‹ Lettres à Alfred de Musset et à Sainte-BeuveChapitre 6 sur 52 · LA FIN D'UNE LEGENDE IX · texte numérisé non relu

LA FIN D'UNE LEGENDE IX

vous aviez souffert à cause de cette maladie et à cause de moi sans que ma poitrine se brisât en sanglots. Je vous trompais, et j'étais là entre ces deux hommes, l'un qui me disait : « Reviens à moi, je réparerai mes torts, je t'aimerai, je mourrai sans toi! » et l'autre, qui disait tout bas dans mon autre oreille : « Faites attention, vous êtes à moi, il n'y a plus à y revenir. Meniez, Dieu le veut ! Dieu vous absoudra ! » Ah ! pauvre femme, pauvre femme! C'est alors qu'il fallait mourir1!... )>

Elle a cependant essayé d'avouer ; mais devant l'effet qu'elle obtenait, elle a dû rengorger son aveu : « Au premier \mol], comme tu m'as traitée! Tu voulais me soujjleler, m appeler c — devant tout le monde, et tu mourais de colère si je 11 avais menti2. »

Ainsi, l'un mourait d'amour et de fureur jalouse, l'autre mourait de honte. En même temps, l'amour la ressaisissait à son tour. Voilà désormais, et pour tous les deux, voilà «Vénus attachée à sa proie ». La folie de l'amour les tenaille, et le troisième, l'intrus n'occupera pas une très fière place dans leurs pensées. Comment, au reste, celui-ci en est-il arrivé

i. Journal, fragment cité par Mariéton. p. 228-229. 2. Journal (fragment inédit).

rt.

X INTRODUCTION

à ses fins? On connaît sa version. Il serait surprenant qu'elle ne lui fût pas avantageuse. Le morceau En Morée a été enregistré comme pièce probante, par des critiques assurément faciles à contenter. Que dire pourtant de la confession de George Sand, de ce journal qu'elle écrit tout en larmes, dans le silence d'une nuit de décembre, quand la femme désespère de ravoir jamais l'amour de Musset, et ne cherche qu'un épanchement à sa douleur? M. Mariéton, qui le cite, ne marque pas la contradiction qu'il offre avec les dires de Vautre? Or entre les deux, l'hésitation estelle possible? Est-ce un accent menteur que celui-ci :

« L'homme qui vient de dire à une femme : « Vous êtes abandonnée, méprisée, chassée, » foulée aux pieds ; mais vous l'avez peut-être » mérité. Eh bien, moi, je n'en sais rien... » Je vous plains et je vous aime... Je vous » aiderai à remplir vos devoirs près d'un » convalescent. » Un homme qui disait cela pouvait-il me sembler coupable à ce momentlà ? Et si, après avoir conçu l'espérance de persuader cette femme, emporté, lui, par l'impatience de ses sens, ou bien par le désir de s'assurer de sa foi avant qu'il fût trop tard,

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