Le comte de Nieuwerkerke
Je vous prie de recevoir l’assurance de mon respectueux et bien tendre attachement.
Ce dimanche matin.
Princesse,
Tout est donc pour le mieux ; il y a impossibilité, et la politesse, comme on dit, est faite. — Je m’étais comme arrangé pendant votre absence pour être indisposé; j’ai pris un gros rhume de tête et de poitrine. Je tâcherai bien pourtant d’avoir l’honneur de vous aller saluer un moment ce soir, mais demain je vous prie de vouloir bien disposer de la place de faveur qui m’était réservée, car je me sens peu en état d’en.profiter. Je verrai la pièce 1 en tapinois à une fin de semaine. J’aurai l’impression de tous avant la mienne, et je puis dire que je l’ai déjà. — J’avais écrit à M. Giraud votre départ : il serait
1. Maître Guérin, dont la première représentation avait été donnée la veille au Théâtre-Français (29 octobre 1864).
désolé d’y croire, j’en suis sûr, Votre Altesse étant ici.
Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.
Ce lundi, 14 novembre.
Princesse,
J’ai presque à vous remercier pour cette invitation si aimable de mes deux présentés, — au moins de l’un d’eux. Je puis assurer qu’il en est fort reconnaissant, et il a dû répondre aujourd’hui. — Je prends le temps assez indifféremment. mais j’ai une certaine irritation d’yeux et de paupières qui fait que je n’existe pas le soir. Je veux toujours sortir, et je n’en viens pas à bout : les fenêtres crient et les volets se ferment d’euxmêmes. C’est un misérable état pour quelqu’un qui, sans être homme du monde, veut se distraire dans la plus agréable conversation. — Vous aurez peut-être trouvé aujourd’hui, en
vous faisant lire mon article1, que je deviens de plus en plus audacieux : à quoi bon se gêner, en effet? Disons, le plus possible, ce que nous sentons. Je suis votre exemple, et je m’enhardis. Est-ce par trop ?
Je vous offre, Princesse, l’assurance de mon respectueux et tendre attachement.