‹ Lettres, 1841-1866, portrait en héliogravureChapitre 2 sur 80 · BAUDELAIRE. RAMEY. NAIGEON. FIEFFÉ · texte numérisé non relu

BAUDELAIRE. RAMEY. NAIGEON. FIEFFÉ

A MONSIEUR AD. AUTARD DE BRAGARD

[Ile de Bourbon.] Le 20 Octobre i84i.

Mon bon Monsieur Autard,

Vous m'avez demandé quelques vers à Maurice pour votre femme, et je ne vous ai pas oublié. Gomme il est bon, décent, et convenable, que des vers, adressés à une dame par un jeune homme passent par les mains de son mari avant d'arriver à elle, c'est à vous que je les envoie, afin que vous ne les lui montriez que si cela vous plaît.

Depuis que je vous ai quitté, j'ai souvent pensé à vous et à vos excellents amis. Je n'oublierai pas certes les bonnes matinées que vous m'avez données, vous, Madame Autard, et M. B

Si je n'aimais et si je ne regrettais pas tant Paris, je resterais le plus long^temps possible auprès de vous, et je vous forcerais àm'aimer et à me trouver un peu moins baroque que je n'en ai l'air.

Il est peu probable que je retourne à Maurice, à

moins que le navire sur lequel je pars pour Bordeaux {rAlcide) n'y aille chercher des passagers. Voici mon sonnet :

A a pays parfumé que le soleil caresse, J'ai vu, dans un retrait de tamarins ambrés,

Donc, je vais vous attendre en France.

Mes compliments bien respectueux à Madame Autard.

A SAINTE-BEUVE

Monsieur,

Stendhal a dit quelque part ceci, ou à peu près : J'écris pour une dizaine d'âmes que je ne verrai peut-être jamais j mais que j'adore, sans les avoir vues.

Ces paroles, Monsieur, ne sont-elles pas une excellente excuse pour les importuns, et n'est-il pas clair que tout écrivain est responsable des sympathies qu'il éveille ?

Ces vers ont été faits pour vous, et si naïvement que, lorsqu'ils furent achevés^ je me suis demandé s'ils ne ressemblaient pas à une impertinence, et si la personne louée n'avait pas le droit de s'offenser de l'éloge. — J'attends que vous daigniez m'en dire votre avis .

Tous imberbes alors, sur les vieux bancs de chêne, Plus polis et luisants que des anneaux de chaîne,

BAUDELAIRE-DUFAYS.

/y. Quai d'Anjou.

A MONSIEUR R

Monsieur,

Vous m'appelez ultra-libéral, et vous pensez m'injurier. Je vous devrais des remerciements pour toute réponse. Cependant, examinons de plus près cette déshonorante épithète. J'ouvre le dictionnaire, et je trouve que l'acception première de ce mot est irjui aime à (/o«/ier. Dans ce sens-là, je gage, vous vous direz ultra-libéral avec moi, et peut-être même ne me donnerez-vousplusce titre; mais vous le prendrez sans doute, et vous serez ainsi, dans votrepropreopinion,plus libéral que moi;or,comme il n'est pas supposable que vous vouliez vous insulter, je puis déjà regarder comme tournant à ma louange la moitié la plus belle de la valeur de ce mot.

Dans un sens figuré, il veut dire : qui a des idées grandes, libres, nobles et généreuses. Je crois pouvoir affirmer encore que vous croyez penser noblement, agir généreusement, et que vos pensées sont

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libres autant qu'élevées. Voilà donc encore une louange que je vous arrache, ou du moins que je partage avec vous.

Il est un troisième sens attaché à ce mot, peu précisé encore, qu'on entend mieux qu'on ne le définit, et que l'esprit mesure néanmoins exactement dans ces mots : opinions libérales, telles que les professent le pieux Lanjiiinais, le vertueux La Fayette, l'austère Beauséjour, le sévère d' Argenson . Si, attachant à mon nom, comme un opprobre, le mot libéral dans cette dernière acception, vous me confondez avec ces hommes célèbres, je n'ai plus à rougir. S'il est de plus honnêtes gens, comme je n'en doute pas, puisque vous le dites, ils ont atteint la perfection du haut de laquelle ils lancent tant de lumière qu'on ne peut les fixer. J'aime la clarté qui me guide, et non celle qui, m'éblouissant, me conduit dans les précipices.

Auriez-vous entendu par ultra-libéral cet homme qui ne vit que dans le désordre et la démoralisation? Qu'il se présente, le premier je lui crie anathème.Mais je le trouve partout. Je le vois près de vous, aujourd'hui, rougir dans le sang la couleur qu'il appelle sans tache, et qu'il n'a prise que pour l'interposer entre lui et ses accusateurs.

Monsieur, après m'être bien examiné, je ne puis croire que vous ayez voulu défigurer à ce point, en ma faveur, un mot qui n'est terrible que pour les sots du haut monde et en général les ennemis des gouvernements qui se reposent sur la vertu et la justice, parce qu'ils garantissent la liberté et l'éga-

CHA.R1.es BAUDELAIRE

lité. Or, comme je ne vous crois ni sot, ni ennemi de la liberté et de l'égalité civiles, je vous remercie sincèrement de la bonté que vous avez de me donner le plus beau titre que puisse porter un citoyen.

Funeste effet des passions, tu ne fascineras pas mes yeux ! Je le sens au fond de mon cœur : il est des hommes vraiment libéraux, parce qu'il est des hommes qui aiment encore la vraie gloire et la vertu.

Je vous salue, Monsieur.

A MONSIEUR

3o juin 1845.

... Je me tue, parce que je suis inutile aux autres et dangereux à moi-même. Je me tue, parce que je me crois immortel et que f espère... Montrez-lui mon épouvantable exemple et comment le désordre d'esprit et de vie mène à un désespoir sombre et à un anéantissement complet. — Raison et utilité, je vous en supplie...

A LA SOCIETE DES GENS DE LETTRES

Messieurs,

Désirant participer aux avantages que la Société des Gens de Lettres assure à ses membres pour la reproduction de leurs ouvrages, je vous prie de vouloir bien m'admettre à en faire partie.

Et d'agréer Tassurance de ma plus haute considération.

BAUDELAIRE-DUFAYS, Rédacteur de L'Esprit public et du Corsaire-Satan, auteur de deux brochures sur les Salons de i845 et de 1846.

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