Lettre pastorale
Au clergé séculier et régulier, aux communautés religieux S€S et aux fidèles du Diocèse de Régina, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.
Nos Très Chers Frères.
L'église, née au Cénacle, a emporté dans sa dispersion à travers le monde le trésor qui avait enrichi son berceau. Elle l'a caché dans les Catacombes; elle l'a exalté dans les Basiliques; elle l'a déposé dans le cœur des Apôtres pour féconder la prédication, dans le cœur des Martyrs pour affermir le témoignage, dans le cœur des Docteurs pour assurer l'intégrité de la doctrine, dans le cœur des Confesseurs pour y faire germer les vertus évangéliques, dans le cœur des Vierges pour y entretenir la pureté de 1 amour.
El nous, enfants de PEglise catholique, apostolique et romaine, nous sommes heureux d'avoir ce précieux trésor de l'Eucharistie. Nous croyons que notre Dieu est dans le Tabernacle ; nous y croyons, appuyés sur les textes <\v< Prophètes, sur les claires affirmations de l'Evangile, sur la voix traditionnelle de
l'Eglise, sur le plan divin de la Rédemption, sur les plus purs élans du genre humain, sur les vertus réservées qui sont les fruits de l'autel et qui embaument notre terre désolée, vide et sèche de tous \e^ parfums et de toutes les consolations.
Nous croyons que Jésus nous est resté en se plaçant dans la Sainte Eucharistie. Nous connaissons cette parole qu'il a dite aux Apôtres: "Je ne ri, us laisserai pas orphelins", et noua savons que. pour accomplir cette promesse de son cœur, 11 s'est fait le compagnon de notre pèlerinage, Il marche à côté de nous dans le désert et il n'est pas un lieu si retiré où II ne dresse avec nous sa tente de pèlerin. A chaque heure du jour, rame juste sait où trouver son véritable ami; et quand le cœur est resserré par le v'erit glacial de cette terre, quand la vue du Inonde donne le vertige de l'ennui, le juste connait son lieu de refuge, son nid pour abriter sa vie et ses espérances. Aussi nous disons avec Saint Augustin: "Notre Divin Sauveur ne pouvait inventer niieux; maigre sa toute puissance, il ne pouvait faire davantage; malgré sa richesse, il ne pcmvait nous donner rien de mieux."
Nous n'avons donc pas besoin d'aller au ciel pour contempler Dieu et goûter ses divins charmes; Il est vivant au milieu de nous; Il repose jour et nuit dans nos tabernacles et peu de chose nous sépare de Lui: de fragiles apparences qui ne subsistent que par miracle.
Celui qui a semé les mondes dans l'espace, qui a peuplé les océans, qui a créé la lumière, qui a brodé ces mille fleurs dont nos jardins sont parés; celui enfin qui, de son ciseau mystérieux a sculpté la belle statue humaine en' ranimant de son .-ouffle, est toujours là silencieux sous les langes' eucharistiques,. 11 est là pour nous rappeler tous nos devoirs et toutes les yertùs que: nous avons à pratiquer, qu'il a lui-même pratiquées le premier; il les renouvelle sous nos yeux; nous les retrouvons dans l'Hostie comme dans un miroir sans tache. Il est là pour soutenir nos -faiblesses, pour réchauffer les cœurs, pour enivrer les âmes de jtqute§.]es joies spirituelles. Il est là pour regarder les efforts que nous faisons et les encourager. Il est là pour regarder nos souffrances et y compatir. ;> Il est là pour nous unir à Lui, dans les embrassements de la communion pour être notre nourriture, notre breuvage, notre chair, notre sang,' notre vie.
Dans nos peines, d'où qu'elles viennent, fut-ce de fautes lamentables, nous pouvons nous souvenir de Celui qui a tout souffert pour nous; quelque délaissés, humiliés,peinés que nous soyons, nous pouvons aller à l'église, nous agenouiller au pied de l'autel et voir devant nous, dans l'humiliation, la solitude. l'abandon, Jésus-liostie qui est accablé par l'indifférence du grand nombre et qui cependant demeure près de nous, voir cet ami fidèle qui semble nous dire: ''Coeur meurtri, viens à moi; car je connais les meurtrissures du coeur. . Viens à moi, j'ai souffert plus que toi; quelque écrasé et anéanti que tu sois, tu me trouveras plus écrasé et anéanti que toi; que mon exempte te soutienne et que la gloire qui a couronné uns souffrances t'encourage à soutenir vaillamment la lutte jusqu'à l'heure du triomphe.''
Chrétiens, quand au pied de l'autel on a entendu cette parole et surtout quand on emporte dans sa poitrine celui qui l'a dite et qui la répète au fond du cœur, en même temps qu'il le pénètre de son amour et de sa force, nous ne prétendons pas qu'il n'y a plus de douleurs ni de larmes, mais il n'y a plus de larmes inconsolables ni de douleurs sans espérance.
Au pied du Tabernacle, les prières et les actes d'amour que forment nos coeurs et qu'expriment nos lèvres ne s'élèvent pas isolés vers le trône de Dieu. Dieu les accueille unis à ceux de Jésus Christ ; notre prière imparfaite et défectuerfse est unie à celle d'un Dieu: elle participe à sa puissance et à ses mérites. Quelle que soit l'indignité de notre personne, nous n'avons rien à craindre, puisqu'elle est couverte par la sainteté infinie de ce Dieu qui prie et adore comme nous.
Au pied du Tabernacle, pour peu qu'on ait un atome de foi et un cœur qui ne soit pas de pierre, est-il possible de n'être pas pénétré, au plus intime de son être des sentiments les plus
profonds d 'adoration, de reconnaissance et d'amour?
Est-il possible de ne pas ouvrir son âme toute grande à Celui qui ne demande qu'à la remplir?
Est-il possible de ne pas détester tout ce qui est mal. non seulemenl ton! ce <jui nous séparerait de Dieu, mais tout ce qui l'offenserait ou lui déplairait?
Est-il possible de ne pas mépriser comme une vile poussière et de ne pas craindre comme un danger toutes les vanités de ce monde?
Est-il possible de ne pas aspirer au bien, à la vertu, à l'humilité, à la pureté, à la patience, à la prière?
Est-il possible de ne pas s'attacher de toutes ses forces à la grâce, à la vie divine et à tous les biens surnaturels qui en découlent ?
Est-il possible de ne pas crier à Jésus avec l'Apôtre, de toutes les puissances de notre vie et de toutes les énergies de notre être: "Qui jamais pourra me séparer de vous?"
j^st-il possible enfin de ne pas comprendre que l'Eucharistie est le miracle le plus étonnant, le mystère le plus sublime, ce qu'il y a de plus grand et de plus divin dans l'Eglise Catholique?
Si Dieu avait laissé à l'homme la liberté de lui demander le bienfait le plus insigne qu'il put désirer, jamais l'homme n'aurait pu en demander de supérieur à l'Eucharistie, ou plutôt jamais il n'aurait eu l'idée de solliciter un tel bienfait. Un Dieu lui-même se donner à sa créature ! Et se donner comme ami, comme compagnon d'exil, même comme nourriture quotidienne, c'est là une merveille qui surpasse tout ce que l'esprit humain peut imaginer.
Et si l'homme n'eut pu rien demander de plus grand que
l'Eucharistie, Dieu lui-même, malgré sa toute puissance, ne
pouvait non plus accorder à l'homme rien qui fut plus excellent
et plus admirable ; car l'Eucharistie est le dernier mot de l'amour
du bon Dieu.
Eh bien ! Ce Dieu présent dans l'Eucharistie sera exposé à l'avenir durant l'année au moins tout une journée dans l'une ou l'autre paroisse de notre diocèse. Pour exciter l'attention des fidèles, pour raviver leur amour, il sortira du tabernacle et se montrera à ses enfants, les mains remplies de grâces qu'il leur destine.
Vous avez maintenant, mes très chers frères, l'insigne privilège de recevoir cette faveur. Avez-vous demandé à Jésus de
vous l'accorder? Vous n'y avez peut-être pas pensé. Jésus vient de lui-même, poussé par une bonté et une tendresse que vous ne comprenez pas parce que vous ne pouvez pas comprendre un amour infini. Il vient de lui-même et la première chose que vous ayez à faire, c'est de vous demander quel est celui qui vient ainsi à vous et vous tend les bras.
Vous le savez, c'est Dieu, Celui qui a tout créé, Celui qui a jeté les mondes dans l'espace avec autant de facilité qu'un homme jette au vent une poignée de poussière ; Celui qui d'une parole a peuplé les cieux de millions d'anges toujours prêts à exécuter ses ordres ; Celui qui, d'après le Prophète, s'est joué dans la création des mondes et qui est venu à bout de ce prodigieux ouvrage par un seul acte de sa volonté, par un seul mot tombé de ses lèvres divines.
Puis demandez-vous qui vous êtes pour attirer à vous tant de puissance et tant de grandeur. Vous êtes ce qu'est tout homme ici bas : vous êtes un rien dont il a plu à Dieu de faire quelque chose. Hier, vous n'étiez pas ; demain, vous ne serez plus ; vous êtes un atome qui se joue un instant entre un berceau et une tombe.
Plus que cela, ce Dieu qui vient ainsi à vous, l'avez vous toujours aimé? L'avez vous toujours servi? Non. Ce Dieu, souvent vous l'avez offensé ; souvent vous êtes moqué de ses ordres, souvent vous avez méprisé ses volontés, vous avez ri de ses menaces et votre vie n'a été probablement qu'une série ininterrompue de fautes plus ou moins graves mais toujours trop réelles.
Et ce Dieu présent dans la Sainte Eucharistie, nous vous le répétons, sort maintenant de son Tabernacle. Demandez vous donc ce qu'il désire, ce qu'il veut.
Ecoutez sa voix, ses supplications: "Sto ad ostium et pulso, je me tiens à la porte de votre coeur et je vous demande de me Vov. rrir." "Fïli, proche cor tuum mïhi, Mon Fils, donne moi ton coeur/' donne moi ce cœur que tu m'a promis si souvent, ce cœur que j'ai rempli bien des fois de ma présence et de mes grâces et d'où tu m'as chassé pour y faire régner mon éternel ennemi.
Je le sais, pour me faire cette offrande avec sincérité, il te faudra faire quelques sacrifices; il te faudra lutter contre les
écarts d'une imagination qui te font perdre tous les fruits de la prière ; il te faudra peut-être briser les liens de cette amitié. mettre de côté ces amusements qui sont pour toi des occasions do péché; il te faudra peut-être renoncer à ces plaisirs faux qui laissent api\ s eux, une fois assouvis, le rouge de la honte au front et le froid de la mort dans Pâme. Il te faudra pratiquer toutes les vertus chrétiennes, surtout la charité qui en est la quintessence, 11 te faudra faire tout cela, mais "je serai moi-même ta récompense, ego efo merces tua magna nimis."
Ah ! Ecoutez cette voix qui vient parler à votre cœur. Jetez vous avec amour aux pieds de Jésus Hostie. Vous passez par un temps favorable, par des jours de saluts. "Ecce nunc tèmpus acceptabile, ecce nûne dies salutis."
Dieu est là sur l'autel, les mains pleines de bienfaits qu'il \ous destine et qu'il vous accordera à la seule condition que vous les lui demandiez.
N'allez pas, comme il arrive à un trop grand nombre de chrétiens, faire consister votre prière dans un mouvement des lèvres, dans un bégayement inattentif et précipité de quelques formules pieuses pendant lequel, l'imagination, l'esprit, le cœur et les sens extérieurs sont livrés à une dissipation à peu près complète.
Allez à Dieu comme les enfants vont à leurs bons parents, pleins de respect mais aussi pleins de confiance ; allez lui dire, avec un filial abandon, vos joies, vos tristesses, vos tentations. vos luttes, vos faiblesses; allez lui confesser que votre cœur reste froid en sa présence, que vous êtes de glace à côté de Lui qui est le feu, que vous êtes dans les ténèbres à côté de Lui qui est la source de toute lumière, que vous êtes la faiblesse même à côté de Lui qui est la force. Demandez Lui de vous transformer, de vous donner un autre cœur: "Cor m and uni erra in me."
Offrez vous à Lui ; offrez Lui le passé enseveli dans son sang; Le présent qu'il veut sanctifier, l'avenir que vous confiez à sa Providence. Offrez Lui votre esprit avec ses lumières, votre cœur paré de tendresse et d'amour, une conscience pure, une volonté énergique', an cœur déterminé toujours à porter Dieu.
Offrez vous à Lui et offrez Lui vos familles, vos enfants.
vos sollicitudes, vos inquiétudes, vos perspectives; donnez vous a Lui dans un généreux holocauste.
Dites Lui: j'ai besoin de recevoir une bénédiction connue celle que vous donniez aux- petits enfants de Jérusalem; j'ai ■ se repose près du vôtre comme St. Jean; car j'ai des luttes à soutenir. J'ai besoin de baiser vos pieds comme 'Madeleine: car j'ai des remords et des repentirs. J'ai besoin de vous et je viens vous porter mon âme troublée, mon intelligence inquiète, mon cœur tourmenté. Et près de vous. j'en suis sûr. je trouverai tout ce qu'il me faut; car vous êtes encore la solution de toute difficulté, "Solutio toiius difficultatis. i hristus .
Dites Lui que vous l'aimez pour les indifférents; que vous nous souvenez de ses bienfaits pour les ingrats; que vous voulez l'honorer pour ceux qui le méprisent ; augmenter les preuves de votre respect pour ceux qui s'en affranchissent; lui être soumis pour ceux qui le rejettent; le recevoir pour ceux qui le refusent; le consoler des trahisons secrètes et perfides; le poursuivre de votre amour pour ceux qui le poursuivent de leur haine : être Gers d'être vus près de Lui pour ceux qui en rougissent : être prodigues envers Lui pour ceux qui lui disputent l'obole de leur tribut.
Oui, alors demandez Lui des grâces. Ses mains sont om vertes; son cœur déborde. Demandez Lui en pour vous; demandez Lui en pour votre famille. Si quelqu'un de ses membres souffre, dites Lui comme Marthe et Marie: "Maître, celui que vous aimez est malade, guérissez-le /*
Qu'il y ait de la tendresse et de la confiance dans cette rencontre divine. Priez les uns pour les autres dans cette charité qui doit unir vos âmes.
Priez pour le clergé de notre diocèse dans lequel il y a tant de bien à faire. Demandez à Dieu que tous les prêtres sachent s'oublier, s'immoler, se sacrifier.
Priez, avec toute la ferveur de l'amour filial, pour votre évoque, le père de votre famille diocésaine, afin que, par les mérites de Jésus que vous adorez et qui fut le premier "Evêque des âmes", votre pasteur reçoive de Dieu lumière et force, et de -on troupeau docile le< consolations qu'il espère.
Priez' pour le pasteur des pasteurs, le Père des pères, pour le Souverain Pontife, afin que Dieu lui accorde en abondance tous les secours et tous les concours dont il a besoin pour mener au salùt éternel, par les voies de la civilisation chrétienne, le inonde entier commis à sa vigilance.
Et pour que toutes ces prières soient plus sûrement exaucées, approchez vous donc en ce jour béni de la Table Eucharistique. Rappelez vous le, elle diffère grandement de toutes les autres. Il y a bien dans le monde des tables aimables servies par l'amitié ; il y a des tables agréables embellies par les joies de la famille ; il y a des tables splendides où Ton s'assied avec respect à cause de la dignité de ceux qui nous y convient.
Mais plus haut que toutes celles-là il y en a une qu'on appelle la Table Sainte, le banquet sacré, "Sacrum convivium" où l'on ne s'assied pas, où l'on s'agenouille, de laquelle on s'approche les mains jointes, les yeux baissés, le cœur battant de foi et d'amour, à cause de la sainteté, de la divinité de la nourriture qui nous y est servie. 0 sacrum convivium in quo Christus sumitur."
G est de cette Table Sainte que tous, sans exception, vous considérerez comme un devoir de vous approcher à cette occasion Vous ouvrirez vos cœurs à Dieu qui brûle du désir d'y entrer. Et Lui, le feu; lui, l'amour! Il n'y restera pas inactif. Il s'unira à vous; Il vous transformera en Lui. Vous pourrez Lui dire: "Tu es in me et ego in Te, vous êtes en moi et je suis ni Vous." Vous Lui montrerez les plaies de votre âme et II les guérira; vous Lui confierez vos peines. Il vous consolera; vous vous attacherez si fortement à Lui par les liens de la confiance et de l'amour que rien ne sera plus capable de vous en séparer. Riches de votre trésor, forts de sa force, vous irez ensuite reprendre avec courage vos occupations et vos croix de chaque jour. Il sanctifiera les unes, Il adoucira les autres.
En ce jour béni d'adoration, il y aura alors dans votre prroisse. autant de tabernacles qu'il y a d'âmes, autant d'amis de Jésus qu'il y a de fidèles. C'est ce que désirent de tout eaajr et votre évêque et vos pasteurs qui sont vos fidèles amis et qui n'ont qu'un désir: aller au ciel en vous y conduisant.
Sera le présent mandement lu et publié dans toutes les églises et chapelles du diocèse, le dimanche après sa réception et le dimanche avant celui où se fera l'adoration solennelle du Saint Sacre ment.
Donné à Régina sous notre seing, le sceau du diocèse, et le contre seing de notre secrétaire, le quinze novembre, mil neuf cent treize.
t OLIVIER ELZEAR
Evêque de Régina
Par mandement de Monseigneur
Zéphyr Marois, Ptre, Secrétaire.