Lettre pastorale [microforme]
DE NN. 88. LES ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DES PROVINCES ECCLÉSIASTIQUES DE QUÉBEC DE MONTRÉAL ET D'OTTAWA, SUR LES DEVOIRS DES CATHOLIQUES EN FACE DES ACCUSATIONS DONT LE CLERGÉ EST L'OBIET A LA SUITE D'UN SCANDALE RÉCEMMENT ARRIVÉ A MONTRÉAL.
NOUS. PAR La GRACE DE DIEU ET DU SIÈGE APOSTOLIQUE,
ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DES PROVINCES ÉCCLÉSIASTIQUES DE Quésec, DE MONTRÉAL ET D'OTTAWA,
Au Clergé Séeulier et Réqulier el à tous les Fidiles de ces diocèses, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.
Nos Très Chers Frères,
Nous sommes actuellement témoins d'un spectacle qui Nous afflige et Nous émeut profondément, La chute humiliante d'un prètre a été l'occasion d'attaques injustes contre ie clergé, de discours et d'écrits violents, de révélations scandaleuses, de publications indiscrètes, de manques de respect à l'autorité religieuse et à la discipline ecclésiastique comme jamais peut-être il u’en a été vu dans notre pays.
Déjà, le Pasteur du diocese où s’est produit le nal a fait entendre une voix pleine de tristesse et d'indignation pour déplorer les fautes commises, consoler Les bons, afformir Les faibles, censurer les graves écarts de certains catholiques, stixmatiser, chez d'autres, une conduite également injurieuse à la vérité et à la morale, rappeler à tous leurs devoirs dans les jours difficiles que nous traversons.
Mais. Nos Très Chers Frères, grâce à la presse-puissance terrible pour le mal comme pour le bien-—les scandales ont été divulgués au loin, et sont venus jeter l'émoiau sein de nos populations d'ordinaire si calmes dans leur foi religieuse, Le malaise à envahi toutes les classes, La paix des familles a été troublée, et les consciences sont bouleversées.
Aveuglé par les préj'igés, la passion, les calomnies, on en est venu à soulever des questions qui ne regardeut que ceux qui
ont charge de gouverner l'Église de Dieu. et à qui seuls il appar- Ueut de la diriger
\ristés et inquiets, vous avez tourné vos regards vers vos premiers Pastours pour leur demander encouragement, lumière, conseil et direction. C'est cette parole de consolation que Nous vous apportons aujourd'hui, Nos Trés Chers Frères; c'est cet enseisnement que Nous venons vous donner an nom de celni qui à dit'aux apôtres dont Nous sommes le: successeurs : « Qui «vous école nrécoute, qui vous méprise me meoprise.n (1)
Un prêtre est tombé; m'en sovez ni (trop surpris, ni alarmés dans vos croyances religieuses Notre Sieneur m'atil pas dit: QILest nécessaire qu'il y ait des scandales : ecpendant malheur à l'homme par qui le scandale arrive,» (1 L'histoire de l'Église nous offre de nombreux exemples de la vérité de cette parole, Il s'est rencontré ol ilse rencontrera encore de malheureuses défections dans Le clergé comme parmi les simples fidèles. On a vu et on verra des prétres indignes de leur ‘auguste caractère, indisnes de leur sublime apostolat, indignes de l'Église, leur mere, qui les enfant au sacerdoce el remit entre leurs mains le Sceptre de ses pouvoirs et la garde des âmes soumises à sa direction.
La fragilité humaine, la violence des passions, l'abus des choses saintes, les ruses du démon, Les séductions d'un monde vu de Lrop près, ont, de tout temps, produit des Jndas qui abuserent de leur position élevés, de l'intimité et de la confiance du Maitre pour le livrer, violer leurs scrments et trahir leur missiort.
L'Église a gémi de cos chutes, elle en à sonffort, mais jamais son existence m'en a été ébranltée, ni son action compromise. L'éclat dé son incomparable suinteté est resté le môme, la même sa salutaire influence sur les ânes, la mème sa puissance de résénération, Environuée du respect, de la reconnaissance et de l'amour des peuples, la Sainte Epouse du Ghrist ren a pas moins continué, à travers les Âzes, son œuvre de salut et ses étonnantes conquêtes,
Ainsi l'a voulu son divin Fondateur : en confiant à des hommes faibles et pécheurs la garde de sa religion, il en démontre la
(1) Qui vos audit me audit, qui Vos spernit me speruit, (ue, X, 16),
(2) Necesse est enim ut veniant seandala ! verum tamen væ homini illi per quem scandalum veuit. (Math., AVLLE, 5),
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céleste origine et la conservation surnaturelle, il éprouve notre foi et nous signale l'abas de La liberté par laquelle nous pouvons nous soustraire à son influence sanetificatrice, A Ta fin des siècles seulement Le bon grain sera séparé de l'ivraie, et For de tout alliage : à la seule Église triomphante est réservée la gloire d'une sainteté sans défaillance dans chacun de ses membres.
Au reste, Nos Très Chers Frères, trop communes, hélas M à
certaines époques et dans certains paivs, les défoctions n'ont été, grâce» à Dieu, que desexceptions au sein de notre clergé national, Il ne serait done ni sage, ni juste d'enveloppor, dans une même eurs et fa masse du
condamnation, quelques prôtres provarten clergé, de faire rejaillir sur tous Les fautes d'un ptit nombre, et d'arguer de faits isolés pour laisser planer le soupron sur te corps ecclésiastique tout entier,
Aussi quelle n’a pas été Notre douleur, disons le mot, Notre légitime indignation de voir des hommes qui se disent catho: liques, défenseurs de le religion et de tumorale pablique, prendre occasion de la chute d'un prètre, si profonde ot st humiliante qu'on La suppose, pour jeter le mepris et Pinsalte sur le clergé de toute notre province. On s'est plu en parler dans des termes qui ne pouvaient que Le discrediter dans l'opinion de tous ; on ne lui a ménagé mi le blâme, ni le dédain, etchaque courrier, pour ainsi dire, nous apporte de nouvelles emsures et dinsotentes suggestions. On le représente ici commun elerxe corrompu et corrupteur dans un grand nombre de ses membres, li comme un corps trop puissant, fastueux, avide de riehosse et de domination, Le respect dont notre peuple à toujours entouré ses prètres, le zèle de ceux-ci pour l'accroissement de la relirion et de à piété dans les âmes, sont devenus Fobjet des plus sôveres critiques el des appréciations les plus injustes,
Jouant le rôle démoralisateur de Voiture, cos mauvais catho: liques ont donné au scandale que Nous dépiorons stamerement, la plus grande publicité possible ; on en à p ul de manivre à faire rougir toute personne qui se respecte,
Das écrits immondes, que Le sent sentiment de Phonnouretde la vertu aurait dû faire détruire, ont été imprimés, vendus, distribués dans le publie. Et pourquoi tout ce bruit, ce retenlissement si funeste aux Âmeselsi contraire aux lois les plus élémen-
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taires de la morale et de la charité chrétienne ? Pourquoi toutes ces accusations fausses où exagérées ? Pourquoi cette explosion aussi triste qu'inalttendue, dassertions plus que hardies, de propositions malsonnantes, d'insinuations perfides, sinon pour humilier l'Église, discréditer le sacordoce, ot, par Ft arrèter où du moins diminuer son action bienfasante dans le monde ?
Eh bien! Nos Trés Chers Frores, Nous, vos chefs spirituels, Nous, chargés par Jésus-Christ de voitler à la garde du troupeau et de Le protéger contre les loups ravisseurs, Nous qui rendrons compte un jour du bien que nous aurons omis el du mal que Nous n'aurons pas empèché. Nous vous disons: aimez et respectez vos prètres : d'abord parce qu'ils sont dignes de cet amour et de ce respect, ensuite pareée que votre bien et celut de la religion le réclament.
Qui ne conneit Le zole du clergé canadien, son dévouement, sa piété et sa chasteté ? Qui osera nier ce qu'il a fait dans le passé pour le salut et ia prospérité de notre race. apres comme avant la conquête ? L'influence dont il jouit et qu'on lui reproche, il l'a conquise par la charité, le conrage, le sacrifice, un dévonement sans bornes aux interôts temporels et religieux du pays.
Or, ce que le elergé fut dans le passé. il l'est encore dans le présent, Nous qui connaissons nos prètres, Nous sommes les témoins plus autorisés que lout autre de leur vertu et de leur désintéressement, C'est pourquoi Nous regardons comme un devoir à lheure présente de protester hautement contre les altaques dont notre clergé national vient d'être l'objet, Ge clergé, Nous le proclamons sans crainte d'être démentis, est lun des plus admirables qui soient au monde par son zele à toute épreuve, par s4 foi ardente et pratique, et par la pureté de ses mœurs.
Les exceptions que Pon peut signaler, les fautes que Fon dénonce, Lrop souvent en Îles grossissant, ne säuraent détruire cette vérité si consolante pour vous comme pour Nous, C'est du reste le peuple canadien tout entier qui, par son respect 64 sa soumission, son émpressement-à fui témoigner, aux jours de nos grandes fêtes nationales, son attachement et sa reconnaissance, fait Le plus bel éloge de notre clergé et le venge de ses détracteurs.
Un autre motif de vénérer vos Pasteurs, Nos Très Chers
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Frères, c'est que le respect dù au clergé est d’une importance capitale dans la vie de l'Eglise. Une nation qui ne respecte pas ses prêtres est une natio rs qui court à sa ruine. Quand Voltaire voulut perdre la France et ébranler sa foi, que fitil? Il commença par écrire ces perfides paroles : «Vos prètres ne Sont pas cequ'un vain peuple pense ;» il sema contre eux dans les esprits le doute et la défiance, les poursuivit de ses railleries et de ses sarcasmes, et 1l accomplit son œuvre.
Or, qu'a-t-on fait autre chose, Nos Très Chers Frères, depuis quelques semaines, au foyer domestique, sur la rue et jusque dans la presse ? Ceux qui ont joué ce triste rôle ne tarderont pas à en vougir; mais compreudrontils jamais tout le mal qu'ils ont fait? Ici, Nous ne pouvons Nous empêcher d'exprimer Notre regret profond de voir que dans le journalisme —à quelques nobles exceptions pres—il y à absence presque complète de tout contrôle et de toute surveillanee exigée par lu morale chrétienne, On y voit souvent reproduits des feuilletons dangereux 5 on y publie avec un empressement coupable où du moins irrofléchi les scènes scandaleuses, les aventures romanesques, les récits lubriques de la rue et des assises criminelles; on Y fait de la réclame en faveur d'ouvrages impies et malsains. et ainsi le journalisme, oubliant sa dignité et son devoir, se déshonore el trahit sa mission.
Ne soyez pas surpris, Nos Très Chers Frères, de li sévérité de Notre langaue. Si Nos personnes seules ou Nos actes eussentété en cause, Nous aurions pu nous taire, à l'exemple de notre Divin Maître qui n'opposa que le silence aux outrages dont l’'abreuverent les Juifs. Mais la doctrine, les sacrements, Hidisciplinede l'Église ne sont pas notre bien propre ; c’est un dépôt sacré que Nous devons religicusement garder et défendre au péril mème de Notre vie, Jésus-Christ, st doux, si miséricordieux envers ses détracteurs, n'a-til pas cependant démasqué leur ignorance et leur hypocrisie quand le demandait le bien des âmes simples ou encore peu affermies dans la foi ? Nous, ses délézués et ses représentants, Nous devons donc lutter avec une vigueur toute apostolique contre les coupables machinations de ceux qui cherchent à diminuer l'influence de l'Église en dénaturant les plus augustes de ses dogmes et les points les plus sacrés de sa discipline.