Le Martyr calviniste
finir avec les œuvres dont j'ai reçu l'argent. Je vis devant ma table ; j'en sors pour me coucher ; j'y dîne. Jamais poète n'est resté ainsi dans le monde moral, et quelqu'un est venu me dire hier que l'on me disait en Allemagne. J'espère que tous les contes ridicules dont on m'honore vont cesser par la retraite absolue où je vais être. Au moins les poursuites commerciales exercées par les créanciers de Werdet contre moi auront ce bon effet que, caché, personne ne pourra plus gloser. Mais ils feront des contes fantastiques sur ma disparition.
Je vous supplie de ne pas oublier ma demande relative aux corrections de la Vieille Fille et, en général, sur tout ce que vous trouverez de fautif dans mes ouvrages. Je n'ai que vous au monde pour ce service d'ami. Soyez brève dans vos arrêts. Quand il y avait quelque chose de bien mauvais, madame de B... ne discutait pas ; elle mettait : mauvais, ou ; "phrase à refaire. Soyez, je vous en prie, ma chère étoile et ma conscience littéraire, comme vous êtes en bien des choses mon guide et mon conseil. Vous avez un goût sûr ; vous avez l'habitude des comparaisons, puisque vous lisez tout. Ce sera, d'ailleurs, une occupation dans votre désert.
Hélas, je ne puis que vous parler de moi. Me voilà sans lettres de vous, livré à toutes sortes d'inquiétudes, et vous savez ce que c'est, car j'ai eu le malheur, en courant, de vous donner un mois de silence; cependant je vous ai écrit de Sion, en Valais, mon voyage, et je m'attendais à trouver une réponse à Milan, à mon retour de Florence. J'y ai écrit au prince Porcia de m'envoyer votre lettre ici.
Ayez donc la bonté d'écrire à madame Jeroslas***, que j'irai plus facilement mettre mes hommages à ses pieds dans quatre mois d'ici, que je ne puis en ce moment écrire une lettre. Sérieusement, je me couche la main fatiguée. Je vous enverrai une page pour elle dans mon prochain courrier, quoique je ne vous écrirai que .pour vous annoncer la terminaison de César Birotteau et de la Femme supérieure, les deux plus grandes épines que j'aie au pied pour le moment. Le troisième dixain me délassera peut-être à Frapesle, chez madame Carraud, où je vivrai dix jours parmi les fleurs et bien soigné par elle, qui est comme une sœur pour moi.
Elle est bien souffrante; elle est bien faible; elle partira aussi, je le prévois, cette belle et noble intelligence, et des trois femmes bien véritablement grandes que j'aurai connues, il ne me restera que vous. Ces amitiés-là ne se refont pas, cara ! Aussi, la mienne pour vous s'accroît-elle de toutes mes pertes, et, j'ose le dire, de toutes les illusions que l'expérience coupe et fauche comme des fleurs. Tous mes récents chagrins, cette petite ignoble trahison d'un artiste, de Boulanger , ces malheurs dus à mon attachement pour les faibles, tout cela me rejette avec force vers vous, en qui je crois comme en Dieu, et vers lequel tous les ennuis de la terre nous renvoient. Il est des affections qui sont comme les grands fleuves, tout y va. Aussi, plus je vais, et plus le fleuve se grossit ; la mer où il se jettera sera la mort !
J'espère que tout va bien chez vous. Que M. de Hanski soit assez bon pour ne pas m'en vouloir si je ne réponds pas à sa gracieuse lettre ; je suis si pressé ! Vous lui traduirez tout ce que j'aurais à lui dire, et, en passant par un traducteur tel que vous, tout ce que j'aurais écrit y gagnera. Soignez- vous bien; après les veilles auxquelles vous avez été en proie, je tremble que vous ne soyez malade, et, si cela était, au nom de Dieu faites-le-moi savoir; j'irai me faire garde-malade.
Allons, adieu. Je vous espère en bonne santé, Anna aussi. Si mon système sur les forces humaines est vrai, vous devez vivre dans l'atmosphère que vous fait mon âme qui vous entoure souvent de vœux, et je voudrais qu'elle remplaçât les haies d'épines que l'on met autour des champs réservés, afin que les bestiaux n'y donnent ni coup de dent, ni coups de pied. Et je voudrais, ainsi, faire fuir les chagrins, les contrariétés, tout le troupeau des ennuis, des peines, des maladies. Vous qui me donnez tant de force, je voudrais vous en rendre.
Allons, adieu. Aujourd'hui j'ai cherché mon paquet d'autographes et je ne sais où il est. C'est un petit chagrin, mais je réparerai cette omission ; j'en mettrai deux à la première lettre.
A MADAME HANSKA, A \V lE RZCHOWNI A (uKRAINE).
Paris, 31 mai, — 3 juin 1837.
Je reçois à l'instant (numéro \ingt-huit), votre lettre du 12, écrite après celle que vous avez reçue, celle que je vous ai envoyée de Florence. Mais n'aviez-vous donc pas reçu une lettre, datée de Sion, que je ne compterai pas pour une lettre, car il n'y avait que quinze lignes sur une page ? Il est clair que l'on aura gardé l'argent de l'affranchissement, et lu ou brûlé la lettre. Mon Dieu, comme je suis contrarié ! Moi qui me suis arrêté à Sion exprès pour écrire ! Vous auriez dû recevoir cet avis dans les premiers jours de mars. N'en parlons plus.
J'admire la portée de votre intelligence à l'endroit de la personne de qui je vous parlais à Florence. Les raisons qui vous ont frappée ne m'ont frappé que plus tard. Mais que votre lettre m'afflige ! Il y règne une profonde tristesse à travers les idées religieuses que Vous y exprimez. II semble que vous ayez perdu tout espoir sur la terre. Vous me demandez de vous faire des confidences, comme à ma meilleure amie, comme si je ne vous disais pas toute ma vie. Je vous ai souvent trop contié mes angoisses, car elles vous faisaient mal.
Cette lettre est arrivée dans un mauvais moment. Elle a singulièrement ajouté au chagrin sourd qui me ronge et qui me tuera. J'ai trente-huit ans, je suis criblé de dettes, je n'ai qu'incertitudes dans ma position ; à peine ai-je pris deux mois pour me reposer la tête, que je m'en repens comme d'un crime en voyant tout ce qui arrive de malheurs par mon inaction. Cette vie précaire, qui peut devenir un ressort dans la jeunesse, devient, à mon âge, un accablant fardeau. Ma tête se couvre de cheveux blancs, et quelque chose agréable que l'on puisse dire à cet égard, il est clair que je dois perdre toute espérance d'agréer. Le bonheur pur, tranquille,
avoué, pour lequel j'étais fait, m'échappe et je n'ai eu que tourments et ennuis, à travers lesquels j'ai connu quelques échappées de ciel bleu.
Mes travaux sont peu compris, peu appréciés ; ils servent à enrichir la Belgique et me laissent dans une profonde misère. La seule amie qui s'est présentée au début de ma vie, et qui m'a été une mère véritable, a revolé dans le ciel. Et vous, vous me dites qu'il y a entre nous autant d'idées que de distance, et vous me dissuadez de venir !
Votre lettre m'a fait beaucoup de mal. Croyez-moi, il y a dans les idées religieuses une certaine mesure au delà de laquelle tout est vicieux. Vous savez quelles sont mes religions. Je ne suis point orthodoxe et ne crois pas à l'Église romaine. Je trouve que s'il y a quelque plan digne du sien, ce sont les transformations humaines faisant marcher l'être vers des zones inconnues. C'est la loi des créations qui nous sont inférieures : ce doit être la loi des créations supérieures. Le swedenbœ'gisme, qui û'est qu'une répétition, dans le sens chrétien, d'anciennes idées, est ma religion, avec l'augmentation que j'y fais de l'incompréhensibilité de Dieu. Cela dit, et je vous le dis parce que je vous sais si catholique romaine que rien ne peut influer sur votre esprit, je dois donc voir plus clairement que vous ne le voyez ce que cache votre détachement des choses d'ici-bas, et le déplorer s'il repose sur des idées fausses. Il a fallu pour me consoler, que je relusse une lettre où vous m'avez dit que vous vouliez être vous-même, vous montrer avec vos heures de mélancolie, de piété, de retours printaniers.
1er juin.
Cette lettre m'a laissé de longues traces, et je ne saurais dire quelles impressions j'ai éprouvées en lisant l'endroit où vous séparez vos lectures en profanes et en religieuses. Il y a tout un monde entre votre avant-dernière lettre et celle-ci ; vous avez pris le voile. Je suis triste à mourir.
2 juin.
J'avais commencé la Femme supérieure de manière à la finir en quatre jours, et voilà qu'il m'est impossible d'en faire une ligne. Il me semble que mes facultés sont détendues. J'avais décidé ma mère
à aller passer deux ans en Suisse, pour lui éviter le spectacle de ma lutte, dont j 'ajourne le triomphe à cette date. Mais, la voilà qui est malade. Deux neveux à élever, ma mère à soutenir, et mon travail insuffisant, voilà une des faces de ma vie, une continuelle injustice, des calomnies constantes, des trahisons d'amis, en voilà une autre. Les embarras dans lesquels me jettent la faillite de Werdet et mon traité nouveau me réduisent à la plus excessive misère, en voilà une autre. Les difficultés littéraires de ce que je fais et la continuité du travail, en voilà une autre. Je suis usé sur les quatre faces du carré par une égale pression de douleurs. Si mon âme trouve fermée la porte d'ivoire par laquelle elle s'échappait dans le pays des illusions, des rêves de bonheur, que devenir ? La solitude, un adieu au monde ? 11 est douloureux, pour qui vit par le cœur, de ne plus avoir de vie possible qu'au cerveau.
Quand vous recevrez cette lettre, le portrait de Boulanger sera en route, car on l'emballe cette semaine. Je voulais le faire rouler, mais le savant marchand de couleurs et restaurateur de tableaux à qui je me suis adressé, m'a dit qu'il arriverait sans malheurs dans une caisse carrée de la dimension du tableau. Vous aurez une belle œuvre, à ce qu'ont dit plusieurs peintres. Les yeux surtout sont bien rendus, mais plutôt dans l'expression psychique générale du travailleur qu'avec l'âme aimante de l'individu. Boulanger a vu l'écrivain et non la tendresse de l'imbécile que l'on attrapera toujours, et non la mollesse devant la douleur d'autrui, qui fait que tous mes malheurs viennent d'avoir tendu la main à des faibles qui tombaient dans l'ornière du malheur. En 1827, pour rendre service à un ouvrier imprimeur, je me vois, en 1829, accablé de cent cinquante mille francs de dettes et jeté, sans pain, dans un grenier. En 4833, au moment où ma plume faisait mine de rapporter assez pour éteindre mes obligations, je m'attache à Werdet, je veux le faire mon seul libraire et, dans mon désir de le faire prospérer, je signe des engagements, et, en 1837, je me vois ayant toujours cent cinquante mille francs de dettes et poursuivi, pour son compte, par une contrainte par corps qui m'oblige à me cacher. Chemin faisant, je me fais le Don Quichotte des faibles; j'espère donner du courage à Sandeau, et je laisse sur cette tôte quatre à cinq mille francs qui auraient sauvé d'autres que lui ! J'ai besoin d'une barrière entre le
monde et moi ; il faut me contenter de produire sans dépenser et m'enfermer dans un cercle étroit, à peine de succomber !
3 juin.
Hier, j'ai renvoyé mes trois domestiques ; Auguste, que vous avez vu, reste, avec un traitement que payent mes libraires nouveaux, l'imprimeur et moi. Il portera mes épreuves. Je vais voir à me défaire de mon appartement, rue des Batailles ; celui rue Cassini est payé, et finit au l""" octobre de cette année. Il faut reprendre la vie que je menais rue de Lesdiguières : vivre avec peu de chose et travailler toujours. Hélas ! il me faudrait une famille ! Peut-être vais-je m'établir au fond d'un village en Touraine. La mansarde de Paris est encore dangereuse.
J'ai encore pour sept années de travaux, en comptant par année trois ouvrages comme le Lys, et j'aurai quarante-cinq ans quand les lignes principales de mon ouvrage seront dessinées et les cadres à peu près remplis. A quarante-cinq ans, on n'est plus jeune, de forme du moins; il faut, pour se réserver quelques beaux jours, se plonger dans les glaces d'une solitude profonde.
Je n'ai pas l'esprit assez tranquille pour faire du théâtre. Une pièce est l'œuvre la plus facile et la plus difficile de l'esprit humain : ou c'est un jouet d'Allemagne, ou c'est une statue immortelle, un polichinelle ou la Vénus, le Misanthrope et Figaro, ou la Camaraderie et la Tour de Nesles. Les misérables mélodrames de Hugo m'effraient. Il me faudrait tout un hiver à Wierzchownia pour ajuster une pièce, et j'ai pour quatre mois de travaux écrasants avant de savoir si j'aurai de l'argent, et quand je l'aurai, et comment je l'aurai !
Peut-être prendrai-je une de ces sublimes résolutions qui retournent la vie comme un gant. Cela est très possible. Je laisserai peutêtre la littérature pour m'enrichir et la reprendrai après si cela me convient ; je réfléchis à cela depuis quelques jours.
N'êtes-vous pas fatiguée de m'entendre varier ma chanson sur tous les modes ? Cette continuelle égdisterie d'un homme qui se débat dans un cercle donné, ne vous ennuie-t-elle pas ? Dites-le ; car, après votre lettre, vous me paraissez disposée à me planter là, comme un mauvais pauvre qui ne sait que le Pater et dit toujours la même chose.
Cara, je tiens Florence pour une grande dame, pour une belle ville, où respire le moyen âge : mais je vous ai dit que Venise et la Suisse sont deux conceptions qui, seules, ne ressemblent à rien. Je n'ai pas osé vous dire du mal de votre buste, parce qu'il m'a donné trop de joie. Quant à la bouche, ne vous plaignez pas de Bartolini ; il l'a faite belle et vraie. Votre bouche est une des plus suaves créations que je sache; elle a, en effet, l'expression que lui reprochent votre tante et d'autres; mais ceci est la superficie de la chose. Sans votre bouche, votre front serait d'un hydrocéphale. Il y a là la balance exacte entre les sensations et les idées, entre le cœur et le cerveau; il y a surtout dans l'expression reprochée, une incroyable noblesse et une infinie douceur, deux attributs qui vous rendent adorable pour qui vous connaît bien. Personne, mieux que moi, n'a analysé votre tête et votre visage. La dernière fois que j'ai pu vous étudier, que j'ai eu assez de sang-froid pour cela, c'était chez Daffinger% et ce n'est que là que j'ai trouvé dans les lèvres quelques légers symptômes de fureur cruelle. Ne vous étonnez pas de ces deux mots : ce sont ces indices qui donnent à votre bouche l'air dont se plaignent ces deux dames ; mais ces mouvements sont réprimés par la bonté. Vous avez quelque chose de violent dans le premier moment, et puis la réflexion, la bonté, la douceur, la noblesse, reviennent aussitôt. Mais, je ne regarde pas ces choses comme des défauts. Ce premier mouvement a sa cause, et je vous la dirai au coin du feu, à W^ierzchownia, si vous pensez à me la demander, et je vous donnerai les preuves de ce que je vous dis sur vous, môme par des exemples pris dans ce que je vous ai vu faire à Vienne, dans l'affaire de la lettre, par exemple, qui a été écrite dans un de ces mouvements. Si vous étiez exclusivement bonne, vous seriez un mouton, ce qui est trop fade.
Allons, adieu, cara; je vous écrirai le jour même où le portrait sera parti, afin que vous mesuriez le temps qu'il mettra à aller chez vous, et, ainsi, je vous écrirai dans quelques jours. Je voulais répondre à votre lettre.
Adieu; mille tendresses gwand même, car j'ai pris, il y a longtemps,
1. A Vienne, en mai 1835, pendant que ce peintre faisait le porlrail en miniature de madame Uanska.
pour vous la devise des amis du trône. A bientôt. Mille gentillesses à la gentille Anna pour sa pensée et pour elle. J'écrirai cette semaine à M. de Hanski.
A MADAME HANSKA, A WIERZCHOWNI A (uKRAINE),
Paris,8 juillet 1837.
Je reçois votre numéro vingt-neuf où il y a un : « enfi^n » qui me fait trembler, chère, car voici près d'un mois que je ne vous ai écrit. J'ai brûlé tout à l'heure une lettre commencée qui ne signifiait plus rien.
L'explication de mon silence est dans la Femme supérieure, qui tient soixante-quinze colonnes de la Presse, et qui a été faite en un mois, jour pour jour. J'ai passé les trente nuits de ce damné mois, et ne crois pas avoir dormi plus de soixante et quelques heures dans ce temps ; je n'ai pas pu me faire la barbe, et moi qui suis ennemi de toute affectation, j'ai la barbe de bouc àes Jeunes-France. Après vous avoir écrit cette lettre, je prendrai mon premier bain, non sans effroi, car j'ai peur de détendre les fibres montées au dernier degré, et il faut recommencer pour faire ce César Birotteau qui devient ridicule à force de retards. D'ailleurs, voici dix mois que le Figaro m'en a remis l'argent. Enfin, dans dix jours, j'aurai terminé le troisième dixain.
Rien ne peut vous exprimer l'entraînement de ce travail fou ; je veux à tout prix ma liberté d'esprit, car, encore un an, je crèverais à la peine. J'ai fait, pendant ce mois, les Martyrs ignorés, Massimilla Doni, et Gambara. Quand j'aurai fini César Birotteau, il faudra faire encore la Maison Nucingen et Compagnie , et un autre ouvrage, pour voir la fin de ces misères qui me donnent tant de travaux et point d'argent. J'ai trouvé le temps de veiller à l'emballage et au départ du portrait que vous devrez avoir, quand cette lettre vous arrivera.
Le long retard de votre numéro vingt-neuf ajouté à tous mes
chagrins, la peur de quelque maladie chez vous, vous ne sauriez croire dans quelles angoisses cela me met. J'ai tant peur que quelque souffle de médisance envenimée, que la calomnie n'aille jusqu'à vous, ou que les douleurs de cette vie ne vous fatiguent, que le moindre manque de lettres me met en transes.
Je ne vous entretiendrai plus des difficultés de ma vie, car l'affaire que vous savez les a rendues énormes et insurmontables. Pendant que je travaille nuit et jour à libérer ma plume, mes gens ne veulent me rien donner, attendant pour cela que je travaille pour eux, en sorte que je m'endette, et que tous mes ennuis d'argent vont recommencer. La faillite de Werdet m'a tué ; je l'avais fort imprudemment garanti, et l'on me poursuit; il a fallu me cacher et lutter. Les gens chargés d'emprisonner les débiteurs m'ont trouvé, grâce à la trahison, et j'ai eu la douleur de compromettre les personnes qui m'avaient généreusement donné asile. Il a fallu, pour ne pas aller en prison, trouver dans l'instant l'argent de la dette de Werdet, et, par conséquent, m'en grever vis-à-vis de ceux qui me l'ont prêté.
Ce petit épisode, au milieu de mes travaux !
Je ne veux donc plus vous navrer le cœur des détails de cette lutte. Il faudrait, d'ailleurs, des volumes pour vous la raconter en détail et vous l'expliquer. A la lettre, je ne vis pas. Toujours le travail ! Je ne puis soutenir cette vie que pendant trois ou quatre mois. J'en ai encore pour quarante-cinq jours ; après, je serai tout à fait à bas et j'irai me refaire dans la solitude de l'Ukraine, si Dieu le permet. J'espère aller jusqu'à la fin de César Birotteau.
La Femme supérieure fait deux gros volumes in-octavo. Elle est finie quant au journal ; mais elle n'est pas finie quant au livre ; j'y ajoute une quatrième partie. Vous lirez cela quelque jour, avec les Ruggieri, avec les Martyrs ignorés, le Fils du Pelletier *, et Ma^similla Doni, Q,iGamhara! En voilà j'espère! Sans compter César Birotteau et le troisième dixain.
Je voudrais avoir assez de force pour donner la fin des Illusions perdues. Mais ce sera bien difficile, quoique bien urgent, car mon payement de quinze cents francs par mois commence là.