[Lettre] [microforme]
Sa Grandeur Monseigneur l'Evêque de Montréal se proposant de solliciter encore une fois les aumônes des fidèles de son diocèse en faveur de la mission de l’Orégon, vous aimerez sans doute à juger par vous-même jusqu'à quel point cette mission mérite vos sympathies et l'influence d’un zèle bienveillant. Le compte-rendu suivant, que je vous soumets en toute confiance, a pour but de vous faciliter ce jugement.
La mission de l'Orégon, aujourd’hui province ecclésiastique composée de trois diocèses, ne compte pas encore tout-à-fait 24 ans d'existence, puisque ce fut le 24 novembre 1838, que ses deux fondateurs mirent pied à terre pour la première fois au poste principal du pays, alors le fort Vancouver. Pendant cette période la bonne nouvelle du salut fut portée dans presque toutes les parties des diocèses de l'Orégon et de Nesqualy et dans une grande partie de celui de l'Ile Vancouver, et quoiqu'il s’y trouve un grand nombre d’endroits dans lesquels les missionnaires n’ont fait que passer à diverses reprises, sans s’y fixer, on peut dire cependant avec vérité que la plus grande partie des sauvages des deux premiers divoèses y ont acquis, soit des prêtres eux-mêmes, soit des sauvages que ceux-ci y ont instruits, la connaïsance des vérités nécessaires au salut de nécessité de moyen. Plusieurs milliers de sauvages y sont devenus de bons et fervents chrétiens dont une grande partie se sont déjà assuré la possession du ciel. Je ne crois pas qu’on puisse estimer à beaucoup au-dessous de 8 à 10 mille le nombre des sauvages adultes qui y sont déjà morts chrétiens ; et pas moins de 12 à 15 mille enfants chrétiens y sont morts avant d’avoir perdu leur innocence baptismale. La province ecclésiastique de l’Orégon compte aujourd’hui 11 missions sauvages florissantes auxquelles se rattache la desserte d’un grand nombre de postes avoisinants, 30 mille sauvages au moins dont 12 à 13 mille sont catholiques participant de temps à autre aux fruits bienfaisants de ces dessertes. La population catholique blanche, en grande partie canadienne et irlandaise, peut s'élever de 15
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à 20 mille âmes, à l'usage desquelles la province contient 16 chapelles dont 9 sont résidences habituelles de missionnaires. Cette province a pu, soit par le moyen des aumônes de l'étranger, soit par les contributions des fidèles du pays, soit par la libéralité du gouvernement qui a donné des terrains aux missions, se créer certaines ressources, ériger 27 chapelles, des établissements religieux et des asiles de charité. Elle possède 1 archevêque, 2 évêques, 13 prêtres séculiers dont 6 Canadiens, 4 Français, et 3 Irlandais, 6 Pères Jésuites et 7 Pres Oblats, ainsi que 3 communautés de religieuses, qui donnent l'éducation à près de 400 enfants annuellement et s'occupent en outre des œuvres de charité. Tel est, monsieur, le résultat d’un peu moins de 24 années de travaux constants et de grandes privations.
Ce résultat ne peut manquer de paraître consolant, si l'on fait attention aux événements fâcheux, indépendants de toute prévision humaine, qui pendant 11 ans ont constamment empêché le progrès de la mission chez les sauvages des diocèses d'Orégon et de Nesqualy, malgré la meilleure volonté et le dévouement des missionnaires qui les avaient en soin. Trois guerres consécutives entre les sauvages et les blancs, en 1848, 1855, et 1858, y ont successivement détruit tous les travaux que les missionnaires avaient faits chez les sauvages de l'Orégon central, brûlé leurs chapelles et leurs habitations, ruiné leurs fermes et fait périr leurs animaux, etexposé les missionnaires eux-mêmes, à diverses reprises, à un danger imminent pour leur vie et aux plus grandes privations. Ces guerres laissaient une si grande instabilité chez les sauvages et tant d'incertitude sur l’avenir de leur pays qu’il fut impossible jusqu’à ces années dernières d'y établir rien de permanent. Cet état d'instabilité et d'incertitude des pays sauvages devait nécessairement exercer son influence sur la population blanche et avoir pour effet naturel d'y retarder aussi les progrès de la mission.
Aujourd'hui l’état des choses est changé. Tout y a pris plus de stabilité et un cours plus régulier, Aussi la mission sembletelle y avancer d’un pas ferme. Dans le seul diocèse de Nesqualy il ne faudrait pas moins de 5 prêtres nouveaux pour répondre aux besoins actuels de la population blanche et sauvage. Dix nouvelles Sœurs de la Providence y trouveraient un emploi immédiat. Dix-sept Sœurs de Jésus et Marie sont demandées par leurs Sœurs d'Orégon pour répondre aux applications réitérées que l’on adresse de toutes parts à celles-ci pour de nouvelles
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écoles. Six Sœurs de Ste. Anne sont demandées par leur maison de Victoria, comme nécessaires aux besoins pressants qui l'environnent. C’est pour répondre en partie aux susdits besoins, qui lui ont été respectueusement soumis, que Monseigneur l’'Evêque de Montréal, dans sa charité vraiment universelle, a bien voulu nous accorder un ou deux Prêtres et une quinzaine de Sœurs pour le transport des quels le secours des fidèles est maintenant sollicité.
Monsieur, les résultats obtenus, quelque consolants qu'ils soient, sont bien peu de chose en face de ce qui se présente à faire et des besoins immenses qui se font sentir. 26 prêtres pour 30 mille catholiques, sauvages et blancs, pour 80 mille blancs protestants et 150 mille sauvages infidèles, disséminés sur une étendue de 900 lieues, il faut avouer que c’est bien peu. Une seule école de garçons et 4 ou 5 écoles de filles et 1 hôpital de 7 à 8 lits, sur cette étendue immense et pour une population de 260 mille âmes, c’est bien peu de cuose vraiment. Vous ne serez donc point étonné que nous fsssions de grands efforts pour nous procurer de nouveaux secours et que nous réclamions encore une fois l'influence de votre zèle à cet effet, maintenant surtout que tout semble annoncer que nos peuples sont prêts à profiter des sacrifices qui se feront pour eux. Car nos écoles sont devenues très-populaires et sont hautement appréciées non-seulement des catholiques, mais des protestants eux-mêmes, auprès desquels elles sont évidemment appelées à exercer une influence très-salutaire. Nos institutions de charité surtout et le dévouement des sœurs qui les dirigent ont déjà produit des fruits précieux de conversion chez nos catholiques et chez plusieurs de nos frères séparés. Les sauvages infidèles, dans toute l'étendue du pays, semblent prêts à recevoir la bonne nouvelle. Aussi loin qu'on a pu pénétrer chez eux, ils semblent animés des meilleures dispositions. Dix-huit nations infidèles du diocèse de l'Ile Vancouver furent visitées par deux missionnaires en 1861, la plupart pour la première fois, et partout les missionnaires y furent reçus avec de grandes démonstrations de joie et de vénération. Il s'opère quelquefois chez ces nations des conversions étonnantes qui nous rappellent quelquesunes des conversions qui avaient lieu au temps des apôtres. Dans une visite qu'un Père Oblat faisait en 1859, chez les sauvages infidèles de l'Ile Vancouver, il en amena 2,000 dans une même localité à renoncer tous ensemble aux jeux, à la jonglerie, aux
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meurtres et à la boisson, quatre passions qui, chez les sauvages, sont les plus violentes et les plus difficiles à détruire : et en témoignage de la sincérité de leur conversion ils lui remirent sur le champ tous leurs instruments de jeu, de jonglerie et de meurtres, dont ils chargèrent son canot,
Monsieur, si la mission d'Orégon comme œuvre religieuse mérite les sympathies du prêtre et du fidèle, comme œuvre nationale elle n’en commande pas moins les affections de tout cœur canadien. En effet, c’est une œuvre éminemment canadienne. Ses deux fondateur+ sont enfants de l'église du Canada, choisis et envoyés par elle, et par elle pourvus des moyens matériels de fonder et de continuer leur œuvre. Ses trois premiers évêques sont canadiens, Un nombre considérable de prêtres canadiens sont venus successivement travailler dans ce vaste champ du père de famille. Près de la moitié du clergé séculier y est encore canadienne. Les trois communautés de religieuses qui s’y dévouent à l'éducation et aux œuvres de charité sont toutes composées de sœurs canadiennes, irlandaises et anglaises du Canada, et y furent transportées aux frais de l'église du Canada. Laisseriez-vous languir une œuvre qui doit vous être chère à tant de titres, et qu'une légère assistance doit faire avancer rapidement C’est donc
comme œuvre religieuse et comme œuvre nationale que j'aime à soumettre la mission d'Orégon à votre examen et à votre jugement, osant me flatter que vous prononcerez que, sous l’un et l’autre rapport, elle mérite vos sympathies et qu’elle doit être aidée,
Agréez, Monsieur, l'assurance de l'estime respectueuse avec laquelle
J'ai l'honneur d’être, Votre très-humble et obt.-serviteur, J. B. A. BROUILLET, Vic.-Gén. de Nesqualy.