‹ Lettres a la princesseChapitre 51 sur 73 · CLXXX1V · texte numérisé non relu

CLXXX1V

Ce lundi.

Princesse,

Et voilà donc l’issue du petit complot dont j’ai hier surpris quelques mots : un magnifique tapis qui se déploie et qui couvre la plus large pièce de la petite maison. Yos dons eux-mêmes sont plus grands que moi et m’enveloppent. Je me laisse faire et je remercie. Quant au beau tapis pourtant, je ne le profanerai pas tout d’abord dans ma chambrette de malade; il attendra jusqu’à ce que j’aie ouvert ma paroi sur la

chambre voisine, très-belle et digne de le recevoir. Je vais me hâter. Il y sera à sa place.

Agréez, Princesse, mon sensible hommage pour tant de bontés et l’expression de mon tendre et inviolable attachement.

Princesse,

Ce 18 janvier.

Merci de votre mot encourageant! Je puis encore dicter, cela m’est plus difficile quand il faut écrire quelque chose de long.

J’espère en mon dimanche.

Je sens réellement du mieux dans ma santé générale et dans ma manière de gouverner mes misères. Cela suffira à mon ambition si je puis voir mes amis.

Je n’ai pas encore lu les discours sur Ingres 1 : je n’ai vu que les articles divers et assez contradictoires. Vous avez bien raison, il n’était maître

f. Ingres est mort le 14 janvier 1867.

qu’en une chose (et c’est déjà très-oeau); pour le reste, un enfant et une sorte de machine automatique qu’on faisait jouer à volonté.

Je mets à vos pieds, Princesse, l’hommage de mon tendre et respectueux attachement.

Je tâcherai de faire une colonne ou deux sur Saint-Victor : il faut, tant qu’on est là, saluer les talents 1 .

GLXXXVI

Ce 22 janvier.

Le jugement sur Y homme est vrai de premier coup d’œil : c’est un manant, un être grossier, un vigoureux nourrisseur de bestiaux qui s’est trouvé chargé de diriger des gens de lettres. Mais, pour être juste, suspendez votre opinion sur son bon sens qui est solide, et non sans finesse, ou du moins sans ruse. 11 a été étonné, renversé à brûle-pourpoint, et, comme il l’a dit

1. Voir Nouveaux Lundis, tome X, l’article sur Hommes et Dieux (28 janvier 1867).

LETTRES

tout cru : « Vous m’avez désarçonné. » En un mot, sous cette enveloppe peu avenante ou même répugnante, il a une valeur. N’oublions pas que le butor a une grosse batterie à son service.

Je connais M. T..., — N. T..., — un brave professeur, laborieux, érudit, d’une grande » vanité naïve qui s'affiche d’abord et qui a cru qu’il allait devenir un auteur dramatique, mais très-solide en humanités, sachant le grec et l’allemand, ayant d’ailleurs douze ou treize enfants et digne qu’on lui rende service.

Je ne réponds que dans mon cœur à la fin de votre lettre, Princesse, et je mets à vos pieds l’hommage de mon tendre et inviolable attachement.

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