II
130 LETTRES A H. PaNIZZI
L'alliance de tous les partis ennemis se resserre tous les jours, et tant qu*il ne s'agira que de renverser, elle sera très intime. Les dernières élections ont été faites par la réunion des légitimistes, des orléanistes et des républicains. Les trois minorités Font emporté. Il faut dire aussi que Persigny, en comblant la mesure dans les dernières élections générales, a rendu à peu près impossibles les candidatures gouvernementales. Les Français ne veulent pas faire ce qu'ils désirent le plus, du moment qu'on le leur commande. On dit que M. de la Valette a écrit à ce sujet un très remarquable mémoire à l'empereur. Ce n'est pas de signaler le mal, qui est difflcile, c'est d'y trouver un remède.
Il me paraît qu'on est assez inquiet des élections en Italie. Mazzini et Totre ami Garibaldi se prépareraient, dit-on, à faire quelque grosse sottise, qui pourrait être désastreuse. Puisque l'Angleterre et la France sont plus unies que jamais, il 'serait bien à désirer qu'on parlât des deux côtés le même langage en Italie. Ne pensez-vous pas que, si les électeurs suivent la même tactique qu'en France, c'est-à-dire si les mazziniens s'unis-
sent aux papalins, il peut en résulter une Chambre très dangereuse? Est-il vrai que M. Lanza se soit retiré parce qu'on méditait un traité secret avec rAutriche^ qui garantissait un désarmement réciproque ? Sartiges, qui était venu à Paris il y a quelques jours, avait bonne espérance que Tévacuation de Rome s'accomplirait sans encombre, et que le pape se montrerait trailable au dernier moment.
Adieu, mon cher Panizzi. J'ai fait vos compliments à la comtesse de Montijo et à neveu et nièce. Tous vont parfaitement, ainsi que la duchesse de Malakof, qui engraisse seulement d'une façon un peu scandaleuse. Je vous quitte pour aller corriger mon article^. On me dit que je dois en faire tirer un exemplaire à part pour l'offrir à Sa Majesté. Qu'en dites-vous? Toutes ces façons me semblent un peu familières, mais nous sommes dans une monarchie démocratique.