‹ Lettres à Henry Dix Hutton [microform]Chapitre 39 sur 39 · APPENDIX B · texte numérisé non relu

APPENDIX B

Extract from a Letter of Mrs. Austin to A. Comte.

Le 29 Septembre, 18U8.

Weybridge, Surrey.

Cher Monsieur Comte,

Je n'ai pas eu le temps de lire votre livre^ comme je le lirai. Mais j'ai été enchainée par quelques pages sur mon sexe. Sur ce sujet, il n'y a que vous. Les autres ou donnent à la femme une position essentiellement subalterne, subordonnée aux besoins matériels de l'homme, ou cherchent à lui en assigner une essentiellement en dehors de sa nature et de ses instincts. Vous seul, monsieur, vous savez combiner sa dignité morale et intellectuelle comme compagne, avec sa nature physiquement et moralement dépendante. Enfin vous concevez le lien conjugal, qui renferme tout ceci — soumission et ascendant, pureté et tendresse^. Vous développez admirablement cette belle

1 Discours sur l'ensemble du Positivisme, 1848, reproduced as the Discours Préliminaire of the Ist volume of the " Système de Politique Positive," 1851.

2 The above portion of this letter is quoted in the Préface du Système de PoHtique Positive, tome i., p. 21 (English translation, volume ii., p. xxvi.).

Appendix.

parole de Vauvenargues, " toute grande pensée vient du cœur." Vous dérivez la moralité des affections. Enfin je vous remercie d'avoir traité avec le dédain qu'elle mérite l'opinion que la vie privée n'a rien à faire à la vie publique, maxime dont on a trop longtemps abusé et corrompu les peuples . . . Vous connaissez assez ma respectueuse amitié pour vous, agréez-en encore l'assurance.

S. Austin.

Extract from a Letter, dated the 4th April, 1844,

WRITTEN BY AuGUSTE CoMTE TO MrS. AuSTIN. WHO

then resided AT Paris.

x\. Madame Austin, 23 Avenue Marbœuf,

aux Champs Élysées.

... Je suis bien fâché que la santé de M. Austin se soit de nouveau dérangée, et je m'attends par conséquent à ne jouir aujourd'hui, chez M. Grote, de la société d'aucun de vous trois. Quant à vous, madame, je sympathise profondément avec la mélancholique situation où vous êtes maintenant placée, et je sais combien vous devez être absorbée par les soins affectueux qu'elle vous a imposés et qui vous conviennent si bien. Vous savez que les douces tendances de votre âme ne sont pas moins appréciées par moi que les rares qualités de votre intelligence. Mais permettez -moi, madame, de me plaindre un peu de l'injustice qui vient d'échapper à votre plume au

Appendix.

sujet des émotions qui vous agitent, et que vous me taxez d'ignorer ou de dédaigner. Je sais pleurer aussi, croyezle bien, non seulement d'admiration, mais aussi de douleur, surtout sympathique. Quant à la prière, ce n'est réellement qu'une forme spéciale, dans le régime ancien, d'émotions extatiques, ou d'inspirations générales, dont le fond indestructible appartiendra toujours à la nature humaine, quelles que deviennent les habitudes mentales. Plus je vis, madame, et plus j'ai lieu de sentir que les philosophes positifs, obligés de concevoir l'homme tel qu'il est, et sous tous les modes quelconques propres à son existence totale, sont les seuls qui puissent rendre une pleine justice à leurs adversaires ou à leurs concurrents ; dont ils ne doivent pas s'attendre d'être aussi équitablement appréciés. Les étroites habitudes résultées de la religiosité portent à croire que les émotions, et même les conceptions, de notre nature ne peuvent exister sans le costume qu'elles ont dû affecter pendant l'enfance de la raison humaine. Une autre injuste prévention de même source dispose à regarder la saine philosophie comme incapable d'embrasser jamais ce que son développement à peine naissant ne lui a pas encore permis de formuler ; surtout quand le défaut d'assistance des institutions correspondantes se joint aux inconvénients d'une telle insuffisance d'essor. Mais je sens très bien moi-même, que tous les nobles sentiments d'amour et d'élévation, que dirigeait à sa manière la philosophie théologique' pourront retrouver sous d'autres formes une alimentation au moins équivalente dans le nouveau régime spéculatif. Ce n'est point exclusivement aux idées vagues, arbitraires et nébuleuses, qu'appartient l'excitation systématique des

Appendix.

sentiments tendres et généreux. L'élaboration austère et méthodique à laquelle j'ai voué ma vie pour organiser un ensemble de conceptions, sans lequel aucune régénération ne peut plus trouver de base sohde, ne m'a jamais empêché de ressentir des élans réguliers d'amour universel, et de contemplation désintéressée, aussi bien en vivant familièrement parmi mes semblables, que dans la silencieuse concentration de mes nuits philosophiques. Or, c'est là, sans doute, ce qu'offre de réel la situation morale et mentale que représente, ou qu'entretient, la prière proprement dite, quand on en écarte les enveloppes religieuses, qui ne lui sont nullement indispensables. Permettez-moi donc, ma chère dame, en protestant tendrement contre vos préventions à ce sujet, de vous annoncer que, quand le temps sera venu de développer convenablement le caractère sentimental de la philosophie nouvelle, les juges aussi consciencieux que vous l'êtes, ne tarderont pas à reconnaître qu'elle ne craint, pas plus sous ce rapport que sous l'aspect spéculatif, la comparaison réelle avec l'ancienne manière de philosopher. Dieu n'est pas plus nécessaire au fond pour aimer et pour pleurer, que pour juger et pour penser.

Page 1