Lettre pastorale de Mgr. l'évêque de Montréal publiant l'allocution de N.S.P. le Pape Pie IX contre l'invasion des États romains par l'armée Sarde [microforme]
Par la Grâce de Dieu et du Siége Apostolique Evêque de la Sainte Eglise de Montréal, Assistant au Trône Pontifical, etc., etc. etc.
Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses, et à tous les Fidèles de notre Diocèse, Salut et Benédiction en N. S. J. C.
Nous venons de recevoir, N. T. C. F., l’Allocution que N. S. P. le Pape adressait, le 28 Septembre dernier, aux Très-Eminents Cardinaux, pour leur annoncer que l’armée sarde était entrée brusquement dans les Etats Pontificaux, et s’en était emparés contre tous les droit: de la justice.
Nous Nous empressons de vous communiquer cette touchante Allocution, après l'avoir arrosée plusieurs fois de Nos larmes. Car il est tout naturel que les enfants affectionnés de la Sainte Eglise entendent les profonds gémissements du Père commun, au milieu des cruelles angoisses qui l’assiégent de toutes parts ; et il est juste qu’ils recueillent les larmes qu’il verse en abondance sur les maux innombrables qui affligent le monde entier. Ponr cela, rien de mieux que de faire entendre sa voix paternelle ; car qui mieux que lui peut nous faire bien connaître toute l’étendue de ses malheurs ? Oh ! que de lamentables choses il va nous dire en peu de mots! suis ici le No. 1 de l’Allocution en français.)
Ces dernières paroles, N.T.C.F.,ne Nous font connaître qu’en partie les moyens odieux employés par le Gouvernement Sarde, pour commettre la sacrilége spoliation dont il vient de se reudre coupable contre le St. Siége. Ce fait horrible suffirait seul pour caractériser la révolution qui s’opère en Italie, et pour nous dépeindre au naturel les hommes vils et malhonnêtes qui en sont les instruments. 11 explique tous les autres faits révoltants qui l'ont précédé, et dont on découvre aujourd’hui toute la laideur. Nous allons à cette fin les eequisser ici rapidement.
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L'an dernier, l'Empereur des Français ayant fait connaître publiquement son dessein d’aller faire la guerre en Italie, le parti catholique alarmé lui représenta avec respect mais énergie que très-certainement il ‘allait déchainer la révolution dans cette antique et heureuse contrée. |
Pour rassurer tous les honnêtes gens, et en particulier, tous les Evêques de l’Empire, l'Empereur protesta hautement, par une dépêche officielle du Ministère, qu’il n’entendait pas aller en Italie, pour faire une révolution en faveur de la démagogie ; et il promit au Pape de ne pes permettre que l’on envahit les Etats Romains, dont il lui garantissait l’intégrité.
A la paix de Villafranca et de Zurich, il fut spécialement stipulé que les’ Etats Pontificaux demeureraient dans leur entier’sous la domination temporelle du Pape ; et que les Princes Italiens qui avaient été dépouillés, seraient rétablis dans leurs Principautés.
Cependant, le Gouvernement Sarde s’empara bientôt après des nas Lea et pour justifier cet acte d’envahissement contre la foi des traités, il prétendit en faire un acte constitutionnel d'annexion. Mais pour l’obtenir il lui fallut corrompre les populations, en achetant les suffrages au poids de l’or, et en usant de violence. Car c’est un fait connu aujourd’bui que l’on fusille ceux qui ne votent pas pour l’annexion.
Ce fait de l’annexion des Romagnes au Gouvernement Sarde ayant été accompli par des moyens aussi iniques, l'Empereur des Français voulut forcer le Pape à le reconnaitre et à l’approuver, en lui promettant de maintenir son autorité temporelle sur le reste des Etats Pontificaux. Mais toujours le Souverain de Rome protesta énergiquement contre cette criante injustice, et avec lui le monde entier,
Les choses en étaient là, lorsque tout dernièrement le Gouvernement Sarde, qui voulait à tout prix s'emparer des autres Provinces des Etats de l'Eglise, envoya des émissaires pour essayer d’en corrompre les peuples à force d’argent. Mais comme ce moyen avilissant n’aboutissait à rien, parce que ces honnêtes populations se trouvent heureuses sous le Gouvernement Pontifical, il recourut à un ‘autre moyen encore plus inique ; ce fut d’envoyer des hommes turbulents pour faire de l’excitation dans ces paisibles Provinces, pour faire croire au monde que les sujets du Pape se soulevaient parce qu’ils étaient malheureux sous le Gouvernement de l'Eglise,
Cependant, la petite armée du Pape appaisait facilement les mouvements séditieux de tous ces étrangers qui en venaient aux mains tout exprès pour tromper l’attention publique, car elle n'avait été formée que pour cela. Ce fut dans ces circonstances que le Gouvernement Sarde fit signifier au Saint-Père un ulfimalum pour l’obliger de licencier tous les étrangers qui se trouvaient dans ses troupes, sous prétexte qu’ils empêchaient les peuples de se choisir un Gouvernement à leur gré, c’est-à-dire de se révolter.
Or, il est à remarquer que la nombreuse armée du Roi Victor-Emmanuel se trouvait déjà réunie sur les frontières des Etats-Romains ; et que le Gouvernement Sarde avait hautement protesté qu’il n'avait aucun dessein d’envahir le Domaine de l’Eglise Romaine, et que ses troupes n'étaient stationnées sur les confins des deux Gouvernements que pour empêcher les mauvais sujets de faire de l’agitation.
La réponse du Ministre d'Etat de Sa Sainteté était à peine donnée, à Rome, que les troupes Sardes envahissaient déjà les Provinces dont on voulait se rendre maître. Comme on ne devait pas s'attendre à cette brusque invasion, les troupes Pontificales se trouvaient dispersées ailleurs où elles se préparaient à faire une vigoureuse résistance aux attaques d’un autre ennemi qui menagait d’envabhir les Etats Romains d’un autre côté. |
Tels sont, N. T. C. F., les faits lamentables qui remplissent aujourd'hui le monde entier de stupeur, Ces faits sont si révoltants, que ceux qui prétendraient les approuver,
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sezaient pour toujours déshonorés. Ils sont si humiliants pour la révolution elle-même, qui triomphe à l’heure qu’il est, qu’elle se voit forcée de les désavouer. Ils sont tellement insoutenables, que les partisans de cette révolution sacrilége voudraient pouvoir les nier. Mais ils sont, hélas ! si notoires qu’il n’est pas possible de les révoquer en doute. Nous en demeurerons encore plus convaincus, lorsque Nous aurons entendu fe Saint-Père raconter lui-même avec tout l’accent de sa douleur, les derniers événements, qui justifient pleinement toutes les appréciations que, dans sa suprême sagesse, il avait faites de ceux dont il nous avait fait part, dans ses Lettres précédentes.
Souvenons-nous, N.T. C. F., en lisant ces faits horribles, que c’est le Père commun qui parle à toute l’Eglise ; que les faits dont il parle se passent sous ses yeux : qu’il est lui-même la victime de ces tragiques événements ; qu’en pariant de la sorte, il ne craint pas, parce qu’il a en main toutes ses preuves, d’être démenti par les méchants, dont il réprouve la conduite si digne de l’horreur de tous les honnêtes gens ; que c’est aux Souverains comme aux peuples de l’Europe qu’il donne de sévères leçons, dans lintérêt de la saine morale et de l’ordre public. Or, vous le comprenez, ce ne serait pas avec des faits inventés qu’il pourrait les convaincre de la nécessité pour eux de travailler à réprimer une révolution si audacieuse, et qui menace de bouleverser le monde entier. Voici maintenant comment le St.-Père nous raconte l’envahissement de ses Etats. (Lire le No. 2 de l’Allocution.)
Tels sont, N. T. C. F., les faits lamentables qui viennent de s’accomplir aux yeux du monde étonné, et qui prouvent une fois de plus ce qu'il faut attendre de la révolution: Il est donc évident qu'elle traîne à sa suite le mensonge, la fourberie, la mauvaise foi, la haine de la religion, le désordre et le malheur. C’est ce que prouvent d’une manière frappante ces autres paroles de Notre St.-Père le Pape. (Lire le No. 4 de l’Allocution.)
Oh ! après cela, qui ne craindra ce terrible fléau qui semble devoir faire le tour du monde ! Qu'il serait à plaindre le peuple qui, loin de craindre cette révolution qui cause partout tant de ravages, la désirerait comme un moyen sûr de secouer le joug de toute autorité légitime ! Qu'ils seraient aveugles les hommes honnêtes qui, sans y penser, pré-
areraient pour leur patrie les voies aux’ horreurs de la révolution, en favorisant la circuation des li res et journaux qui ne respirent que l'esprit révolutionnaire ! Ah ! puisse notre jeune et heureux pays n'être jamais le théâtre des scènes cruelles et sanglantes qui se passent dans l’ancien monde ! Mais Nous vous le disons d’avance, et ne l’oubliez pas, N.T. C. F,, nous verrions un jour, et peut-être plus tôt que nous ne le pensons, toutes ces horribles choses, si notre sainte Religion n’était pas bien pratiquée, et si ses Ministres étaient méprisés.
Mais instruits, comme nous le sommes, à une si terrible { +, nous nous préserverons, espérons-le, de cette funeste contagion, Car les maux qui se ic :1t aujourd’hui sentir, sont assurément de nature à ouvrir les yeux des Catholiques du moude entier. Voici comme nous les dépeint le Père commun, dans sa sollicitude universelle, (Lire le No. 5 de P'Allocution. ;
Les dernières paroles, que vous venez d’entendre, nous révèlent la pensée de notre Père, qui semble méditer le projet de quitter Rome, si cela devenait nécessaire pour mettre sa
ersonne sacrée, et la divine autorité qu’il exerce, en sûreté. Mais où ira-t-il, ce Père si on et si navré de douleurs? Quel sera l’heureux pays qui aura l’honneur insigne de lui donner quelque temps l'hospitalité? Ah ! puisse-t-il, si l’ancien monde n’était plus digne de le posséder, diriger ses pas apostoliques vers notre continent, pour soulager ses amères douleurs au milieu de nous ! Quel bonheur pour notre Canada, s’il voyait s’élever et briller
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nus ges de son majestueux St. Laurent la Ville Sainte! Car, Rome est partout où est e Pape
Mais, ne l’oublions pas, N. T. C. F., les principes que professe la révolution, sont désastreux pour les particuliers, comme joss les gouvernements. Et en effet, s’il était permis au Roi révolutionnaire de Sardaigne de s'emparer des Etats Romains qui avoisinent les siens, pourquoi ne le serait-il pas au premier venu de s’approprier la maïson de son voisin ? De même, s’il était vrai qu'aucun gouvernement n’a le droit d’intervenir, pour protéger un gouvernement étranger, ne s’en suivrait-il pas qu’il faudrait laisser les voleurs faire fraction chez les voisins, au risque d’être à son tour dépouillé et assassiné par ces malfaiteurs. Ne serait-ce pas là établir en principe le règne du’ brigandage ? Or, avec un tel principe, à quels maux étranges ne faudrait-il pas s’attendre? Ce sont là les foudroyantes vérités que le Souverain Pontife fait aujourd’hui entendre, par toute la terre, pour que les peuples, aussi bien que les Princes, y fassent attention. EÉcoutons-le, avec respect, nous les dire ces grandes et importantes vérités. (Lire le No. 6 de l’Allocution.)
Ces dernières paroles nous disent assez clairement que notre Père est plus que jamai® dans le besoin ; et nous le comprendrons encore mieux si nous faisons attention à ces autre® paroles qui viennent de nous arriver de Rome par un autre canal (Giornale di Roma.)
“ La somme offerte par la piété des fidèles à leur Père commun a été......employée “ à l’assistance du trésor public, dont les ressources, diminuées par la marche de l'invasion, “ ont décru outre mesure dès l'instant où......cette invasion a pu s’étendre impunément “ presque sous les murs de Rome, après les pertes subies en campagne par la petite armée “ pontificale. .....Le St. Père éprouve une grande consolation, en voyant la générosité de “ ses enfants, dont la Providence se sert pour lui venir en aide...,...1l ne saurait (dans “ d’aussi fâcheuses circonstances) refuser l’obole que continueront à lui offrir spontané- “ ment les fidèles du monde catholique. Si un tel secours lui a été utile à d’autres épo- “ ques, il est aujourd’hui plus que jamais opportun. .....Le St. Père, fermement persuadé “ que la protection du Très-Haut abrègera le cours des épreuves actuelles, a aussi la pleine “ confiance que le pieux et généreux concours des fidèles continuera d’alléger une pénible “ détresse que nous espérons pouvoir qualifier de momentanée.”
Cet appel aura, Nous n’en doutons pas, N. T. C. F., de l’écho dans vos consciences catholiques et dans vos cœurs patriotiques, à quelle que race ou origine que vous apparteniez. C’est la première fois que cet appel vous est fait ; et vous voyez dans quelles fâcheuses extrémités il vous est fait. Déjà ailleurs cet appel a été accueilli avec un saint enthousiasme par les laïques aussi bien que par les ecclésiastiques, par les pauvres aussi bien que par les riches, par les serviteurs et les servantes aussi bien que par les maîtres et les maïtresses,
Il y aura ici, Nous l’espérons, autant de zèle pour cette grande et belle œuvre, que partout ailleurs. Nos moyens sont aussi grands ; et la bonne volonté, qui ne nous a jamais manqué chaque fois qu’il s’est agi de porter secours à des frères, ne nous manquera pas dans cette unique et solennelle occasion où il est question de secourir un Père que nous aimonset vénérons ; déjà Nous avons reçu des plaintes de plusieurs âmes généreuses de ce que Nous n’élevions pas la voix, pour faire connaître au Diocèse entier les pressants besoins de notre immortel Pontife, Pie IX, dont l’amour est dans tous les cœurs. Aujourd’hui que Nous accomplissons ce devoir de justice et de reconnaissance, Nous vous informons que Nous avons cru devoir attendre que des temps plus mauvais fussent arrivés pour notre Père commun, afin de réclamer plus haut le secours
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( 1 | qui lui esi si nécessaire, si pous que ce secours fût pins opportun et plus efficace. Nous devons aussi vous dire que Nous avons tenu ioi en réserve toutes vos protestations faites l'hiver dernier, pour que notre offrande pût, encore plus que notre nom, témoigner au St. Père de notre filial et affectueux attachement. Ceci vous explique pourquoi aucune réponse n’a encore été faite yusqu’ici à vos chaleureuses protestations contre le sacrilége envahissement de la révoiution.
Vous aurez donc à Nous pardonner de n’avoir pas répondu plus tôt à votre attente. Mais, comme vous le voyez, ça été avec la bonne intention de pere lus efficacement au Chef Suprême de l'Eglise que votre amour pour lui ne le cédait pas à celui que lui ont | déjà témoigné nos frères de toutes les parties du monde. Maintenant que l’appel vous est {| fait officiellement, vous y répondrez sans doute avec votre générosité ordinaire, avec || Pintention très-pure de glorifier Dieu et sa sainte Religion. Encore une fois, Nous | vous le disons en toute confiance, le populeux et riche Diocèse de Montréal fera son devoir dans cette circonstance si grave et si solennelle, comme il l’a toujours fait chaque fois qu’il s’est agi de bonnes œuvres. A cctte fin, vous sacrifierez de bon cœur, pour cette grande et belle œuvre, ce que vous aviez coutume de dépenser pour vos plaisirs. Car vous comprenez qu’il serait indécent pour les enfants de l’Eglise de fréquenter les partis et de se livrer à la joie, pendant que leur Père’est inconsolable de la mort de ses bien-aimés enfants, qui se sont si généreusement sacrifiés pour le défendre. Oh! si nos dépenses - L inutiles étaient mises $ profit pour la cause de l'Eglise, que de fleuves de charité nous ferions couler jusqu’à Rome, et quels puissants secours nous porterions à notre Père, dans ses pressants besoins.
Vous vous mettrez donc, N. T, C. F., à contribution, pour porter un secours pécuniaire à N. S. P. le Pape, d'autant plus volontiers, que vous avez, sous les yeux, l'exemple des intrépides guerriers qui viennent de sacrifier si généreusement leur vie, pour la défense du St. Siége. Notre faible voix ne peut, pour louer dignement ces héros chrétiens, qui ont si bien combattu les combats du Seigneur, qu’emprunter cette majestueuse voix du Pontife Romain qui, il y a six ans, proclamait si magnifiquement la glorieuse Mère de | Dieu Immaculée dans sa Conception. Voici ce qu’il nous apprend de ces vaillants soldats. (Lire le No. 8 de l’Allocution.)
Ne pouvant rien ajouter à ces magnifiques éloges que donne le Père de la chrétienté, à ces intrépides volontaires, qui étaient accourus des divers pays de la catholicité, pour répandre leur sang pour la défense de l’Eglise, Nous allons du moins joindre nos prières aux siennes, pour le repos de leurs âmes.
Nous vous invitons donc à prier de tout cœur pour ceux qui ont si bien combattu pour l'honneur du nom chrétien, et qui sont morts si glorieusement pour la cause de Dieu et de son Eglise; pour ces braves officiers qui, dans ces temps mauvais, se sont montrés les di- | gues fils des intrépides croisés qui, en lent au secours de la Terre Sainte, paralysèrent la puissance ottomane qui. «emblable à un torrent impétueux, menaçait d’envahir l’Europe toute entière; pour ces jeunes gens d’élite qui, pleins de cœur et de foi, combattirent un contre dix, et même deux contre cent, préférant, comme les Machabées, mourir noblement, plutôt que de vivre, pour voir plus tard les désastres des nations chrétiennes: Quoniam meliès est nos mori in bello, quam videre mala gentis nostre, et sanctorum, (1 Mac., | | 83.59) ; pour tous ces intrépides soldats qui affrontèrent les plus grands périls, et moururent | pour ce qu’ils aimèrent, savoir, pour la religion, la patrie et les autels: Qui dederunt se periculo, ul starent sancta, et lex; et glorià magnà glorificaverunt gentem suam, (1 Mac., 14.20) ; pour tous ces héros que la belle France, la courageuse Irlande, la religieuse Belgi-
ue, la noble Savoie, le Rhin, la Suisse et l'Allemagne catholiques ont envoyés au secours
u Siége Apostolique ; pour tous ces frères généreux qui ont si bien combattu pour défendre le bien commun de la grande famille catholique ; pour tous ceux enfin qui, en mourant si glorieusement. nous ont mi à ne pas rougir de notre foi, parce qu’elle est attaquée ; à ne pas avoir honte de notre Père, parce qu'il est dans le malheur ; à ne pas demeurer indifférents og les maux de l’Eglise, parce qu’ils paraissent irrémédiables ; à ne pas rester muets en face de ces aberrations de l’esprit révolutionnaire, qui vraiment fascine les intelligences et dénature le langage humain ; à ne pas nous laisser alleg à cette fatale illusion qui fait croire qu'il est permis de ne pas se servir de la même balance pour régler les devoirs de la vie publique et ceux de la vie privée. ;
Assis tristement sur les tombes de tant de héros, qui ne sont morts que pour mieux vaincre, nous entendons leurs voix lugubres protester contre les grandes injustices, qui bouleversent le monde, et répéter, avec de profonds gémissements, que, si le marchand qui fraude est un malhonnête homme parce qu’il viole A justice commutative, le Roi qui entre brusquement sur les terres d’un Souverain avec qui il doit vivre en paix est un brigand, qui viole la justice publique et le droit des gens.
Nous allons donc, N. T. C. F., à l’exemple de notre Père, arroser de nos larmes ces tombes glorieuses, et prier pour ces frères dot la mort généreuse a fait dire à une bouche protestante que ce sont les derniers martyrs de l'honneur européen. L’empressement qui s’est déjà si spontanément manifesté, pour honorer la mémoire de ces héros modernes, réjouit notre cœur, et réjouira celui de notre Père commun, quand il en apprendra la nouvelle. C’est ce qui nous fait espérer que nulle part on n’oubliera ces nobles défenseurs de la cause publique, Et comme Notre Eglise Cathédrale, dans cette occasion solennelle, aussi bien que dans toutes les autres, doit représenter toutes les Eglises du Diocèse, il s’y célèbrera un service, pour le repos de leurs âmes, le vingt-sept de ce mois, et Pur y invitons tous ceux qui pourront y assister, tant ex eur nom qu’en celui de leurs amilles. à
Telle est, N. T. C. F., l’admirable Allocution qui vient de tomber des lèvres de notre immortel et bien-aimé Pontife, Pie IX. C’est, comme vous venez de le voir, une touchante lamentation sur les maux qui affligent le monde entier ; une énergique protestation contre les cruelles injustices commises par la révolution italienne ; une harangue apostolique qui remontre leurs devoirs aux Souverains comme aux peuples, et une eflrayante prophétie qui nous annonce les maux affreux qui vont désoler la terre, si chacun ne se hâte pas d'appaïser le ciel par des œuvres de pénitence. Elle se termine, comme toutes les antres qui sortent du cœur embrasé de ce pieux Pontife, par de tendres invocations au Dieu toutpuissant, à l’Immaculée Vierge Marie, et aux glo ieux Apôtres Pierre et Paul, comme vous l’allez voir, par les paroles qui suivent :—(Lire le No 7 de l’Allocution.)
Nous venons d’entendre Vos touchantes paroles, 6 notre Père, que tant de maux accablent de douleurs! Prosternés maintenant en esprit à Vos pieds, nous les embrassons avec un respect filial. Oh ! qu’ils sont beaux ces pieds sacrés, depuis que Vous marchez si généreusement dans le chemin de la Croix, avec Celui-dont Vous êtes le Vicaire ! Oh! qu’il y a de ressemblances entre Ses souffrances et les Vôtres ; et comme nous en sommes frappés chaque fois que nous faisons les stations du Calvaire qui se voient dans toutes nos Eglises ! Comme Jésus, Votre Maître et Votre Modèle, Vous êtes jugé et condamné par les impies. Comme Jésus, Vous embrassez Votre croix, et Vous murchez vers la montagne du sacrifice. Comme Jésus, Vous succembez plusieurs fois sous le poids énorme de cette croix, mais un peuple d’élite se présente pour Vous aider à la
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pee Comme Jésus, Vous rencontrez sur Votre route la Mère des douleurs, l’Immaculée ierge Marie, que Vous aimez si tendrement, et qui Vous protège si puissamment, Comme Jésus, une femme pieuse essuie Votre visage couvert d’opprobes ; c’est la sainte Eglise qui, avec toutes ses ferventes Communautés, prie et gémit, puur que le Ciel appaisé enfin per tant d’humiliations, vous donne des jours plus sereins. Comme Jésus, vous avertissez es filles de Jérusalem qui pleurent sur Vous, de pleurer plutôt sur elles-mêmes et sur leurs enfants ; parce que si l’on traite ainsi le bois vert, que sera-ce du bois sec ? Comme Jésus, Vous êtes dépouillé de tout et attaché à la croix qui vous a été préparée par ceux que Vous avez comblés de tant de biens. Comme Jésus, Vous êtes enseveli dans le tombeau, parce que, privé de toute puissance temporelle, Vous êtes renfermé dans cette ville sainte qui est le tombeau des martyrs. Mais comme Jésus, nous n’en doutons pas, Vous ressuciterez à la vie civile et à la puissance temporelle que Vous ont ôtées les ennemis de l'Eglise. Oh! qu’il nous tarde de voir arriver ces jours de résurrection ! Aussi, allonsnous prier avec encore en de ferveur, pour qu’il plaise au Père des miséricordes d’abréger ces temps mauvais, Én attendant, Ô Très-Saint Père, Vos douleurs seront nos douleurs. Sera la présente Lettre Pastorale lue au prône de toutes les Eglises où se fait l'Office Éspard et au Chapitre de toutes les Communautés, les premiers Dimanches après sa ception, Donné à Montréal, dans Notre Palais Episcopal, le vingt-unième jour du mois de Novembre de l’année mil huit cent soixante, sous Notre seing, le sceau de Nos armes, et le contre-seing du Secrétaire de Notre Evêché.
Par Mandement de Monseigneur,
JOS. OCT. PARÉ, Chanoine-Secrétaire.
SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI
PII DIVINA PROVIDENTIÀ