‹ Lettres à M. l'abbé de PradtChapitre 1 sur 14 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

T/ A N S un moment où l’Europe entière a les yeux fixés sur l’Amérique , où les gouvernemens , les peuples , les hommes de tous les partis, de toutes les opinions portent des jugemens, ou plutôt hasardent des prédictions sur le sort futur de ces vastes contrées, j’ai cruquela voix d’un homme, tout-à-fait étranger aux intérêts et aux passions qui divisent le vieux continent , pouvoit se faire entendre avec quelque utilité. Par une suite de la destinée qui s’attache à tout ce qui tient à l’Espagne, la partie de l’Amérique qui lui appartient n’est guère plus connue que lorsque les Pizarro et les Cortès venoient de la soumettre à ses armes. L’esprit de parti, les opinions innovatrices, les ambitions déçues

profitent de celte ignorance pour y créer

un monde en quel(j^u.e sorte fantastique f qui justifie le passé et autorise pour eux les espérances de l’avenir. Quand on réfléchit aux torrens de sang et de larmes que quelques erreurs , faciles à détruire avant qu’elles ne fussent accréditées , ont coûté au genre humain ; on se demande si celui qui connoît la vérité a le droit de la taire , et ne doit pas toujours avoir le courage de la dire.

Ayant parcouru tout le vaste continent de l’Amérique, étudié les mœurs, les institutions , les lois qui régissent mes compatriotes; j’ai plus de droits aussi à inspirer la confiance que les auteurs passionnés de quelques livres , faits sur des livres qui ne contiennent eux-mêmes que des données fausses ou exagérées. Heureux si je puis venger la noble nation Espagnole des outrages, des blasphèmes, qu’on ose se permettre contre elle. Plus heureux encore si , détruisant les calomnies qui , comme des nuages amoncelés , dérobent à

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