Lettre encyclique de Sa Sainteté Benoît XV sur la prédication de la parole du Dieu [microforme]
en paix et communion avec le Siège apostolique BENOIT XV, Pape, VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION AFOSTOLiQUE.
Jésus-Christ. : ant consommé la rédemption du genre humain par sa m’rt s r la croix, et voulant amener les hommes à obéir à ses préceptes et à obtenir ainsi la vie éternelle, n’a pas pris d’autre moyen que la voix de ses prédicateurs chargés d’annoncer à tous les hommes ce qu'il faut croire et faire pour le salut. Placuit Deo per stultitiam prædicationi: salvos facere credentes (1 Cor. I, 21). Il choisit donc les apôtres, répandit en eux par le Saint-Esprit les dons convenables à une si grande mission et leur dit : Euntes in mundum universum prædicate Evangelium (Marc, XVI, 15). De fait, c’est cette prédication qui renouvela la face de la terre. Car, si la foi chrétienne a ramené les esprits des hommes de la multitude des erreurs à la vérité, et leurs cœur des hontes des vices à la pratique de toutes les plus excellentes vertus, assurément c'est grâce à cette prédication: Fides ex auditu, auditus autem per verbum Christi (Rom. X, 17). Selon la volonté de Dieu, les causes créatrices sont aussi les causes conservatrices : ainsi donc, il est évident que la prédication de la sagesse chrétienne est le moyen divin pour continuer l’œuvre du salut éternel, et que à bon droit elle est mise au rang des affaires les plus graves et les plus importantes : nos <oins et nos pensées doivent donc aller à cette prédication, surtout si elle semble, par quelque côté, déchoir de son origine, et cela au détriment de son efficacité.
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Et en vérité, vénérables Frères, cela encore vient s'ajouter à toutes les autres misères des temps présents qui nous atteignent avant tous les autres. Si en effet nous considérons la multitude de ceux qui s'adonnent à la prédication de 1a parole de Dieu, ils sont en plus grand nombre qu'ils ne furent peut-être je mais auparavant, mais si d'autre part nous regardons où en sont les mœurs et les institutions publiques et privées des peuples, le mépris et l'oubli des choses surnaturelles se répand chaque jour davantage ; peu à peu on s'éloigne de la sévérité de la vertu chrétienne, et on retourne toujours plus chaque jour vers la conduite honteuse des païens.
De ces maux certes les causes sont variées et multiples ; personne pourtant ne niera qu'il est déplorable qu'à ces maux les ministres de la parole n'apportent pas un remède suffisant. Est-ce done que la parole de Dieu aurait cessé d'être, comme disait l'Apôtre, vive et efficace et plus pénétrante qu'un glaive à double tranchant ? Ou bien l'usage prolongé de ce glaive l'aurait-il émoussé ? Assurément c'est par la faute des ministres qui ne s'en servent pas comme il le fant, que lu force de ce glaïve ne se fait pas sentir en tous lieux. On ne peut pas dire que les apôtres ont eu des temps plus favorables que les nôtres, ni qu'ils aient rencontré plus de docilité pour l'Évangile ou moins de résistance à la loi divine.
Done, averti par la conscience de notre charge apostolique, excité d'ailleurs par l'exemple de nos deux derniers prédécesseurs, nous comprenons la nécessité de nous appliquer avec un grand zèle à ramener partout la prédication de la parole de Dieu à cette voie droite qu'ont déterminée et l'ordre du Christ Notre-Seigneur et les ordonnances de l'Église.
Et tout d'abord, vénérables Frères, recherchons pour quelles causes on s'est en cela écarté de cette voie. Ces causes peuvent se ramener à trois : ou bien on emploie à la prédication qui ne doit point y être employé, ou bien on n'apporte pas à ce ministère l'intention convenable, ou bien encore on ne s'y applique pas de Ja manière qu'il faudrait.
Le ministère de la prédication, selon l'enseignement du concile de Trente (Sess. XXIV. de Ref. e. IV) est le principal minis -
tère des Erêques. Les apôtres, dont les Évêques sont les succes -
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seurs, estimaient que c'était là principalement leur affaire. Ainsi saint Paul : Non enim misit me Chiistus baptizare sed evangelizare (EI Cor. 1.17). Et les autres apôtres pensaient de même : Non est æquum nos derelinquere verbum Dei, et ministrare mensis (Act VI. 2). Si telle est la fonction propre des Évêques, pourtant, à cause des nombreux soucis qu'entraîne le gouvernement de leurs diocèses, ne pouvant s'en acquitter toujours et partout par euxmêmes, nécessairement ils recourent à d'autres pour le faire en leur place. Donc, quiconque, en dehors des Évêques, s'applique à ce ministère, exerce à n'en pas douter une fonction épiscopale. De là cette première loi : il n'est permis à personne d'assumer de soi-même la charge de la prédication ; pour ce ministère, une mission légitime est requise : cette mission ne peut être donnée que par l'Évêque : Quomodo prædicabunt, nisi mittantur? (Rom. X. 15). Les apôtres ont reçu une mission, et ils ont reçu cette mission de Celui qui est le Souverain Pasteur et Évêque de nos âmes (I Petr. IH, 25) ; les soixante-douze disciples aussi ont reçu une mission ; et Paul lui-même, bien que établi déjà par le Christ comme un instrument de choix pour porter son nom devant les nations et les rois (Act. IX, 15), inauguru enfin son apostolat lorsque les anciens, obtempérant à l'ordre du Saint-Esprit : Segregate mihi Saulum in opus (Evangelii) (Act. XITE, 2), lui eurent donné mission par l'imposition des mains. (Ce qui se fit ainsi dans les premiers temps de l'Église a été perpétuellement en usage, Tous en effet, même les plus éminents dans l'ordre de: prêtres, comme Origène, même ceux qui dans la suite fure: ! élevés à l’épiscopat, comme Cyrille de Jérusalem, comme Jen Chrysostome, comme Augustin et les autres anciens Docteurs dk l’Église, ne se portèrent à la prédication que par l'autorité de leur propre évêque.
Mais maintenant, vénérables Frères, une coutume bien différent> paraît s'être établie. Parmi les orateurs sacrés il y en a beaucoup à qui s'appliquerait bien cette plaint: du Seigneur en Jérémie : Non mittebam prophetas et ipsi currebant (Jerém. XXIII, 21). Quiconque par tempérament ou pour quelque autre cause veut s’adonner au ministère de la parole, trouve un accès facile à la chaire de nos temples, comme à un champ où chacun peut s'exercer à sa volonté. Il faut supprimer un pareil désordre :
vénérables Frères, c'est à vous d'y pourvoir : vous devrez rendre compte à Dieu et à l'Église de la nourriture fournie à vos troupeaux ; ne souffrez done pas que, sans votre ordre, quelqu'un entre dans le bercail, et paisse les brebis du Christ à sa volonté. Donc que désormais, dans vos diocèses, personne ne fasse de prédications, s’il n’est appelé et approuvé par vous.
Nous voulons que vous apportiez la plus grande vigilance dans le choix de ceux à qui vous confierez une charge si sainte. En cela, selon le décret du concile de Trente, il n'est permis aux Évêques de choisir que des sujets idoines, c'est-à-dire capables d'exercer l'office de prédicateur d'une fason salutaire. — D'une façon salutaire, est-il dit -— remarquez ces mots où est renfermée la règle, —- non d’une façon éloquente, non à l'app'iudissement des auditeurs, mais avec fruit pour les âmes ; c'est là, comme à sa fin, que tend le ministère de la parole de Dieu. —- Et pour définir d'une façon plus précise quels sont ceux que pratiquement vous pourrez regarder comme idoines, nous disons que ce sont ceux en qui vous trouverez les signes de l'appel divin. Pour ceux qu'il s'agit d'admettre au Sacerdoce, ilest dit : Nec quisquam sumit sir honorem, sed qui vocatur a Deo : (Hebr. V, 4), la même condition est requise pour les prédicateurs. Cet appel divin n'est pas difficile à reconnaître. Le Christ, notre Seigneur et Maître, au moment de remonter au ciel, ne dit pas à ses apôtres d'aller immédiatement prêcher de côté et d'autre. Il leur dit : Sedete in civitate, quoadusque induamini virtute ex alto (Luce XXIV, 49). L'indice de l’appel divin à cette fonction est donc celui-ci : être revêtu de la vertu d'en haut. On peut en juger, vénérables Frères, d'après ce que nous savons s'être produit dans les apôtres, dès qu'ils eurent reçu la vertu d'en haut. Le Saint-Esprit étant descendu sur eux -— laissons de côté les dons miraculeux qu'ils reçurent, — aussitôt d'hommes ignorants et faibles ils devinrent instruits et parfaits. Si donc un prêtre est doué suffisamment et de science et de vertu — pourvu qu'il ait d’ailleurs les dons de nature convenables, -— il pourra justement paraître appelé à la prédication, et rien n’empêchera l’Évêque de l'employer à ce ministère. C'est cla même que veut le concile de Trente, quand il défend à l'Évêque de laisser prêcher ceux qui ne seraient pas “ moribus et doctrina probati ”. Aussi est-il du devoir de l'Évêque d'examiner
+ |, longtemps et sérieusement ceux à qui il songe pour le ministère de la prédication, afin de bien connuitre quelle est leur science de la doctrine et quelle est leur sainteté de vie. En agissant en cela avec incurie et négligence, il se rendrait très gravement coupable, et sur sa tête retomberait la responsabilité des erreurs que répandrait un prédicateur ignorant ou du scandale que donnerait un prédicateur indigne.
Pour rendre en ceia, vénérables Frères, votre tâche plus facile, nous voulons que ceux qui demandent le nouvoir de prêcher,
non moins que ceux qui demandent le po’. : ‘+ confesser, soient soumis désormais à un double et sévèr. >. :n sur leurs mœurs et sur leur science. Quiconque sera recor:.: : ‘tre en l'un ou l'autre
de ces points faible et mal assuré (mancus et claudicans), devra. sans considération d'aucune sorte, être écarté de ce ministère auquel il est constaté qu'il n'est pas propre. Votre dignité même le demande ; puisque les prédicateurs tiennent votre place, comme nous l'avons dit : l’utuité de la sainte Église le réclame : si quelqu'un doit être le sel de la terre et le lumière du monde, c'est assurément celui qui est appliqué au ministère de la parole.
Après ces premières considérations, on pourra peut-être regarder comme superflu d'aller plus loin et d'expliquer quels doivent être le but et le mode de la prédication. Car si le choix des prédicateurs sacrés est fait exactement d'après la règle rappelée cidessus, peut-on doute ue, ornés des vertus convenables, ils ne se proposent une fin e, . ‘observent une manière dignes dans leur prédication ? li esi utile pourtant d'éclairer ces deux points : ainsi verra-t-0r, mieux ce qui en quelques-uns manque pour réaliser le tx du bon rédicateur.
Ce que les prédicateurs doivent se proposer dans l’accomplissement de leur fonction, nous pouvons le comprendre en considérant qu'ils peuvent et doivent dire d'eux-mêmes ce que disait saint Paul : Pro Christo legatione fungimur (HI Cor. V, 20). S'ils sont les ambassadeurs du Christ, ils doivent vouloir en s’acquittant de ce mandat, ce que le Christ lui-même a voulu en le donnant : bien plus, ce que Lui-même s’est proposé durant sa vie terrestre. En effet et les apôtres et les prédicateurs après les apôtres, n’ont pas été envoyés d’autre façon que le Christ luimême : Sicut misit me Pater, et ego mitto vos (Joann. XX, 21).
Or nous savons pour quelle cause le Christ est descendu du ciel : Ego ad hoc veni in mundum, ut testimonium perhibeam reritati (Joann. XVIII, 37). Ego veni, ut vitam habeant (Joann. X, 10). Voilà donc la double fin que doivent poursuivre ceux qui s'appliquent à la prédication sainte : répandre la lumière de la vérité révélée par Dieu, et éveiller et nourrir dans leurs auditeurs la vie surnaturelle: en un mot, en cherchant le salut des âmes procurer la gloire de Dieu. C'est pourquoi, si on ne peut appeler médecin, celui qui n’exerce pas la médecine, ou docteur de Part celui qui n'enseigne pas cet art, de même celui qui en préchant ne se soucie pas d'amener les hommes à une plus parfaite connaissance de Dieu et à la voie du salut éternel doit être appelé vain déclamateur, il n'est pas permis de l'appeler prédicateur de l'Évangile. Plût à Dieu qu'il n'y eut aucun déclamateur de cette sorte ! -— Quelle est leur préoccupation principale ? —— Chez les uns, c'est l'amour d'une vaine gloire : pour se satisfaire * Ils cherchent à dire des choses élevées plutôt que des choses adaptées à leur auditoire, tâchant de faire merveille auprès des intelligences faibles, et non de travailler à leur salut. Ils rougissent de dire des choses humbles et accessibles à tous, de peur de passer pour n'en savoir point d'autres... Ils rougissent de donner du lait aux enfants” Gillertuis abbas in cant. eantic. Serm. XXVIE, 2). Le Seigneur Jésus démontrait par l'humilité même de son auditoire qu'il était bien Celui qu'on attendait Pauperes Erangelizantur (Math. XI, 5) ; eux au contraire, que n’entreprennent-ils pas pour recommander leurs discours par la célébrité des villes et la dignité des grandes églises où ils prêchent ? Mais comme il y a dans la révélation divine des vérités terrifiantes pour la faiblesse de la nature corrompue et qui à cause de cela ne sont pas propres à faire accourir les foules, ils s'en abstiennent avec som et ne traitent que des sujets qui n'ont rien de sacré — il n'y a de sacré que le lieu où ils parlent. Souvent aussi au milieu d'un discours sur les choses éternelles ils s'égarent dans les affaires politiques, quana surtout quelque affaire de ce genre tient tous les esprits occupés. [ls n'ont, semble-t-il, qu'un seul souci : plaire aux auditeurs et leur dire des paroles qui “ chatouillent leurs oreilles ’, comme dit saint Paul (HE Tim. IV,3). De là ce geste, qui n'est ni posé ni grave, mais semblable à celui du thé-
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âtre ou de l'assemblée populaire ; de là ces inflexions de voix ou molles ou tragiques ; de là ce style propre aux journalistes ; de là cette abondance de citations empruntées aux écrits d'hommes impies et non catholiques, et non aux divines Lettres ou aux SS. Pères : de là enfin, chez la plupart, cette effrayante volubilité de parole, capable de stupéfier les oreilles et d’exciter l’admiration des auditeurs, mais incapable de leur laisser rien de bon à emporter chez eux. Combien ces prédicateurs se trompent. Mettons qu'ils obtiennent cet applaudissement des simples qu'ils recherchent avec tant de peine et non sans une sorte de sacrilège : n'est-ce donc rien que le blâme de tous les sages à subir, et, qui plus est, le très sévère jugement du Christ à redouter ?
Toutefois, vénérables Frères, rechercher uniquement les applaudissements dans la prédication n'est pas le fait de tous ceux qui s’écartent de la règle. La plupart du temps, ceux qui s’attirent des approbations de ce genre, les recherchent pour une autre fin même moins honnête. Ils oublient cette parole de saint Grégoire : ‘* Le prêtre ne prêche pas pour manger, mais il doit manger pour être en état de prêcher ” (In I Reg. lib. III), ceux qui. comprenant qu’ils ne sont pas faits pour d’autres fonctions capables de leur procurer une honnête subsistance, se sont jetés du côté de la prédication, non pour exercer comme il convient un très saint ministère, mais par esprit de lucre. Aussi les voyonsnous préoccupés de chercher non où l’on peut espérer un plus grand fruit pour les âmes, mais où l’on peut gagner plus d’argent par la prédication.
L'Église ne pouvant rien attendre de tels hommes, si ce n’est dommage et déshonneur, vous devez veiller, vénérables Frères. avec le plus grand soin, et si vous trouvez quelqu’un qui abuse de la prédication par esprit de vaine gloire ou de lucre, l’écarter sans hésitation du ministère de la prédication. Car celui qui ne craint pas de souiller une chose aussi sainte d’une telle perversité d’intention, n’hésitera pas à descendre à toutes les indignités, couvrant d’ignominie non seulement lui-même, mais encore la fonction sainte qu’il exerce d’une manière si dépravée.
Même sévérité devra être déployée à l’égard de ceux qui ne prêcheraient pas de manière convenable, parce qu’ils auraient négligé ce qui est nécessairement requis pour s’en bien acquitter.
Ce qui est requis, nous le voyons dans l'exemple de celui que l'Église surnomme Prædicator veritatis, Paul l'Apôtre : plaise à Dieu dans sa miséricorde que nous ayons un bien plus grand nombre de prédicateurs qui lui ressembient !
La première chose que nous apprenons de Paul est quelle bonne et sérieuse préparation il avait quand il en vint à prêche#. Et nous ne parlons pas ici des études doctrinales auxquelles, sous Gamaliel son maître, il s'était adonné avec soin. (Car en lui la science reçue par révélation effaçait en quelque sorte celle qu’il avait acquise par lui-même : pourtant celle-ci ne lui fut pas de maigre profit, comme il apparaît dans ses Épiîtres. Tout à fait nécessaire au prédicateur est la science, comme nous l’avons dit, et celui à qui cette lumière fait défaut, trébuche facilement, comme le dit très véritablement le IVe concile de Latran : “ L'ignorance est la mère de toutes les erreurs”. Cependant nous entendons cela non de n'importe quelle science mais bien de cette science qui est la science propre du prêtre, et qui, pour le dire en résumé, est renfermée dans la connaissance de soi-même, de Dieu et des devoirs : — de soi-même, disons-nous, afin que chacun oublie ses propres intérêts ; — de Dieu, pour amener tous les hommes à le connaître et à l’aimer ; — des devoirs, pour les observer lui-même et pour prescrire leur observation. Toute autre science, si celle-ci fait défaut, enfle et ne sert de rien.
Voyons plutôt quelle fut chez l’Apôtre la préparation de l’âme. Trois choses ici sont principalement à considérer. La première est comment Paul se livra tout entiet à la volonté divine. À peine en effet, sur la route de Damas, a-t-il été touché par la vertu du Seigneur Jésus, il dit cette parole digne de l’Apôtre : Domine quid me vis facere 8 (Act. IX, 6) — Dès ce moment, comme toujours dans la suite, il accepta indifféremment pour le Christ : travail et repos, indigence et abondance, louange et mépris, la vie et la mort. A n’en pas douter si son apostolat fut si fructueux, c’est qu'il s'était livré avec une totale soumission à la volonté de Dieu. De même avant toute chose doit servir Dieu tout prédicateur qui cherche le salut des âmes ; ne s’inquiétant point de savoir quels auditeur:, quels succès, quels fruits il aura : regardant Dieu seul et non soi-même.
Ce souci de servir Dieu exige une âme si bien disposée à souffrir, qu’elle ne fuie aucun genre de travail ou de peine. Cette seconde disposition fut remarquable en Paul. Dieu avait dit de lui: Ego ostendam illi quanta oporteat eum pro nomine meo pali (Act. IX, 16), et lui embrassa toutes les peines avec si grand amour qu'il écrivait : Superabundo gaudio in omni tribulatione nostra. (IL Cor. VIH, 4). Ce courage à supporter la peine, s’il resplendit dans un prédicateur, d’un côté lui ferarejeter tout sentiment humain et attirera la grâce de Dieu par laquelle il portera du fruit, d’autre côté conciliera d’une façon incroyable à son œuvre la faveur du peuple chrétien. Au contraire ceux-là ne peuvent que peu de choses pour toucher les cœurs, qui partout où ils vont aiment plus que de raison les commodités de la vie, et durant le temps de leurs prédications, ne s'appliquent pour ainsi dire à aucune autre partie du ministère sacré, montrant par là qu'ils ont plus de souci de leur propre santé que du bien des âmes.
En troisième lieu, enfin, la nécessité pour la prédication de ce qu’on appelle l'esprit de prière nous apparaît dans l'exemple de l’Apôtre ; dès qu'il est appelé à l’apostolat, il se fait le suppliant de Dieu : Ecce enim orat. (Act. IX, 11). Ce n’est point par l’abondance des paroles, ni la subtilité des raisonnements, ni la véhémence du discours, que s'opère le salut des âmes : le prédicateur qui s’en tient à cela n’est autre chose que Æs sonans et cymbalum tinniens (1 Cor. XIII, 1). Ce qui donne vigueur et efficacité pour le salut, à la parole humaine, c'est la grâce divine ; Deus incrementum dedit. La grâce de Dieu s'obtient non par l'étude et l’art, mais par les prières. Aussi celui qui ne s’adonne que peu ou point à la prière, consume en vain ses labeurs et ses soins dans la prédication, car devant Dieu tout cela n’est d'aucun profit, ni pour lui, ni pour ses auditeurs.
Aussi, pour conclure en peu de mots, nous empruntons ces paroles de Pierre Damien : “ Deux choses par-dessus tout sont nécessaires au prédicateur, l'abondance de la doctrine spirituelle et l'éclat d’une vie vraiment religieuse. Si quelque prêtre ne peut avoir à la fois et l’éclat de la vie et l’abondance de la doctrine ; la vie sans aucun doute vaut mieux que la doctrine... La beauté morale de la vie vaut plus pour l’exemple, que l’éloquence ou la
politesse du discours. Il est nécessaire que le prêtre, prédicateur, répande la rosée de la doctrine spirituelle, et brille des rayons d’une vie vraiment religieuse ; à l'instar de l’Ange qui annonçant aux bergers la naissance du Seigneur, apparut dans une clarté resplendissante, et exprima par des paroles ce qu'il était venu annoncer.” (Epp. lib I. Ep. I ad Cinthicum Urbis Præf).
Mais, pour revenir à Paul, si nous cherchons quels sujets il avait coutume de prêcher, il nous les résume tous ainsi : Von enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum et hunc crucificum (1 Cor. II, 2). Faire connaître de plus en plus Jésus-Christ aux hommes, et d’une connaissance qui les fit vivre et non pas seulement croire, c’est à quoi il travailla de tout l'élan de son cœur d'apôtre. Aussi enseignait-il tous les dogmes et tous les préceptes du Christ, même les plus sévères, sans rien taire ni diminuer, l'humilité, l’abnégation, la chasteté, le mépris des choses humaines, l’obéissance, le pardon aux ennemis, et autres choses de ce genre. Et sans timidité il disait : entre Dieu et Bélial il faut choisir, on ne peut les servir tous les d "ux à la fois ; un reuoutable jugement attend tous les hommes, au sortir de la vie ; il n’est pas permis de transiger avec Dieu ; les hommes ont ou espérer la vie éternelle, s'ils obéissent à la loi toute entière, ou attendre le feu éternel, s'ils désertent leur devoir en sacrifiant leurs passions. Et ce prédicateur de la vérite ne pensa jamais qu'ii devait taire ces choses sous prétexte que, en raison de la corruption des temps, elles paraîtraient trop dures à ceux à qui il s'adressait. On voit donc par là qu’on ne peut approuver ces prédicateurs qui n'osent abo-der certains points de la doctrine chrétienne de peur d’ennuyer leurs auditeurs. Est-ce qu'un médecin donnera des remèdes inutiles à un malade, parce que celui-ci a horreur des remèdes utiles ? D'ailleurs la valeur et la puissance de l’orateur est de faire agréer, par s1 parole, les choses désagréables.
Ces sujets qu'il traitait, comment l’Apôtre les exposait-il ? Non in persuasibilibus humanæ sapientiæ verbis (I Cor. IL, 4). Combien il importe, vénérables Frères, que tous y prennent garde ; nous voyons en effet un trop grand nombre d'orateurs sacrés, passer sous silence les Saintes Écritures, les Pères et les Docteurs de l'Église, les arguments de la théologie sacrée ; et ne
parler presque que raison humaine. Et en vain assurément, car dans l'ordre surnaturel, on ne peut rien obtenir par les seuls moyens humains. — Mais, objecte-t-on, les auditeurs ne croient pas un prédicuteur qui insiste sur la révélation divine. — En estil vraiment de la <orte? Peut-être chez les non-catholiques ; cependant aux Grecs qui cherchaient ia sagesse du siècle, l’Apôtre prêc'ait Jésus-Christ crucifié. Pour ce qui est des nations catholiques, ceux mêmes qui se sort éloignées de nous, gardent encore quelque racine de foi : si l'esprit es’ >bscurci, c’est que les cœurs sont corrompus.
Enfin dans quel esprit prêchrit Paul? Pour plaire non aux hommes, mais au Christ ; Si huminibus placerem, Christi servus non essem (Gal. I, 10) ayant un cœur embrasé de l'amour du Christ, il ne cherchait que la gloire du Christ. Plaise à Dieu que ceux qui s’adonnent au ministère de la parole, aimer+ tous véritablement Jésus-Christ, et p'issent s'appliquer ces paroles de Paul: Propter quem (Jesum Christum) omnia detrimentum feci (Philipp. II, 8), et : Mihi vivere Christus est (Philipp. I, 21). Ceuxlà seulement qui sont embrssés d’amour peuvent enflammer les autres. C’est pourquoi saint Bernard interpelle ainsi le prédicateur : “ Si tu as la sagesse, tu seras un réservoir et non un canal ”, c’est-à-dire : Sois toi-même rempli de ce que tu dis, et ne te contente pas de transmettre à d’autres. ‘“ Mais, ainsi qu'ajoute le même Docteur, ar:jourd’hui dans l’Église nous avons beaucoup de canaux, mais très peu de réservoirs !”
Que cela n’arrive pas dans l'avenir : mettez-y, vénérables Frères, tous vos forts ; c’est à vous qu'il appartient de repousser les indignes, de choisir, former, diriger les hommes capables, et de faire que nous ayons désormais un grand nombre de prédicateurs, qui soient selon le cœur de Dieu. — ele Pasteur Êternel, Jésus-Christ, jette un regard de miséri ie sur sun troupeau, par les prières de la Vierge Très Sainte, Mère Auguste du Verbe Incarné et Reine des Apôtres ; qu’il réchauffe dans le Clergé l'esprit d’apostolat et nous donne beaucoup de prêtres qui s’appliquert ‘“ à se montrer dignes de l'approbation divine, ouvriers irréprochables, traitant dignement la parole de vérité ”.
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Comme gage des Divines faveurs et du témoignage de notre bienveillance, nous vous accordons très affectueu-ement à vous, vénérables Frères, à votre clergé et à votre peuple la Bénédiction apostolique.
Donné à Rome près saint-Pierre, le 15 juin, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus, l'an 1917, de notre Pontificat le IIIe.
BEenorr XV, Pupe.