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Lettre pastorale pour ranimer le zèle des amis de la tempérance [microforme]

PAR LA MISÉRICORDE DE DIEU ET LA GRACE DU SAINT-SIÉGE APOSTOLIQUE, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC, ETC. ETC.

Au Clergé séculier et régulier et à tous les Fidèles de notre diocèse, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.

Qu'il était honorable pour vous, N. T. C. F., et qu’il était consolant pour vos pasteurs le spectacle qu’offrait le diocèse de Québec, pendant les premières années qui ont suivi l’établissement de la société de tempérance ! A la voix de zélés missionnaires, vous prosternant devant la croix de Jésus abreuvé de fiel et de vinaigre, vous avez pris la résolution de renoncer à l’usage de boissons enivrantes, et vous avez offert ce sacrifice à Dieu dans la vue d’attirer sa miséricorde sur vous et sur vos familles. Nous aimons à le dire, cette résolution a été fidèlement gardée jusqu’à ce jour par le plus grand nombre de nos diocésains, Les auberges sont devenues moins nombreuses et ont même disparu entièrement dans quelques comtés ; le vice hideux de l’intempérance n’a plus osé se montrer

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à découvert, et avec lui sont tombés les désordres qu’il traîne ordinairement à sa suite,

Aussi Dieu, qui ne se laisse pas vaincre en générosité, a récompensé libé. ralement les efforts que vous avez faits pour étendre son règne, et ses bénédictions sont descendues avec abondance sur toutes les parties de notre diocèse, Des pécheurs longtemps éloignés des sacrements sont revenus à la pratique de leurs devoirs religieux ; bien des scandales ont été détruits ; la paix et l’union sont rentrées au sein de familles longtemps divisées. La tempérance a attiré sur vous, non-seulement des grâces spirituelles, mais elle a encore été accompagnée d'avantages temporels.

En retranchant des dépenses inutiles, elle vous a procuré les moyens de payer les dettes contractées dans des temps malheureux, d'établir convenablement vos enfants, de faire quelques épargnes pour vos vieilles années, et de prendre une large part aux œuvres de charité. Aussi a-t-on vu de tout côté la population s’étendre et prospérer, la désastreuse émigration de notre jeunesse vers les Etats. Unis diminuer considérablement, les terres des townships s'ouvrir et se peupler rapidement : tout, en un mot, semblait annoncer, pour notre pays, une ère de progrès et de bonheur, tant au spirituel qu’au temporel.

Toutefois, après avoir ainsi contemplé les précieux fruits de la tempérance, nous avons éprouvé une peine bien sensible, en apprenant que, dans un certain nombre de paroisses, le démon de l’ivrognerie commençait à se montrer de nouveau et à recruter des prosélytes. On nous informe que des auberges s’y sont établies ; que, dans beaucoup de maisons, on vend des boissons enivrantes, sans avoir obtenu de licence et en violation de la loi; que dans d’autres on abuse des licences marchandes, pour distribuer des liqueurs fortes à tous ceux qui veulent s’en procurer. Aussi les conséquences funestes de l’intempérance n’ont pas manqué de se reproduire ; les querelles, les blasphômes, les morts subites, se sont multipliés d’une manière effrayante. Des hommes qui, après être devenus tempérants, s'étaient acquis le respect et la confiance de leurs concitoyens, retournent à leurs anciennes habitudes ; et s’abaissent par fois jusqu’à se traîne: sur la voie publique dens la fange de l'ivresse. Déjà bien des familles se sont alarmées à la vue des maux dont elles sont menacées par l’ancien ennemi de leur repos. Des mères s’afligent des scandales présentés à leurs enfants par un chef qui doit donner le bon exemple dans la maison ; des enfants élevés chrétiennement rougissent de la dégradation de leur père ; des parents tremblent en voyant les dangers et les séductions auxquels leurs enfants sont sans cesse exposés ; et par suite la paix est bannie de bien des familles qui, depuis plusieurs années,

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de ce Dieu outragé ne manqueront point de descendre sur la tête des blasphémateurs suivant ces paroles du Seigneur : “ Celui qui maudit son Dieu portera le poids de son péché.” Qui maledixerit Deo suo porlabit peccatum suum (Levit. XXIV. 15),

La plupart des paroisses se sont sans doute préservées jusqu’à présent de ces malheurs ; mais il est important que toutes se tiennent sur leurs gardes, car l'esprit immonde chassé de sa demeure emploiera tous les moyens pour y entrer de nouveau.

Hélas ! la moisson du père de famille promettait des fruits trop abondants : l’homme ennemi eu est ému, et au milieu des ténèbres il est venu et a semé la zizanie parmi le bon grain : Cm.....dormirent homines…..venit inimicus..…. el superseminavit zizaniam in medio tritici (Matth. XIII. 25). Que les serviteurs du père de famille veillent donc constamment pour découvrir les ruses de l’ennemi, et pour s’opposer à leurs succès ; qu’ils étudient soigneusement les moyens employés par l'esprit du mal pour retarder les progrès du règne de Dieu.

Plusieurs causes ont contribué à favoriser les eflorts du démon contre la belle société de la croix ; l'amour sordide du gain che:, les uns ; la faiblesse ou le mauvais penchant des autres ; et, le dirons-nous, dans bien des cas, le peu de vigilance des amis de la tempérance.

ILse rencontre fréquemment des hommes cupides qui se font un plaisir de spéculer sur les souffrances, sur la vie, sur l’âme même de ceux qu’ils appellent hypocritement des frères. Furieux d’avoir vu leur proie s'échapper par l’étalfissement de la société de tempérance, ils ont travaillé avec une déplorable persévérance à ramener le règne de l’ivrognerie : ils n’ont cessé de rôder, cherchant à surprendre leur proie, pour la dévorer plus sûrement : adversarius vester..…. lanquam leo rugiens, circuit quærens quem devoret (I. Pet., V.8), Malheureusement ils n’ont que trop bien réussi dans quelques parties de notre diocèse, Comme aubergistes, ils ont pu avec une facilité inexplicable obtenir des licences, souvent malgré l’opposition fortement prononcée de toute ia paroisse où ils voulaient établir leur commerce démoralisateur ; comme vendeurs de boissons sans licence, ils ont trouvé le moyen d’échapper à l’œil des autorités, et de porter le trouble et la désolation dans les familles ; quelquefois enfin, munis de licences marchandes (et sur ceux-ci pèse la plus grande part du mal que nous déplorons), ils ont pu distribuer abondamment, et sans crainte d’être inquiétés par la loi, leurs drogues déiétères, également nuisibles à Pâme et au corps.

Aussi, il n’est.pas surprenant, N. T. C. F., qu’exposés à ces tentations répandues en grand nombre sur leur chemin, des hommes qui avaient eu autrefois du penchant pour l’ivrognerie se soient laissé entraîner de nouveau vers leurs

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anciennes habitudes. Nous ne pouvons sans doute pas excuser ces chrétiens dépourvus de courage ; mais nous regardons comme beaucoup plus coupables ceux qui les ont portés à retoinber dans l’intempérance, en leur présentant la coupe empoisonnée.

Une troisième source du mal est la négligence d’un grand nombre des amis de la bonne cause, qui n’ont pas toujours montré assez de courage pour s'opposer à l'établissement d’auberges, ou de comptoirs à débiter des boissons enivrantes, dans des lieux où il n’y en avait aucun besoin. Ils voient avec effroi les progrès de l'intempérance ; ils craignent le retour des scènes douloureuses qui ont affligé autrefois tant de familles flétries par l’ivrognie ; ils reconnaissent l’inefficacité des lois actuelles pour protéger la société ; ils avouent que souvent les intérêts de toute une paroisse sont sacrifiés aux clameurs et aux intrigues d’un petit nombre d'amis des auberges ; et cependant avec la conviction que ces maux pourraient être réprimés par le courage et l’union des bons citoyens, ils se contentent de se plaindre dans le secret, sans oser lever la main pour résister aux empiétements de l’intempérance.

Souvenons-nous-en bien, N.'T. C. F., nous avons besoin de l’énergie et de l'union de tous les bons citoyens pour élever une digue capable de résister à la violence du torrent de l’ivrognerie ; si l’apathie et la division se manifestaient dans vos rangs, le triomphe de notre ennemi serait assuré. Au commencement du saint temps de Pâques, pendant lequel vous allez travailler à ressusciter spirituellement, comme Jésus est ressuscité corporellement, nous avons cru devoir vous rappeler votre ancien zèle pour la tempérance, et vous exhorter à renouveler les résolutions que vous avez prises de marcher avec constance et fidélité sous ses drapeaux. =

Oh! nous vous en supplions, N. T. C. F., par la charité de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est mort pour nous racheter, ne permettez pas que son Sang précieux coule inutilement pour tant de malheureux que le démon de l’ivrognerie cherche à lui ravir. Vous avez l'expérience de ce que peuvent les prières et le bon exemple pour ramener dans le droit chemin ceux qui ont eu le malheur de s’en écarter ; pendant que les serviteurs de satan montrent tant de courage et de persévérance pour l’œuvre de leur maître, en attirant vers lui tous ceux qu’ils peuvent réussir à corrompre, auriez-vous la lâcheté de déserter les drapeaux de votre chef, et d'abandonner à l’ennemi le champ de bataille, sur lequel ous avez si noblement combattu pour la gloire de Jésus crucifié ? Unissez-vous pour le bien, et par vos prières, par vos exhortations, par vos exemples, efforcez-vous de soutenir vos frères dans les dangers auxquels ils sont exposés. ‘ Revêtez-vous de toutes les armes

de Dieu, afin de vous défendre des embûches et des artifices du diable ; car nous

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avons à combattre, non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances de l’enfer, contre les esprits de malice répandus dans l'air. C’est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu, afin que vous puissiez résister au jour mauvais et demeurer fermes, sans rien omettre pour vous bien défendre ” : Induite vos armaluram Dei, ut possitis stare adversus insidias diaboli. Quoniam non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem, sed adversus principes el potestates, adversus mundi rectores tenebrarum harum, contra spirilualia nequitiæ in cœlestibus. Propterea accipile armaturam Dei, ut possilis resistere in die malo et in omnibus perfectè stare (Ephes. VI. 11. 12. 13).

Et vous, N.T,C. F., qui oubliant vos bonnes résolutions et vos promesses, avez laissé appesantir vos cœurs au milieu de la débauche et de l'ivresse, ouvrez les yeux sur la triste condition à laquelle vous êtes descendus. ‘ Réveillezvous, hommes enivrés, pleurez et criez, vous tous qui mettez vos délices à boire du vin, parce qu’il vous sera Ôté de la bouche : Expergiscimini, ebrii, et flete, el ululate, ommes qui bibilis vinum in dulcedine, quoniam periit ab ore vestro (Joel. I. 5). Sortez de ce sommeil de mort dans lequel vous a plongés votre fatale passion. Levez-vous, vous qui dormez, sortez d’entre les morts, et Jésus- Christ vous éclairera : Surge qui dormis et exurge a mortuis et illuminabit te Christus (Ephes. V. 14). Quittez les œuvres de ténèbres et revêtez-vous des armes de lumière ; marchez avec bienséance et honnêteté... ne vous laissant pas aller aux débauches, ni aux ivrogneries. Ahjiciamus ergo opera tenebrarum etinduamur armu lucis. Sicut in die honestè ambulemus, non in comessationibus et ebrietatibus (Rom. XIII. 12. 13).

Au nom de vos familles que vous exposez au déshonneur ; au nom de vos frères qui s’afligent de vous voir tomber dans la dégradation et courir à votre ruine ; au nom de votre âme précieuse que vous remettez aux mains du démon, pendant que vous vous livrez aux excès de l’intempérance, réveillez-vous, sortez de votre engourdissement et secouez les chaînes qui vous retiennent dans l'esclavage du démon ; écoutez les voix charitables de vos véritables amis qui vous avertissent de vous arrêter, avant de vous précipiter pour toujours dans l’abîme ; voyez ces gouffres brûlants de l’enfer, sur lesquels vous marchez avec si peu de soucis, et dans lesquels la main de Dieu peut à chaque instant vous laisser tomber, Touchés de repentir, rentrez dans les voies de la sobriété ; et reconnaissant votre faiblesse, veillez soigneusement sur vous-mêmes pour vous préserver des occasions dangereuses ; Sobrii estote et vigilate (I. Pet. V, 8). Fuyez les lieux où vous seriez tentés de manquer à vos bonnes résolutions ; évitez la compagnie de ces faux frères qui ont été pour vous la cause de chûtes si déplorables. Ayez recours à

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la prière et à la fréquentation des sacrements ; vous y trouverez les secours dont vous avez besoin, pour lutter avec succès contre vos penchants désordonnés et contre les attaques de l'esprit de ténèbres,

Quant à ceux qui font un métier de vendre au démon les âmes de leurs frères, en leur fournissant les occasions de se livrer à l’intempérance, nous ne leur dirons rien de nous-même, car nous craignons que nos paroles ne soient inutiles pour eux, et ne servent qu’à amasser des charbons ardents sur leurs têtés, Comment écouteraient-ils nos conseils et nos réprimandes, eux qui ont méprisé la voix de leurs pasteurs, qui ont rejeté les avertissements de leurs concitoyens, qui ont fermé l'oreille aux plaintes et aux reproches de tant de familles réduites à la mendicité par l’intempérance, qui ont endurci leur cœur contre les remords do leur conscience ? Du moins voulons-nous leur répéter encore une fois ces paroles terribles du Sauveur : Væ mundo à scandalis.....væ homini illi per quem scandalum venit (Math. X VIII. 7). ‘ Malheur au monde à cause des scandales... malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! ??

C’est à vous, disciples fidèles de la croix, que nous avons recours ; ralliezvous autour de l’étendard sacré de la tempérance ; ne perdez point courage à la vue des défections qui ont lieu dans vos rangs. Demeurez unis, constants, courageux dans la guerre que vous faites à l’ancien ennemi du genre humain. Jésus, votre chef, qui a triomphé de la mort et de l’enfer au jour de sa résurrection, vous aidera à remporter la victoire, et récompensera les combats que vous aurez soutenus pour la gloire de son saint nom et le salut de vos frères, en vous admettant au bonheur dans son royaume éternel : Estote fortes in bello cum antiquo serpente et accipielis regnum æternum.

Sera notre présente Lettre Pastorale lue et publiée au prône de toutes les églises où se fait l'office public, le premier dimanche après sa réception.

Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contreseing de notre secrétaire, le dimanche de la Passion, deux avril, mil huit cent cinquante-

+ P. F. ARCHEV. DE QUÉBEC,

Par Monseigneur,

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