Ches la prinoeaae Galitiia
lae LETTRES A rÉTRANGÈRE.
Allons adieu, mon amour; non pas adieu, mais à bientôt, à Vienne, cara mia^ mon trésor. J'ai horriblement à travailler encore, des sept ou huit épreuves d'une feuille ! Ah I tu ne sauras jamais ce que coûte le volume que tu liras bientôt.
J'espère être en mesure pour mes paiements ; j'espère que le 25 mars, la troisième livraison paraîtra. Ainsi, tout va bien. Je perds encore cinq cents francs avec Gosselin : mais bah ! La violette te dira mille choses d'amour. Le Coquebin wurtembergeois reliera Sérapkita merveilleusement avec le drap gris ; entends -tu, trésor?
Je vais aujourd'hui, à trois heures, chez madame Appony. Peutêtre voudrais-je aller chez madame P..., de Paris. Je te parlerai de cela.
A MADAME HANSKA, POSTE RESTANTE, A GENÈVE
Paris, dimanche 2 mars 1834.
Mon salut I Pour mon salut ! Non, laissez-moi croire qu'entre les deux personnes auxquelles vous pensez et moi, vous n'avez pas hésité, vous m'avez condamné. Au moins il y a là toutes les grandeurs du véritable amour i
Je travaillais nuit et jour pour venir à vous ; maintenant je travaillerai certes autant, car il ne m'est pas permis de prendre la moindre résolution avant que ma mère soit physiquement heureuse. J'ai encore un an à souffrir.
Ne parlons plus de moi. Vous avez donc bien été cruellement agitée ? Un sentiment qui donne tant de remords était faible, et c'est mon cœur qui fut accusé ! Moi pour qui adoremui in œtemum était quelque chose !
Le sort va bientôt m'enlever une affection vraie, et aujourd'hui je perds toutes mes croyances au bonheur, sans que rien puisse me dégager avec moi-même. Ah ! vous ne m'avez pas connu I Tous ceux qui ont souffert pardonnent, vous le savez. Je demeu-
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roai comme je suis ; je ne puis me changer. Vous le disiez vousmême : les femmes Jules aiment fidèlement malgré Vabandon ^. Jene suis donc pas homme ? Est-ce encore une épreuve ? Elle me coûte plos que la vie, elle me coûte mon courage .
Je ne puis opposer à ce coup ni dédain, ni mépris, ni aucun des sentiments égoïstes qui consolent. Je resterai dans ma stupeur, sans comprendre. Ah 1 je ne savais pas écrire pour moi : Aux cœurs blessés F ombre et le silence*.
Mon Dieu, mon livre est fait ; je ne suis pas assez riche pour Tanéantir, mais je me mets à vos genoux pour vous prier de ne pas le lire, Eve ne doit point ouvrir le livre où est la duchesse de Langeais. Vous pourriez, quoique certaine de l'entier dévouement de celai qui vous écrit, vous y blesser, comme quand on se piqoe à des buissons. Moi, je pleurerai toujours de ne pouvoir le supprimer !
Je ne puis vous dire adieu ; je ne vous quitterai plus et, de ce jour, je ne me permets même pas la vue d'une femme. Mais vous ne m'avez pas tout dit I J'ai été calomnié odieusement. Vous aurez donné créance à des imposteurs. Enfin, il y a place pour bien des coups dans un cœur comme le mien ; vous ne le tuerez pas facilement. Il est éternellement à vous et sans partage.
Je ne vous dis rien de ce que j'ai dans l'âme ; je n'ai ni force, ni idées. Jesouflfre par toi. Tant que ce sera ta main, pourquoi me |daindrais-je ? Ah I tu verras que je sais aimer. Nos cœurs s'entendront encore toujours.
A MADAME HANSKA, POSTE RESTANTE, A GENÈVE
Paris, dimanche 9 mars 1834.
Mon ange me revient ; ah I je te cacherai mes angoisses, mes cliagrins, mes terribles résolutions d'une semaine où tout est venu
1. AllusioQ à Madame Jula (Histoire des Treise, Ferragus). 1 Épigraphe du Médecin de oampaane.
me déchirer le cœur ! Toi lundi. Mardi, je me brouille, peut*éire me battre avec Emile de Girardin, mais avec bonheur. Voilà une société que je ne reverrai plus et que je ne voulais plus voir. Mes ennemis font courir le bruit de ma liaison avec une princesse russe ; on nomme madame P... Certes, je n'ai vu depuis mon retour que madame ApponyS madame de C... et madame de G..., plus, une heure, madame de la B... Cela ne peut venir que de Genève, et non de moi, qui n'ai pas ouvert la bouche de mon voyage. Alors me voilà, à cause de la Duchesse de Langeais^ brouillé avec madame de C... ; tant mieux encore. Mais tout est arrivé à la fois. Aussi, jamais solitude ne sera plus complète que ne Test la mienne.
Je n'ai qu'une heure pour te répondre. Oh ! mon amour, je te le jure, j'ai écrit à madame P... pour ne pas me fermer la route de Russie. Hais il y a une bien profonde habileté à faire dire ici, à Paris, que je pars pour la Russie. C'est me faire refuser des passeports quand j'en demanderai. Je n'ai pas vu Zaluzki. Est-ce lui qui cause ? Mon Dieu, moi, dans mon trou, subir des chagrins semblables ! Lis l^e touchez pas la hache. Tu peux le lire avec délices. Aussi vrai que je t'aime et t*adore, je n'ai pas dit plus de deux phrases à madame Bossi et je ne l'ai pas regardée.
Tu le veux, ô mon ange, je ne serai plus coquet que pour les hommes. Mais, d'ici Vienne, il n'y a que travail et solitude. Donnemoi les moyens de te faire parvenir ma livraison, ton café, dans lequel sera ta chaîne de cheveux. Ainsi, tu déferas cette caisse toimême. Mais, j'enverrai plutôt Auguste * à Venise, et ne t'enverrai à Gênes que ma livraison.
Ne me donne plus jamais d'anxiétés pareilles ; hier, samedi, sans la dilecta, je me tuais! oh! je t'en supplie, situ veux que je t'estime ent'adorant jusqu'à la fin de mes jours, ne change pas ; sois toujours uniquement à moi. Moi, vois-tu, je n'ai plus que toi. Les efforts surhumains que je fais sont les plus grands gages d'amour qu'un homme puisse donner. Oh ! chérie adorée, mon Eve, mon Ëva,