‹ Lettres à la Princesse (volume 3)Chapitre 1 sur 90 · BOULBVAKD DES ITALIENS, 15, AU COIN DE LA RUS DS OBAUMONT · texte numérisé non relu

BOULBVAKD DES ITALIENS, 15, AU COIN DE LA RUS DS OBAUMONT

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Les Lettres recueillies dans ce volume ont été rendues au légataire universel de IM . Sainte- Beuve, en échange de celles qui furent un moment l’objet, en 1869, de contestations à peu près oubliées aujourd’hui. Cet échange était dans la pensée de M. Sainte-Beuve lui même; car, prévoyant le cas où les lettres qui lui avaient été écrites seraient réclamées après sa mort, il avait recommandé à ses exécuteurs testamentaires de les rendre, — à la condition toutefois de se faire rendre les siennes en

retour. II n’y a donc pas à revenir sur un

malentendu d’un instant, depuis longtemps réglé et terminé loyalement des deux parts, comme on le voit par la publication de ce premier recueil consciencieux et complet de Lettres de l’illustre critique.

Aussi bien ce volume inaugure une série nouvelle de ses œuvres, — et non pas la moins spirituelle, — celle de sa Correspondance,, pour la réunion de laquelle on se propose de faire, et l’on fait dès à présent, ici même, un appel public à toutes les personnes qui en possèdent des fragments.

On obéit surtout, en livrant à la publicité les Lettres de M. Sainte-Beuve, à la pensée de doter l’histoire littéraire de pages originales et sincères, de portraits et jugements vifs, pris surnature, à la La Bruyère, avec la soudaineté en plus. Le sens critique était trop inhérent au tempérament de l’écrivain pour être jamais abdiqué. Le principal mérite des

Lettres à la Princesse est qu’on y sent toujours, à de certains passages caractéristiques, sous forme même d’apologie et avec toutes les apparences de l’adhésion respectueuse, cet aiguillon, ce mordant qui a fait dire un jour à celui qui connaissait bien la nature de son propre talent • « J’ai plus piqué et plus ulcéré de gens par mes éloges que d’autres n’auraient fait par des injures. »

la princesse

Ce jeudi 20 juin (1801).

Princesse,

Je suis touché comme je le dois du si aimable témoignage de souvenir dont vous m’honorez. Non, en effet, on ne vit plus à Paris; c’est ailleurs qu’on respire : heureux les ombrages où l'on rêve! Je suivrai samedi les indications que vous daignez me donner;

Et je mets aux pieds de Votre Altesse impériale l’expression de mes plus respectueux hommages.

Ce IG novembre 18G1.

Non, Princesse, ce n’est jamais moi qui me permettrai des remontrances; mais vous nous mettez à l'aise, vous nous permettez de penser tout haut devant vous, et c’est un de vos charmes; ne vous étonnez pas si nous en profitons.

Je ne sais si je me serais jamais entendu à la politique; mais je m’en suis toujours trop peu occupé, et d’une manière trop peusuivie, pour me flatter d’avoir un avis tout à fait sérieux. Je ne sens que comme tout le monde, comme le gros des gens. Eh bien, c’est ainsi que j’ai pris le grand acte d’avant-hier *. Est- ce très-sage et très-prudent par rapport à un avenir éloigné ? Ne pouvait-on faire autrement? moins accorder, — faire

1. L’événement important du jour était le rappel de M. Achille Fould au ministère des finances, et l’inauguration, par le fait môme de ce nouveau ministère, de l’application du régime de la discussion à l’emploi des ressources et fonds publics. (Voir, le Moniteur universel du 14 novembre 1861.)

A I^A PRINCESSE. £

moins bellë part à celui qui rentre, etc., etc.? Ce n’est pas là ce qui me frappe. — L’empereur y gagne-t-il dans l’opinion? Cette surprise annuelle, qu’il nous fait après tant d’autres qui étaient quelquefois libérales, toujours nationales, est-elle digne des précédentes ? est-elle propre à aller au cœur de quelques-uns de ceux que les précédentes n’avaient pas suffisamment touchés? Cela est-il de nature à lui gagner, à lui concilier de plus en plus à lui, à son régime et à sa tige, les esprits français qui se laissent prendre à la façon autant qu’au fond ?

Ce sont là, Princesse, les seules questions que je me suis posées et qui se sont résolues d’ellesmêmes dans mon esprit, qui est assez peuple et qui y va d’instinct. Le reste est affaire aux homçnes d’État. Ils en ont le profit : qu’ils en aient la peine.

Mais je crois, en vérité, que je disserte, et je ne voulais, Princesse, qu’avoir l’honneur de vous remercier de votre gracieuse pensée , et me redire, de Votre Altesse impériale, le plus reconnaissant et dévoué serviteur.

Ce 25 novembre.

Vous avez raison, Princesse, les belles natures et franches du collier font ce qu’elles doivent sans tant de façon, et sans tous ces corsets de fer et ces cilices Aussi j’espère que ma conclusion finale ne différera pas tant de l’impression vive que vous exprimez. Mais nous sommes de pauvres écrivains, et il nous faut faire le grand tour et toutes sortes de circuits avant d’arriver à oui ou à non. Je ne me plains pas de ces détours, puisqu’ils m’ont conduit à rencontrer les indulgences de Votre Altesse impériale, et ses contradictions mêmes qui sont une bonne grâce de plus.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’expression de mes dévoués respects.

i. M. Sainte-Beuve publiait ce jour-là son premier article sur Mme Sivet chine. (Voir Nouveaux Lundis , tome Ier.)

Ce 10 janvier (1802).

J’avais bien compté avoir, hier soir, l’honneur d’aller vous remercier d’une si aimable attention. J’ai été retenu malgré moi, et je neveux plus tarder à vous dire que je profiterai samedi de cette faveur.

Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux dévouement.

Ce mercredi 2 juillet.

Princesse,

J’ai un bien grand regret, et surtout à cause du motif. Mais c’est une faveur dont je ne puis plus être dépossédé, maintenant qu’elle m’a été promise.

Demain jeudi est notre jour de séance solennelle : j’ai un plaisir tout particulier (et sans

épigramme aucune contre l’Académie) à la sacrifier et à la mettre à vos pieds. — Je ne sortirai pas de l’après-midi.

Le portrait est copié au net S et il attend de pied ferme la confrontation, non sans un petit battement de cœur : mais les héros cachent cela, et on n’en est pas moins brave.

Veuillez agréer, Princessè, l’expression de mes plus respectueux hommages.

Ce 8 juillet 1862.

Princesse ,

Le voilà donc ce charmant portrait, fait d’un seul jet % On avait bien raison de m’en donner le désir. Je n’ose parler de ma reconnaissance ; elle serait trop impossible à exprimer. J’aime mieux rn’oublier pour ne voir que le crayon. Et vous ne direz plus maintenant que vous n’avez pas de

1. Le portrait qui a été recueilli depuis dans le tome XI des Causeries du Lundi.

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