Lettre de Dr Chiniquy à l'archevêque Fabre [microforme]
Au lendemain du jour où le Bon Dieu. dans sa grande miséricorde, m’a ramené à la vie, après la maladie qui m'avait conduit aux portes de la mort, je vous dois quelques mots.
L'étrange intérêt que vous m'avez montré, pendant ces jours d'épreuves, en me faisant assiéger par vos prêtres et vos femmes dévotes, m'en fait un devoir.
Me voici guéri, Monseigneur ; et si parfaitement guéri que je vous écris cette lettre sans lunettes, malgré mes 86 ans! Ma main même ne tremble pas plus que lorsque je n'avais que 30 ans !
Oui ! me voici parfaitement guéri ! Et cela, sans avoir eu une séüle. goutie..d'eau ‘de, Notre-Dame
de Lourdes! Sans avoir été en pèlerinage à la bonne Sainte-Anne!
Me voici parfaitement guéri, malgré les excommuunications, les anathèmes, les malédictions lancées contre moi par les évêques et les prêtres de Rome, depuis plus de 30 ans !
Et ce qui doit le plus vous étonner, ainsi que tous les catholiques romains que vous gouvernez, c'est que je n’ai pas eu une seule de vos médailles, ni un seul de vos Scapulaires, ni même un petit bout de ces cierges bénits que votre Eglise vend pour la modique somme de quinze à vingt-cinq sous, afin de chasser le mal et me ramener à la vie !
Mais pour vous empêcher de penser et de dire qu’il n’y a que le diable ou quelque sorcier qui puisse être venu au secours d’un si grand criminel, laissez-moi vous dire comment cette guérison s’est opérée.
Puissez-vous vous-même, et chacun de nos chers Canadiens que vous dirigez dans les voies trompeuses du romanisme, vous servir de la même recette, lorsque la maladie vous clouera sur un lit de douleurs.
Dès le jour où je brisai les liens qui m'enchainaient aux pieds des .idples.de. Kome pour ne sui-
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vre que les enseignements de l'Evangile, je me mis sous les soins du plus grand, du meilieur des médecins
Son nom est Jésus! Ilest tout à la fois le Fils de Dieu et le Fils de l’homme.
Il vint du ciel, il y a déjà plus de dix-huit siècles, pour guérir toutes nos misères, et nous donner un remède infaillible contre tous les maux de l'âme et du corps. Mais à la condition que l'on invoquera son nom, et que son nom seul! Car Il a écrit dans son testament,que l’on appelle l'Evangile, que le nom de Jésus était le seul nom donné aux hommes que l’on puisse invoquer pour être sauvé. (Actes IV, 11-12)
Depuis plus de dix-huit cents ans, tous les échos du ciel et de la terre répètent ses paroles si pleines d'amour, de compassion : Venez à moi, vous tous qui êtes fatisués, accablés sous le poids de vos souffrances, de vos péchés même, et je vous soulagerai. Matt. XI, 28.
‘’ Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, vous sera donné.” Jean XIV. 13-14.
“ Je ne repousserai jamais personne de ceux qui viendront à moi.”
‘ Demandez, et vous recevrez. Cherchez, et vous trouverez. Frappez, et l'on vous ouvrira.”
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Matt. 7,7.
“ Si quelqu'un m'aime, mon Père et moi, nous viendrons faire en lui notre demeure.” Jean XIV,
“ Je suis la vraie vigne: vous en êtes les branches |
‘* Demeurez en moi, et je demeurerai en vous.” Jean XI, 1, 2, 3, 4.
‘ Quand je serai élevé entre le ciel et la terre, j'attirerai tout à moi.” Jean XII, 32.
Depuis le jour où j'ai laissé le Pape pour ce Jésus si grand, si puissant, si miséricordieux, si bon, j'ai trouvé, tous les jours, de plus en plus, que le plus grand bonheur, le seul bonheur véritable sur la terre est de le servir, de l’aimer. Je me suis donc attaché à Lui de toute la puissance de mon âme, comme étant ma seule lumière, ma seule sagesse, ma seule force dans toutes les circonstances de ma vie. Et je l’ai toujours trouvé fidèle à ses promesses.
Mais si j'ai trouvé qu'il m'était bon d’avoir ce puissant ami avec moi pendant les jours de la prospérité, j'ai compris qu'il m'était encore bien plus nécessaire et profitable de me tenir bien près de Lui—ou, plutôt, de demeurer avec Lui et de le
faire vivre et demeurer avec moi, dans les grandes épreuves qu'il m'a fallu subir.
C’est Lui qui était mon bouclier, mon protecteur, lorsque j'étais attaqué par les milliers d’assassins que vous ou vos prêtres avez si souvent envoyés pour m'ôter la vie, tantôt avec les balles de leurs pistolets, tantôt avec leurs bâtons meurtriers, mais plus souvent avec les pierres qu'ils me lançaient.
Pendant que les pierres tombaient sur moi, comme la grêle dans un jour d'orage, je tenais mon tout-puissant ami et Sauveur bien pressé sur mon cœur. Je sentais sa présence en mon âme, — j'invoquais son adorable nom, et je restais sans inquiétudes au milieu des plus grands dangers : avec les yeux de mon âme, je voÿais sa main miséricordieuse me protéger.
J'entendais sa voix si douce me dire : ‘Ne crains rien, je suis avec toi.” Puis, si j'étais blessé, meurtri, sanglant, lorsque je m'échappais des mains de ces meurtriers, je m'en réjouissais. Je me sentais heureux d’avoir souffert quelque chose pour l’amour de Celui qui, par amour pour moi,avait versé la dernière goutte de son sang sur la croix.
Mais c’est surtout lorsque je me suis senti frappé par la dernière terrible maladie, que j'ai com-
pris le bonheur d’avoir pour ami, pour médecin, ce fils de mon Dieu dont toute la joie est d’être non-seulement auprès, mais en nous.
Avec Pierre, j'ai donc crié : “ Sauvez-moi, car je vais périr ! ”
Et vous pouvez venir voir de vos yeux, comment Il m'a tendu sa main miséricordieuse, —avec quel amour, quelle perfection il m'a guéri !
Jugez de ma peine et de ma surprise, lorsque j'ai entendu vos prêtres et vos femmes venir me dire que je faisais fausse route, que j'étais maudit, damné si je ne retournais pas à ce romanisme dont vous êtes un des principaux évêques au Canada.
Mais qu'avaient donc ces ambassadeurs de Rome à me donner pour me faire oublier que Jésus, et Jésus seul est notre salut, notre espérance, notre refuge, notre avocat, notre victime, notre vie ? Qu'avaient ces prêtres à m'offrir pour m’emyêcher de dire avec Paul:
“Je ne veux connaître antre chose, je ne veux aimer autre chose — je ne veux mettre ma confiance en aucun autre qu’en Jésus, et Jésus crucifié !”
Ils n'avaient à m'offrir que quelques guenilles, appelées scapulaires—a vec quelques petites idole
de cuivre, d'argent, trouvées daus les temples paiens de Jupiter, de Bacchus, de Minerve et de Vénus! '
Qu'avaient vos prêtres à m'offrir pour remplacer cet ami, ce médecin, ce Sauveur, dont le présence dans mon cœur, non-seulement me faisait souvent oublier mes souffrances, mais changeait même ces souffrances en une joie qu'aucune parole humaine ne saurait exprimer ?
Ah! JIlsavaient à m'offrir un petit bon dieu d'environ un pouce et demi de large, fait avec uu peu de pâte cuite entre deux fers chauds !!
Aussi, avec quelle indignation j'ai fait mettre ces prêtres à la porte!
Ici, Monseigneur, permettez-moi de vous faire une observation.
Depuis plus d 2: 30 ans que je me suis séparé de l’Eglise de Rome, je n’ai guère passé un jour, sans vous prier, vous défier même de venir me montrer mes erreurs. Je vous ai mille et mille fois dit que je retournerals avec joie me jeter aux pieds du Pape pour me soumettre à son autorité, si vous vouliez avoir la bonté de montrer publiquement, que ce Pape est vraiment le successeur de Pierre, que Pierre a été à Rome, et que Jésus-Christ l’a mis,
lui et tous ses successeurs, suprèmes pontifes sur toute son Eglise.
Je vous ai prié et je vous conjure encore aujourd'hui, de venir, dans une conférence publique, me montrer que votre confession auricuiaire a été instituée par Jésus-Christ, et qu’elle a toujours été pratiquée dans votre Eglise. Et je m'engage de vous prouver, par vos propres écrivains, que cette confession auriculaire est d'origine paienne et diabolique, qui n’est pratiquée dans votre Egiise que depuis les âges de ténèbres.
Dans la conférence publique que je vous demande, je vous prierai de me montrer le texte de l'Evangile qui vous permet de laisser brûler dans les feux du purgatoire les âmes des pauvres. tandis que vous en faites si aisément sortir les âmes des riches qui remplissent vos mains de l’or que, très souvent, ils ont volé à ces mêmes pauvres.
Je vous demanderai aussi, dans cette conférence publique, de me montrer le texte de l'Evangile qui vous permet de damner un homme qui aura mangé, en carême, un petit morceau de lurd solide, gros comme le pouce, tandis qu'il n’y aura pas de péché pour lui s’il fait fondre ce lard et le mange dans sa soupe ?
Une autre chose que j'aurais à vous demander dans cette conférence publique, ce sera de me démontrer par un texte de l'Evangile : 1o Que quoiquè vous ne soyez pas capable de faire une sauterelle ou une grenouille, ni même une mouche, vous avez cependant le pouvoir de faire des milliers —des millions de bons dieux, tous les jours et à chaque instant du jour, avec de petites galettes cuites entre deux fers chauds.
20 Comment, aussi, vous avez le pouvoir de renfermer ces petits bons dieux dans un tabernacle, lorsque l'Evangile nous dit si clairement que “ Jésus-Christ ne peut point entrer, ni être renfermé dans un tabernacle fait de mains d'hommes.” (Hébreux IX, 24.)
“ Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui sont dans le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans les temples fait de mains d'hommes.” (Actes XVII, 24.)
Dans cette grande conférence publique que je vous demande, je vous prierai de me montrer le texte de l'Evangile qui vous permet de faire faire serment à tant d'hommes et de femmes (prêtres, moines et religieuses) de ne jamais se marier, tandis que Dieu lui-même a dit: ‘“ Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je lui ferai donc une aide
(une compagne) semblable à lui.” (Genèse IT, 18.)
Que Paul dit: ‘ Pour éviter l’impureté, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.” (1 Cor. VIT, 2-8.)
Que le mème Paul dit : ‘* L'Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, quelques-uns se détourneront de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs, et à des doctrines de démons, défendant de se marier, commandant de s'abstenir des viandes que Dieu a créées afin que les fidèles et ceux qui ont connu la vérité,en usent avec actions de grâces.” (1 Timothée.)
8o J'aurai aüssi à vous rappeler, dans cette conférence que je vous propose, le rôle que vous avez joué durant les troubles de 1837-38, lorsque nos braves patriotes demandaient aux Anglais certaines libertés qu'une faction de la nation anglaise leur refusait.
Ce “ Family Compact” heureusement était loin d’être la majorité des Anglais qui habitaient le Canada: Mais quoique ne formant qu'une faible minorité, leur union et leur énergie pour le mal les rendaient si forts qu’ils s'étaient emparé de presque toutes les positions les plus importantes dans l'administration de notre cher Canada qu'ils conduisaient évidemment vers sa ruine.
Ce qui donnait le plus de force à ce ‘* Family Compact,” était que le clergé catholique romain le soutenait partout de toute son influence.
Car les évêques et les prêtres de Rome ont naturellement toujours été les amis des tyrans du peuple.
C'est contre ce “ Family Compaci”” que Papneau lançait toutes les foudres de son éloquence.
| Et c’est pour briser les chaînes ignominieuses que
ces ennemis de nos droits mettaient partout sur
les épaules du peuple canadien, que nos patriotes A
se déterminèrent à combattre la nokle Angleterre"
Has Après les sanglantes et désastreuses journées de St-Charles et de St-Eustache, l'Angleterre a reconnu ses erreurs et rendu justice à leur héroïque courage et à leur patriotisme, en nous accordant tous les privilèges, les libertés et les droits qu'ils avaient demandés et payés d’un si grand prix!
Est-ce que les plus grends orateurs dun parle-
| ment anglais n’ont pas été applaudis par l’Angleterre tout entière, lorsqu'à la suite des Lords
| Brougham, Durham, etc. ils out déclaré que les patriotes canadiens avaient tiré l'épée pour une cause juste et sainte, que le droit et la justice étaient de leur côté, et que les griefs dont ils se plaignaient étaient réels ?
N'est-ce pas en voyant le courage héroïque de ces martyrs de la liberté que les quelques Anglais qui voulaient nous opprimer, comprirent que des hommes qui savaient combattre et mourir comme les Perreault, les Chénier, etc., n'étaient pas faits pour être escloves ?
Je ne dis ici que ce que j'ai vu de mes propres yeux.
Les quelques Anglais qui nous regardaient comme nne race inférieure et destinée à les servir, apprirent, sur les champs de bataille de St-Denis, St-Charles et St-Eustache, que les Canadiensfrançais étaient dignes d’être leurs égaux et dignes de vivre libres sous le drapeau anglais que le ciel a tant béni comme un des plus glorieux symboles des libertés, des droits constitutionnels sans lesquels les peuples ne sont que de vils troupeaux d'esclaves.
Je le répète, ce n’est qu'après avoir vu comment nos héroïques patriotes de 1837 38 avaient su combattre et mourir, que ces fiers, mais braves Anglais comprirent que nous étions leurs égaux, qu'ils nous donnèrent le baiser de paix et qu'ils nous firent asseoir avec eux au banquet des peuples libres.
Evèques et prêtres du Canada, il ne me sera pas
difficile de vous montrer que c’est à ces héroïques patriotes que nous devons, aujourd’hui, de n'avoir pas à baisser nos fronts, ni à plier le genoux devant les fils des vainqueurs des Plaines d'Abraham.
Et pour payer la dette de reconnaissance que vous deviez à ces martyrs de nos libertés, vous les avez fait pendre!
Vous étiez donc alors ce que vous avez été dans tous les temps: vous étiez ce que vous êtes encore aujourd'hui : les plus impitoyables ennemis des droits et des libertés du peupie.
Vous aimez à régner, mais vous ne voulez régner que sur des esclaves.
Vous voulez faire détester et oublier le nom de Chénier, parce que vous espérez alors faire oublier les grands principes de liberté pour lesquels il versa son sang.
Vous refusez à ses restes mortels la sépulture que les nations civilisées et chrétiennes donnent à leurs membres.
Vous espérez faire oublier le nom de Chénier aussi bien que la sainte cause des droits et des libertés pour lesquels il versa jusqu’à la dernière goutte de son sang d'une manière si héroïque.
Mais, détrompez vous. Tout ce qu’il y a de cœurs canadiens sur les rives de notre grand fleuve bat-
tent d'une sainte émotion quand le nom de Chénier, comme celui de notre grand Papineau, sonnent à leurs oreilles. Lt le jour approche où vous ie comprendrez mieux que par mes paroles. Car l'heure va bientôt sonner où le peuple canadien, las de votre tyrannie, règlera ses comptes avec vous tous.
Ce jour-là, les hautes tours de vos citadelles crouleront.
Ce jour-là, avec l'Evangile à la main, le peuple canadien acceptera les grands principes de liberté, d'égalité,que le Christ a apportés du ciel à la terre pour sauver le monde et arracher les peuples des mains de leurs oppresseurs.
Si vous me montrez que je suis dans l'erreur, j'irai me jeter aux pieds de votre Pape et je me soumettrai de nouveau à son autorité.
Mais si vous ne réussissez pas, le peuple canadien saura que je suis dans la vérité lorsque je l’assure que l'Evangile parle de votre Eglise et de vos papes, lorsqu'il dit :
“ Que persoune ne vous séduise en quelque manière que ce soit! Car ce jour ne viendra pas que l’apostasie ne soit arrivée auparavant: et qu'on n'ait vu cet homme de péché, cet enfant de perdition.
“ Cet ennemi de Dieu qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui esi adoré, jusqu’à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu...................
Car le mystère d’iniquité se forme dès à présent : il faut seulement que celui qui tient maintenant tienne encore jusqu’à ce qu’il soit ôté du monde.
“ Et alors se découvrira l'impie que le Seigneur Jésus détruira par le soufile de sa bouche, et qu’il perdra par l'éclat de sa présence.
‘ Cet impie qui doit venir, accompagné dela puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs.
‘ Et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l’iniquité ceux qui périssent parce qu'ils n’ont pas reçu et aimé la vérité pour être sauvés.
“ V’est pourquoi Dieu leur enverra des illusions si efficaces qu'ils croiront aux mensonges.” 2 Thessaloniciens II, 3-18.
Comme, Dieu merci, il y a beaucoup de ministres évangéliques bien plus capables que moi de discuter les nombreux points de controverse qui nous séparent, j'en choisirai deux ou trois pour in’aider à à rençontrer vos arguments. Et vous choisirez autant ie : : prêtres LL xous désirerez pour
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défendre votre cause et me montrer ce que ous appelez mes erreurs.
En attendant, J'ai l'honneur d’être, Monseigneur, Votre tout dévoué, GC. CainiauY, D. D. Apôtre de la tempérance au Canada.
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