‹ Lettre pastorale de Monsgr. l'évêque de Montréal [microforme]Chapitre 1 sur 1 · IGNACE BOURGET · texte numérisé non relu

IGNACE BOURGET

PAR LA MISÉRICORDE DE DIEU, ET LA GRACE DU SAINT SIÉGE APOSTOLIQUE, ÉVÊQUE DE MONTRÉAL, ETC. ETC. ETC.

Au Clergé Séculier et Régulier, et à tous les Fidèles de Notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous avons donc enfin, N.T. C. F., une Université Catholique. C'est la joyeuse nouvelle que nous annonce notre Vénérable Métropolitain, dans sa belle Lettre du huit décembre courant, et dont vous entendrez la lecture, Dimanche prochain; car il Nous a été permis de la publier, dans notre Diocèse, comme déjà elle l’a été dans toutes les Eglises de la Métropole.

11 Nous dira lui-même ce que c'est qu’une Université, et quels en sont les précieux avantages. Pour Nous, nous r’avons rien autre chose à faire que de la saluer avec amour, et de lui donner une pleine et entière confiance ; c’est l’unique but que Nous nous proposons, en vous adressant cette Lettre.

D'abord remarquons, N. T. C. F., que c’est quelque chose de bien consolant, pour nous tous, que d’apprendre que notre jeune Canada se trouve maintenant doté d’une de ces grandes Institutions, qui font la gloire littéraire des vieux pays de l’Europe ; et c’est pour la Religion de notre Pays, toujours si Catholique, uu inestimable bunheur que de fonder encore pour la Patrie ce précieux établissement, qui-couronne si heureusement tous ses sacrifices pour l'Education.

Cette Institution naissante porte le nom d’Université Laval, nom célèbre, inscrit sur son Frontispice, et qui ne peut manquer de fixer les regards des élèves, chaque fois qu’ils en franchiront le seuil, et de les remplir d’une noble ardeur; et déjà il inspire à ceux qui le lisent de loin, une juste confiance. Car qui doute que les enfans du Pays, qui vont fréquenter les Cours de cette Université, ne soient continuellement et puissamment excités à travailler de toutes leurs forces à s’illustrer, sous les douces et vives influences de ce Nom chéri, qui donna à l’ancienne France tant de grands hommes, et qui rappelle à la Nouvelle tant de ravissants souvenirs. Cette Université va être dirigée par l'esprit du Fondateur de l'Eglise du Canada, dont elle porte le nom ; et c’est là surtout ce qui fait sa gloire et assure son succès. Car Elle est confiée à des hommes pieux et savants, qui ont reçu de leur Père le feu sacré de l’enseignement religieux, lequel entre leurs mains ne s’est jamais éteint. Toujours ils ont été les dépositaires fidèles de la science sacrée, et du zèle ardent que les éièves du Sanctuaire n’ont cessé de puiser à cette source abondante.

Ils ont en outre succédé aux enfants de St. Ignace, dans l’importante fonction de former, par de fortes études, de bons citoyens, pour ies besoins de toutes les classes de la société. Car l’on sait, qu’à l’époque de l’horrible tourmente révolutionnaire, qui en France comme ailleurs, rasa impitoyablement tant d’établissements religieux, le Pays perdit d’un coup ses Apôtres et ses Maîtres. Ces hommes de Dieu s’étaient jusqu'alors partagé les pénibles travaux de l’Apostolat, et les nobles fonctions de l'Enseignement. Pendant que les uns faisaient de nos cruels Sauvages, des hommes humains, les autres formaient aux Sciences et aux Arts les jeunes Colons qui, sous d’aussi habiles Maîtres n’avaient rien à envier aux nobles et aux grands de la Mère-Patrie, sous le rapport d’une haute et riche éducation.

Ce fut donc un grand deuil, quand s’éteignit, pour le Pays, ce brillant flambeau de vertus Apostoliques et de sciences littéraires ! Aussi pleura-t-il amèrement, quand il perdit ainsi ceux qui l’avaient arrosé de leur sang, et éclairé de leurs lumières. Il gémit encore et il gémira toujours de voir fermé à la science et à la vertu, le Magnifique Collége des Jésuites, qui lui rappelle sans cesse les doux et tendres souvenirs de son Enfance! Oh! oui: les plaies faites à son cœur, par le plus déchirant des Adieux, sont encore saignantes, ct elles saigneront tant que l’on n’aura pas rendu à la Religion cet édifice sanctifié par tant de vertus, et tous les biens qui en dépendent.

Ce fut à ces hommes, si bien méritant de la Religion et de la Patrie, que les Prêtres du Séminaire de Québec succédèrent. Se voyant alors chargés seuls @f &ouble enseignement religieux et littéraire, ils redoublèrent d’effbrts ét de sacrifi:

ces. La Religion ct la Patrie se reposèrent avec confiance sur eux du soin de former des hommes, qui pussent être placés avec honneur, dans tous les rangs de la cléricature et de la société.

Ils répondirent à la confiance publique, et remplirent leur haute mission, avec un succès que tout le monde connaît. Aussi, la postérité la plus reculée les bénirat-elle, en recucillant les heureux fruits de cette riche éducation, qui, il faut l’esptrer, se feront sentir d’àâge en âge.

Or, N. T. C. F., c’est à ces hommes, aussi habiles que dévoués, qu’est dévolue aujourd’hui la noble tâche de diriger l'éducation Universitaire. Notre jeune Universilé, ainsi conduite par ce Père expérimenté de nos Séminaires, s’élancera donc avec toute l’ardeur de la jeunesse, dans la brillante carrière des hautes études, qui lui est ouverte. Peut-on douter, qu'avec du temps et des sacrifices, elle natteigne son noble but?

Tous ceux qui ont à cœur l'honneur de notre Pays, applaudissent, N. T. C. F., au choix que l’on a fait du Doyen de nos Séminaires pour diriger la nouvelle Université, parce qu’ils estiment avec raison, que c’est une récompense grandement méritée, pour les services immenses qu’il a rendus aux Lettres. Mais ce sont surtout les Maisons d'Education qui en bénissent la Divine Providence ; car elles n’oublient pas l’accueil encourageant que leur fit ce Séminaire, dans le temps qu’il se trouvait seul dépositaire des sciences sacrées et profanes. En effet, il comprit à temps le besoin de multiplier graduellement les Maisons d'Education.

Il encouragea en conséquence les hommes de dévouement, qui s’offraient à partager les peines et les mérites de l’enseignement. Il se prêta à tout de bonne grâce, fournissant des Professeurs, et donnant les autres secours en son pouvoir, afin d’aider ces nouvelles Institutions, qui elles aussi sont parvenues à obtenir leur juste part de la confiance publique, en rendant d’importants services à la Religion et à la Patrie.

Mais si ce bon esprit porta, à différentes époques, le Séminaire de Québec à applaudir aux travaux et aux succès des nouvel':: Maisons d'Education, l’on peut dire qu’il en est aujourd’hui bien récompensé, par les vives sympathies qu’elles lui portent, en voyant avec bonheur son front auguste ceint de la couronne Universitaire. Et que d’heureux résultats n’avons-nous pas à attendre de cette harmonie, qui va régner entre l’Université et tous les Colléges de la Province !

Or c’est pour l’honneur de la Religion, la gloire de la Patrie, et le bien de vos enfants, N. T. C.F., que tous ces Etablissements ne feront qu’un cœur et qu’une âme, pour vous aimer tous plus tendrement ; et qu’ils vont se donner la main pour travailler tous plus utilement à votre avantage.

Vous en devez donc bénir la Divine Miséricorde, en demandant que l'ennemi de tout bien ne puisse jamais troubler ces harmonicuses dispositions.

D'ailleurs, tous trouveront de plus grands avantages dans cetie intime union, Car les rayons lumineux qui jaillissent de ce brillant Diadême dont la Religion et l'Etat viennent de couronner cette Antique Institution, doivent se refléter sur les nouvelles, pour les faire toutes briller d’un éclat nouveau. C’est un héritage de famille religieuse et civile qui n’est entre les mains du Père que pour le partager aux enfants. On doit ajouter que la peine et les sacrifices seront pour le Père, et les avantages pour les enfants. De cette intime union résultent, il n’en faut pas douter, une force et une puissance irrésistibles pour le bien.

Il ne faut donc pas s'étonner, N. T. C. F., si tous saluent avec un joyeux euthousiasme, l'Un crsité. Laval, et Ini souhaitent bonheur et prospérité. L’Episcopat y trouve une grande école pour l'enseignement religieux ; le Clergé, des Chaires de Théologie, pour le développement des Sciences Sacrées ; le Barreau, des Chaires de Droit, pour l’encouragement des connaissances légales ; la Médecine, une Facullé, pour l'avancement des études médicales,

La Religion et la Patrie se réunissent donc pour installer, avec solennité, cette

grande Institution, sur laquelle reposent leurs espérances pour l’avenir. De tout ce que Nous venons de dire, il suit, que le jour qu’est née l’Univer-

silé- Laval, doit faire Epoque dans notre histoire. Or, remarquez-le bien, N. T. C. F., c’est pour le monde entier un des jours les plus heureux; car c’est celui où la Glorieuse Marie fut conçue sans la tache du péché originel. En effet, chose admirable! les Lettres Patenter, qui donnent une existence et des droits civils à cette Université, furent signées, l’an dernier, par Notre Gracieuse Souveraine, le huit Décembre. Cette année, à pareille date, le Rescrit Pontifical, qui bénit la Nouvelle Institution, et la dote de glorieuses prérogatives, est solennellement proclamé par le Métropolitain de la Province Ecclésiastique de Québec. Cette Université doit être la Sorhonne de la Nouvelle-France ; or l'on sait que cette célèbre Faculté Théologique de Paris professa constamment des doctrines en tout favorables au glorieux privilége accordé à Marie, dans son Immaculée Conception; et qu’elle imposait à ses Docteurs, sous serment, l’obligation de le défendre.

Frappé de ces coïncidences providentielles, le Séminaire de Qnébec a cru que c’était la volonté de Dieu que l’Univ rsité. Laval fut placée sous le Patronage de Marie conçue sans péché, Après mûre délibération, il s’est agenouillé aux pieds de la Vierge Immaculée, et lui a consacré cette grande Œuvre, en la priant de vouloir bien en être la Souveraine Dame et Maîtresse. La Pureté Virginale de notre Mère va donc être, pour la nouvelle Institution, une lampe toujours ardente, à la lueur de laquelle devront écrire tous ses Docteurs; Lampas inextinguibilis, Elle

sera aussi pour ses élèves, il faut l'espérer, un baume sacré qui les préservera de la contagion du siècle, Car sa vie, plus pure que celle des Anges, et qui illustre toutes les Eglises, conservera, dans leur innocence, les jeunes cœurs qui, dans cette Institution, lui seront dévoués. ‘ Cujus vita inclyta cunctus illustrat Ecclesias.”

Réjouissons-nous done, N. T, C. F., de ce qu’il y a, dans notre Pays, une nouvelle Institution, composée d'hommes pieux et savants qui vout consacrer leurs talents à la gloire de Marie, en s’engageant à soutenir, de toutes leurs forces, le privilége de son inviolable pureté, dont Elle est plus jalouse que de tous les autres.

Nous vous avons donné, N. T, C. F., les motils de notre confiance, dans l’'Universilé- Laval, que depuis longter1ps Nous appelions de tous nos vœux, et qui eufin Nous apparaît aujourd’hui, sous les plus heureux auspices. Jusqu'ici, Nous vous avons parlé, comme Evêque, de cette Vénérable Muison, qui vient d’être érigée en Université ; souffrez maintenant que Nous vous en parlions en fils dévoué.

En effet, c’est au Séminaire de Québec que Nous devons le bienfait de notre Education ; et toujours Nous nous sommes senti incapable d’acquitter cette dette sacrée, contractée par Nous, pour cet insigne bienfait. Nous nous contentions donc de Nous rappeller avec attendrissement, les jours heureux que Nous passâmes,

sous ces voiles Antiques, qui abritèrent nos jeunes années, ct d’en bénir la Divine Providence.

Ces doux souvenirs ne suffisaient point à notre reconnaissance, mais retraçaient vivement à Notre Imagination, et surtout gravaient plus avant daus Notre cœur, les leçons de haute sagesse que l’on nous donnait à tous, pour nous apprendre à bien servir notre Religion et notre Pays. Ils dissipaient, pour un moment, les sombres nuages des inquiétants soucis, qui enveloppent la vie humaine, en tous lieux, à tout âge, et dans toutes les conditions. Ils retrempaient notre courage, et Nous ranimaient dans l’accomplissement de nos devoirs.

Le dévouement le plus filial, pour une Maison si justement chérie, se nourrissait ainsi de ces doux souvenirs d’enfance; et l’éclat de la Mître, qui Nous a été imposée, malgré Notre indignité, loin de l’effacer, n’a fait que l’accroître. Car plus l’on monte les degrés de la Hiérarchie, qui distingue les conditions de la vie humaine, plus l’on comprend le prix d’une bonne Education, parce que l’on en sent mieux le besoin.

Comme vous le voyez, N. T. C. F., Nous voulions, en vous arrêtant un instant, «ur cette circonstance de notre enfance, acquitter une vieille dette, et vous inviter à Nous venir en aide pour cela.

Dans cette vue, Nous allons prier, tous ensemble, pour la Nouvelle Université, afin d'obtenir de Celui de qui vient tout don parfait, qu’elle accomplisse digne-

Ca

cette grande Ecole, afin qu’ils y apprennent à être, toute leur vie, la consolation de

îMent sa haute Mission ; et aussi pour tous les enfants du Pays qui vont fréquenter | la Religion, la gloire de la Patrie, et l’ornement de leur famille.

Espérons, N. T. C. F., qu’il ne sortira de cette Institution aucun de ces monstres d’impiété, qui sont les fléaux du monde, et qui font quelque fois regret- | ter qu’il y ait, de nos jours, tant de moyens d'éducation. Car les horribles tempê- | tes, qui bouleversent si souvent les sociétés humaines, et qui renverseraient les Colonnes de la Religion, si le bras divin, qui les a élevées, ne les soutenait, sont toujours soulevées par le souflle des mauvaises doctrines qu’inventent, chaque jour, des hommes que Dieu destinait à faire le bonheur du monde, par les riches dons de la grâce et de la nature, dont il les a comblés, et qui en font le malheur, par l'abus sacrilége qu’ils font de tous ces biens. Hélas! ils ressemblent aux mauvais Anges qui, par leur orgueil, voulurent tronbler la paix du Ciel, et qui pour cela furent précipités au fond des enfers !

Prions donc, N. T. C.F., pour que Dieu préserve notre Patrie, d’un pareil malheur; et à cette fin, et conformément à toutes ces intentions, l’on chantera à l’issue de la Grand’Messe, à laquelle on aura publié la Lettre Pastorale de Mgr. l’Archevêque de Québec, à lautel de la Bienheureuse Vierge Marie, le Veni Creator et la Prose Jnviolata, avec les versets et oraisons du Saint-Esprit, et de l’Immaculée 1 Conception, comme au Breviaire. Cet Autel sera aussi orné que possible, et l’on | encensera l’image de l’Auguste Vierge, en se conformant au Cérémonial, pendant | le chant de l’Znviolata.

Vous entendrez Dimanche prochain, la lecture de la Lettre Pastorale de notre Vénérable Métropolitain, à laquelle Nous n‘ajoutons rien, parce qu’elle se recommande assez d'elle-même. Pour Nous, en vous écrivant aujourd’hui Nous n’avions qu’un but; c’était de témoigner publiquement de toute la confiance que Nous portons à l’Université. Laval, ct Nous avons tâché de le remplir, en vous faisant observer que tout dans cette grande Œuvre est de nature à rassurer. Car son organisation est régulière ; son Nom est influent ; sa | Vocation est sublime ; ses Professeurs sont habiles ; ses Protecteurs sont puissants ; | son but est Divin; et Elle a pour la diriger du haut du Ciel, la Bienheureuse Vierge Marie, qui y brille de tout l’éclat de son inviolable pureté, et qui sera pour elle la véritable Etoile de la Mer, conduisant sûrement au Port tous ceux qui tiennent leurs regards tendrement fixés sur cet Astre lumineux.

| Sera la Présente Lettre Pastorale lue au Prône de toutes les Eglises, dans les quelles se fait l’Office Public, le premier Dimanche après sa réception ; et celle de

CA

Sa Grâce Monseigneur l’Archevêque de Québec, le Dimanche suivant,où l’on fera les prières indiquées ci-dessus.

DONNÉ à Montréal, le jour de la fête de St. Jean l’'Evangéliste, le vingt-sept Décembre, Mil-Huit-Cent-Cinquante-Trois, sous Notre Seing et Sceau, et le Contre-Seing de Notre Secrétaire.

Page 1