suite de leur existence. Vous me direz peut-être que ces ouvrages semblent très utiles, sinon nécessaires, pour initier vos élèves à la belle littérature et à l’art de bien dire et de bien écrire. Le beau, c’est le vrai, mes chères Filles. Tout ce qui est de nature à éloigner de Dieu, à nourrir le cœur d’affec'ions humaines et charnelles, à inspirer l'amour du monde,de ses vanités et de ses plaisirs, est contre le vrai contre cette fin dernière que Dieu nous a arsignée à tous, et que nous ne devons jamais perdre de vue. Aprliquez.vous, mes chères Filles, à faire de vos élèves des chrétiennes solides en science et en piété, plutôt que brillantes en littérature, en musique et en broderie. Ne vouslaissez pas prendre, je vous prie, par un faux éclat que le monde peut admirer, mais que Dieu rejette.

J'attache une telle importance, mes chères Filles,à ce que dans vor maisons vous ne donniez à lire à vos élèves que des livres qui les instruisent et les édifient, que je veux voir par moi-même la composition des bibliothèques de vos pensionpats, Vous me transmetirez donc aussi prochainement que possible la liste bien exacte des livres de lecture mis à la disposition de vos élèves, tant les livres qui vous appartiennent que Ceux qui peuvent être déposés chez vous par les libraires, avec l'indication du titre du livre, du nombre de l'édition et du nom de l’auteur, Vous devez me savoir gré de cet acte de sollicitude pastorale, qui témoigne que je m'intéresse vivement à vos enfants et à leurs dévouées mai: tresses, Oui certainement, je désire soustraire vos élèves à ua gave danver,et, en même temps, venir à votre aide dans une paitie fort importante de vos fonctions.

Je ne parie pas ici des bibliothèques à votre usage personnel. Je n'ai aucun doute qu'elles ne soient ce qu'elles doi-

vent être. Dans tous les cas, je me repose pour cela sur vos Supérieures qui, dans leurs visites, duivent voir à 0e détail, et éliminer au besoin de vos bibliothèques tout livre qui ne conviendrait pas.

En vous bénissant de tout cœur,mes chères Filles, ainsi que vos élèves et vos labeurs de tous les jours, je demeure votre tout paternellement dévoué en N.-$.

f L.-Z., Ev. de St-Hyacinthe.

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