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Lo banquet en l’honneur des Misérables

LETTRES

cesse, je suis de ceux qui regardent tous les matins la couleur du temps.

Daignez agréer, Princesse, l’expression de mes respects et de mon dévouement.

Princesse,

Ce 18 novembre.

J’aurai l’honneur de me rendre mercredi à

votre aimable invitation.

Vous aurez lu ce matin M. de Barante sur la

duchesse de Sagan'. C’est de la littérature de

vieillard, c’est bien éteint. Il ne dit pas trop le

contraire de la vérité ; il ne parle pas trop de ses

vertus. Pourtant, si j’avais été diable, — et beau diable, — j’aimerais à être peint autrement.

Veuillez agréer, Princesse, l’expression de mes plus respectueux et dévoués sentiments.

1. Voir le Journal des Débats du 18 novembre 1862. L'artîcle e3t intitulé : la duchesse de Talleyrand et de Sagan.

Princesse,

Ce 22.

Je transmets votre invitation à M. Forcade, et dès la réponse reçue j’aurai l’honneur de vous en informer; elle ne me paraît pas douteuse.

Vous a-t-on fait voir, dans le dernier Figaro , la lettre de Lamartine sur l’incident Nadaud? c’est à lire. J’y ai vu, du moins, que cet aimable chansonnier n’avait pas menti en se disant invité par Votre Altesse, puisque le fait remonte à deux ans ; et c’est toujours mieux qu’un homme de talent ne mente pas. — Vous ne me trouverez pas puéril.

Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux dévouement.

Ce 27 novembre.

Princesse,

Il n’est que trop exact (je l’apprends à l’instant), que les Cornu ne s’arrêtent pas en si beau

LETTRE8

chemin : ils font circuler dans les ateliers une pétition contre le directeur des musées. Il ne faut jamais se fier à la vérité et au droit. Le mieux ne serait-il pas de prendre les devants ? Tout le mal vient de l’incroyable apathie et du silence de là- haut. Hier encore, une note que j’avais remise au Constitutionnel n’a pu passer, parce que, dit-on, « l’empereur ne s’est pas encore prononcé sur cette question. » — L’opinion peut être encore une fois retournée par cette nouvelle levée de boucliers qu’ils organisent à la frontière et ici au cœur des ateliers : il y a mot d’ordre, et tous s’entendent comme larrons en foire. Les timides suivent, et c’est le grand nombre.

Que faire? mettre le pied sur la mèche, — et faire que le sphinx parle enfin ; car, en toute chose, ce silence donne beau jeu aux intrigants.

Excusez -moi, Princesse, et daignez agréer /expression de mon respectueux attachement.

Ce 28

Princesse,

Je vous remercie des nouvelles, qui m’intéressent fort. Il est toujours si pénible à ceux qui aiment un ordre de choses et ceux qui y président, de voir des fautes par manque d’attention ou d’entente. Je parle même ici indépendamment de l’amitié qu’on a pour les personnes engagées. Il est très-bon de foncer sur l’ennemi: c’est la bonne méthode et bien française, cela le déconcerte et coupe court à tout.

— Je vous remercie, Princesse, de la surprise aimable d’hier; mais la maison a été désolée de ne pouvoir, dans ce court instant, improviser un bouquet à vous offrir. Voilà le regret de mon intérieur : daignez agréer l’excuse et l’intention ;

Et recevoir, Princesse, l’expression de mon respectueux attachement.

Je suis dans Salammbô jusqu’au cou. Ouf!

LETTRES

Ce 19 décembre 18G2.

Princesse,

J’ai reçu ces pommes d’or, ces mandarines dont je n’avais jamais mangé, les prenant pour autre chose. Mon ignorance n’a d’égale que vos bontés.

Je me suis aperçu, en y repensant, que j’avais été bien vif, en effet, l’autre soir, en parlant de ce ministre si honnête homme et excellent homme. Permettez-moi de vous dire une excuse que ma vivacité même m’a fait oublier dans le moment : je m’étais fait un idéal de l’empire ; j’aurais voulu que l’empereur fît chaque jour quelque chose d’imprévu, de neuf et de bien.

C’était mon programme. Toutes les fois qu’il n’est pas tenu et rempli, je souffre comme un auteur dont les acteurs écorcheraient la pièce et gâteraient les rôles.

Veuillez agréer, Princesse, l’expression de mon respect et de mon dévouement.

A LA PRINCRSSE.

Princesse,

Ce 20 dCvembrc.

Tout cela me paraît, en effet, assez insensé ; mais on n’a plus la mesure, rien n’avertit qu’on exagère, et l’on s’en donne à cœur joie. Quand on a de l’esprit, on en a comme Voltaire ; quand on a du génie, on en a comme Shakespeare ; pas à moins. Les gens sensés paraissent bien fades après ces orgies d’éloges. Oh ! qu’il est terrible de vivre et d’écrire entre tous ces amourspropres qui croient ensuite qu’on leur en veut et qu’on leur manque dès qu’on ne tombe pas à leurs genoux !

Veuillez agréer , Princesse , vous qui vous laissez contrarier et contredire, l’expression de mes sentiments de haute estime et de respectueux dévouement.

P. -S. J’ai vu ce matin un homme bien heureux, M. Chesneau, qui vous doit tant et à qui vous permettrez un jour d’avoir l’honneur de vous remercier.

Princesse,

Ce 22.

A jeudi certainement, j’aurai l’honneur de me rendre à votre aimable invitation.

Youlez-vous voir l’incertitude des jugements en littérature et sur quelle mer flottante nous voguons sans pôle ni boussole, lisez — ou jetez seulement les yeux sur la conclusion de l’article Théophile Gautier, au Moniteur d’aujourd’hui 1 .

Je pense que c’est tout le contraire du vrai ; et pourtant, quand je vois des gens qui ont vu l’Orient et qui se connaissent en fait de peinture juger ainsi au rebours de tout le monde, je me demande lequel a raison, lequel de nous ou d’eux a la berlue. — Matière à des disputes sans fin.

Daignez agréer, Princesse, l’expression de mon respectueux dévouement.-

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