‹ Lettre d'adieu de Monseigneur l'évêque de Valleyfieldaux conscrits de son diocèse [microforme]Chapitre 2 sur 2 · CHERS JEUNES GENS · texte numérisé non relu

CHERS JEUNES GENS

Vous partez ; la loi vous commande, le devoir vous appelle, et vous répondez, sinon d'un cœur joyeux, au moins avec courage et générosité.

Une bénédiction suprême et les derniers embrassements de vos Parents affHigés, inquiets, mais résignés avec vous, et soumis à la volonté de Dieu, resteront dans votre âme comme le souvenir le plus doux et le plus fort.

Laissez-nous ajouter à ces épanchements de l'affection paternelle et familiale, l'assurance des sentiments dont notre cœur déborde à votre endroit,

Ils ne sauraient vous être indifférents, quand vous savez qu'ils ne font que traduire la tendresse même de Notre-Seigneur, et les préférences de l'Eglise, envers ceux qui, comme vous, ont un besoin plus grand d'amour et de protection,

EN

Aussi bien, nous avons avec vous des liens de parenté spirituelle très étroits.

Vous nous appartenez, non-seulement de par le fait de votre baptême, mais aussi parce que c'est de nos mains que vous avez naguère reçu l'onction sainte qui donne le Saint-Esprit, avec ses grâces de lumière et de force.

Nous vous avons confirmés, Vous êtes nos fils, et nous vous aimons, pour votre âme et dans le bon Dieu, autant que votre père et votre mère.

C'est donc en même temps notre devoir et notre droit de joindre, aux recommandations et aux souhaits donnés à votre foyer, et mêlés aux tristesses du départ, les conseils et les vœux que suggèrent les choses incertaines et périlleuses où vous entrez.

Nos Chers Enfants, cé sera pour vous une consolation bien grande sans doute de vous savoir, durant toute votre absence, l'objet de la pensée affectueusce des vôtres,

Faites en sorte qr'o la joie dans votre âme soit complète, et pour cela ne manquez point d'y établir, ou d'y augmenter l'état de grâce par une sainte confession, puis de parfaire votre union avec Notre-Seigneur Par une communion bien fervente.

Pour cet acte si important, vos parents tiendront, bien sûr, à vous entourer à la sainte table, et à recevoir avec vous ce pain eucharistique, aliment indispensable et soutien de la vertu.

Vous aurez soin, durant votre absence, de retremper souvent les énergies de votre âme dans les eaux salutaires de la Pénitence, et de refaire vos forces avec la nourriture substantielle nécessaire pour un si dur et si long voyage,

Chuque dimanche, quand ce ne sera pus impossible, vous assisterez à la messe, vous reportant par la pensée dans l'église de votre paroisse, où l'on priera pour vous,

Ne manquez point de vous munir de la médaille scapulaire du Mont-Carmel, et du chapelet ordinaire, deux objets sacrés qui ne devront jamais vous quitter, et qui seront comme le gage de la protection maternelle dont la Sainte Vierge vous couvrira partout,

Puisque la décision est finale, et qu'il n'y a plus lieu de regarder en arrière, allez de l'avant, et n'oubliez jamais que, pour tout le temps que vous serez sous les drapeaux, vous portez avec vous l'honneur de votre race, et celui de vos croyances, ce qu'il vous incombe de faire partout respecter absolument.

De grands noms réveilleront pour vous les plus nobles exemples, Vous vous souviendrez de Dollard et de ses compagnons, de Montcalm et du drapeau de Carillon, de Salaberry et de ses braves ; vous penserez aussi à vos frères aînés, les zouaves du Pape, et encore à vos devanciers volontaires dans les Flandres, ces valeureux dont les exploits ont jeté sur le nom canadien un si grand éclat.

Dites-vous bien, comme les Machabées, que la cause pour laquelle vous allez combattre est juste, noble et sainte, et puisez, dans cette conviction intime, l'ardeur et l'endurance qui feront de vous les vaillants défenseurs de votre pays. Elevez jusqu'à la région surnaturelle de l'obéissance chrétienne, la soumission à vos chefs, et l'accomplissement fidèle de tous les devoirs, souvent bien pénibles, qui s'imposeront chaque jour.

Voilà devant vous une voie large ouverte, entrez-y. C'est le chemin qui conduit à la véritable gloire.

Pour:y marcher sûrement et sans faiblir, souvenezvous de votre Dieu qu'il faut prier, et de votre patrie qu'il faut servir, et que pour les deux vous devez être constamment prêts à mourir.

C'est done que la prière devra vous tenir toujours en règle devant Dieu, pour n'être Pas pris au dépourvu. N'ayez pas la seule peur que nous puissions redouter pour vous, celle qu'on appelle le respect humain.

Soyez fiers et sans reproches, et ne craignez jamais de vous montrer ce tue vous êtes, de sincères catholiques.

Soyez de même fidèles observateurs de la discipline militaire, laquelle, forme et fait connaître les vrais soldats,

C'est elle qui garantit contre la défaillance, et donne aux actes toutc leur valeur.

Au reste c'ost une chose bien connue et souvent répétée, que les arméos sont fortes dans la mesure où elles sont soumises au règne d’un ordre rigoureux, qui ne laisse rion perdre du bon vouloir et de l'effort de chacun.

Votre formation domestique, et votre éducation re- Sue sous une autorité paternelle énergique et toujours écoutée, vous ont admirablement préparés à cette abnégation totale qui s'impose à vous désormais, et qui est la base de tout véritable dévouement.

Ai-je besoin de vous dire qu'il faut à tout prix vous garder de l'inconduite, et spécialement de l'intempérance et du libertinage.

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Ces vices honteux et déprimants, tout en offensant gravement le Bon Dieu, et en détournant de vous les faveurs célestes, ne Pourraient que vous amoindrir dans l'estime de vos supérieurs, et diminuer notablement, contre l'intérêt national, l'impor-

Ÿ tance de vos services.

Et puis, combien il serait pénible de VOUS voir revenir avec de vilaines habitudes contractées durant voh tre absence !

Non cela ne sera Point ; vous resterez des hommes sobres, et d'une tenue Parfaitement irréprochable.

Autant que possible ne restez point isolés, perdus au milieu de camarades inconnus, et qui demeureraient Pour vous des étrangers.

À Que le Bon Dieu vous accorde l'immense avantage

de pouvoir vous grouper entre bons amis, venus d'un

| même endroit, soutenus par les mêmes sentiments, et capables de vous aider réciproquement par de bons conseils, et par les services que les circonstances peuvent demander.

| David et Jonathas se sont bien des fois mutuelle-

ment arrachés aux plus terribles dangers,

Mais n'oubliez jamais que le meilleur et le | plus dévoué de vos amis sera toujours le prêtre-au- | mônier, à qui vous ne Manquerez point de vous faire | connaître, et qui, lui-même, ne demandera pas mieux | que de vous être utile en toute occasion.

Enfin, Chers Jeunes Gens, puisque vos parents et

ÿ VOs amis au pays penseront toujours à vous, et vous acCompagneront de leurs ferventes prières, ne les ou-

bliez pas vous-mêmes.

Bien au contraire, ayez soin d'être constamment Pourvus de ce qu'il faut pour envoyer très fréquemment, à votre père et à votre mère surtout, des nouvelles toujours impatiemment attendues.

On recevra vos lettres avec émotion, on les lira en pleurant ; mais ces larmes seront la meilleure consolation parmi toutes les bonnes choses que vous ferez

i On ne manquera pas de vous répondre, chaque fois qu'on saura pouvoir vous atteindre. Et ces lettres venues de votre foyer vous apporteront un puissant réconfort,

Que le Cœur Sacré de Jésus, supplié par le Cœur Immaculé de sa tendre mère, vous accorde la bénédiction que nous implorons sur voi ; En union avec vos chers Parents.

Que cette bénédiction vous accompagne par-

tout ; qu’elle vous protège dans tous les dangers ; qu’elle vous conservé et vous ramène, un jour prochain, tels que vous étiez partis, avec en plus l'auréole qui enveloppe ceux qui se sont montrés, toujours et partout, fidèles et intrépides serviteurs de la religion et de la patrie.

Ce sera pour le plus grand bonheur de vos familles, de vos amis, de tous ceux qui vous aiment, et aussi pour la plus grande joie de celui qui, en vous disant adieu et au revoir, veut se souscrire bien véritablement . dans le Seigneur votre père et Pasteur très affectueusement dévoué,

t JOSEPH-MEDARD, Evêque de Valleyfield.

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