‹ Lettre pastorale de Mgr. l'évêque de Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 1 · IGNACE BOURGET · texte numérisé non relu

IGNACE BOURGET

PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SIÈGE APOSTOLIQUE, ÉVÊQUE DE MONTRÉAL, ETC. ETC. ETC.

are

Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de Notre Diocèse, Salut et Bénédiction en N.-S. J-C.

Pendant que Nous étions à Rome, comme depuis Notre retour, Nous avons profité de toutes les occasions, qui se sont présentées, pour vous faire part, N.T. C. F., de tout ce que Nous avions pu, durant notre voyage, recueillir d’intéressant pour votre foi et votre piété. Car Nous ne saurions oublier que c’est pour votre bien spirituel, et non cause de nos mérites, que la Divine Providence Nous a conduit trois fois, au tombeau des Saints Apôties, et Nous a fait partici-

r si souvent et si longtemps à la splendeur des grandes solennités, qui font de la Ville Sainte, la plus parfaite Image que nous puissions avoir ici bas de la céleste Jérusalem.

Dans notre Mandement du 27 février, 1855, Nous tachâmes de vous donner une idée aussi juste que possible de la plus glorieuse des Fêtes que l’Eglise ait jamais célébrées à l’hcnneur de la B. Mère de Dieu, et à laquelle il Nous avait été donné d’assister, au nom de tout le Canada Catholique. Ce récit, tout simple qu’il était, a suffi pour vous embräser d’un nouveau zèle pour la gloire de l’Immaculée Vierge, ei vous porter à faire ici ce qui se faisait à Rome, pour recevoir, avec tous les honneurs du triompbe, le nouveau dogme de foi. Inutile de vous rappeler les pompeuses démonstrations qui se sont faites en conséquence, dans nos villes et nos campagnes. Car Nous pensons bien que des ovations si brillantes, et en même temps si spontanées, ne s’effaceront jamais de vos souveairs; et que vous en perpétuerez à jamais la mémoire, en racontent à vos enfans,

et À vos petits enfants, tout ce qui s’est fait parmi vous, pour honorer l’Auguste Vierge, préservée, par un privilége accordé à elle seule, de la tache et souillure du peche originel.

En vous transiuettant ainsi, de père en fils, comme un héritage de bénédictions, le sentiment religieux de cette grande fêté, vous ferez en même temps

isser jusqu’à la dernière génération, le dépot sacré de votre foi, dont la glorieuse Mère de Dieu est la puissunte Gardienne, Car, dit St. Cyrille d'Alexandrie, cette Vierge sacrée, qui est le Temple indissoluble de la Divinité, est en même temps d+ sceplre de la foi orthodoxe, et lu lampe de l'Eglise, qui ne doit jamais s'éteintre, Tu lampus inexlinguibilis......Sveptrum orthodo::@ fidei, templum ind'ssolubile.

C'est dans cette même vue que Nous allons aujourd’hui, N. T. C. F., vous raconter quelque chose de ce qui se passa le lendemain de cette grande solennité, er vous montrer que N.S,. P. le Pape, en invitant tant d’Evêques à se rendre

Rome, n’avait pas seulement en vue de rendre plus éclatant le triomphe qu’il préparait à la Vierge Immaculée, mais encore de travailler à la conservation de oi, dans le monde entier, qui se trouvait, par ses Evêques, représenté à cette grande réunion, comme aussi c’était là le désir de tous ces Pasteurs, ne faisant qu’un cœur et qu’une âme, dans ce grand centre de l'unité catholique.

On le vit bien clairement le jour même qui suivit cette grande solennité. Car, à peine le Souverain Pontife avait-il déclaré, comme vérité révélée de Dieu, le singulier privilége accordé à la B. Vierge Marie d’avoir élé conçue sans aucune lache du péché originel, que son cœur paternel cherchait à s’épancher dans celui de ses Frères, pour les confirmer eux-mêmes de plus en plus dans la foi, afin que la Ste. Mère l'Eglise Catholique, comme il l’avait ‘léclaré la veille, soit, après avoir détruit toutes les erreurs, florissante chez loutes les nations, et que tous ceux qui sont dans l'erreur rentrent dans le sentier de la vérilé et de la justice, pour qu’il n’y aït plus qu’une seule bercrrie el un seul Pasteur. Ut Sancla Mater Catholiva Ecclesia, cunctis....profligatis erroribus, ubique gentium.... floreat.. et omnes errantes... ad veritalis ac justitiæ semilam redeant, ac fiat unum ovile, et unus Pastor (Bulle de l’Immaculée Conception, 8 déc., 1854.).

Ce fut en conséquence de ce grand dessein qu’une ZJntimation fut envoyée aux cent quatre vingt-seize Cardinaux, Patriarches, Archevêques et Evêques, présents à Rome, pour les inviter à se réunir au Sacré Palais du Vatican, afin d’y entendre ce que le Père Commun avait à leur dire, dans l'intimité d’un Consistoire Secret, pour le bien général de l'Eglise.

Ayant maintenant, N.T. C. F., à vous rapporter les paroles qui, dans cette grande réunion, tombèrent de la bouche du Pasteur Universel, dans le sein de ses brebis, pour servir de nourriture à ses agneaux, Nous croyons devoir fixer votre attention, en vous faisant remarquer quel est celui qui parle, et quels sont ceux qui écoutent. Car, pour le troupeau, rien de plus entrainant que l’exemple des Pasteurs. Forma fucti gregis ex animo (1 Pet. 5, 3.). L’Evangile au reste nous en donne l’exemple ; car St. Matthieu, avant de nous rapporter le discours de Notre Seigneur sur la montagne, ne nous dit-il pas que Jésus voyant les troupes de gens qui le suivaient, a//a sur une montagne ; el là s’élant assis, ses disci-

les s’approchèrent de lui ; et alors ouvrant sa bouche, il les instruisuit (Mat. 5, 1.) ous pouvez voir par là que la Ste, Eglise s’attache à suivre en tout les exeme ples de son Divin Fondateur.

D'abord, quel est celui qui préside, et qui parle, dans cett: majestueuse Assemblée? C’est le Chef de toute l'Eglise, le Successeur de St. Pierre, le Vi: caire de J.-C. Il est assis surun Trône élevé, symbole de sa suprême puissance. Son port est noble et plein de dignité. Sa voix est belle et harmonieuse. Sa figure a une expression de bonté si frappante, que l’on croit voir celui qu’il représente sur la terre. Son visage est animé, son langage paternel, son geste naturel, et sa parole pleine d’onction. Les larmes qui s’échappent souvent de ses giix font assez connaitre les tendres émotions de son âme, naturellement sensible.

A fa seule vue de la salle d'Assemblée, qui est spacieuse et magnifique, on se croit dans le Cénacle, avec Jésus parlant à ses disciples, Les délicieuses jouissances, qui se font sentir à l’âme, dans ce bienheureux moment, font croire que l’on est sur le Thabor ; et l’on s’écrie avec St. Pierre, ravi de voir son bon Maitre, tout rayonnant de gloire: Seigneur, il fait bon étre ici! L'on semble toucher du doigt l'Unité Catholique, en voyant tant de Provinces de la Répobique chrétienne ainsi réunies autour de la Chaire Apostolique. La Ste.

Eglise Romaine apparait là, comme cette haute montagne, que le Prophète nous dit être assise sur les collines sacrées : Fundamenta ejus in montibus sanclis. Cette mère de toutes les Eglises du monde se montre avec tous les glorieux priviléges qui la font rayonner de gloire, et qui prouvent que le Seigneur l’aime, comme

a véritable Sion, plus que tous les Taberracles de Jacob: Diligit Dominus portas Sion super omnia T'abernacula Jacob. Chacun se plait à admirer, et à exalter les merveilles de la ville éternelle, que le Seigneur a lui-même préparée de loin, pour être le Siége du Pasteur des Pasteurs: Gloriosa dicta sunt de te, Civitas Dei (Ps. 86, 1, 2.).

Quels sont maintenant ceux qui composent cette Assemblée, et qui écoutent, avec un religieux respect, le premier des Pasteurs? Ce sont les Princes de d'Eglise et les Maitres en Israël. Ils sont de diflérents pays ; ils appartiennent à différentes nations ; ils vivent sous différents climats; ils parlent différentes langues et portent différents costumes; et cependant ils sont les enfants du même Père, parce qu’ils ont tous l Eglise Catholique pour mère ; ils n’ont qu’un même esprit etun même cœur, parce qu’ils n’ont qu’une même foi, et une même charité; ils ont la même langue, parce qu’ils parlent celle de la Ste. Eglise. Voilà pourquoi ils se connaissent, ils s'expliquent, ils se comprennent, au sein de cette grande famille. Aussi, s’embrassent-ils avec affection, comme des frères, qui sont heureux de se rencontrer, dans la maison paternelle. Ecce quam bonum et quam jucurdum, habitare fratres in unum' (Ps. 132, 1.)

Toutes ces considérations n’ont-elles pas, ? . ‘T. C. F., quelque chose de saisissant pour vos cœurs; et ne vous sentez-vous pas un saint désir d'entendre des paroles si salutaires, sorties d’abord du cœur du Père Commun, et déposées, avec tant de solennité, dans le svin de vos Pasteurs, pour vous être fidèlement rapportées, en temps couvenable? N’êtes vous pas d’avance déjà fermement résolus

de metire en pratique des ordres et recommandations qui vous viennent de si haut?

Pour Nous, témoin de ce grand spectacle, Nons en fâmes, N. T. C. F, si vivement touché, que nos émotions sont encore aujourd’hui ce qu’elles étaient alors. Nous avons toujours surabondé de joie, en Nous rappelant que Nous étions du nombre de ces heureuses brebis, que le Chef des Pusteurs faisait pattre lui-même, daus les gras pâturages de l’Église-Mère, et en pensant qu'il Nous serait donné un jour de vous faire part de cette céleste nourriture. Zu loco pascuæ tbi me collocavit (Ps. 22, 2.).

Et aujourd’hui même que Nous commençons à veus rapporter ces paroles de vie, que Nous avons entendues, au milieu de tant de A ét nos impressions semblent se raviver. Vous ne serez donc pas surpris, si Nous somines entré dans de si longs détails ; c’est quil Nous a paru tout naturel de vous faire part de nos joies, tout en préparant les voies au Souverain Pontife, qui va muintenant vous parler.

“ Vénérables Frères,

En vous voyant aujourd’hui pressés à mes côtés, (c’est N. S. P.le Pape 4 qui s'adresse aux Evêques) vous que Nous pouvons à bon droit appeler notre 4 joie et notre couronne, Nous nous réjouissons, Vénérubles Frères, dans le Sei- “ gneur, avec les transports d’une certaine joie, qui est toute singulière. Car ‘ vous êtes une partie de ceux avec.qui Nous partageons nos travaux et nos “ soins, en faisant paître tout le troupeau du Seigneur, qui a été coufié à notre “ humilité, en défendant les droits de la Religion Catholique, rt en lui gagnant “ de nouveaux partisants, qui honorent et vénèrent, dans la sincérité de la Foi, “ le Dieu de justice et de vérité. C’est pourquoi, ce que Notre Seigneur J.-C. “ dit autrefois au Prince des Apôtres : Lorsuius jour vous serez converti, con- & firmez vos frères, il Nous semble à Nous qui, quoiqu’indigne, tenons sa place, “ par un effet de sa divine bouté, que Nous devous profiter de cette occasion fa- “ vorable, pour vous adresser, Vénérubles Frères, ces mêmes paroles, non pour “ vous rappeler les devoirs de votre office, ou vous exciter, comme si vous étiez Janguissants, dans l’accomplissement de ces devoirs, vous que Nous savons “ être dévorés de zèle, pour répandre la gloire du nom de Dieu, mais pour que, “ encouragés et en quelque sorte animés d’une force toute nouvelle, par la voix “ même du Bienheureux Pierre, qui vit et vivra toujours dans ses Successeurs, “ vous soyez fortifiés, pour chercher à sauver les brebis qui vous sont confiées, “ et pour soutenir vaillamment, et avec courage, la cause de l'Eglise, dans des temps si mauvais.”

Ces paroles, que vous venez d'entendre, N. T. C. F., vous font voir combien sont tendres et paternels les rapports qu’entretient N.S. P. le Pape, avec les Pasteurs qu’il vous donne, pour travailler, conjointement avec lui, au salnt de vos Âmes. Vous y voyez aussi que vous êtes tous l’objet de la sollicitude du premier des Pasteurs, qui en effet ne saurait oublier aucune de ses brebis, en quelque lieu du monde, qu elle se trouve placée.

“ Mais, ajoute-il, Nous n’avons pas eu besoin de délibérer, pour savoir à qui

“ recourir, pour être protégé, auprès du Père Céleste des lumières, afin de pou- # voir, ei A om son secours, vous parler avec fruit, puisque vous étant réunis ‘ auprès de Nous, pour travailler d’un commun accord, avec zèle et avec ardeur “ à augmenter l'honneur de l’Auguste Marie Mère de Dieu, Nous avons supplié, ‘“ avec instance, la Très Ste. Vierge, que l'Eglise appelle le Siége de la Sugesse, “ de vouloir bien Nous obtenir un rayon de la céleste Sagesse, pour qu'en étant ‘ éclairé, Nous vous disions les choses qni peuvent le plus contribuer à la con- “ servation et à la proper de l’Eglise de Dieu.”

Voyez, N. T. C, F., avec quelle dévotion et quelle confiance le Vicaire de J.-C. s'adresse à l'Auguste Mère de Dieu, snica À la Mère et à la Maitresse de toute l’Eglise, pour savoir ce qu’il doit dire aux Evêques, qui sont ses CollaLorateurs, dans le St. Ministère! Humblement prostemés aux pieds de celle qui est si solennellement proclamée le age de la Sagesse, demandons, pour nous tous, ce rayon de lumière, qui éclairait l’esprit de notre Père, pendant qu’il avait avec ses Frères, cet admirable entretien, afin de bien comprendre les paroles qu’il nous adresse à tous, avec une charité si paternelle,

Maintenant, nous dit-il, que, du sommet de la Religion où Nous nous ‘“ trouvons placé, comme du haut d’une forteresse élevée, Nous apercevons les monstres d'erreurs, qui se glissent, durant ce siècle tout hérissé de difficultés, ‘“ par tout l'Univers Catholique, rien ne Nous a paru plus convenable, que de # vous les indiquer, pour que, Vénérables Frères, vous exerciez toutes vos forces ‘ à les combattre, vous qui avez été établis Gardienset Sentinelles dans la mai- 4 son d'Israël,

Vous voyez ici, N. T. C. F., que l'intention de N. S, P. le Pape est de nous découvrir quels sont les monstres d’erreurs, qui se glissent dans le monde entier, en se cachant sous toutes sortes de formes, pour mieux nous surprendre. Nous avons donc les plus pressentes raisons de prêter une oreille attentive à tout ce qu’il va nous dire.

‘ [1 faut s’afliger, continue le St. Père, de ce qu’il existe une classe impie # d’incrédules, qui voudraient ruiner, s’il était possible, tout le culte de la Reli- “ gion; et l’on doit surtout compter, au nombre de ces impies, ceux qui, enrôlés “ dans les sociétés secrètes, et unis entr'eux par un engagement criminel, em- “ ploient tous les moyens, pour troubler et renverser la Religion et l'Etat, violant “ ainsi toutes les lois. C’est assurément contre ces hommes impies que le divin “ Réparateur a prononcé ces paroles: Vous éles les enfants du diable, et vous ne “ voulez qu'accomplir les désirs de votre père (Joan. 8,44.) Si on en excepte cette “ classe d’impies, il faut avouer que les hommes de ce siècle ont généralement “ horreur de la méchanceté des incrédules, et qu’ils montrent une certaine “ inclination pour la Religion et la Foi. Car, soit à cause de l’atrocité des crimes, qui se sont surtout commis, dans le siècle dernier, et qu’il faut attribuer “ aux incrédules, crimes si horribles que l’on ne peut s’en rappeler le souvenir “ sans trembler, soit à cause de la crainte des séditions et des troubles, qui agi- “ tent et désolent d’une manière lamentable les nations et les royaumes, soit en- “ fin par l'opération du St. Esprit, qui souffle où il veut, il est évident que le “ nombre des méchants, qui se vanteut et se font gloire de leur incrédulité, a di-

“minué, Nous avons même appris qu’ils parlent quelque fois avec éloge de la bonne vie et de la pureté des mœurs; et Nous savons de plus qu'il s'est “ excité dans leur sont un sentiment d’admiration pour la Religion Catholique 4 qui, à la vérité, brille aux yeux de tous, comme la lumière du soleil.”

Arrétons nous pour aujourd hui, N.T. C. F., à bien considérer ce premier monstre, que nous signale le Souverain Pontife, afin que, le connaissant mieux, nous puissions nous mettre en garde contre ses séductions et ses piéges. Ce monstie, c’est le Philosophisme, ou l'esprit d'irréligion, qui prit naissance dans le siècle dernier, et qui reconnait pour père le trop célèbre Voltaire et 1ous ses disciples, qui formèrent l’Evole Volluiriennr, Ceux qui s’enrôlèrent sous l'étendard de ce père de la Philosophie moderne, se firent gloire de nier, les uns l’existence de Dieu, et tous sa divine Religion; et on les appela pour cela Jucrédules. Pour entrainer plus sûrement dans leur panti, les honnètes gens, ils formèrent des sociétés secrètes, dont le but apparent était d’exercer la charité, muis dont la fin réelle, qui n’était connue que de ceux qui étaient les plus initiés dans leurs noirs complots, était de renverser la Religion et l'Etat, Armés le toute la malice de l'Enfer, ils réussirent à séduire de grandes nations et à renverser de puissants empires. Mais ce ne fut qu’en mussacrant ou chassant les Ministres de la Religion, en brûlant ou pillant les Temples du vrai Dieu, et en renversant ses Autels, qu’ils accomplirent leurs abominables projets.

Les horreurs que commirent ces hommes, qui se donnaient pour les bienfaiteurs du genre humain, furent si afireuses, nous dit ici le St. Père, qu’elles ont fini par ouvrir les yeux aux peuples, que les Incrédules avaient pour ainsi dire fascinés. La crainte d’éprouver encore de semblables secousses a réveillé les nations, endormies dans ce sommeil léthargique. L'histoire de ces temps de désolation ne peut se lire en effet sans que le cœur ne soit pressé d’une amère douleur; et si on n’avait sous les yeux la preuve de tous les faits lamentables, qui y sont rapportés, on serait tenté de croire que l'on nous fait remonter jusqu’à ces temps fabuleux, où les chroniques des peuples barbares n'ont rien de ce “in. Car on ne peut croire que des nations si civilisées aient pu se porter à des e .cès

ui feraient rougir les cruels sauvages qui habitaient nos forêts, à la découverte

u pays.

En parcourant les pays où l’impiété a exercé, sur son passage, tant de cruautés, et laissé à sa suite tunt de misères, le voyageur s'arrête souvent, pour contempler, avec un sentiment de profunde douleur, les immenses ruines qu’elle a faites, dans sa fureur sucrilége, en renversant ces beaux monuments que la piété avait élevés, et qui faisaient la gloire de la Patrie aussi bien que de la Rec ligion.

: Nous devons vous dire ici, N. T. C. F., nos impressions de voyage sous ce rapport. A la vue des ravages effrayants, causés par ces hommes sans principes, qui étaient les cruels bourreaux des peuples, parce qu’ils étaient les ennemis acharnés de Dieu et de son Eglise, de sombres réflexions saisissaient notre âme. Hélas! Nous disions-Nous à Nous même, le mauvais esprit, qui a fait couler ici tant de larmes, ne traversera-t-il pas un jour les mers, pour eouvrir notre chère patrie de décombres et de ruines? En y répandant le funeste poison de ses mau-

vaises doctrines, "y exciterat-il pas les mêmes tumultes et les mêmes révoltes ! N'y armera:t-il pas les citoyens contre les citoyens, les frères contre les frères, les eniants contre leurs purents? N’y engendrera-t-il pas ces monstresde cruauté, qui metiront leur bonheur à faire tomber, sur l'échaffaud, les têtes des personnes qui devraient leur être les plus chères ? Ne feru-t-il pas brûler ou profaner nos Eglises, aujourd’hui si vénérées et entretenues avec tant de «in, par un peuple dévot, pour qui la Religion est le premier de tous les biens? Ces Églises ne seront-elles pus un jour changées en écuries, comme telles et telles Eglises, que Nous avions sous les yeux, et dans lesquelles Nous avions la douleur de voir que l’on abritait de vils animaux? Les saints jours du dimanches et de fêtes n’y seront-ils pas indignement profanés, comme ici, où les murchés, les magasins, les chantiers sont ouverts et fréquentés, comme si c’étaient des jours ouvriers ? N’y arrivera-t-il pas ua jour que l’un voudra mourir sans sacrements et en blasphémant le Dieu de toute sainteté ! Les temples, dans nos plus beaux jours de fêtes n’y seront-ils pas déserts, et les chemins qui y conduisent n’y pleureront-ils pas, comme ceux de Sion, parce que l’on ne verra presque plus personne venir à nos joyeuses solenpités! N’arrivera-t-il pas ce temps d’oubli du plus sacré des devoirs, où l’on ne verra presque plus personne à la Ste. Table, même à Pâques? Les ministres du Seigneur ne deviendront-ils pas un jour l'objet de la haine de leurs propres brebis ? Ne seront-ils pas publiquement insultés, calomniés et persécutés ? Que deviendra alors l’heureux peuple du Canada, si, endoctriné par des hommes sans principes, il n’a plus où mettre sa confiance ? Hélas! Les masses ne seront-elles pas, dans ces temps mauvais, comme ces vents de RARE qui agitent en tous sens un fragile vaisseau, ou comme ces fluts courroucés de la mer en fureur, qui en se brisant, sur les rochers, lui font faire un triste nauflrage. Ces réflexions, N. T. C. F., étaient pour Nous d’autant plus allarmantes,

qu Nous paraissaient plus fondées en raison. Car Nous ne pouvions Nous

issimuler que les plans d’attaques contre la Religion, étaient ici absolument les mêines que ceux employés ailleurs, avec tant de succès. Car, remarquez-le, les Incrédules de l’ancien continent, pour opérer ces effrayantes révolutions, ont fait circuler dans le monde, toutes sortes de livres impies ou jsmoraux ; ils ont publié des écrits pleins de mensonges et d’astuce ; ils ont fait entendre, à l’oreille des peuples qu’ils voulaient séduire, les discours les plus séduisants ; ils se sont surtout attachés à décrier et noircir, par d’horribles calomnies, tous les ministres de la Religion; ils ont commencé par ruiner la divine Autorité, dont ils étaient les dépositaires, en excitant à les mépriser, parce qu'ils connaissaient parfaitement que c’en est fait de la Religion d’un peuple, quand il en est arrivé à mé-

riser ses Pasteurs. Car ce n’est plus qu’un peuple d’impies, d’uprès l’oracle de

«C, lui-même, qui a prononcé cette dtonsante mais terrible parole : Celui qui vous inéprise, me méprise moi-méme: Qui vos sprrnil me spernit (Luc. 10, 16.). Ainsi, point de milieu : celni qui méprise les ministres du Seigneur, méprise J.-C. et par conséquent c'est un impie.

Les moyens employés, par les Incrédules. pour tromper les peuples, et éga-

rer les nations, furent donc les mauvais livres, les publicaiions mensongères et les discours irréligieux. Et comme l’on cherche à user ici des mêmes moyens

pour vous arracher le précieux trésor de la foi, c’est notre devoir d'élever hardiment la voix, avec N. S. P. le Pape, pour vous avertir du danger qui vous menace, parce que, pour surprendre votre bonne foi, l’on cache les piéges que l’on vous tend, sous les dehors séduisants du bien public. Car vous comprenez que l’on n'ira pas tout d’abord vous dire de maudir Dieu et d'abandonner sa Religion ; parce que l’on sait bien que ces propositions seraient rejetées avec horreur. Mais en vous faisant lire des livres impies, et en vous tenant des discours séduisants, on veut tout simplement vous cacher les erreurs les plus dangereuses, Pour vous

arler plus clairement, N.T. C.F., c’est un poison mortel que l’on veut vons aire boire; et pour vous le faire avaler d’une manière agréable, on le mêle à une liqueur délicieuse,

Ainsi, les fruits amers, occasionnés par l’impiété du siècle dernier, nous prouvent si clairement que les hommes, sans principes, qui se vantent d’être les régénérateurs du genre humain, ne sont que des séducteurs, qui abusent de la crédulité publique, pour se faire un chemin aux honneurs du monde, qu’il n’est plus nécessaire de chercher à les démasquer. 11 suffit en effet d’avertir des gens raisonnables que, dans tels iieux, ils rencontreront des monstres cruels, prêts à les dévorer, pour qu ils soient sur leurs gardes. Aussi, allons-Nous nous contenter, N. T. C, F., de vous tracer ici quelques règles de conduite, qui vous préserveront très certainement, si vous les suivez fidèlement, du très grand malheur, qu'ily aurait pour vous de flotter à tout vent de doctrine et de tomber à la fin dans cet esprit de venige, qui fait qne l’on n’écoute plus que ceux qui donnent de mauvais conseils, Or, c’est toujours, dans cet abime profond, que tombent ceux qui refusent de croire leurs Pasteurs, accomplissant ainsi ces terribles paroles de Notre-Seigneur aux Juifs: Pour vous autres, vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu: Vos non auditis, quia ex Deo non eslis (Joan. 8, 417.). Ecoutez donc attentivement ce que Nous avons à vous dire, de la part de Dieu.

10. Ne lisez aucun livre dont la doctrine et la morale ne soient pas approuvées par l’Eglise. Au besoin, consultez là-dessus vos Pasteurs. Car le choix des bons livres est pour vous tous une chose sérieuse et difficile à faire.

20. Ne recevez pas ces livres, que l’on colporte, comme des marchandises, dans les villes et les campagnes, quand même l’on voudrait vous faire croire que c’est la Ste. Ecriture, à moins que ces livres ne portent l’approbation des Supérieurs Ecclésiastiques.

30, Si vous faite partie de quelque Institut Littéraire, regardez vous comme strictement obligés de ne pas permettre qu’il s’y introduise des livres contraires à Ja foi ou aux mœurs.

49, Que si déjà de mauvais ouvrages se trouvent dans la bibliothèque de tel Institut, vous devez en conscience faire tous vos efforts pour les faire disparaitre, en usant par exemple de toute votre influence et en vous unissant à tous ceux qui tiendraient comine vous aux bons principes, pour que ces mauvais livres soient jetés au feu.

59, S'il vous était impossible, par ces moyens ou autres, de faire purger de telles bibliothèques de tous les livres impies ou obcènes, qui s’y trouveraient, il ne vous resterait plus d’autre parti à prendre que de vous retirer, eu protestant

énergiquement et publiquement que vous ne faites plus partie d’une pareille Înstitution, afin que l’on ne puisse plus se servir de vos noms, pour y faire entrer de bons chrétiens, qui sans doute ne verraient pas de mal à se trouver en société avec des personnes d’un caractère si honorable.

69. Ne souscrivez à aucun journal capable, par ses doctrines anti-religieuses, ses romans passionnés et ses feuilletons immoraux, de gâter l'esprit et le cœur de vos enfants. Ne recevez pas non plus les journaux qui prennent à tâche d’avilir les ministres de la Religion. Vous n’encourageriez certainement pas une gazette, qi tournerait en ridicule vos pères et vos mères, et verserait, en toute occasion, le bläme et le mépris sur vos familles. Faites de même à l’égard de vos Pasteurs, qui sont les pères de vos âmes; et regardez comme faits à vousmêmes les outrages dont les accablent les ennemis de la Religion. Considérez souvent conme ces Pasteurs, en exerçant leur saint ministère, se donnent de peine, pour vous faire respecter par vos enfants. Eu retour, ne devez vous pas employer toute votre autorité paternelle, pour les faire honorer, dans vos familles ? Il y va d’ailleurs de vos plus chers intérêts et de votre bonheur. Car il est évident que si vos enfants devenaient assez impies, pour mépricer J.-C. dans la personne de ses ministres, vous n’auriez à attendre d’eux aucune consolation ; et ils finiraient certainement par faire déshonneur à vos familles. Ainsi regardez un mauvais journal, comine ce serpent qui entra dans le Paradis Terrestre, pour séduire, par ses mensonges, nos premiers parents. Ce que vous feriez, si un de ces serpents dangereux, que Dieu a maudits, et que l’homme a en exécration,

énétrait dans vos salons et se glissait jusque dans les lits de vos enfants, faites- É à l’égard de tout journal qui, chaque semaine, viendrait plusieurs fois répandre son venin empoisonné, et atfaiblir de jour en jour vos bons principes, Con:cluez que si vous faites partie de quelque association, formée pour encourager de semblables journaux, vous devez vous en retirer; car autrement vous répondriez de tous les maux qui s’en suivraient.

79. Fermez l'oreille à tous les discours, que vous tiendraient les hommes à mauvais principes, qui ne sont jamais plus dangereux, que lorsqu'ils affectent un grand respect pour la Religion de ‘eurs pères, afin de se faire mieux écouter, quand ils attaqueront cette sainte religion, dans ses dogmes, sa morale, et surtout dans sa divine autorité. Car, Nous devons vous le dire, N. T. C. F., Nous touchons à ces temps de désolation, prédits par Notre-Seigneur, dans lesquels il s’élèvera des faux Christs et des faux Prophètes, dont les discours seront si séduisants, qu’ils induiraient en erreur même les élus, s il était possible. Or, voici la règle de conduite que nous donne à tous ce bon maitre : n’allez pas les entendre : nolite exire : ne les croyez pas: nolile credere (Math. 24, 24, 26.).

Mais à quelles marques pouvez-vous reconnaitre ces hommes séducteurs ? les voici en deux mots; ce sont ceux qui vous disent de ne pas écouter l’Eglise ; ou ce qui revient au même, de ne pas écouter les Pasteurs, qui vous parlent au nom de l’Eglise. Car, chaque fois qu'il s’agit de l’enseignement religieux, l’Eglise c’est le ministère pastoral. Aussi, Notre- Seigneur J.-C. a-t-il dit en termes exprès, en s'adressant à ses Apôtres et à leurs légitimes successeurs: Celui qui vous écoute m'écoute. Qui vos audit, me audit (Luc. 10, 16.).

Ainsi, qu’il s'élève parmi vous quelqu'un qui cherche à vous imposer des opinions contraires à vos croyances religieuses ; chacun de vous a un moyen fort simple de ne pas se laisser séduire ; c’est de se dire en lui-même : cet homme me tient un langage tout contraire à celui que m’ont toujours tenu, et que me tiennent encore mes Pasteurs, je ne puis le croire. Caren supposant que mon Pasteur se tromve, l’Evêque est là pour le ramener à son devoir ; et si l’Evêque lui-même venæit à tomber, il y a autour de lui l’Archevêque et les Evéques de la Province, qui, en supposant qu’ils ne pussent le ramener dans le sentier de la vérité, ne manqueraient pas de le dénoncer à N. S. P. le Pape, qui trèscettainement le condamnerait à des peines très graves et déjà portées dans les Sts. Canons, s’il avait le malheur d'enseigner à son peuple une mauvaise dactrine.

Vous voyez, N.T. C.F., comme cette règle est simple et sûre en même temps, puisqu’en la suivant vous êtes sûrs de toujours écouter l'Eglise. Vous en avez une preuve frappante dans cette Leitre même, que Nous vous adressons. Car nous ne fuisons pas autre chose que de vous rapporter fidèlement les paroles que nous avons ehtendues sortir de la bouche du Vicaire de J.-C., et que près de deux cents Cardinaux, Patriarches, Archevêques et Evêques ont entendues comme Nous. Tous, Nous pouvons vous le certifier, ont écouté ces paroles de vie avec une religieuse véntration. Cet exemple à jamais mémorable doit vous suffire, pour vous affermir, dans ce sentiment de foi, que vous avez sucé avec le lait, savoir qu’en écoutant votre Pasteur, c’est J.-C. que vous écoutez.

Nous vous répétons donc les paroles de Notre-Seigneur : n’allez pas écouter ceux qui vous parlent hors du sein de l’Eglise: Nulle exire. Faites bien attention, en particulier aux Lectures, qui peuvent se faire, dans les instituts littéraires. Si elles ont pour but de vous porter à mépriser l’Église ; ou si elles sont contraires aux saintes vérités, révélées de Dieu, dans les divines écritures, non seulement vous ne devez pas les croire, mais même ilne vous est pas permis d’aller les écouter: Nolite exire, nolite credere. Ce serait encore une raison de plus pour vous de renoncer à un tel Institut, qui serait une chaire de pestilence, pour tout un pays.

Pour mieux connaitre ces hommes séducteurs, écoutons l’Apôtre St, Jude, qui nous en fait un portrait frappant, en nous assurant que ce sont des hommes, qui ne cherchent qu’à se satisfaire eux-mêmes, tout en se vantant de ne chercher que les intérêts des peuples: semelipsos pascentes; qu’ils sont des nuages sans eau, que le vent emporte avec rapidité, parce qu’ils n’ont aucuns principes fixes : Nubes sine aqua, quæ a ventis circumferuntur ; que ce sont des arbres d'automne, qui ne portent aucun fruit; qu'ils sont doublement morts, et qu’ils sont entièrement déracinés : Arbores aulumnales, infructuosæ, bis mortuæ, eradicate ; qu’ils ressemblent aux flots d’une mer en fureur, qui ne viennent se briser sur le rivage que pour y laisser l’écun e du désordre et de la confusion : Fluctus feri maris, despumantes suas confusiones ; que ce sont des astres errants, qui n’ont à attendre pour toujours qu’une tempête horrible, au milieu des ténèbres les plus épaisses: Sidera erranlia, quibus procella tencbraram servata est in æternum (St. Jude. 12, 13.).

Que le Père des miséricordes, de qui vient tout don parfait vous préserve du

malheur d’être jamais séduits par ces hommes sans principes religieux! Oh! prenez garde, N. T. C. F., de vous laisser aller à une vaine curiosité, qui porte quelques fois les gens de bien à aller écouter ces nouveautés profanes. Car vous pourriez bien être les victimes de la présomption, qui vous ferait croire que vous n'avez ri” À craindre pour votre foi.

Tel ant N.T. C.F. les nombreux et terribles ennemis contre lesquels N. S. P. le : :pe nous recommande de déploye: toutes nos forces. Ad eadem (errorum monstra) debellanda vires exerutis vestras. (Allocution du 9 décembre 1854.) Mais espérons-le de la toute puissante bonté de notre Dieu, notre foi sortira victorieuse de tous les combats, qui lui seront livrés dans ce monde, qui pour nous, n’est qu’un vaste chamnp de bataille ; et notre chère patrie sera à jamais, par notre inviolable attachement à notre sainte Religion, une terre de foi, qui coulera toujours le lait et le miel de la plus tendre piété. Huec est victoria, quæ vincit mundum, fides nostra (1 Joan. 5, 4.).

C’est Là le vœu ardent, que tous les jours notre cœur dépose, au pied des saints Autels, en demandant, avec les Apôtres, que notre foi, qui est celle que nous avons sucée au sein de notre bonne mère, la Ste. Eglise Romaine, et que nous ont léguée nos pères, qui étaient si religieux, se conserve pure et inviolable ; et que même elle augmente de jour. Dixerunt Apostuli : Domine, adauge nobis fidem (Luc. 17, 5.).

Ne cessez de demander la même grâce, N. T. C. F., et demandez-la avec ferveur et instance : car, vous comprenez que la foi est le don surnaturel, le plus précieux et le plus nécessaire, puisque sans elle il est impossible de plaire à Dieu (Heb. 11, 6.). Demandez-la donc, pour vos paroissiens, Pasteurs des âmes, afin de pouvoir offrir chaque jour à la divine Majesté, des Paroisses de foi. Demandez-la, pour vos enfants et vos employés, vous bons pères et bonnes mères, afin de pouvoir lui présenter jour et nuit des familles de foi. Demandez-la, pour le monde tout entier, vous âmes saintes, qui avez renoncé au siècle, pour avoir le bonheur de vivre dans des maisons de foi. N'oubliez pas, dans ces retraites

“paisibles, que vos parents et vos proches, que votre pays et votre patrie sont exsés au grand danger de perdre la foi. 11 faut bien qu’il en soit ainsi, puisque otre-Seigneur nous a dit, en termes formels, que quand il reviendra sur la terre,

pour la juger, à la fin des siècles, il n’y aura presque plus de foi. Filius homi-

nis veniens, putas, inventet fidem in terra? (Luc. 18, 8.)

Ce qui nous fait néanmoins espérer que notre Canada conservera toujours la foi, c’est que nous accomplissons tous, selon notre état, les désirs de notre Père commun, qui nous exhorte à nous unir intimement, pour travailler à gagner à la Religion Catholique de nouveaux partisants qui, dans la sincérité de la foi, honorent et servent le Dieu de justice et de vérité. Communicamus labores et curas in ei (Religioni Catholicæ) novis udjungendis sectatoribus, qui justitiæ et veritatis Deum, in sinceritale fidei colant et venerentur. (Même allocution.)

Ainsi, N.T. C. F., ces dignes Evêques et ces zélés missionnaires, qui nous ont quittés, pour aller annoncer la bonne nouvelle de l’Evangile, aux pauvres sauvages; ces fervents religieux et ces bonnes sœurs, qui ont fait un adieu, peut-être éternel, à tout ce qu'ils avaient de plus cher sur la terre, afin:de n’e-

voir plus à s’occuper que de la grande et belle œuvre de la propagation de la foi, doivent être comme nos ancres d'espérance. Car Dieu ne peut manquer d’exaucer les vœux ardents, qu’ils forment tous, pour que leur chère Patrie ne devienne jamais une terre d’infidèles et de mécréants.

Oh! Enfants de Ja foi que nous sommes, n’oublions pas que nous avons tous les plus puissantes raisons d’encouragerces missions lointaines, que la Divine Providence a daigné confier au zèle de nos missionnaires, Aussi, avec quel intérêt, quel plaisir nous devons lire les touchantes relations, qui nous font connaitre leurs œuvres Apostoliques, leurs dangers sur terre et sur mer, leurs pénibles travaux, leurs pressants besoins! comme nous devons être touchés des durs sacrifices que font ces jeunes personnes qui consacrent à la gloire de Dieu et au salut des âmes, leur jeunesse, leur beauté, leurs espérances, leur vie enfin toute entière! Car, aux sympathies de la foi qui sont déjà si vives, se joignent encore celles de la nature; puisque c’est le même sang qui coule dans \eurs veines, et dans les nôtres.

Il est impossible, N. T. C. F., qu'à la vue de pareils sacrifices, pour la propagation de la foi, nous ne nous sentions pas tout einbrâsés de zèle, pour la gloire de notre Ste. Religion. En voyant en effet nos proches, nos parents, nos amis d’enfance se consacrer à une vie si p‘nible, pour l’exaltation de la Sainte Eglise, nous ferons, de bon cœur, le sacrifice de certaines promenades inutiles, de certains plaisirs frivoles, de certaines dépenses superflues. Moyennant ces sacrifices, il nous sera facile de former autant de sections, qu’il y a de familles, dans une paroisse. Car les plus petits enfants peuvent y appartenir, si les parents le veulent, en disant pour vux les prières, et en faisant la petite aumône requise. Après tout, que peut être, pour toute une famille, quatre ou cinq piastres d’épargnes pour contribuer à une si grande œuvre ? O pères et mères, qne de bénédictions néanmoins vous attireriez sur vos chers enfants, moyennant ce léger sacrifice !

Il s'ouvre maintenant, N. T. C. F., un nouveau champ à votre zèle; et nous

sommes heureux de pouvoir vous l’anuoncer, en terminant cette lettre. Car nous.

avons l’intime confiance qu’en faisant la sainte œuvre que Nous vous recommandons, vous mériterez ces grâces spéciales, qui vous sont nécessaires, pour bien sentir et goûter les avis que Nous venons de vous donner, et pour les mettre de suite en pratique.

Notre bien aimé Frère, le digne Evêque de Vancouver, est sur le point de retourner dans sa mission lointaine, avec deux prêtres du Diocèse, trois frères de St. Viateur, et quatre sœurs de Ste. Anne, qui se dévouent, pour toute leur vie, au salut des âmes, dans ce vaste pays, qui aujourd’hui n’est guère habité que par des sauvages qui sont encore ensevelis dans les ombres de la mort, mais dont pourtant certaines tribus demandent avec instance des missionnaires, qui leur enseignent à prier le grand Maitre.

Cet Evêque vraiment missionnaire a bien voulu se charger de prêcher la Propagation de la Foi, dans nos paroisses; et Ça n’a pas été sans un grand succès. Îlen devait être ainsi, N.T. C. F., car d’abord Dieu se plait à répandre d’abondantes bénédictions sur toutes les paroles de ces hommes Apostoliques,

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qui arrosent de leurs sueurs le champ du père de famille ; et ensuite parce que vos cœurs de foi s’embrâsent tout naturellement, au récit seul des conquêtes que fait l'Evangile, surtout dans les pays que vous avez peut-être parcourus vousmêmes autrefois, ou dans lesquels vous savez que vivent quelques uns de vos parents et beaucoup de vos bien aimés compatriotes.

Déjà vous avez puissamment encouragé les missions de l’Orégon, non-seulement en leur donnant leurs premiers Evêques et missionnaires, mais encore en vous mettant généreuseme:t vous-même: à contribution, pour aider notre bien aimé frère, l’Evêque de Nesqualy, à faire les frais de voyage et des premiers établissements. Vous avez favorisé de même les missions de la Rivière Rouge, qui vous doit en particulier l’avantage d’un établissement des frères des Ecoles Chrétiennes, dont vous avez fait [a première dépense.

Maintenant, vous encouragerez les établissements religieux de Vancouver, avec d’autant plus de zèle, que cette mission nous a été à tous spécialement recommandée par le St. Siége. (Car, nous pouvons r‘pondre à cet appel du Vicaire de J.-C. ce que St. Pierre répondait à Notre-Seigneur, qui lui commandait d'aller au large, pour faire la pêche: Seigneur, quoique nous n’ayons rien pris, pendant toute la nuit que nous avons travaillé en vain, cependant sur votre parole, Je jèterai à l’eau mon filet, In verbo tuo laxabo rete (Luc. 5, 5.). Puisse notre confiance avoir, comme celle du Prince des Apôtres, l’heureux résultat de prendre beaucoup de poissons, c’est-à-dire, de convertir beaucoup de pauvres pécheurs!

Que la Très Sainte- Vierge Marie, conçue sans péché, vous assiste, duns tous vos besoins! Quelle soit elle-même votre Conseil dans vos doutes, votre soulagement dans vos angoisses, et votre secours dans vos adversités !

Recueillez, N. T. C. F., avec une profonde vénération, ces bons souhaits, qui sont ceux que N. S. P. le Fape adressait aux Evèques qui l’avaient écouté avec tant de respect! Puissent-ils s’accomplir tous, pour notre bonheur, dans ce monde, et dans l'autre !

Sera la présente Lettre Pastorale lue, au Prône, dans toutes ies Eglises, où se fait l’Office Public, et au chapitre des Communautés Religieuses, selon qu'il sera jugé plus convenable et plus commode.

Donné à Montréal, sous notre seing et sceau et le contre-seing de notre Secrétaire, le dix Mars, mil huit cent cinquante-huit.

LtS. PK IG. ÉV. DE MONTRÉAL,

Par Monseigneur,

JOS. OCT. PARÉ, Chan. Secrétaire.

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