LE ROI
D*0rléans !
Ce grand nom est couvert du pardon de mon frère : Le ûls a racheté les crimes de son père!
Et, comme les rejets d'un arbre encor fécond, Sept rameaux ont caché les blessures du tronc
le Moniteur et tous les journaux m'ont confirmée. C'était déjà beaucoup de n'avoir plus M. de B... Le ministre a voulu que la grâce fût tout entière. Ce qui m étonne, c'est que vous ayez accepté, vous qui vous trouvez en ce moment sous le portique de l'Académie et que la gloire doit fixer en France. C'est, selon moi, un second voyage d'Italie que vous arrangez pour la santé de madame de Lamartine, et rien de plus. Venez donc passer un an ou deux à l'ombre des pâles ombrages. Vous y serez bien reçu, bien vu et bien traité. Vous travaillerez avec moi, ou, pour mieux dire, nous nous reposerons ensemble, car l'Italie ^st d'une tranquillité désolante pour des diplomates un peu zélés. Quand vous me parlez de servir sous mes ordres, je suis tenté de répondre en souriant, comme Sertorius au grand Pompée :
De pareils lieutenants n'ont de chef qu'en idée !
J'envoie à l'instant votre lettre à M. Antoir, qui reste à Florence, où la santé de sa vieille mère l'attache et où il nous faut toujours quelqu'un, cette ville étant ma résidence principale, car vous savez que je suis accrédité auprès de quatre petites puissances.
Prévost vous a écrit la vérité en vous disant que je vous ai toujours désiré, indiqué souvent, mais
jamais demandé positivement. J'ignorais que vous eussiez conservé le désir d'habiter Tltalie... Si vous arrivez avant le l®"" octobre, venez par Gènes me trouver ici à la campagne, aux portes de Lucques. Je me ferai un vrai plaisir de vous y recevoir. J'habite une très jolie maison. Mais dans les premiers jours d'octobre, je rentrerai dans ma coquille d'hiver.
J'ai Walter Scott, j'attends Maistre, nous avons Barante ; il nous manque les dernières tragédies et comédies, le cinquième chant de Childe Harold. Il y a six semaines que nous possédons le Sacre, Puisque nous en sommes aux principaux ouvrages qui forcent l'attention en ce moment, je vous dirai que, moi indigne, je viens de finir (si finir il y a quand on ne parle que d'une ébauche) une comédie en cinq actes en vers, ce qui plus est, de caractère. Il n'y manque rien, que d'aller lire la fable de la grenouille qui s'enfle comme un bœuf. C'est le fruit de six mois de travail. Il y a des vers de comédie; mais y a-t-il une pièce? C'est ce que je demanderai à des gens comme vous, et jamais au parterre de Paris. Je ne procurerai pas à messieurs les étudiants en droit le plaisir de siffler un maréchal de camp, conseiller d'Etat, ministre du roi; cela serait un ragoût trop friand pour le Constitutionnel et voire même pour le Journal des Débats
et l'aristarque; n'avoir pour soi que son étoile, et celle du ministère, c'est trop peu. Ma gloire ne sera pas comme la vôtre, européenne, universelle, ce sera une gloire de poche, et mon ouvrage une oisiveté dépensée.
Quand j'ai su que vous m'arriviez, j'ai lu ma pièce et j'en ai pris acte; je ne veux pas qu'on dise, si par hasard il y avait quelques beaux vers : « Parbleu ! je le crois bien, l'auteur des Méditatiom était là I »
Je vous écris à Paris, parce que je suppose que vous y êtes et que vous y attendez des instructions de M. le baron de Damas. Je l'ai déjà remercié de vous avoir envoyé à Florence. Si vous voulez y apporter un peu de bienveillance pour moi et pour les personnes qui m'entourent, ne prenez pas vos recettes dans la pharmacie de votre prédécesseur. Prévost, qui probablement vous donnera une lettre pour moi et une pour son amie et la mienne, madame Esmangart, y ajoutera des nouvelles de tous nos amis. Je suis enchanté que Rayneval soit casé selon son goût et à portée du gouvernement. Si le poste de Berlin avait été donné à quelqu'un dans la carrière, ce mouvement eût été excellent ; mais c'est abuser des moments qui vous restent. Dites à ces quarante messieurs que la première fois qu'ils ne seront que trente-neuf, c'est à vous
qu'ils doivent songer sous peine d'être renversés sous la jambe d'un nouveau Piron.
Mes hommages respectueux à madame de Lamartine.
Croyez à tout le plaisir que j'aurai, monsieur, à vous assurer (vers à part) de la haute estime et de l'amitié que je vous porte.