‹ Lettres à l'étrangère (volume 4)Chapitre 58 sur 105 · A la Chronique de Paris · texte numérisé non relu

A la Chronique de Paris

failli, à la Cour des pairs, vous en demander un de Fieschi ; mais j'ai pensé que cela ne vous sourirait point.

L'autre jour, je suis allé à Frascati par curiosité, pour enfin voir une maison de jeu. J'y ai trouvé une personne de votre connaissance, qui était l'attentif, à Genève, de madame Marie. Il m'a dit qu'il y était venu pour la première fois. Il jouait le craps ^ avec une habitude, un fini, une adresse incroyables, et toutes les femmes qui étaient là le connaissaient. J'ai bien ri, in petto. Avant-bier, il m'a donné un magnifique dîner au Rocher de Cancale, où se trouvaient madame Kisseleff, et madame Hamelin, une vieille célébrité. Il y avait là, d'invité, un illustre ami du roi de Sardaigne actuel, rentré en grâce dernièrement. J'ai tendu un piège à lami de la chère comtesse Marie. En sortant, à onze heures, je lui dis :

— U n'est plus temps d'aller au spectacle, voulez-vous aller jouer? Nous allons au Salon des Étrangers. Il y était connu comme

Barrabas, et, à mon grand étonnement, j'y trouve tous les gens les plus sages et les plus rangés du grand monde. Que vois-je, un quart d'heure après? L'ami du roi de Sardaigne, qui nous avait dit avoir un rendez-vous, pour ne pas sortir avec nous. Et ce cher Italien me dit, en me montrant mon amphitryon :

— Vous savez le proverbe italien : joueur comme un Polonais. L'ami de la comtesse Marie est maintenant pour moi comme

un livre dans lequel je peux lire à toute heure. Le petit Komar était là aussi. Ce jeune homme, vieux à la fleur de l'âge, me fait peine à voir. Je me suis aperçu que pour connaître le monde, il fallait venir là trois fois par an, afin de savoir à qui l'on a affaire. Voilà les deux seules fois de ma vie que j'ai mis les pieds dans ces deux antres. Je retournerai au Salon une fois encore pour voir jouer Hope, qui joue des cent mille francs avec une indolence surnaturelle et qui se dresse contre le hasard, de puissance à puissance.

Allons, addio; j'attends une lettre de vous. J'ai eu cette nuit un rêve dans lequel j'ai vu une lettre et un paquet envoyé par vous, et dans le paquet étaient des pommes. Jamais je n'ai eu de rêve plus réel.

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