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MONSEIGNEUR L'EVEQUE DE VALLEYFIELD

La vocation à la sainteté Fondation d'un monastère de Clarisses à Valleyfeld

JOSEPH-MÉDARD EMARD, PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SIÈGE APOSTOLIQUE, ÉVÊQUE DE VALLEYFIELD.

Au clergé séculier et régulier, aux communautés religieuses et à tous les fidèles de notre diocèse, sulut, paix et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Nos très chers frères,

Tous les hommes sont appelés à la sainteté. Créés à l'image de Dieu et établis dans un état d'innocence et de bonheur, nos premiers parents avaient le devoir de s'y maintenir par l'amour et l’obéissance, et d'atteindre par là leur fin suprême.

Déchus de leur condition primitive, condamnés à l'exil et à la mort, et devant transmettre à toute leur

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postérité lee tristes conséquences de leur prévarication, ils conservèrent toutefois avec les promesses d’un Sauveur dont l'attente devait les soutenir avec toute leur descendnnce, non seulement la possibilité d’un retour à Dieu par l1 pénitence, mais encore l'assurance que tous les secorrs leur seraient accordés pour rentrer dans la voie du salut, s'y maintenir par l'accomplissement de tous les devoirs, par la pratique de toutes les vertus, et tendro de nouveau par là vers leur fin dernière, qui est l’union définitive avec Dieu, dans une félicité éternelle. C'est dire que, même à l'humanité pécheresse, et pour chacun de scsmembres, il restait une vocation véritable à la sainteté. Dieu lui-même en a fait une obligation indispensable et, plus d'une fois, nous en trouvons l'ordre explicite dans lu sainte Ecriture.

“ Marchez devant moi et soyez parfaits, dit le Seigneur ” (1).

“ Vous serez parfaits et sans tache devant le Seigneur votre Dieu ” (2).

“ Soyez sain.s, parce que je suis saint, moi, le Seigneur, votre Dieu ” (3).

“ Servez le Seigneur d’un cœur parfait ” (4).

Cette sainteté que tous, pour répondre au plan divin,

(1) Gen., xvux, 1.

(2) Deut., xviut, 13,

(3) Levit., x1x, 2,

(4) Josué, xx1v, 14.

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doivent pratiquer, a pour base la pénitence, l'expiation, et pour motif 1. : our de Dieu ; elle cst uno condition essenti-lle de onheur en ce monde et de salut éternel. C’est pour en établir définitivement les règles que Notre-Svigneur Jésus-Christ est venu sur la terre.

Racheter le monde et le rendre à la sainteté par l'infusion d'une vie surnaturelle dont lui-même serait la source intarissuble, déposer entre les mains de son Père, lans un sacrifice suprême, le prix de notre rançon, et nous inviter à le suivre dans les voies de la sainteté ; disposer en notre faveur pour atteindre ce but, des grâces et des inérites acquis au prix de sa passion et de sa mort, en un mot, sauver tous ‘es homines, faire de tous, ses disciples, et les conduirc tous à la sainteté, telle est l'œuvre substantielle de la rédemption.

La sainteté, pour tous, en vertu de cette vocation commune, consiste essentiellement dans lu pureté du cœur ; c'est-à-dire dans la fuite du péché et dans l’accom plissement fidèle de tous les devoirs, l'état de grâce tenant l'âme en rapport habicuel avec Dieu. Excluant tout ce qui peut détruire ce rapport de charité et d'amour, elle oblige à faire tous ses actes en vue des

* fins dernières, en esprit de religion, par soumission à l'autorité divine, de laquelle émanent tous les préceptes à remplir.

Cette sainteté, accessible à tous, qui se borne par

elle-même aux commandements de Dieu et de --n Eglise

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et qui comprend la pratique de toutes les vertus chrétiennes, concilie les exigences de la condition avec la religion elle-même. “ Que chacun, dit saint Paul, travaille à s0 sanctifier, dans l'état ou selon l'état où il se trouve” (5). Elle peut s'atteindre dans l'opulence comme dans la Pauvreté, dans la santé ou dans la maladie, dans les positions les plus élevées, comme dans les plus modestes et les plus humbles, dans la prospérité comme dans les revers, puisque partout et toujours, il est possible au chrétien d'agir avec une pureté d'intention parfaite, de mettre chacune de ses actions sous le couvert de la volonté divine, et de les accomplir par obéissance.

N'y at-il pas là, nos très chers frères, un grand motif de consolation et d'encouragement pour nous tous ?

Nous sommes trop facilement enclins à croire que la sainteté ne peut être que le partage d’un petit nombre et qu'elle exige par elle-même des choses ou des actes extraordinaires.

Non, Dieu n’a exclu personne de son royaume, ni de son cœur ; il veut que tous soient sauvés ; il veut que tous aient la vie et qu'ils l'aient abondante.

À tous il adresse cette invitation pressante au bonheur par la sainteté, dont il décrit si divinement les conditions :

(5) I Cor, 1, 26.

“ Bienheureux esux qui ont l'esprit de pauvreté, parce que le royaume des cieux est à eux !

“ Bienheureux ceux qui sont doux, car ils possèderont la terre!

“ Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !

“ Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés !

“ Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde,

“ Bienheureux les cœurs purs, car ils verrcnt Dieu !

“ Bienheureux les pacitiques, car ils seront appelés les enfants de Dieu!

“ Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le-royaume des cieux est à eux.

“Vous serez heureux lorsque les hommes vous haïront, vous maudiront et vous persécuterout : lorsqu'ils vous sépareront de leur société et quil: vous chargeront d'opprobres, lorsqu'ils proscriront votre nom comme funeste, à cause du Fils de l'Homme, et qu'ils diront mensongèrement toute sorte de mal contre vous à cause de moi ” (6),

Et pour que personne ne puisse prétexter son impuissance à la vue de devoirs trop difficiles ou trop nombreux, il les résume tous en un seul : l'amour, l'amour de Dieu, l'amour du prochain.

(6) Matth. v, 3-12,

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“Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout vctre Cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. C’est là le premier et le plus grand commandement, Le second est semblable à celui-là : Vous aimerez le prochain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements ” (7).

Les grands saints que l’Eglise honore et qui ont su à tous les degrés de l'échelle sociale porter si haut la sublimité de leur vertu, nous enseignent par là que l'on peut se sanctifier même dans les conditions ordinaires de la vie.

La sainteté par elle-même n’est donc le privilège de personne sur la terre ; le Bon Dieu y appelle toutes les

-Âmes sans exception ; à chacune il donne pour l'obtenir tous les secours nécessaires, et elle n'exige rien qui ne puisse s'unir aux obligations imposées par l'état de vie ou la Providence nous a placés.

Elle laisse même une entière liberté dans l'usage légitime des biens de ce monde, dans les relations domestiques et sociales, et même dans les joies extérieures dont le Bon Dieu à voulu parsemer notre existence, car tout cela peut être dirigé vers Dieu par la pureté du cœur et la droiture parfaite d'intention, c’est-à-dire par la simple et constante application de ces paroles de saint

Paul : ‘“ Réjouissez-vous dans le Seigneur ; je vous le

répète, réjouissez-vous ” (8);—et “ soit que vous man-

(7) Matth, xx, 37, 33.

(8) Philip. 1v, 4.

Pe giez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez toute autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu ” (9).

Toutefois, nos très chers frères, il faut bien consi-

dérer que, la perfection n'étant pas de ce monde, il y a bien des degrés différents dans cette sainteté à laquelle tous les hommes sont appelés. En supposant chez tous cette condition préalable qui consiste dans la pureté du cœur et l'exemption de toute faute cepable de briser les liens de la charité, il y a des différences notables dans la manière de servir Dieu par l’observance de ses préceptes. Tous n'ont pas la même ardeur dans l'amour, la même ferveur dans la piété, le même détachement intérieur des choses de ce monde, le même zèle pour la justice, le même courage dans les épreuves, la même résignation dans les tristesses de la vie, ni la même fidélité à rendre à Dieu des actions de grâces pour ses bienfaits de chaque jour ; en un mot, pendant que les uns s'appliquent, avec le secours divin qu'ils ne cessent d'implorer par une prière constante, à accomplir avec une fidélité de plus en plus grande les devoirs de leur religion et de leur condition, et que par là même, ils marchent de vertu en vertu dans les voies de la perfection, d’autres, moins soucieux d'acquérir les richesses spirituelles dont

ils ne connaissent pas suffisamment le prix, se laissent

séduire par les biens de ce monde, et se contentent de faire à peu près ce qu'il faut pour ne pas

(9) I Cor. x, 31,

compromettre leur salut éternel. Et parce que cette insouciance est en elle-même dangereuse, et qu’elle peut faire tomber l'âme, de la tiédeur dans l'oubli et l'abandon des choses essentielles, l'Esprit-Saint nous met en garde contre les illusions que nous pourrions entretenir à ce sujet :

“ Aspirez toujours à des dons meilleurs ” (10).

“ Que votre charité croisse de plus en plus dans la science de la vertu ” (11).

“ Que celui qui est juste devienne encore plus juste, et que celui qui est saint se sanctifie encore ” (12).

En sorte que, selon le mot de saint Augustin : “Toute la vie d’un Lon chrétien, est un saint désir de la perfection”, ou encore, comme dit saint Bernard : “ Personne n’est parfait, s’il ne désire devenir plus parfait ”, et l'on montre que l’on est d'autant plus parfait qu'on aspire à une plus grande perfection.

C'est ce que de tout temps, bon nombre d'âmes ont compris, et se sont appliquées à réaliser pour ellesmêmes. Et ainsi l'on a vu briller dans l'Eglise, d'un éclat incomparable, des saints dont la vie semblait n'offrir rien que d'ordinaire, et dont tous les efforts vers la sainteté consistaient dans l’accomplissement de

plus en plus parfait de devoirs communs aux personnes qui vivent au milieu du monde.

(10) S. Paul, I. Cor., vir, 31.

(11) Phil,, #1, 9.

(12) Apocal., xxII, 11,

Et ces saints, on les trouve dans toutes les classes de la société, sous la pourpre royale avec saint Louis, parmi les laboureurs avec saint Isidore, chez les jeunes étudiants avec saint Louis de Gonzague, ou au milieu des pauvres avec saint Benoit Labre : sainte Monique, sainte Blanche, sainte Elisabeth, sont les mieux connues de la phalange de ces femmes fortes qui, dans l'état du mariage et à lu tête d'une famille, ont porté jusqu'à l’héroïsme le zèle, le dévouement et la piété de l'épouse et de la mère chrétienne.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la vocation commune à tous de devenir saints par l'accomplissement fidèle et parfait des préceptes divins, en conciliant avec le travail incessant de la perfection spirituelle les obligations qui découlent de toute condition sociale et les préoccupations même matérielles auxquelles il est impossible de se soustraire à moins d'être favorisé par un appel spécial.

Cet appel, le Bon Dieu l'adresse à un certain nombre d'âmes privilégiées auxquelles il destine, à la suite de sacrifices plus grands, des grâces plus particulières, des mérites plus considérables et une récompense plus belle. Notre-Seigneur Jésus-Christ a fait admirablement connaître et ressortir la vérité de ce fait dans l'épisode du jeune homme qui lui demande :

“— Que devrais-je faire, pour acquérir la vie éternelle ? ”

— Si tu veux entrer dans la vie, repartit Jésus observe les commandements ”,

“ — Lesquels ? ” dit le jeune homme.

Jésus reprit :

“—. Tu les connais : Tu ne tueras point ; tu ne commettras point d'adultère ; tu ne déroberas point ; tu ne rendras point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère ; aime ton prochain comme toi-même ”.

“— Tout ceci, Maître, je l'ai observé dès mon plus jeune âge. Que me manque-t-il encore ? ”

À ces mots, Jésus le regarda, et il l'aima, puis il lui dit :

“ — Une seule chose te manque encore: si tu veux être parfait, va ! ce que tu possèdes, vends-le et donne tout aux pauvres. Tu auras alors un trésor dans le ciel. Viens après cela et suis-moi ” (3)!

C'est encore la même idée qu'exprime le Sauveur quand, répondant à Marthe qui se plaint d'être laissée seule chargée du service : “ Marthe, Marthe, dit-il, tu t'inquiètes et tu te troubles de beaucoup de choses, or une seule est nécessaire ; Marie a choisi la meilleure part et elle ne lui sera point enlevée ”. Et cette meilleure part en quoi consiste-t-elle ? Notre- Seigneur nous l'explique encore lui-même en nous disant que quiconque veut le suivre, s'attacher à lui, doit se renoncer, prendre sa croix et la porter avec

(13) Matth, xx, 16:22,

lui ” (14). Ce renoncement implique le détachement non seulement de cœur et d'esprit, mais réel, effectif, des choses et même des personnes,

C'est donc le sacrifice complet et définitif d:s biens et des honneurs de ce monde, des joies et des plaisirs même les plus légitimes, des attaches et des liens les plus tendres et les plus forts, pour se lier à Jésus dans une union indissoluble qui sera elle-même la base d’une sainteté plus grande et plus élevée.

Cette vocation est le privilège et le partage des âmes d'élite. “ Il nous a appelés, dit saint Paul, d'une manière particulière, à Cevenir des saints ” (5). “ Je prendrai cette âme, di: je Seigneur, je la conduirai dans la solitude et là je parlerai à son cœur ” (16).

“ Quiconque aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, Où son père, ou sa mère, à cause de mon nom, recevra le centuple et possèdera la vie éternelle ” (17).

Vous le voyez, nos très chers frères, il ne s’agit plus ici de cette vocation commune à tous et qui conduit simplement au salut, par la fuite du péché, par l'état de grâce et la soumission aux commandements, mais d’un appel spécial à une vie plus parfaite. Outre les précep-

(14) Matth., xvi, 24.

(15) II Tim, 1, 1x.

(16) Osée, 11, 14,

(7) Matth., x1x, 29.

tes dont l'observation est obligatoire, Notre-Seigneur indique les conseils qui sont libres, mais vont beaucoup plus loin. Outre le détachement intérieur que doivent produire l'amour de Dieu et le désir des biens surnaturels, cette même vocation invite à une séparatior e‘fective de tout ce qui n'est pas Dieu, ou ne peut pas conduire directement à Lui. Cette vocation spéciale doit produire l'abdication de la volonté propre, l'immolation des sens, le mépris des richesses et des honneurs de ce monde, en un mot, dégager l'âme qui en est favorisée, de tout ce qui pourrait lui être un obstacle dans son vol vers les sommets de la perfection spirituelle.

Cet appel n’a pas été vain. Beaucoup l'ont entendu et s'y sont montrés dociles. Dès les premières origines de l'Eglise, autour des apôtres, un nombre considérable de fidèles animés de l'esprit de Jésus-Christ, se faisant à leur foyer une solitude intérieure, se complurent dans la pratique des vertus les plus sublimes, après avoir disposé en faveur des pauvres du superflu de leurs biens.

Plus tard, on les voit laissant leurs maisons, leurs familles, leur pays, s’enfoncer dans le désert et là, loin du monde, en présence de Dieu seul, se livrer à toutes les ardeurs de la piété et à toutes les rigueurs de la mortification. Mais il entrait dans le. plan divin que l'Eglise de Jésus-Christ, non seulement par son organisation essentielle, mais encore par sa fécondité iné-

puisable et les forces vives enfermées dans son scin, pût offrir le spectacle d'une floraison indéfinie de vertus et de mérites dans toutes les sphères et à tous les degrés de la perfection.

“ Partout où deux ou trois seront groupés pour prier mon Père en mon nom, je serai au milieu d'eux ” (18), avait dit Notre-Seigneur. Cette parole devait trouver sa réalisation parfaite dans la vie religieuse proprement dite. En effet, dans la suite des temps, ces âmes de plus en plus nombreuses qui se consacraient à Dieu d'une manière irrévocable, sentirent le besoin de se grouper, de s'unir sous une direction commune et d'embrasser ainsi un genre de vie uniforme qui leur rendit plus facile le travail de la perfection, et leur permit, en outre, selon le but propre de leur communauté respective, de procurer d'une manière très eff. cace le bien de l'Eglise en l'aidant dans l'accomplissement de sa mission,

Les ordres religieux devenaient ainsi les aides puissants du sacerdocc chrétien et des instruments de la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ,

Et nos très chers frères, il est admirable de voir, comme pour la fondation même de ces ordres, pour leur organisation et leur développement progressif, Notre-Seigneur a, de tout temps, suscité par une vocation très spéciale des âmes choisies qui, par leur

(18) Matth, xvirt, 20,

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fidélité, leur dévouement, leur sagesse et leur autorité ont doté le monde de ces instituts si variés, lesquels, à l'heure voulue, ont comblé une lacune et répondu à un besoin particulier.

Les saints Benoit, Bruno, Bernard, François d'Assise, Dominique, Ignace de Loyola, et parmi les femmes, les saintes Scholastique, Claire, Thérèse, Jeanne de Chantal, et tant d'autres, voilà autant depersonnages suscités de Dieu pour créer ou consolider des ordres religieux dont l'admirable histoire se confond avec celle de l'Eglise elle-même. Inspirés par l'amour divin et donnant à leur charité ardente un double objet, ces ordres ont par eux-mêmes, ou par leurs ramifications presque indéfinies, poussé d'innombrables âmes dans les sentiers de la plus haute perfection, peuplé le ciel de bienheureux illustres, et en même temps, se faisant les auxiliaires dévoués du ministère sacerdotal, accompli au bénéfice de l’Eglise et des âmes, des œuvres s'étendant à tout ce qui pouvait servir une aussi sainte cause.

Ils fournirent dès l’abord les ouvriers les plus actifs de l’Evangile dans ce grand travail de la civilisation et de l'adoucissement des mœurs que l’Eglise devait, avec eux, poursuivre à travers.les siècles. Ils ont porté sur toutes les plages et exercé au milieu des peuples les plus barbares un infatigable apostolat, se dévouant au ministère des âmes, à l'évangélisation des peuples. Les uns se sont donné, ou ont reçu comme mission propre, celle d’exer cer toutes les œuvres de charité et de miséricorde tempo-

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relle, à l'égard des pauvres, des captifs, des malades, des orphelins, des vieillards : enr... not à l'égard des classes les plus nombreuses et les plus pauvres de la société.

D'autres se sont consacrés plus spécialement à la vie intellectuelle par l'étude, les recherches scientifiques, les travaux de tout genre et surtout, par l'éducation de l'enfance et de la jeunesse. Il en est qui n’ont pas dédaigné, tout en fixant leur regard au ciel dans la plus sublime contemplation, de s'adonner pour l'édification et l'avantage d:s peuples, aux métiers, aux occupations en apparence les moins nobles, et les plus humbles: le travail des mains ayant toujours été daus l’Eglise, et spécialement chez les religieux, tenu en grande estime en souvenir particulier de Notre- Seigneur qui était lui-même un pauvre charpentier.

Voilà pourquoi, Notre Saint-Père le Pape Léon XIII dit des congrégations et ordres religieux, “ que par la pratique des conseils évangéliques, ils sont la gloire de la société autant que la gloire de la religion” ; il rappelle, en une parole émue, les services rendus aux arts, aux sciences, à l'agriculture, et les œuvres de charité accomplies par des hommes et par des femmes issus du peuple, qui avaient spontanément renoncé aux joies de la famille, pour consacrer au bien de tous, dans de pacifiques associations, leur jeunesse, leurs talents, leurs forces, leur vie elle-même.

“ Les religieux forment ”, dit-il encore, “ une élite dans la cité de Dieu. Chéris de Dieu, aimés de l'Eglise

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objet de la reconnaissance des peuples vraiment chrétiens, serviteurs volontaires qui ne veulent d'autre salaire que Dieu lui-même, étrangers à tout motif humain, et n'ayant, de par leur vocation, d'autre raison d'être et d'autre ambition que de réaliser dans leur vie et par leurs œuvres limitation parfaite de Jésus-Christ, ils préchent constamment la vanité des choses de ce monde et la réalité des biens futurs ”.

En s'exprimant de la sorte Notre Très Saint-Père le Pape semble avoir voulu résumer, sur un sujet plein d'actualité et dans des circonstances qui rendent la parole du Pape encore plus solennelle, ce qui a été de tout temps la pensée de l'Eglise et le sentiment des peuples chrétiens.

“ Les religieux, dit saint Cyprien, sont les fleurs du jardin de l'Eglise, qui font sa beauté et son ornement et qui l'embaument de leur odeur ; ils sont l'image vivante de Dieu, exprimant fidèlement les traits de la sainteté de son Fils. Ils sont la portion la plus illustre du troupeau de Jésus-Christ”. Car ce que l'Eglise a de plus édifiant, et qui répand une plus douce odeur parmi les peuples, ce qu'elle a de plus saint et qui imite de plus près la sainteté infinie de Jésus-Christ, son adorable Epoux, ce qu’elle a de plus grand et qui révèle le plus sa gloire, se trouve pour la plus grande partie renfermé dans les cloîtres.

“ Saint Grégoire de Nazianze dit que les religieux sont les prémices du troupeau de Jésus-Christ, les

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colonnes et la couronne de la foi, les pierres précieuses qui servent à l'édifice du divin temple dont Jésus- Christ est le fondement et la pierre angulaire ”.

Notre patrie a joui abondanme. , de ces bénédictions célestes et des avantages de toutes sortes qui découlent de l'existenee et de l'action bienfaisante des ordres religieux. Dès les premièrés origines de la colonie, ce sont les fils de saint François d'Assise, de saint Ignace de Loyola, de M. Olier qui arrivent sur ces bords, et évangélisent au prix même de leur vie les peuplades sauvages et organisent les premiers groupes chrétiens.

C'est la Mère Bourgeois, c'est la Mère Marie de l'Incarnation, c'est Mile Mance, qui ouvrent les premières écoles et les premiers hospices, et à mesure que se développe le pays, à cotédes congrégations d'hommes et de femmes venues de la mère-patrie, se fondent au sein de la population canadienne, des communautés nouvelles, destinées à reproduire ici de toutes façons, ce que les religieux ont accompli de tout temps dans les divers pays.

Et, nos très chers frères, c'est de la part de Dieu, pour notre peuple, une marque de prédilection évidente qui cadre bien avec ses origines et ses destinées providentielles que cette générosité inépuisable avec laquelle les familles fournissent aux congrégations religieuses un si grand nombre de sujets. Les parents s'estiment à bon droit heureux, st se montrent fiers de donner à Dieu et à l'Eglise ceux de leurs enfants que

la vocation appelle au sacrifice. Remerciant le Seigneur de la faveur qui leur est faite, ils en ont plus d'attachement pour la religion, plus d'estime pour les ser vices inuppréciables rendus par les religieux, et ‘ls so réjouissent dans la pensée qu'ils ont une large part dans les prières et les actes si méritoires de ceux-là mêmes qu'ils ont élevés pour les voir un jour se dépouiller de tout, et consacrer leur vie entière aux œuvres qui intéressent l'Eglise et les Ames.

Notre diocèse pouvait lui-même, dès son érection, se féliciter d'avoir plusieurs communautés religieuses vouées à l'enseignement ou aux œuvres de charité et dont les membres s'appliquent constamment avec un zèle infatigable et un dévouement sans bornes à remplir leur mission.

Grâce à ces religieux, à ces sœurs, dont les maisons |

se sont multipliées et développées, l'éducation chrétienne est assurée à nos familles et les misères humaines sont facilement soulagées, Nous tenons ici à exprimer notre gratitude et la vôtre, nos très chers frères, à l'égard de ces diverses congrégations qui ne s'épargnent aucune peine et s'imposent parfois de lourds sacrifices afin «le pouvoir répondre aussi pleinement que possible à notre commune attehte.

Cependant, dès le principe, nous avons éprouvé un désir et entretenu un espoir. C'était de posséder près de nous, et au milieu de vous, un de ces asiles de piété plus absolument fermés au nionde et dans lesquels la vie de

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l'âme peut, sous l'action de la grâce et par une vocation encore plus élevée, atteindre à des hautours sublimes, d'ou elle rayonne et se répand en des bénédictions abondantes pour l'Eglise et pour les fidèles.

La vie contemplative dans la réclusion défiritive et complète, menée par un groupe de vierges qui s'emploient au travail incessant de leur perfection personnelle, tout en gardant au fond de leur cœur un trésor inépuisable d'ardente charité pour le monde qu'elles ont quitté volontairement, c'est ce que Notre-Seigneur a lui-même placé au sommet de l'ordre surnaturel. Les âmes d'élite qui y sont appelées, unies étroitement et à jamais à leur époux diviu, sont avec lui sur le Thabor pour contempler ses gloires et ses perfections infinies. Elles sont avec lui au jardin de Gethsémani pour partager son calice d'immolation et d'amertume ; elles sont avec lui sur le Calvaire pour s'offrir en un même sacrifice d'expistion et d'amour.

Les macérutions, les jeûnes, les voilles, les péaitences de toutes sortes qu'elles s'imposent sont autant d'actes méritoires dont elles accordent à leurs frères du siècle, l'incalculable avantage. Par leurs larmes, par la ferveur de leurs prières, dans la profondeur de leur solitude, elles sont une protection puissante qui couvre le monde pécheur, pour en écarter bien souvent les foudres de la colère divine.

Oui, nous voulions avoir un de ces monastères qui fût à la fois un exemple, une leçon et une protection,

Et c'est ce que la Providence a bien voulu finalement nous accorder.

Au mois de mai dernier arrivaient à Valleyfield, pour s'y établir en Permanence, cinq religieuses de l’ordre des Clarisses. C'était un essaim venu de Lourdes avec toute l'austérité propre à l'ordre de sainte Claire. 11 apportait aussi un suave parfum de cet endroit béni entre tous, marqué par les apparitions si célèbres de la Vierge Immaculée.

Nous leur avons construit,dans notre ville épiscopale, à Notre-Dame de Bellerive, attenunt à l'église de l'Immaculée-Conception, qui semblait prédestinée à cette fin, un couvent bien petit, bien modeste, même très pauvre, mais dans lequel elles se sont enfermées avec joie et bonheur, le 10 août dernier.

Depuis cette date, avec quelques novices que la grâce leur a amenées, elles mènent dans ce cloitre la vie des Clarisses, c'est-à-dire une vie de pauvreté absolue, une vie de silence, une vie de mortification, une vie de prière et de contemplation.

Vêtues d’une bure grossière, pieds nus, n'ayant dans leur maison et leurs étroites cellules que ce qui est strictement indispensable, elles pratiquent l’abstinence perpétuelle, ne mangent jamais que des aliments maigres, et encore jeûnent-elles une très grande partie de l’année.

Toutes les nuits, elles se lèvent pour chanter l’office et le jour elles passent des heures entières en oraison

employant les intervalles à des occupations manuelles

qui ne peuvent les détourner de la pensée de Dieu et des choses divines. .

Obligées par état et par vœu à ne compter que sur la Providence qui veille toujours avec tendresse sur les humbles et les petits, elles s'interdisent toute inquiétude, toute préoccupation du lendemain, et se contentent pour leur subsistance de ce que leur apporte chaque jour la piété des fidèles.

Voilà, nos très chers frères, ce que sont les pauvres Clarisse: et ce qu'elles viennent faire parmi nous Grâce à elles, l'organisation spirituelle du diocèse est complétée dans ses grandes lignes ; nous avons, au sommet de nos œuvres religieuses, un sanctuaire de Ja prière organisée d'où nous viendront des secours efficaces pour apaiser les rigucurs de la justice divine trop souvent offensée : sous obtenir ses faveurs au milieu de nos peines, et nous aider À nous sanctifier nous-mêmes par une constante fidélité à tous nos devoirs de chrétiens.

Vous vous joindrez à nous, nos très chers frères, pour remercier le ciel de cet inestimable présent qu'il nous a fait dans le cours de cette année, et pour entourer nos chères cloîtrées de toute ln bienveillance, de toute ln charité dont elles pourront avoir besoin pour accomplir parmi nous leur sainte mission.

Que la Vierge Immaculée daïgne garder sous sa maternelle protection ce nouveau monastère, dont elle

semble avoir elle-même inspiré la fondation; oui, qu'elle protège ces digues religieuses, ces victimes d'amour ct d'expiation qui y sont enfermées ; qu'elle fasse de ce cloître une forteresse de prière et de sacrifice, qui nous prêche à nous-mêmes la rtification des sens et lu sainteté; qu'elle y mainticuue une ferveur toujours croissante, digne des véritables filles du patriarche séraphique, Nous éprouverons bientôt la douce et irrésistible influence de leur piété; nous serons impressionnés par leur pauvreté et leur détachement des choses terrestres ; nous nous sentirons plus zélés pour la gloire de Dieu et le bien de nos âmes. Elles nous aideront à écarter du milieu de nous le péché et à conserver le religieux respect de ce qui a toujours fait le bonheur de notre peuple. Grâce à leurs ferventes prières, le dimanche sera mieux observé ; le saint nom de Dieu sera toujours honoré; la tempérance chrétienne sera mieux pratiquée; les fumilles resteront unies dans la charité ; les sacrements seront régulièrement fréquentés, en un mot le règne de Jésus-Christ sera parmi nous affermi.

Tel est d'ailleurs, nos très chers frères, l'objet des vœux que nous formons pour vous, au déclin de cette année, et dans la douce espérance de les voir se réaliser, nous appelons de tout notre cœur, sur vous tous, pasteurs et fidèles, les bénédictions de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Sera la présente Lettre Pastorale, luc et publiée au prône de toutes les églises et chapelles où se fait l'office divin et au chapitre de toutes les communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.

Donné à Valleyfield, en notre demeure épiscopale, sous notre seing ct sceau et le contre seing de notre secrétaire, le 25 décembre 1902, jour de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

T JOSEPH-MÉDARD, Evêque de Valleytield Par mandement de Monseigneur,

Louis Mousseau, prêtre,

Secrétaire.

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