GUILLAUME DE VILLENEUVE
Un noviau Dit ici nous trueve
Guillaume de la Vile-nueve
Puisque povretez le justice.
Or, vous dirai en quele guise
Et en quele manière vont
Cil qui denrées à vendre ont,
Et qui penssent de ior preu fère,
Que jà ne fineront de brère
Parmi Paris jusqu'à la nuit.
Ne cuidiez vous qu'il Ior anuit,
Que jà ne seront à séjor;
Oiez c'on crie au point dujor :
Seignor, quar vous alez baingnier,
Et estuver sanz délaier ;
Li baing sont chaut, c'est sanz mentir.
Puis après orrez retentir
Decels qui les frès harens crient;
Or au vivet li autre dient.
Sor et blanc, harenc frès poudré,
Harenc nostre vendre voudré.
Menuise vive orrez crier ;
Et puis alètes de la mer.
Oisons, pijons, et char salée.
Char fresche moult bien conraée,
Et de Taillie à grant pi en té.
A.PPENDICE. 8i
Or au miel, Diex vous doinst santé î
£c puis après, pois chaus pilez,
Et fèves chaudes par delez.
Aus et oingnpns à longue alaine. '
Puis après cresson de fontaine,
Cerfeuil, porpié tout de venue.
Puis après porete menue,
Letues fresches demanois,
Vez ci bon cresson Orlenois.
Li autres crie par dalez :
J'ai bons mellans frès et salez.
L'aguille pour le viez fer ai.
Or ça bon marchié en ferai.
L*eve por pain, qui veut, si praingne
J'ai bon frommage de Champaingne,
Or i a frommage de Brie ;
Au burre frès n'oublie mie.
Or i a gruel et forment
Bien pilé et menuement ;
Farine pilée, farine.
Au lait, commère; ça, voisine.
Cras pois i a, aoust des pesches.
Poires de Chaillou^, et nois fresches;
Primes ai pommes de rouviau ',
Et d'Auvergne le blancduriau^.
Al balais si com je Tenten.
L'autres crie qui veut le ten * ;
L'autres crie la busche bone
A ij oboles le vous done.
Huiles de nois, or au cerniaus.
Poires de Caillaux, en Bourgogne.
Pommes de Calville roages.
Pommes de Calville blanches.
Mottes à brûler.
8a MARANâ.
Vinaigre qui est bons et biaus, Vinaigre de moutarde i a.
Diex ! a il point de lie là ?
J'ai cerises, or au verjus ; Or à la porée ça jus; Or i a oés, or aus poriaus^ Chaus pastez i a, chaus gastiaus.
Or i a poisson de Bondies ; Chaudes oublées renforcies, Galètes chaudes, es chaudez, Roinssolles ; ça dearées aus dez ^ Cote et la chape par covent, Clerc i son engané sovent.
Cote et sorcot rafeteroie , Et le cuvier relieroie ; Huche et le banc sai bien réfère, Je sai moult bien que je sai fère.
J'ai joncheure de jagliaus*, Herbe fresche. Les viez housiaus^ Les sollers viez, et soir et main.
Aus Frères de Saint Jaque pain, Pain por Dieu aus Frère Menors ; Cels tieng-je por bon prenéors.
Aus Frères de Saint Augustin.
Icil vont criant par matin :
1. Ces pâtisseries se jouaient aux dés. Le soir^ les oublieurs criaient leurs marchandises, qu'ils portaient dans une corbeille recouverte d'une serviette blanche. Les écoliers qui avaient gagné ces corbeilles, dit Jean de Garlande, les suspendaient en guise de trophées à leurs fenêtres. « Precones nebularum et gafrarum pronuntiant se, nocte, nebulas et gafras et artocreas vendendas, in calatis velatis manutergio albo. Calati vero ad fenestras clericorum suspenduntur, perditi senione. » Jean de Garlande, Dictionarius, xxviii,