Lettre pastorale de Mgr. l'évêque de Montréal pour inviter les âmes charitables à secourir les pauvres victimes de l'incendie de Griffintown arrivé le 15 juin 1850 [microforme]
Pour inviter les ames charitables à secourir les pauvres victi. mes de L’incendie de Griffintown, arrive le] 15 juin, 1850.
IGNACE BOURGET, par la Miséricorde de Dieu, et la grâce du St Siége Apostolique, Evêque de Montréal, etc., etc., etc.
À tous les Citoyens de notre bien-aimée Ville Episcopale, Salut et Bénédiction en N. S. J. C.
Chaque année voit fondre sur nous, N. T. C. F., quelque nouveau malheur ; et d’éponvantables sinistres se succèdent presque sans interruption. Les déplorables événements des années dernières, qui ont fait couler tant de larmes, laissaient dans bien des cœurs des plaies encore saignantes, lorsqu'un des plus désastreux incendies, qui ait dévasté notre Cité, est venu nous plonger dans un nouvel abîme de misères.
Nous ne vous apprenons rien, N. T. C. F., en vous disant la désolation de notre populeux faubourg Ste. Anne. Car les immenses ruines et les décombres fumants de plus deux cents bâtisses,que vous avez sous les yeux témoignent assez haut du ravage
u’a causé,en peu d’heures, l’élément destructeur que rien-n’a pu dominer. A la vue
es cendres amoncelées et des tristes masures qui sont les restes de tant d’édifices, votre cœur est saisi d’une douleur poignante ; et vos entrailles sont déchirées à la pensée qu’à l’heure qu’il est des centaines de familles sont sans abri, sans pain, sans vêtemens. Votre douleur est au dessus de toute expression, à la nouvelle, Félas ! trop cer taine qu’une femme a été la proie des flammes. Car ses restes brûlés ont été trouvés au milieu des ruines. Vos âmes, naturellement si sensibles, sont aussi vivement attendries, en apprenant que d’innocents enfants manquent à leurs familles consternées. Pauvres petits enfans ! Auriez-vous été, aussi vous, dévorés et ensevelis dans ces torrents de feu ?
Mais les paroles nous manquent iconter ici cette terrible catastrophe, Notre
lume tremblante se refuse à l’expression da trop pénible sentiment de notre cœur.
ous laissons donc caché derrière son lugubre rideau, le théâtre d’une si iamentable désolation, dessinée sans doute à nos yeux par la main invisible de notre Dieu. (Car c’est elle qui conduit tous les événements ; aussi courbons-nous humblement la tête, en voyant tomber cet épouvantable fléau. Hélas! nous en méritons bien d’autres : Merito h@c patimur. Vous le reconnaissez comme nous, N. T. C. F., et Nous n’en doutons pas, votre premier acte a été de vous soumettre à ce coup terrible avec une pleine et amoureuse résignation.
Mais après avoir ainsi rendu hommage à la justice de Dieu, quelque rigonreuse u’elle nous paraisse, notre premier devoir a été de porter quelques secours à nos frères ans leur extrême misère, Dès le lendemain de ce sinistre, Nous élevions la voix,
dans notre Cathédrale,pour recommander à votre charité tant et de siinfortunées victimes
de linsendie. Le temps et les forces nous manquaient pour aller de porte en porte solliciter en leur faveur les aumônes d’un chacun. Mais les dévoués enfants de St. Vincent de Paul, sous l’intime conviction que l’honneur d’être les premiers à l’œuvre, dans cette fâcheuse circonstance, leur était dû à plas d’un titre, se sont portés de l’avant. Ce jour-là même, ils avaient recueilli entr’eux de quoi fournir aux plus pressants besoins de tant de familles ruinées. . [lss’empressaient de déposer leurs généreuses contributions entre les mains des Sœurs de l'Hôpital Général, à qui est dévolue la gloire de donner la vie à ce quartier dévasté. Que Dieu le leur rende au centuple ; et qu’il protège et réchauffe sous son aile cette société bénie.
Il fallait rehausser le courage de la multitude ; il fallait d’ineffables consolations à une douleur si profonde. La Religion seule pouvait répandre dans tant de cœurs afligés un baume vivifiant. A cette fin, Nous nous transportâmes sur le théâtre de tant de souffrances. Là, environné des zélés Pastrurs de cette ville, qui sacrifient tout pour leur troupeau chéri, à la vue d’une foule immense de pieux fidèles, Nous arborämes la Croix de Jésus Christ en face des monceaux de cendres qui marquaient le passage du terrible fléau, qui la veille avait fait tant de ravages. Les yeux de tous contemplèrent avec bonheur ce signe de notre salut, et en le saluant, comme le terme de toute espérance, les genoux se courbaient sous le poids du respect ; et les cœurs s’ouvraient aux douces et vives émotions de la foi. Que la Croix donc, quia sauvé le monde entier,soit pour cette partie chérie de notre troupeau un signe régénérateur !
Mais il nous reste un devoir à accomplir, N. T. C. F., parce qu’il y a encore une grande misère à soulager, Nous voudrions bien le remplir dans toute son étendue ; et par nous-même, en nous imposant tous les sacrifices en notre pouvoir, et par votre charitable coopération. Car dans toutes les calamités publiques qui, depuis dix ans que Nous sommes votre Pasteur, viennent nous frapper coup sur coup, [hélas ! sans doute à cause de nos propres péchés,] nous avons mis à contribution vos cœurs et vos bourses pour toute espèce de misères. Et toujours vous avez répondu à notre appel, comme le prouvent les fleuves de votre charité qui coulèrent jasqu’à Quéhec,Boucherville,;et Laprairie,çquand ces Ville et villages furent dévastés par le feu;et arrosèrent les rivages de notre Cité, quand, aux jours désolants du typhus, des milliers de malades, de veuves et d’orphelins y abordèrent. Etrangers à notre pays,ils ne l’étaient'pas à notre cœur ; et nous les traitâmes en frères que l’amour de J, C. unit tendrement. Car duns son divin cœur tous les peuples du monde ne sont qu’une seule et même famille dont il est le père.
Vous ne serez donc pas moins généreux, aujourd’hui que le feu a détruit un quartier de votre propre Cité, et réduit à une affreuse misère une grande partie de votre propre population. Comptez sur la sympathie des ville et villages quise sont ressenti de vos largesses, aux jours de leur malheur. Croyez que nos campagnes, où règne encore si heureusement la charité patriarcale, vous tendront la main, pour vous aider à soulager tant de misères. (Car elles n’apprendront pas, sans mêler leurs larraes aux vôtres, votre incroyable malheur. Les temps sont durs, le nombre des pauvres est grand, nos ressources sont épuisées ; nous le savons. Mais la :harité est industrieuse et au besoin, elle fait des prodiges en se multipliant. Beaucoup de faits l’attestent.
Mais pourquoi perdre notre tems à vous suggérer des motifs d’aller au secours de tant d’infortunés dont nous sommes le père affectueux et dont vous êtes tous les frères tendres et affectionnés, lorsque nous savons très-bien que vos cœurs sont déjà tout gagnés. Nous terminons donc en vous donnant deux mots d’avis sur les moyens à prendre pins votre charité avec discrétion ; afin que chacun soit soulagé suivant son besoin,
name mn
ntm nee